DE LA PROPAGATION DES BESTIAUX
Les objets qu'on doit toujours avoir devant les yeux sont des formes convenables pour engraisser, pour produire du lait et pour travailler ; et Fexpérience a prouvé qu'il est très difficile de combiner toutes ces qualités désirables, à un degré éminent, dans la même race. La forme qui indique la disposition de produire bea^ucoup de lait, diffère matériellement de celle que Texpérience a fait connaître comme étant combinée avec une maturité précoce et la meilleure carcasse: et les races dont on prétend qu'elles donnent le plus grand poids de viande en raison de la nourriture qu'elles consomment, et qui ont la moindre quantité de restes, ne sont pas celles, qui possèdent, au plus haut degré, la force et l'activité rec^uises dans une feête de travail.
Dans les Iles Britanniques on a généralement cru, que la disposition d'engraisser et celle de donner beaucoup de lait, ne peuvent pas être unies. La forme de Taninial le plus remarquable pour la première, est très dififérente de celle de Tautre ; au lieu d'être plat sur les côtes et fort de ventre, comme sont toutes les bonnes vaches laitières, il a les côtes hautes, et le ventre léger ; en un mot, le corps d'un animal très propre à engraisser est de la forme d'un baril, pendant que celui d'une bonne vache laitière est très large en bas. On trouvera cette règle certainement correcte, quant aux bestiaux d'une grande taille, mais non pas si généralement, quant à ceux d'une taille petite ou moyenne ; et on trouvera toujours qu'une plus grande proportion numérique d'animaux d'une petite taille possèdent les vrais signes de perfection pour le lait et la laiterie, que de celle des animaux d'une plus grande taille. J'ai engraissé des vaches dans l'ancien pays et j'ai trouvé que de bonnes vaches laitières, si seulement un voulait les faire tarir (ce qui fut difficile quelquefois) engraissaient bien et facilement. Il est raisonnable de supposer, qu'une vache, accoutumée à produire une grande quantité de lait, ne peut pas faire beaucoup de graisse, tant qu'elle continue d'en produire ; mais lorsqu'on ne lui ôte plus ce produit, si on la laisse tarir et qu'elle est en bonne santé, la nourriture antérieurement nécessaire à la production du lait, sera convertie en viande et suif J'admets que quelques bestiaux ne sont pas bons pour la laiterie, qui seraient très profitables en les faisant engraisser ou travailler ; mais je suis convaincu que des vaches qui sont de bonnes laitières engraisseront aussi dès qu'elles sont bien taries. Si les fermiers veulent seulement choisir pour leur race, des génisses qui possèdent les signes de perfection pour cet objet, et engraisser celles qui ne sont pas de bonnes laitières, ils peuvent avoir la meilleure race quant à tous les buts. Tant qu'on laisse indifieremment se propager les vaches de toute espèce, il n'est pas étonnant que la race dt'génère. On recommande à la considération des fermiers ce qui suit et ce qui est extrait des rapports sur des fermes choisies en Angleterre en 1830. Le rapport sur une ferme dans le Hampshire dit ; " que la race la plus convenable à ce pays, est celle d'Alderney, et la race plus petite de vaches normandes. Les races de Devonshire et celles qui sont plus grandes exigent un plus riche pâturage ; et quoiqu'on les tienne en bon état, le lait qu'elles donnent n'est pas en raison de la quantité de nourriture qu'elles consomment. Les bestiaux d'Alderney et de Normandie sont moins affectés par la qualité de l'herbage. "
Il ne peut pas y avoir de doute, de ce que certaines races conviennent mieux à certains pays ; c'est pourquoi ceux qui élèvent des animaux doivent tâcher de découvrir quelle race est la plus profitable et la plus convenable dans leur situation, et puis améliorer cette race le plus qu'ils pourront. Pour avoir de bons bestiaux d'aucune race, on doit surtout faire attention d'en choisir qui sont les plus complets et les plus parfaits quant à leur forme, taille et autres qualités, et d'en élever.
On ne doit pas souvent employer les taureaux avant l'âge de deux ans. Les femelles ont ordinairement leur premier veau à cet âge ; mais cette pratique est vicieuse si les génisses ne sont pas assez grandes
pour être coDvenablement tenues ; cependant on devrait les tenir de manière à ce qu'elles vêlent vers le premier de juin après leur seconde année rie leur âge, et pourvu qu'on les soigne bien après, elles ne cesseront pas de grandir q ioique si jeunes elles aient ]>orté veau.
La période la ])lus convenable pour faire couvrir les vaches c'est vers la St. Jean, afin qu'elles puissent vêler au commencement du printemps, et profiter de toute la saison de l'herbe. Excepté dans des situa» tions oii l'engrais des veaux est un objet d'importance, le premier avril est peut-être le meilleur temps ; parceque les veaux ayant toute la saison devant eux, seront assez forts pour supporter le changement pour une nourriture moins agréable en hiver. Un veau nouvellement sevré profite rarement beaucoup pendant cette période, s'il n'est pas traité d'une meilleure nourriture que n'ont ordinairement les jeunes animaux. Mais tant que les taureaux sont libres, comme ils le sont généralement en Canada, les vaches doivent naturellement vêler dans toute saison de l'année. Il est bien a désirer que cette pratique cesse, excepté oij l'on tient des vaches pour la laiterie près des villes. Les taureaux pourraient bien rester dans une cour ou ime étable, et recevoir de la nourriture verte à certaines périodes. Vingt ou trente vaches paraissent suffire à un taureau.
La période de la gestation des vaches est, terme moyen (d'après un grand nombre d'expériences), de près de 40 semaines. Mr. Tessier communiqua à l'institut de France les observations suivantes à ce sujet : De 160 vaches 14< vêlèrent entre le 240me. et le 266me. jour ; 3 le 270me. ; 60 le 280me. ; 68 entre le 2S0me. et le 290me. ; 20 le 300me. et 5 le 308me. Les vaches rapportent rarement plus d'un veau à la fois. J'eus deux vaches en Canada qui rapportèrent chacuue, 2 veaux à la fois, et dans les deux cas elles furent les plus petites vaches canadiennes que j'avais.
DE LA MANIÈRE d'ÉLEVER LES BESTIAUX.
La manière d'élever les veaux est variée. Il n'y a pas de doute, que le mode le plus naturel c'est de les laisser tetter leurs mères ; mais ce n'est pour le certain ni le meilleur ni le plus profitable, et les plus beaux veaux que je n'ai jamais vus, furent élevés avec du lait écrémé. J'ai fréquemment pendant la dernière guerre, vu vendre en Irlande des veaux mâles de la race à longues cornes et à l'âge d'un an en lots d'une centaine, à 71. et 91. sterling chaque.
Si les veaux sont nourris au lait écrémé, il devrait avoir bouilli, et être refroidi à la température de celui qui fut d'abord donné par la vache, ou un peu plus chaud, et dans cet état il devrait être donné au veau. On donne souvent le lait au veau, l'ayant seulement chauffé, mais on ne réussit pas si bien de cette manière qu'en le fiiisant bouillir. Si on donne le lait trop froid, le veau aura le débord. Dans ce cas deux ou trois cuilerées de présure mises dans son lait, l'arrêteront bientôt. Si au contraire le veau est constipé, le bouillon au lard est avec succès mis dans son lait. D'abord un gallon de lait par jour suffira pour
Un venu. L'allouance ordinaire est à peu prés lo double de cel:\ au bout des premiers 8 à 10 jours, et elle est un peu augmentée avec l'âge de l'animal. Lorsque le veau a treize semaines à peu près, il fera bien à l'herbe sans lait. Une petite quantité d'avoine et de son, une pinte de chaque à peu près, qu'on donne au veau vers midi, l'avancerait ])eaucoup dès qu'il est capable de le manger ; on devrait aussi le stimuler à manger du foin et pour cela en mettre toujours devant ses yeux. Le veau doit avoir ses portions de lait à des heures déterminées, à 8 heures a.m. et à 4 p. m. et être régulièrement soigné à ces heures, autrement il n'avancera p is. Des expériences ont montré qu'il n'est pas absolument nécessaire de donner du lait aux veaux après qu'ils sont âgés d'un mois : pour les sèvrer graduellement 2 quarts de lait avec une petite quantité de graine de lin bouillie dans l'eau donnés ensemble suffiront ; et en diminuant graduellement le lait, le veau fera bientôt sans lui. Le thé de foin avec 2 quarts de lait fera bien aussi, mais il n'est pas si nutritif que la graine de lin. On fait le thé de foin en mettant la quantité nécessaire de foin dans une cuve ; on y verse une quantité suffisante d'eau bouillante, on couvre la cuve, dans laquelle on laisse l'eau assez longtemps pour extraire la force du foin.
En été on peut nourrir les veaux avec du petit lait de fromage doux seulement. La recette du Duc de Northumberland est, de prendre un gallon de lait écrémé, et d'ajouter à une pinte à peu près une once de thériaque commune en le brassant jusqu'à ce qu'elle y est bien mêlée ; ensuite de pulvériser finement une once de gâteau d'huile de lin et de le laisser doucement tomber en petites quantités dans le lait, qu'on brasse en même temps avec une cuiller de bois, jusqu'à ce qu'elle y est bien mêlée ; on met alors le mélange dans l'autre lait, qu'on fait chauffer à la température du lait qui vient d'être tiré de la vache, on le donne dans cet état au veau. On peut de temps en temps augmenter la quantité du gâteau d'huile pulvérisé à mesure que le veau s'y accouiume. Une autre méthode consiste à faire bouillir pendant 10 minutes un quart de graine de lin dans six quarts d'eau, et d'en mêler la gelée d'une petite quantité de thé de foin ; de cette manière les veaux sont élevés sans lait. S'il y a de l'herbe en été il fera du bien aux veaux, d'être mis dans un pâturage riche, 8 ou 10 jours après leur naissance. Le temps pour faire l'opération de la castration aux bêtes à cornes, com-me à tous les autres animaux, excepté les chevaux, c'est pendant qu'elles sont encore très jeunes, et précisément assez fortes pour pouvoir se soumettre à cette opération sévère sans courir le danger qu'elle leur soit fatale. On coupe donc ordinairement les mâles à l'âge d'une semaine à un mois, et si on la fait aux femelles, à celui de 2 ou 3 mois. Cette opération ne doit pas être négligée à cet âge.
Les veaux ont besoin d'un bon pâturage depuis le temps qu'ils sont sevrés jusqu'en hiver, et pendant cette saison de bon foin, avec lequel ils profiteront sans aucune autre nourriture. Us doivent avoir une étable à part, avec une crèche pour le foin, et une petite cour, s'il est possible, pour les tenir séparés des animaux plus grands. Je crois qu'il n'est ])as nécessaire de mentionner des racines, telles que les carottes,
les navets, les pommes de terre comme une bonne nourriture aux veauxj les fermiers qui ont abondance de ces végétaux, trouveront plus profitable, de les faire consommer par de plus grands animaux qu'ils ont à l'engrais ; et les veaux n'en auront pas besoin s'ils reçoivent une quantité suffisante de bon foin.
DE l'engrais des VEAUX.
On a dit que la race la plus avantageuse pour nourrir des veaux de boucherie est cette sorte de vaches, qui donnent le plus de lait, dont la richesse de la qualité n'est pas un grand objet, ni adaptée au but en vue. En Angleterre on préfère les grandes vaches de Holderness sous ce rapport, non pourtant pour nourrir des veaux de la même, mais d'une race plus petite ; et on prétend que les veaux de Devonshire surpassent tous les autres nourrissons et pour la rapidité de l'engrais et pour la beauté de la viande.
La méthode d'engraisser les veaux en Canada c'est de les laisser tetter leur mère. La période nécessaire pour engraisser les veaux de cette manière doit différer selon les circonstances, mais en général c'est de 6 à 9 semaines. Dans des situations où le lait est un article profitable, les veaux ne payeront pas les frais de l'engrais. Je crois que la méthode hollandaise d'engraisser les veaux est préférable à celle de les laisser telter : c'est la suivante : — le parquet dans lequel se trouve le ve-au est assez étroit pour qu'il ne puisse pas s'y retourner, de sorte qu'il ne peut qu'aller en arrière jusqu'à la fin du parquet qui est courte aussi, et en avant vers la porte : il est tenu en parfaite obscurité, bien propre et a un plancher en entier au niveau. Si le nourisseur vient pour porter le lait, il ouvre un petit trou, assez grand pour qu'il puisse y passer la tête et qui se trouve dans la porte ; dès que l'animal voit la lumière, il s'avance, sort la tête, que le vacher met dans la chaudière ; et ayant appris à boire le lait, il engraisse plus rapidement que par aucune de nos méthodes, où l'on attache le veau ou bien où on lui permet de courir dans la place ou la cour. Les fermiers hollandais suspendent un morceau de craie près de la porte pour que le veau puisse le lécher ; et s'ils sont pour l'ôter, le parquet est construit quant à sa hauteur de sorte que si la porte est ouverte, il tombe dans la voiture, dans laquelle entre le veau et y est attaché. Le plancher des parquets hollandais est en ouvrage de treillis, de sorte que le veau y est toujours parfaitement sec. De cette manière la quantité de lait pour engraisser partaitement le veau est donnée, que sa mère en ait assez ellemême ou non. Si le veau est constipé, un peu de bouillon de lard ou de mouton le remettra; et s'il commence à se purger, une petite quantité de présure dont on se sert pour faire prendre le lait, le guérira. Dans le cours de l'eograis on donne aux veaux de la farine d'orge et de la graine de lin bouillie. On doit un peu saigner le veau une ou deux fois dans la dernière semaine ou les derniers dix joiîrs.
Le prix des veaux gras varie selon le bon état du jeune animal et le temps de Tannée qu'on en dispose. Au marché de Montréal, un veau
5^as de six ou huit semaines 6e payera six à huit piastres ; et à l'âge à'un mois 3 à 5 piastres. Ce qui suit est une estimation comparative des différens usages qu'on fait du hiit, savoir: en engraissant des veaux, et en Aiisant du fromage dans le comté de Gloucester en Angleterre, On trouvera que cette estimation est exacte pour le Canada aussi, excepté quant aux prix des articles.
** En engraissant des veaux pour la boucherie, il faut ordinairement 7 semaines pour les porter au poids d'un quintal chaque ; et ils consomment la quantité suivante de lait : à peu près 10 gallons la première semaine, 16 la seconde, 20 la troisième, 24 la quatrième, 27 la cinqîème, 30 la sixième et 32 la septième ; de sorte qu'il faut 159, disons 160 gallons de lait pour produire 112 livres de veau. La valeur moyenne en argent des modes précités de convertir le lait en un article de vente est la suivante : —
100 gallons de lait produisent 1121bs. de fromage
de la meilleure qualité, qui à 6d. par liv. font £2 16 0 Et 5 liv. de beurre de petit lait, ce qui à 8d. par
liv. fait ... - 34 Valeur de 100 gallons de lait converti en fromage, - - . 2 19 3
100 gallons de lait produisent 34 liv. da beurre à
lOd. par liv. - - T , . " 1 18 4
Et 74 liv. de fromage de la qualité inférieure à
3d, par liv. .... 18 6
Valeur de 100 gallons de lait converti ea beurre et
fromage, . . - - — 2 6 10
100 galions produisent 112 liv- de veau, â 7ld.
par liv. - - - - 3 10 0
Mais des veaux se vendent après leur naissance
10 chelins - - - - 0 10 0
Ce qui déduit laisse comme valeur de 100 gallons
de lait à - - - - 3 0 0
Donc la valeur de 100 gallons en engraissant les
veaux est de - - - 117 6
Donc il est plus profitable de faire du fromage de première qualité, que d'en fùre du beurre et du fromage inférieur, ou d'engraisser les veaux. "
On n'aura pas ces prix en Canada ; mais si on f^iisait de bon f roniage, on approchera plutôt de ces prix que ne ferait le veau, qui se vend rarement à plus de 3d. la livre. Quoique les veaux ne soient pas si grands ici qu'en Angleterre, cependant la même quantité de lait produira la même quantité de viande ici comme en Angleterre, si les veaux sont convenablement traités. Je ne doute nullement que le lait des vaches canadiennes tenues en bon pâturage, sera tout aussi ric|ie que celui des vaches anglaises, si seulement nous pouvions avoir ces bons pâturages pendant l'été.
DB l'engrais des BESTIAUX.
L'engrais des animnux exige une attention considérable et constante^ et le grand point c'est d'engraisser rapidement. Un animal qui grandit n'a besoin que d'autant de nourriture qu'il lui faut pour être toujours en bon état, sans le forcer ; mais s'il est à l'engrais il doit avoir autant de bonne nourriture qu'il peut être induit à manger sans indigestion, autrement des animaux de toute espèce peuvent être tenus à l'engrais pendant des mois entiers, sans gagner utie livre de viande.
Jusqu^à présent l'engrais des bestiaux a été beaucoup négligé en Canada tant en été qu'en hiver. Je voudmis pouvoir persuader les fermiers d'introduire généralement et en grand cette branche très nécessaire de l'cconomie rurale, au moins en autant qu'il nous faut pour notre propre besoin. Si la protection contre la compétition étrangère est nécessaire, on ne refusera certainement pas une protection raisonnable. Je prétends que le Canada est capable de satisfaire à tous les besoins de sa popidalion quant à la viande, le fromage, le beurre^ de la manière la plus ample ; et que s<m a^vcullun ne peut jamais paî^venir à un état prospère jusqu^ à ce quHl les f ournisse dans toute son étendue. Son agriculture arable ne peut pas se maintenir avec avantage sans adopter un sj ^tè'i e fl'; s^olement, dans lequel une diversité d'espèces de plantes est introduite ; et afin de consommer la portion de ces retours qui ne sert qu'à engraisser les animaux, le nombre de ses bestiaux doit être augmenté, ne fût-ce que pour fournir les fumiers à la culture arable, sans lesquels on n'aura pas des retours qui payeront généralement les dé> penses de leur culture.
La nourriture des bestiaux qui sont à l'engrais en été c'est l'herbe dans les pâturages ; en hiver le foin, les gâteaux d'huile, les pommes de terre, le grain et le rejet des distilleries. A ces objets on peut ajouter les carottes, les panais, les choux de Siam. L'âge dans lequel on peut engraisser les bestiaux avec profit, dépend de la manière qu'ils ont été élevés, et des qualités de la race quant à sa disposition d'engraisser plutôt ou plus tard, de travailler, de donner du lait, de se propager ou d'être seulement élevés peur le boucher. Dans le dernier cas on aura une race améliorée pour la boucherie à l'âge de trois ans et demi ; et si on ne les fait pas travailler, on ne doit jamais les garder au de là de Fâge de quatre ans ; si on les garde plus longtemps ils ne rembourseront pas leur entretien, quel que soit le prix qu'on puisse en obtenir. J'ai vu vendre à Montréal des bœufs de 7 ans, qui devaient bien réduire les profits du fermier, si on considère que ces bestiaux doivent rester dans l'étabJe ou sous des appentis pendant cinq ou six mois de l'année et nourris d'aîimens secs. Un animal qui pourrait être engraissé et porté de 700 à 1000 livres à l'âge de 3| ou 4- ans, payerait mieux qu'un autre qui aurait le double de son poids à l'âge de 6 ou 7 ans, sans parler du risque de mort ou d'autres accidens. Aucun bétail ne payera dans ce pays s'il ne parvient à maturité en bas âge.
En nourrissant les bestiaux dans l'étable il est plus avantageux d'avoir des loges séparée^ pour chacun. Cela empochera que le plus fai*
vie ne soit morgué par le plus fort, et tous pourront manger leur nourriture sans crainte. Les bôtes à cornes sont surtout remarquables par leur esprit de dominer ; il y en aura à peine une dans un troupeau qui ne tâchera de maîtriser ceux qui sont plus flùbles qu'elle, et c'est une des princip ales causes de la différence dans la condition d'un nombre d'animaux après l'hivernement. Des vaches qui sont inclinées à heurter de la tête, doivent avoir leurs cornes coupées au bout. En nourrissant l'hiver les bestiaux dans la cour, il est bon d'attacher les plus forts dans leur étable, autrement les r)lus faibles ne pourront pas facilement manger beaucoup de la crèche.
Les bestiaux qui sont nourris d'herbe en été, doivent, s'il se peut, être séparés des autres et des vaches laitières ; ils doivent avoir un pâturage suffisant jusqu'à ce qu'ils soient gras ; et s'ils l'ont et qu'ils sont mis à l'herbe en bon état, ils engraisseront en trois mois. En ks nourrissant pendant l'hiver dans rétiible,on donnera régulièrement abondance de fourrage riche, on tiendra les animaux propres ; voilà les deux points principaux à observer. Si les animaux entrent en hivernement dans l'état qu'ils devraient être chez tout fermier, ils engraisseront bientôt. Lorsqu'on donne des pommes de terre on fera bien de les faire cuire invariablement. Un bushel de pommes de terre cuites vaudra mieux que 2 bushels et plus de brutes. Un bushel de pommes de terre cuites donné en trois repas suffira avec du foin à un animal du poids de 1200 ou 1400 livres en vie. Cent bushels de pommes de terre donnés de cette manière engraisseront bien un bœuf de 1000 livres ; et des animaux plus petits doivent avoir moins en proportion. Un gallon d'avoine, d'orge ou de blé d'inde moulus, donné dans de l'eau chaude à midi, ser.ùt un excellent surrogat d'un tiers de la portion journalière de pommes de terre. Les carottes et les panais contiennent à peu près un tiers de nourriture qu'on trouve dans les pommes de terre ; donc si l'on se sert de ces racines pour nourrir les animaux, il en faudra à peu près le triple de la quantité requise de pommes de terre. Toute sorte de grain inférieur peut servir à engraisser les bestiaux j le rejet des distilleries y peut avantageusement être appliqué. La chose principale qu'on doit observer en se servant de cette nourriture, c'est d'en fournir autant que les bestiaux peuvent manger sans indigestion, de les tenir parfaitement propres dans les mangeoires et de leur donner une bonne litière. On doit nettoyer de même trois ou quatre fois par jour et quelquefois plus souvent. On dit que la méthode d'engraisser les bestiaux le plus rapidement dans l'étable, c'est celle de les nourrir d'un mélange de son et d'huile de lin ; la proportion pour un animal de grandeur moyenne serait deux picotins, ou 4 gallons de son divisés entre trois repas ; et une demie pinte d'huile, bien mêlée avec le son pour chaque ; pour de grands animaux la portion doit être augmentée. Il sera aussi facile d'engraisser une vache ou une génisse de trois ans, qu'un bœuf de quatre.
On a généralement trouvé, et j'en ai l'expérience moi-même, que des génisses ou de jeunes vaches, d'une bonne espèce produiront, si elles sont engraissées plus de bœuf par acre, ou êi elles sont tenues à l'éta-
Me, en raison de la nourriture qu'elles consomment que ne feront ifes bœufs. Les fermiers trouveront une grande différence même dans les animaux de la même race, quant à leur disposition d'engraisser. Si un fermier est pleinement convaincu qu'il possède un animal d'une espèce quelconque, qui n'est^as disposé à engraisser, ou qui est malicieux^ il doit s'en défaire à la première occasion ; la première perte sera pour lui la meilleure.
Je crois qu'on peut facilement s'assurer du poids profitable d'animaux gras, en les pesant avant de les tuer. J'ai pris un animal gras de l'étable, je l'ai mené à peu près cinq milles, et puis je l'ai pesé. Le poids fut de près de 1300 livres, et le boucher auquel je l'ai vendu, m'informa du poids, après sa mort, du bœuf, de la graisse, des resles,, la peau incluse, et il fut de 900 livres. Donc la difTérence du poids ne fut p<^,s entièrement d'im tiers. Si un animal a été longtemps sans nourriture lorsqu'il est pesé, il y aura certainement une grande différence de poids entre lui et ceux qui sortent de l'étable ; mais je crois qu'un tiers sera à peu près la différence du poids en vie et celui après la mort des animaux destinés au boucher.