AGRICULTURE DES PAYS-BAS
L'agriculture des Pays-Bas, surtout celle de la Flandre, a fait l'admiration du reste de l'Europe pendant plus de GOO ans ; la Hollande par ses pâturages, et la Belgique par ses labours. Le climat de la Hollande €st froid et humide. Ce pays, vers la mer, est bas et marécageux, et àl'intérieur, sablonneux et naturellement stérile. Dans les endroits bas, le sol se compose d'une bouc riche, profonde et sablonneuse, quelquefois argileuse, mais plus souvent siliceuse et mêlée de coquilles pourries. Le sol des provinces intérieures se compose généralement de salle brun ou noir ; naturellement maigre, il doit entièrement à l'art tout ce qu'il produit.
Les propriétés foncières en Hollande sont de grandeur moyenne ou plutôt petites ; dans les endroits les plus riches, elles sont généralement divisées en fermes de vingt jusqu'à cent cinquante ou deux cents acres ; souvent elles sont cultivées par les propriétaires. Dans les provinces intérieures, les propriétés sont beaucoup plus grandes, quelques fermes mesurent de cinq à sept cents acres, partie en labour, partie en bois et en pâturage.
L'agriculture de la Hollande consiste principalement en un système de pâturage et de laiterie pour la production du beurre et de son fromao-e, bien connu dans toutes les parties du monde. Les labours sont presque exclusivement destinées à la production d'un peu de garance, du tabac de plantes et de racines d'herbages, pour l'alimentation à l'étable du bétail. Les pâturages, et particulièrement les prés bas, produisent une herbe épaisse, mais en grande abondance. On permet aux vaches de paître pendant au moins une partie du jour durant la plus grande partie de l'année, mais généralement on les conduit sous des remises où on les alimente une fois par jour ou davantage avec des gâteaux de navettes et du grain, puis une grande variété d'autres préparations. On conserve leur fumier avec le plus grand soin, et les animaux eux-rnêmes sont tenus parfaitement propres. Ces vaches sont de la grande race à petites pattes ; elles sont généralement rouges et noires, et leurs cornes longues et minces. Elles sont bien connues en Angleterre pour la race hollandaise. Dans les villes on recueille les cendres et on les vend à des prix élevés, surtout aux Flamands. Les instrumens et opérations des champs en Hollande sont mieux imaginés et mieux exécutés que ceux d'aucun autre pays sur le continent. Les bâtimens, les vacheries les étables sont remarquables par leurs dispositions, qui facilitent et économisent le travail manuel, et par les commodités et la propreté universelle qu'ils olfreut aux animaux. Les clôtures, les barrières même y sont
généralement dans un meilleur état que dans la plupart des autres pays. .Dès le treizième siècle, la culture des Pays-Bas, c'est-à-dire l'agriculture et l'Horticulture, attirait les regards du reste de l'Europe.
Les Flamands se sont de tout temps plus occupés de la pratique de l'agriculture que de publier des livres sur ce sujet ; sans doute qu'ils voulaient établir un commerce lucratif privément afin de ne pas instruire leurs voisins ; de manière que quiconque voulait étudier leur agriculture, était obligé de voyager chez eux, et de faire ses propres remarques.
Assimiler autant que possible une ferme à un jardin était leur premier principe d'agriculture. Un principe si excellent dût naturellement les porter à ne cultiver, au commencement, que de petites propriétés seulement, qu'ils dégageaient des mauvaises herbes, remuant sans cesse la terre et la fumant copieusement et d'une manière judicieuse. Ayant ainsi amené le sol au degré de propreté, de santé et de beauté convenable, ils s'adonnèrent principalement à la culture des herbes les plus délicates, comme le plus sûr moyen d'acquérir des richesses par l'art de cultiver la terre sur une petite échelle, sans encourir les dépenses de maintenir beaucoup de chevaux de trait, ou des domestiques. Après quelques années d'expérience ils trouvèrent que dix acres des meilleurs . végétaux pour nourrir le bétail suffisaient, convenablement cultivées, à la pâture d'un plus grand nombre d'animaux que quarante acres d'herbe ordinaire ; et les végétaux qu'ils cultivaient principalement pour cela étaient la luzerne, le sainfoin, la plupart des trèfles, le fenugrec doux, le sarrazin, le fromental, les turneps des champs, et l'alsine nommé par eux marian grass.
Le secret politique de l'agriculture flamande était de louer les fermes à condition d'amélioration. Ajoutez à cela la découverte qu'ils firent de huit à dix nouvelles espèces d'engrais. îl furent les premiers d'entre les modernes à labourer dans des moissons vives afin de fertiliser la terre, et la nuit ils enfermaient leurs moutons dans de spacieuses bergeries, construites exprès^ et dont le plancher était recouvert de sable, de terres, etc. que le berger ôtait chaque matin et charriait sur le tas de fumier. Tel était le mystère principal de l'agriculture flamande.
Dans les Pays-Bas l'état actuel de l'agriculture est probablement à peu près le même depuis mille ans. Sir John Sinclair visita ce pays dans la vue d'étudier son économie rurale, ainsi que le Rev. Thomas RadclifF. Je choisirai les principaux traits de l'agriculture flamande pour ceux des cultivateurs canadiens qui désirent recevoir une leçon précieuse sur l'importance de la frugalité et de l'économie bien ordonnées en fait d'agriculture, et des modes judicieux de culture.
On peut dire que le climat de la Flandre est le même que celai de la Hollande, et il n'est pas bien différent de celui des endroits bas de la côte vis-à-vis l'Angleterre, La surface du pays est partout unie ou légèrement inclinée, et on a recouvré de grandes pièces de terre qui avaient été envahies par la mer. Dans la plupart de ces endroits le sol est maigre et généralement sablonneux ; mais en plusieurs places il est d'une substance grasse ou argileuse. Le meilleur sol est près d'Ostende,
le pire, entre Bruges et Gand, et ne raut guère mieux que du eable pur.
Les exploitations en Flandre ne sont pas d'une très grande étendue. Il en ait peu qui mesurent 2,000 acres, et il arrive très souvent que les propriétaires cultivent eux-mêmes leurs terres. Partout les propriétés sont entourées de haies, et les champs sont généralement petits.
Les constructions agricoles sont commodes, et généralement plus spacieuses, à proportion de l'étendue de la ferme, qu'en Angleterre. Sur les grandes fermes on trouve une distillerie, un moulin à huile et quelquefbis un moulin à farine, à part des commodités ordinaires ; la maison de la ferme, une laitiie cintrée avec une chambre pour baratter, et à côté de celle-ci une autre pièce où un cheval fait mouvoir la machine au beurre ; une petite bâtisse destinée à l'usage des journaliers extra, avec un âtre pour y faire la cuisine, et autres bâtimens proportionnés à. la ferme. Des citernes à urine sont placées dans le champ pour recevoir les engrais liquides qu'on achète, mais celles qui sont destinées à contenir ceux qui se font dans la basse-cour de la ferme, généralement sous les étables ou dans la cour. Dans le premier cas on fait écouler les urines de chaque étable vers un treillis ordinaire à travers lequel elles tombent dans un réservoir d'où on les tire au moyen d'une pompe. Dans les fermes les mieux tenues, sous le rapport des constructions, on divise le réservoir en deux compartimens, on y adapte une valve au moyen de laquelle le contenu du premier espace s'introduit dans le second pour y être conservé séparé des additions plus récentes, car le temps le rend beaucoup plus efficace. En Flandre on se sert de cette espèce d'engrais de préférence à tout autre, pour tous les sols légers ; et, comme on peut l'appliquer à la plupart des récoltes et à toutes sortes de sols, on commence à l'estimer beaucoup même pour les terres fortes, originairement si riches qu'elles proscriraient la nécessité des engrais.
Selon sir John Sinclair les jachères sont en grande partie abolies, même sur les terres fortes, ce qui a l'effet d'augmenter les produits, et, nécessairement, de diminuer les dépenses de culture pour les récoltes prélevées dans le cours d'un assolement | et le grand profit qu'ils font de leur lin et de leur raves sauvages, fait qu'ils peuvent vendre leurs récoltes de grains à un taux plus bas. Les cultivateurs flamands calculent cependant trop bien leurs intérêts pour abolir les jachères en friche sur les sols dans un climat humide.
Les cultivateurs flamands adaptent avec beaucoup de soin la succession et la distribution des ensemencemens à la qualité du sol. Sur le sol de première qualité les assolemens se font ainsi ; première aimnée, orge : deuxième année, fèves ; troisième, blé ; quatrième, avoine ; cinquième, jachère. Sur le sol de seconde qualité les assolemens se font comme suit : première année, blé ; deuxième, fèves ou vesce ; troisième, blé ou avoine ; quatrième jachère. Sur le sol de troisième qualité, première année : blé ; deuxième, jachère ; troisième, blé ; quatrième, jachère.
Les polders, ou terrains bas protégés par les digues en Flandre, ne forment pas partie des trois qualités de sol dont on vient de parler, mais ils
sont encore d'une m( illeure qualité. Ce sont des terrains conquis sur la mer, et dès qu'ils sont à l'abri de la marée, il deviennent extrêmement productifs, sans l'aide d'aucune espèce d'engrais. Les polders près d'Ostende, contenant à peu près 1,300 acres, se louent pour environ j£2 15s. l'acre anglais. L'assolement ordinaire de ses terres se compose de navette, orge d'hiver et fèves, et de temps à autre, on y mêle des pois et de la vesce. Quelquefois on sème des fèves et des pois mêlés ensemble. Ce plan est très excellent.
Dans de bonne serre, couleur jaunâtre, mêlée d'un peu de sable, les produits sont, premières récoltes : blé, orge, avoine, houblon, tabac, fourrage, graines de navette, lin ; et deuxièmes récoltes : sarrazin, fèves, navets, patates, carottes et trèfle.
Pour obtenir des produits sûrs et profitables on compte sur un autre sol, tel que de la bonne serre sablonneuse, de couleur blonde et dans un état de culture supérieure. Programme : 1. blé, avec fumier ; 2. trèfle, avec cendres et quelquefois du sable ; 3. lin, avec urine et gâteaux de navettes; 4, blc, avec fumier et balayures ; 5. patates, avec fumier de cour de ferme ; 6. seigle, avec uriné ; 7. navettes, avec urine et gâteaux de navette ; 8. patates, avec fumier ; 9, blé, avec engrais de diverses sortes.
îl est d'autres endroits du pays où la maigreur du sol et l'abondance des productions rendent un ample témoignage en faveur de Tart et de la persévérance des cultivateurs flamands. Au quinzième siècle, ce sol consistait en sable maigre et léger, en gravier aride et ne poussait que des bruyères. Maintenant ce sol produit : seigle, lin, patates, avoine, sarrazin, graines de navette, trèfle, carrottes et navets, généralement, et, dans les endroits propices, du blé.
Là où le sol est susceptible de produire le blé, il y a deux genres d'assolemens : l'un dont la durée est de neuf ans, et dans lequel le blé n'entre qu'une fois ; l'autre dure dix ans, et dans le cours duquel ils font en sorte que la récolte se produit une seconde fois ; mais dans aucun de ces cas sans engrais qui, de fait, ne sont jamais omis dans ces divisions, si ce n'est pour le sarrazin, et, de temps en temps, pour le seigle. Yoici le programme de ces assolemens :