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Sarrazin, quatre labours, sans engrais aucuns

L'agriculture au drill n'a jamais été généralemf^nt pratiquée dans les Pays-Bas.

Le blé en Flandre n'est pas souvent vicié. La plupart des fermiers changent leurs semences, et d'autres, en différends lieux, les trempent dans de l'eau salée, ou de l'urine, où l'on a mis de la couperose ou du vert-de-gris. La proportion de vert-de-gris est d'une demie livre pour chaque six boisseaux de semences, et le temps pendant lequel elles doivent rester dans cette mixtion est de trois heures, et si l'on se sert d'urine de vache, d'une heure seulement, à cause du sel ammoniac qui s'y trouve et que l'on considère comme nuisible. La semence la plus mûre et la plus volumineuse est toujours préférée.

Le seigle se cultive et comme le grain au pain, et pour la distillerie. Souvent en Flandre, et généralement dans le Brabant, l'agriculteur qui cultive de cent à deux cents acres de sol léger est aussi distillateur, uniquement pour se procurer les engrais d'animaux, afin d'améliorer la terre, les animaux étant nourris avec la paille du seigle et les grains de la distillerie.

On cultive beaucoup les navettes en Flandre, pour la graine, et comme aliment pour les troupeaux ; mais le climat du Canada n'est pas propice pour cela, à cause de la rigueur de ses hivers.

La fréquence des fumures chez les cultivateurs flamands étonne les étrangers. Les sources d'où ils les obtiennent en s^jffisante quantité forment la difficulté, et c'est ce qu'on ne peut résoudre qu'en songeant à l'usage où ils sont de recueillir les engrais, etc. des villes et villages nombreux, et du soin avec lequel on conserve dans ce but tous les restes des substances végétales ou animales. Les engrais en Flandre, comme en Chine, sont un article de commerce. On peut facilement s'assurer du prix de vente de chaque espèce d'engrais. Les villes afferment le nettoiement des rues et des retraits publics, à des prix très élevés. Chaptal dit qu'il y a dans chaque ville des courtiers assermentés, exprès pour estimer les vidanges des privés, et que ces courtiers connaissent exactement le dégré de fermentation de ces engrais qui convient à chaque espèce de végétaux, aux diverses époques de la croissance.

Toute substance qui constitue les engrais ou qui peut y être convertie, est recherchée avec empressement, ce qui explique l'extrême propreté des villes et pavés en Flandre, qu'on nettoie, comme une source de profit, de moment en moment, avec des balais et des brouettes. Il n'y a pas jusqu'aux copeaux, qui s'accumulent par la fabrication des sabots que portent les paysans, qui ne soient destinés à faire partie du meulon de fumier ; et souvent, sur les terrains arides, on cultive des arbres, simplement pour y demeurer jusqu'à ce que, tombées, leurs feuilles aient, avec le temps, formé une surface artificielle pour favoriser la cujture. Les engrais généralement en usage sont les fumiers de cour de ferme, c'est-à-dire un mélange de toutes les substances que la cour de la ferme fournit, amenées à l'état d'engrais, comme fumier et litières des écuries, balles, balayures, vase et salités, entassés dans un endroit creux de la cour, et disposés de manière à ce que les sucs

puissent ne pas so dissiper. Et le prix de cette mixtion, au royage de 1,500 livres de Gand, est estimé a cinq francs. Le fumier de moutons, de pigeons ou de volaille, à cinq francs et demi le voyage de même poids. Balayures de rues et de cliemins, trois francs, même quantité. Cendres de tourbe et de bois mêlées, huit francs, même quantité. Engrais de privés et urines, sept francs, même quantité. Chaux, même quantité, vingt-quatre francs. Gâteaux de navette, quinze francs, par cent gâteaux.

Le gypse, les plantes marines et les sédimens des canaux, ont tous été éprouvés par expérience et suivis de résultats favorables ; mais les deux premiers ont été simplement mis à essai ; quant aux sédimens on s'en est servi avec succès dans les environs de Bruges.

Les engrais d'os étaient entièrement inconnus en Flandre ; mais, suggérée pur RadclifT, on en fait maintenant l'expf'rience dans ce pays. Les instrumens aratoires de Flandre ne sont pas de beaucoup près tels que, d'après l'excellence de l'agriculture flamande, nous serions portés à le croire. Généralement ils sont grossièrement construits.

Les opérations agricoles de toutes sortes se font en Flandre avec un soin tout particulier. Fréquemment on laboure les sols sur les terres fortes, pour les pulvériser et les nétoyer, et sur les sols légers, pour détruire les mauvaises herbes et mélanger les engrais avec le fond. Lorsque l'on considère que, généralement, une seule pair de chevaux est employée à trente acres environs de labours, il est surprenant que le temps puisse suffire au nombre de labours qui sont pratiqués si universellement, et à l'exécution de tous les autres travaux ruraux. Le nombre de ces labours, pour les diverses récoltes respectivement, est très généralement comme suit ;

Blé, deux labours et deux hersages.

Seigle, 2 ou 3 id. id. Orge, 3 id. id.

Avoine, 3 - id. id. Tabac, 4 id. 2 hersages.

Patates, 4 - id. id. Chanvre, 4 id. 2 id.

Carottes, 4 - id. id. Navets, 3 id. 3 id.

Lin, 2 - id. id. Alsine, id. id.

Sarrazin, 4 - id. id. Fèves 2 2 id.

Navettes, 3 - id. id. Jachère, 4 ou 5, même her-

sage.

Les labours à la bêche, comme cela se pratique en Toscane, sont un trait particulier à ce pays et à la Flandre. La profondeur du défoncement varie selon le sol, mais elle est généralement de près de deux pieds.

Les animaux de Flandre ne sont pas aussi bien soignés ni améliorés qu'on pourrait le penser, ce qui doit s'attribuer à l'attention extraordinaire que l'on porte à la culture des labours. La race des chevaux de travail est excellente. On apporte beaucoup de soins à la ferrure des chevaux en Flandre, et depuis long-temps on pratique dans ce pays le mode de garantir les parois du sabot, et de mettre ia fourchette en contact avec la terre, ainsi que le recommandent, en Angleterre, Freeman et le professeur Colman. Pour provenir les crevasses, on rogne vers la

partie antérieure la corne des pieds de devant, et le ter e*t posé de manière que le devant ne puisse, à trois quarts de pouce près, toucher la même surface plane sur laquelle reposent le talon et le milieu du fer. Cette préparation du pied est d'un usage général, les chevaux n'en sont nullement incommodés, et se trouvent ferrés très solidement. En outre le fer est cloué et collé à plat sur le pied, ce qui, en privant le fer de tout relâchement et de toute pression inégale sur les clous, est, en partie, la cause de la durée de la ferrure.

La nourriture d'une vache par vingt-quatre heures, en hiver, est de dix-huit livres de paille et de soixante livres de navets ; quelques agriculteurs font bouillir les navets avant de les leur donner, d'autres les leur donnent crus, après les avoir hachés avec la bêche ; en guise de navets, on fait de temps en temps usage de patates, de carottes et de grains. On se sert aussi de la paille de fève ; puis, uniformément, d'un breuvage blanc, préparé pour les vaches et les chevaux et fi\it avec de l'eau dans laquelle on met tremper quelques gâteaux à l'huile et que l'on blanchit avec de la farine de seigle, d'avoine ou desarrazin. Par propreté, lorsqu'on trait les vaches, on attache leurs queues à une corde suspendue au faîtage de Fétabie. Les vacheries en Flandre et en Hollande sont tenues extrêmement propres et chaudes. Les Hollandais ont une répugnance particulière à dévoiler les secrets de la conduite de leurs laiteries ; et malgré les pressantes questions de Sir John Sinclair à ce sujet, on ne lui donna aucune idée satisfesante de leur mode de fabriquer le beurre ou le fromage.

A une certaine saison de l'année, les chenilles s'attachent aux arbres, et chaque agriculteur est tenu de les détruire sur sa ferme à la satisfaction du maire de sa commune, ou on le fait malgré lui et à ses dépens.

La condition privée de l'agrictilteur flamand et de ses domestiques est représentée par Radcliff sous un point de vue favorable. *'Rien," dit-il, " ne tend plus à l'avancement uniforme d'une bonne culture qu'un certain dégré d'aisance et de bonheur chez ceux qui occupent le sol et dans les classes ouvrières qu'ils emploient. Sans cela, afin de faire face aux conjonctures et aux difficultés du moment, on a recours à des récoltes irrégulières, spéculatives et anticipées et toujours suivies de pertes accidentelles ; tandis que, dans d'autres circonstances, les retours successifs d'une rotation bien ordonnée deviennent le but du fermier, plutôt que le produit forcé d'une seule année ; et tandis qu'il sert ainsi lui-même ses intérêts, le propriétaire y trouve des garanties, et ses terres de l'amélioration. L'industrie laborieuse du fermier flamand est récompensée par des intervalles de rafraichissemens confortables, et les domestiques de la ferme sont traités avec douceur et respect ; ils ont part au pot commun de leur maitre, ses rafraichissemens de thé, de café et de bierre exceptés.

Rarement l'agriculteur flamand amasse des richesses ; mais il est rare qu'il soit affligé de la pauvreté. Industrie, frugalité, voilà ce qui le caractérise, Jamais il ne porte son ambition au-delà d'une honnête

aisance ; il s'abstient des boissons spiritueuses, quelque facile qu'il soit de se les procurer. A peine voit-on un mendiant, si ce n'est dans les villes, où même ils sont peu nombreux ; l'industrie les protège contre Tindigence.

Le manque d'une quantité suffisante d'engrais fait qu'il est nécessaire de mettre les terres labourables en pacage pendant quelque temps, après quoi on doit les soumettre de nouveau à la charrue. C'est ce que l'on pratiqua d'abord dans le Holstem et à Mecklenbourg comme rotation régulière, et c'est ce qui a bientôt élevé ces contrées au rang des nations agricoles.

Dans le Holstein, le mode d'assolement pour les terrains médiocrement bons est comme suit : 1, avoine, pour les prés nouvellement re„. tournés ; 2. jachère, aân de détruire les herbes et accélérer la décomposition de leurs racines ; 3. blé, avec ou sans engrais, selon l'état de la terre ; 4. fèves, orge ou avoine ; 5. blé fumé, à moins qu'on ne Tait fait des fèves l'année précédente ; 6. graines d'herbe, pâturées pendant trois ans ou plus, alors recommence la rotation.

A Mecklenbourg, l'assolement se divise ainsi : 1. fèves, avec engrais, ou patates ; 2. blé ou avoine ; 3. orge ou avoine, à moins qu'elle n'ait été semée l'année précédente ; 4. pois ou vesce fumés ; 5 blé ; 6. trèfle blanc et graines d'herbe, semées l'année précédente parmi le blé et conservées en prairies pendant la 7ème. et la Sème, année. Point de jachère, dans un climat humide il est difficile de conserver les terres propres ; on pourrait, néanmoins, l'introduire facilement, comme -dans la rotation du Holstein.

Voici un autre assolement : 1. avoine ; 2. fèves et forte fumure, ou •patates ; 3. blé ; 4. vesce, engrais ; ô. orge ; Q, trèfle et graines d'herbe, fauchés comme foin et fourrage vert : 7 et 8, idem, engrais. Bien administrées toutes ces choses sont excellentes pour un sol médiocrement bon* Si le sol est très riche, de toutes les rotations celle qui suit est la plus profitable : 1. graines de navette, forte fumure ; 2. blé ; 3. fèves ou patates, avec engrais et rechaussées ; 4. orge ; 5, trèfle ; 6. blé ; 7. avoine, trèfle blanc et graines d'herbe, pâturées pendant deux ou trois ans. L*objet principal de ce système de culture est de tenir le fonds en bon état et libre autant que possible de toutes plantes parasites ; par ce moyen Therbe sera abondante et demeurera bonne pendant plusieurs années. Arrosée, au printemps, d'engrais liquides, elle se multipliera assez pour qu'on en puisse faire la récolte en foin, ou la couper verte pour le bétail à Tétable. La foulure des moutons et du gros bétail est très utile aux sols légers ; aux sols lourds, aquatiques, elle est très nuisible. Cette rotation ne convient pas aux terrains humides.

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