‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 2)Chapitre 106 sur 109 · x , d’où · texte numérisé non relu

x , d’où

Enfin , pour dernière remarque , nous devons faire observer que les causes qui peuvent influer sur les résultats de la teinture en général exerçant leur influence sur les essais de garance , il est de la plus grande importance de bien se pénétrer de ce qui sera dit à ce sujet à l’article Garançage .

Si nous sommes entré dans d’aussi longs détails sur ce procédé , c’est qu’il offre le plus de garanties et qu’en outre il est applicable à la plupart des substances colorantes qui se fixent sur les tissus par le concours d’un mordant. On fait même application du principe sur lequel il repose , à l’essai des matières tinctoriales qui ne s’emploient que comme couleurs d’application. Beaucoup de ces matières , en effet , ne sont plus achetées qu après avoir été déposées et fixées à la vapeur sur des étoffes de coton, de laine et de mi-laine ; en sorte que le fabricant peut toujours , avant d’en faire l’acquisition , se former une idée juste et précise du parti qu’il en peut tirer &oüs le rapport de la richesse, de la vivacité et de la solidité de la

nuance , puisque rien ne lui est plus facile que d’avoir pour chacune de ces substances une gamme normale à laquelle il compare les résultats de ses essais.

§ 39 h. Étude chimique de la garance. Nous abordons maintenant un des sujets les plus difficiles que nous ayons eus à traiter jusqu’ici, attendu que, malgré toutes les recherches dont il a été l’objet, il est encore entouré d’une grande obscurité , et qu’il est presque impossible de coordonner la multitude de résultats souvent opposés qu’on a obtenus dans l’étude de la garance ; nous croyons donc ne pouvoir mieux faire que de suivre l’ordre chronologique des travaux qui ont été publiés sur cette matière. Les premiers émanent des ateliers de teinture; les observations qu’ils renferment portent pour la plupart sur la garance en elle-même , et ont pour objet de faire connaître les moyens de mieux l’utiliser et d’en obtenir des couleurs solides. Les seconds sont sortis des laboratoires , et renferment les recherches auxquelles les chimistes se sont livrés à partir de 1823, d’une part, pour extraire la matière colorante de cette substance tinctoriale ; d’une autre , pour en découvrir les propriétés, afin d’en rendre l’application plus facile et plus rationnelle.

Parmi les premiers, il en est un qui se distingue de tous les autres par son importance dans l’application; il est dû à J.-M. Haussmann. Par une lettre adressée à M. Berthollet (1) en 1791 , il nous apprend qu’à la porte de Rouen il avait déjà, enl77à, imprimé des indiennes d’après les recettes de Scheule, et obtenu des couleurs comparables , pour la vivacité , à celles que ce dernier fabricant, un des plus renommés de l’époque, produisait de son côté à Augsbourg ; qu’il attribua d’abord ce succès à la pureté et à la proportion des mordants qu’il employait, mais qu’en arrivant au Logelbach , près Colmar, n’ayant rien pu produire de beau avec les mêmes mordants ,

(!) Annales de chimie , t. X, p. 326.

il eut recours à l’analyse, et que des observations rigoureuses sur le rôle que joue chacun des ingrédients qui constituent un bain de teinture en garance lui firent découvrir que l’addition d’une certaine quantité de craie à X eau pure du Logelbach était indispensable pour arriver à de bons résultats. « Les nuances » que l’on obtient par ce moyen , dit-il , sont non seulement >■ plus foncées avec le même mordant, mais elles résistent » beaucoup mieux à l’action de l’eau de son , à celle du pré , » à l’acide muriatique oxigéné (chlore) mêlé avec la potasse, v aux lessives alcalines et au savon. Ce que je viens de dire, » c’est un fait incontestable dont je me suis convaincu par des » expériences très variées pendant 15 ans. J’ose même affirmer « que l’on ne pourra fabriquer des indiennes fines, et teindre » le fil en véritable rouge d’Andrinople , nulle part avec l’eau « qui ne contiendra pas du carbonate calcaire , à moins qu’on » n’en ajoute au bain de garance. »

Dès que M. Haussmann eut publié le résultat de ses recherches , plusieurs fabricants s’empressèrent de le mettre à profit. Nous devons à l’obligeance de M. Daniel Kœchlin une note sur la fabrication de l’indienne, qui date de 180â. D’après cette note, la garance a besoin d’un adjoint (carbonate potassique, sodique ou calcique) pour être fixée solidement sur la toile. Si, en effet, déchirant un échantillon imprimé de mordant rouge en deux parties , on teint l’une de ces parties avec la garance et l’eau pure, et l’autre avec ces deux substances, plus une certaine quantité de craie, la nuance du dernier échantillon est vive, résiste à l’air, à la lumière, aux acides et au chlore , tandis que dans les mêmes circonstances la nuance du premier disparaît complètement ou est fortement altérée. Dans chaque teinture rouge on emploie ordinairement

Sur 4 5 kil. de garance 4 kil, de craie ,

ou bien 0k,100 de chaux caustique, ou enfin 0k,64 de carbonate potassique ou sodique.

MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. /l 8J

Cette expérience de Haussmann, vérifiée par tous le 5 fabricants, explique comment Volker (1) a pu avancer que le savon affaiblit et détruit la couleur de la garance.

M. D. Kœchlin partage l’opinion émise par Haussmann sur le rôle de la craie , et pense qu’elle sature un acide libre qui se trouve dans la garance ; mais ce n’est pas le moment de discuter cette question, que nous aurons à examiner plus tard.

Beckmarin et Dambournay , ce dernier surtout , ont fait des essais qui les ont amenés à soutenir que la racine de garance fraîche offre plus d’avantage en teinture qu’une garance desséchée; car, seloneux, la première donnerait des résultats plus favorables qu’un poids de garance desséchée égal à celui de la matière sèche contenue dans la garance fraîche. Ces résultats, combattus directement par une note de M. Edouard Kœchlin (2), étaient déjà indirectement infirmés par des observations très nombreuses et très anciennes. Aujourd’hui, les fabricants s’accordent à reconnaître qu’une garance , en avançant en âge , gagne pendant un certain temps sous le double rapport de sa valeur tinctoriale et de la vivacité des nuances qu’elle engendre. Selon M. D. Kœchlin (Notes inédites de 1804) , dans tous les genres de fabrication, dans ceux surtout où il y a trois rouges, la garance d’Alsace ne doit être employée que la deuxième ou même la troisième année après sa fabrication, pour donner des rouges qui résistent à l’action du soleil et des passages au savon et au son. Quand elle a plus de trois ans , elle perd de ses parties colorantes. 11 en est de meme de la garance d’Avignon ; quant à la garance de Hollande, on peut s’en servir depuis la deuxième jusqu’à la cinquième année.

Il va sans dire que ces observations ne portent que sur la garance en tonneau, exposée à recevoir en même temps l’action

(1) Annales de chimie, t. IV, p. 104.

(2) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, t. Tl, p. 232

de l’humidité et de l’oxigène (Je l’air. Renfermée dens des flacons bien bouchés , cette poudre , ainsi que nous l’avons dit précédemment, se conserve au contraire très longtemps. En preuve des modifications que l’âge amène dans les garances conservées à l’abri du contact de l’air, à mesure qu’elles avancent en âge, nous citerons le fait suivant : M. Schweighaeuser, qui a été parmi les fabricants de garance un des premiers à reconnaître la nécessité de les conserver dans des vases hermétiquement fermés, nous remit, il y a trois ans, un flacon plein de garance pure d’Alsace qui datait de 1829 , et nos fûmes très surpris de voir qu’à la teinture elle se comportait absolument comme la garance Paluds . c’est-à-dire que , comme cette dernière , elle nous donnait des couleurs solides sans le concours de la craie. Sans doute , ce résultat était dû à la double décomposition qui s’était opérée à la longue entre les sels renfermés dans la garance d’Alsace.

Le célèbre Watt (1) a fait aussi sur la garance de Zélande des expériences qui établissent , 1° que le principe colorant qu’elle contient se dissout difficilement dans l’eau , mais que l’eau froide peut, comme l’eau chaude, également en enlever une certaine quantité , avec cette différence que la couleur extraite à froid a plus d’éclat que la couleur à chaud , et qui est plus brune ; 2° que, lorsqu’une infusion de garance est lentement évaporée dans un vase ouvert au contact de l’air libre, il se forme à sa surface une pellicule qui tombe peu à peu au fond du vase à mesure qu’il s’en forme une autre, et ainsi de suite jusqu'à dessiccation complète, et que l’extrait ainsi formé ne se dissout plus qu’en partie dans l’eau. Il ajoute que le même effet se produit encore lorsqu’au lieu d’évaporer la liqueur, on se contente de l’abandonner à elle-même dans un vase ouvert. Berthollet fait. remarquer à cette occasion que, d’après les expériences de M. Th. de Saussure concernant l’in-

( l) Annales de chimie , t. IV, p. 104.

fluence qu exerce l’oxigène sur les spcs végétaux, il y aurait dans ce cas fixation d’oxigène. Deux autres expériences de Watt constatent que le contact prolongé de la garance avec les acides la fait passer au vert.

Viennent ensuite les premières expériences de M. Kuhlmann (1), qui, après s’être livré à l’analyse des principes constitutifs de la garance , annonça en 1823 être parvenu à extraire de cette racine :

I ° Une matière colorante fauve obtenue par l'eau froide ,

2° Une matière colorante rouge obtenue par l’eau chaude ;

3° Du ligneux ;

4° Un acide végétal ;

5° Une matière mucilagineuse ;

6° Une matière végéto- animale :

7° De la gomme ;

8° Du sucre ;

9° Une matière amère :

4 0° Une résine odorante;

4 1 0 Les matières salines des cendres dont nous avons donné la composition plus haut.

Bucholz trouvait dans 1 00 parties de garance séchée à l’air :

Matière extractive rouge de la garance . 39,0

Matière brun-rouge , soluble dans les alcalis et l’alcool

chaud . 1,9

Matière extractive caustique . 0,6

Résine grasse rouge . 4,2

Gomme brun -rouge . 9,0

Fibre ligneuse un peu rougeâtre . 22,5

Matière soluble seulement dans la potasse . 4,6

Sels végétaux de chaux . 4,8

Eau . 42,0

Perte . 7,4

(I) Annales de chimie et de physique , t. XXIV, p. 225.

John, de son côté, avançait que 99 parties de garance contenaient :

Matière grasse analogue à la cire , brun-rouge .... 4,0

Matière rouge résineuse . 3,0

Matière extractive rouge . 20,0

Matière extractive oxidée . 5,0

Gomme brunâtre . 8,0

Fibre ligneuse . 4-3,5

Acétate de potasse et de chaux . 8,0

Phosphate , sulfate et muriate de potasse , à peu près. 2,0

Phosphate de chaux et de magnésie . 7,5

Silice . 4,5

Oxide de fer . 0,5

Tel était l’état de nos connaissances sur cette matière , lorsqu en 1826 MM. Robiquet et Colin , reprenant le procédé d’extraction suivi par M. Kuhlmann, virent que, contrairement à ce qu’avait avancé ce chimiste, les lavages à l’eau froide enlevaient à la garance une matière colorante définie. Laissons parler M. Robiquet lui-même ( Dictionnaire technologique , t. X , p. 61 ) :

« En délayant de la poudre de garance dans trois ou quatre parties d’eau , et ne laissant macérer le tout que 5 à 10 minutes au plus , l’on obtient , en passant avec forte expression ce magma, au travers d’un linge serré , une liqueur visqueuse d’un rouge brun , qui a la propriété de se prendre en gelée au bout de quelques instants de la même manière que le suc de groseilles. Si l’on examine cette liqueur avant que le coagulum ne soit formé , on voit qu’elle a la propriété d’acquérir une couleur cramoisie très foncée par l’addition des alcalis. Après avoir obtenu et fait égoutter la gelée sur un linge serré , on la délaie dans une petite quantité d’eau , puis on la soumet à une pression bien graduée, et lorsqu’elle ne forme plus qu’une pâte assez solide, on la délaie dans de l’alcool absolu, on chauffe légèrement , on filtre et l’on obtient ainsi une teinture d’un

rouge brun très foncé. On. réitère sur le résidu les traitements par l’alcool tant qu’on obtient sensiblement de substance colorante; et lorsque la matière est à peu près épuisée, on réunit toutes les teintures, pour les soumettre à la distillation, afin d’en retirer la majeure partie de l’alcool employé. Quand on en a obtenu environ les 3/4, on ajoute dans le résidu de la cornue une petite quantité d’acide sulfurique faible, puis on étend d’eau et l’on obtient ainsi un précipité très abondant d’un jaune rougeâtre , qu’on lave par décantation jusqu’à ce que l’eau de lavage ne précipite plus parles sels b ary tiques : arrivé à ce point , on filtre , on laisse sécher, et le produit qu’on obtient est une poudre bien sèche, couleur de tabac d’Espagne. Nous avions pris d’abord ce produit pour être la matière colorante pure; mais, après un examen attentif, nous demeurâmes convaincu que nous n’avions encore là qu’une combinaison de plusieurs matières, moins compliquée, à la vérité, que celle de M. Kuhlmann, mais qui n’était cependant pas la matière pure. En effet , bien que se dissolvant complètement dans les alcalis, ce que nous attribuions à l’acidité qui lui est toujours inhérente , et y acquérant une couleur pourpre des plus riches, nous n’obtenions, en ajoutant une solution d’alun dans cette liqueur alcaline, qu’une laque d’un ton sale et vineux. Il fallut donc se mettre de nouveau en recherches , et après avoir fait nombre d’essais infructueux, nous nous avisâmes de soumettre cette matière à une distillation sèche, et c’est en faisant cette opération que nous obtînmes, à notre grande satisfaction, un produit tout-à-fait nouveau pour nous , et qui vint combler nos espérances : c’étaient de longues et belles aiguilles brillantes , d’un jaune rougeâtre, qui se sublimèrent à la paroi supérieure du vase distillatoire. »

Voici les propriétés que ces chimistes ont reconnues à ce produit, auquel ils ont donné le nom d 'alizarine , dont la composition est représentée par : C37 H24 O10.

Il n’est pas sensiblement soluble dans l’eau froide , se dissout

hS 6 MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.

en petite quantité dans l’eau chaude, et sa solution, d’abord d’un beau rose, ne manifeste aucune propriété acide ou alcaline. Les acides le font virer au jaune, les alcalis au bleu, puis au violet ou au rouge, selon le degré de concentration. Les sels aluminiques donnent avec lui, mais seulement dans des conditions déterminées , des laques d’un rouge pur. Il est soluble dans l’alcool, auquel il donne d’abord une teinte rose qui passe peu à peu au rouge brun ; il est également soluble dans l’éther, qui, en sa présence, prend une teinte jaune qu’il conserve, alors même qu’il est privé d’acide.

MM. Robiquet et Colin en étaient là de leurs travaux quand, le 12 août 1826, ils donnèrent connaissance de leurs résultats à la Société philomatique , et lurent, le 6 novembre de la même année, leur mémoire à l’Académie (1). A la même époque, nous nous occupions, M. Gaultier de Claubry et moi, d’un travail sur le même sujet, dont nous avons soumis les principaux résultats à l’Académie, et dont nous extrayons les faits suivants.

Ayant constaté que les acides ne dissolvent pas sensiblement à froid la matière colorante, nous eûmes l’idée de traiter la garance par l’acide sulfurique étendu d’eau, dans le but de lui enlever le sucre et la matière gommeuse qu’elle renferme. A cet effet nous délayâmes de cette poudre dans une quantité d’eau suffisante pour en faire une bouillie, et nous y ajoutâmes 90 grammes d’acide sulfurique par kilogramme de poudre ; puis, après en avoir élevé la température au degré de l’ébullition au moyen d’un courant de vapeur d’eau dirigé dans ce mélange, nous abandonnâmes le tout au repos. Procédant alors à la décantation de la liqueur , nous recueillîmes et fîmes égoutter la garance sur un filtre , et nous la traitâmes jusqu’à épuisement de la matière colorante, d’abord par une solution bouillante de carbonate sodique , puis, quand ce véhicule eut cessé d’agir, par une solution d’alun également bouil-

(I) Annales de chimie et de physique , fc. XXXIV, p. 225,

kinte. La liqueur sodique saturée par le chloride hydrique nous donna un précipité abondant et floconneux qui , débarrassé par des traitements à l’alcool et à l’éther des substances étrangères qui l’accompagnaient, fut considéré par nous comme un véritable principe colorant , auquel nous donnâmes le nom de matière colorante rouge. En traitant la liqueur alumineuse par l’acide sulfurique concentré , nous obtînmes aussitôt un volumineux précipité floconneux rouge-orangé qui , recueilli sur un filtre , lavé à l’eau , puis traité par l'alcool et par l’éther, et enfin retiré de ce dernier liquide sous forme d’aiguilles cristallines d’environ 1 centimètre de longueur, constitua pour nous la matière colorante rose de la garance. Voici maintenant les caractères que nous avons reconnus à ces deux matières côlo- ' r antes retirées de la garance :

Elles sont l’une et l’autre solides, à peu près insolubles dans4 l’eau froide, et peu solubles dans l’eau chaude; inattaquables par les acides faibles , elles sont détruites par l’acide nitrique concentré. L ' acide sulfurique concentre en opère aussi la dissolution ; mais si l'on ajoute de Veau à cette dissolution , la matière colorante se précipite sans avoir éprouvé d altération . Enfin elles se dissolvent dans le sulfure ammonique et dans une solution potassique d’oxide stanneux.

Ce qui les différencie l’une de l’autre , c’est que la matière colorante rouge se dissout dans le chlorure stanneux , tandis que la rose ne s’y dissout pas ; que cette dernière se dissout avec la plus grande facilité dans une solution d’alun , tandis que la première y est insoluble ; enfin que la matière colorante rouge forme avec les hydrates ou carbonates potassique ou sodique des combinaisons solubles, et qui se conservent au contact de l’air, tandis qu’au contraire avec les mêmes corps et dans les mêmes circonstances, la matière colorante rose forme des combinaisons solubles d’abord , mais qui finissent toujours par se troubler à l’air et par devenir insolubles.

Faisons remarquer, avant d’abandonner ce sujet, que nous avons été les premiers, M. Gaultier de Claubry et moi, à constater l’action toute spéciale qu’exerce l’acide sulfurique concentré sur la matière colorante de la garance , action dont on s’est servi plus tard avec tant d’avantage pour purifier la garance et la transformer en ces produits qui jouent maintenant un si grand rôle dans l’industrie.

Bien avant l’époque où nous publiâmes notre travail, nous avions fait des tentatives pour appliquer à l’extraction de la matière colorante de la garance, ce pouvoir dissolvant et unique de l’acide sulfurique concentré et à cet effet nous avions délayé de la garance dans cet acide , et filtré le tout au travers d’une couche de verre pilé. Le liquide que nous obtînmes ainsi n’avait besoin que d’être étendu d’eau pour abandonner la manière colorante qu’il tenait en suspension ; mais l’élévation de température qui s’opère nécessairement par le fait du contact de l’acide sulfurique concentré avec la garance, ayant pour effet de la carboniser et de développer une combinaison organique qui renferme les éléments de l’acide sulfureux, nous dûmes employer de l’acide sulfurique étendu, qui n’offre pas ces inconvénients.

L’année suivante, M. Kuhlmann a adressé à la Société industrielle de Mulhouse un mémoire (1) dans lequel, après avoir expliqué la cause qui l’a induit en erreur dans son premier travail fait en 1823 , et reconnu avec MM. Robiquet et Colin l’existence de Xalizarine , il s’attache à démontrer quelle n’est point extraite en totalité par le procédé qu’indiquent ces chimistes , et que la garance renferme en outre un autre principe colorant , inconnu jusqu’à lui, auquel il donne le nom de xantine , de xantos , jaune brillant couleur de feu, et qu’il obtient de la manière suivante : il épuise la garance par l’ai-

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. I, p. 182.

MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. /j89

cool bouillant, distille la solution alcoolique obtenue , et ajoute au résidu de la distillation une eau aiguisée d’acide sulfurique, qui donne lieu à un précipité orangé très abondant , auquel il reconnaît tous les caractères de l’alizarine , et qu’il sépare par filtration d’une liqueur acide d’un beau jaune citron. Traitant alors cette liqueur par une quantité convenable d’acétate plombique, il en expulse par filtration et à l’état de sulfate plombique insoluble tout l’acide sulfurique employé, et l’évapore à siccité , puis , reprenant le résidu par l’alcool , il obtient sa xantine , dont les caractères principaux sont d’être douce , d’une odeur très forte qui rappelle celle de la garance; d’être très soluble dans l’eau en lui donnant une saveur sucrée, suivie d’une amertume fort désagréable, et très soluble dans l’alcool , tandis qu’elle l’est très peu dans l’éther; de pouvoir être dissoute et colorée peu à peu en vert par l’acide sulfurique concentré , et de donner lieu ainsi à une dissolution qui , étendue d’une certaine quantité d’eau , laisse déposer une poudre d’un beau vert, soluble dans un excès de liquide ; de n’être précipitée , quand elle est dissoute dans l’eau, ni par l’acétate plornbique, ni même par l’acétate tri-plombique ; enfin, quoiqu’elle donne des laques roses avec les sels d’alumine , de donner une couleur orangée aux toiles mordancées, que l’alizarine teint en bleu dans les mêmes circonstances.

A la même époque, MM. Robiquet et Colin adressèrent à la même Société (1) un mémoire intitulé : Moyen de séparer la matière colorante de la garance , et de déterminer la quantité quun poids donné de garance peut contenir. Dans ce travail ils proposent de traiter 25 à 30 grammes de garance par l’acide sulfurique concentré, qui dégage de l’acide sulfureux en carbonisant la garance. Le mélange, abandonné àlui-mêmé pendant quelque temps, est repris par l’eau, qui laisse pour résidu la’matière colorante avec le charbon qui s’est formé ; ce résidu, soumis

('l) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. I , p. 1 62.

à l’action d'une eau d’alun bouillante, et cette décoction, filtrée puis acidulée par l’acide sulfurique, donnent une matière qui n’est que notre matière colorante rose , mais qu’ils jugent à propos d’appeler purpurine. L’alizariné , peu soluble dans la solution d’alun, reste en grande partie avec le charbon; le reste est uni à la purpurine. Enfin , reconnaissant comme produit constant de toutes leurs expériences sur la garance une matière grasse (de la nature des résines vertes des végétaux) qui accompagne toujours cette racine , ils conseillent de laver leur charbon sulfurique (c’est le nom qu’ils donnent dans leur mémoire à la masse charbonneuse résultant de l’action de l’acide sulfurique sur la garance) par l’alcool froid, qui enlève cette matière grasse ; le charbon ainsi débarrassé de graisse est ensuite traité par l’alcool bouillant , qui en enlève toute la matière colorante.

A l’occasion de cette préparation du charbon sulfurique, le comité de chimie de la Société industrielle de Mulhouse a fait remarquer que la proportion de ce charbon varie selon que la température du mélange d’acide sulfurique et de garance s’élève à un certain degré, ou est maintenue moyenne ou basse. D’un mélange de 20 grammes de garance et de 10 grammes d’acide, il a retiré en opérant :

A une température élevée 1 2 grammes de charbon ,

— * — moyenne \ 0 gr.

— • - — basse . . 5 gr.

Les deux mémoires de M. Kuhlmann et de MM. Robiquet et Colin en ont provoqué un autre de M. D. Kœchlin sur la même matière (1). Dans ce mémoire , après avoir examiné d’abord l’influence que la culture de la garance , son âge et enfin la présence de la craie peuvent exercer sur la teinture en garance," et ensuite les propriétés de l’alizarine et de la pürpu-

( I ) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse . t. I : p. 21 3.

rine, ce fabricant conclut que l’alizarine, telle qu’elle est obtenue » par le procédé de MM. Robiquet et Colin, renferme une certaine quantité de résine incolore , susceptible de se sublimer comme l’alizarine , et dont l’odeur a beaucoup d’analogie avec celle de l’alizarine Robiquet.

§ 395. Le 26 mai 1828 , longtemps après la publication de notre mémoire, MM. Lagier , Robiquet et Colin prirent un brevet pour l’exploitation d’un procédé qui, à quelques modifications près, n’est que celui que nous avons donné pour purifier la garance, p. 486. On verra par l’exposé de leur procédé que ces chimistes ont reconnu la nécessité de ne plus faire usage d’acide sulfurique concentré , et qu’en même temps ils ont senti la justesse des observations que leur avaient adressées MM. les industriels de Mulhouse.

“ On délaie , disent-ils , la garance dans 5 à 6 parties d’eau froide , et on la laisse macérer du soir au lendemain , afin de donner le temps à la portion de matière colorante qui se dissout d’abord, de pouvoir se précipiter ensuite, comme cela arrive dans la coagulation spontanée de la gelée; alors on jette le tout sur des toiles , et quand le marc est suffisamment égoutté, on le soumet à la presse, puis on le reprend pour le délayer de nouveau dans une semblable quantité d’eau ; on remet immédiatement à da presse , et on réitère encore une fois cette même opération .

-Lorsque ces trois lavages sont terminés, on délaie ce marc encore humide et bien écrasé avec une demi-partie d’acide sulfurique , eu égard à la quantité primitive de garance employée ; mais il faut que cet acide soit étendu de plus ou moins d’eau, suivant la température, et seulement au moment de l’employer, afin de mettre à profit la chaleur qui se dégage pendant le mélange. Cet acide ainsi étendu est donc versé tout chaud sur la garance , puis on brasse le tout avec autant de rapidité que possible , et quand on juge que le mélange est bien opéré , on élève la température à 100° et op la maintient à ce degré

h 92 MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.

pendant une heure environ. Au bout de ce temps la matière est délayée de nouveau dans une quantité convenable d’eau filtrée, et lavée sur les toiles jusqu’à ce que le liquide sorte parfaitement insipide. Alors on soumet la matière à la presse, puis on la fait sécher et passer au tamis. »

Le produit qui résulte de cette opération , et qui est appelé garancine , a acquis dans ces dernières années une importance telle que plusieurs maisons se livrent à sa préparation. Comme cette fabrication n’est pas sans difficultés , il nous semble à propos de communiquer ici quelques observations que nous avons été dans le cas de faire en traitant la garance par l’acide sulfurique. Ce que nous venons de dire de cet acide, p. /|88, fait suffisamment comprendre que dans la préparation de la garancine il ne peut pas être employé à son maximum de concentration, attendu que dans cet état il forme avec la garance un composé de l’ordre de ceux quenous avons formulés, p. 33(5- 337, composé qui , se confondant par la plupart de ses propriétés avec la matière colorante , ne peut en être séparé et la rend impropre à la teinture. D’un autre côté, lorsque l’acide sulfurique est étendu d’eau , il faut avoir grand soin de tenir compte du degré de la température du mélange, puisque cet acide dilué charbonne les substances organiques, circonstance à laquelle on n’a pas encore eu égard , tandis que, quand il est concentré, il en dissout un très grand nombre en formant avec elles des combinaisons complexes , d’une altération beaucoup plus difficile. Que, par exemple, on traite du sucre par l’acide sulfurique concentré , on obtiendra une dissolution qui , étendue d’eau, se troublera bien en partie, en formant un dépôt abondant, floconneux , contenant de l’acide sulfureux au nombre de ses principes constituants , mais qui renfermera encore une grande quantité de matière organique modifiée, puisque les éléments de l’acide sulfurique en font partie. Si , au contraire , on fait chauffer l’acide étendu avec le sucre, il arrivera un moment où ce dernier se carbonisera au point que la masse com-

plétement charbonneuse, traitée par l’eau, ne cédera pouf* ainsi dire à celle-ci que l’acide sulfurique employé. Cet exemple fait voir que dans la préparation de la garancine on doit soigneusement éviter : 1° de produire une combinaison sulfurique de matière organique, qui resterait intimement mélangée avec la matière colorante et qui l’altérerait; 2° de charbonner la garance au point de détruire la matière colorante, ou d’en masquer la puissance par le charbon qui se serait formé en sa présence. Ces inconvénients sont déjà moins à craindre lorsqu’ avant de traiter la garance par l’acide sulfurique , on la soumet à un lavage à l’eau pour lui enlever le sucre et la gomme qu’elle contient , et qui sont les éléments de la garance qui se carbonisent le plus facilement. Il convient d’employer pour ce lavage une eau acidulée , qui rend insoluble la matière colorante , tandis que l’eau ordinaire en dissout toujours quelque peu. On peut encore, comme onlefait quelquefois, déterminer la fermentation de la garance, et utiliser le produit alcoolique qui en résulte alors ; puis, après l’avoir débarrassée par l’eau de ses parties solubles , on la traite par l’acide sulfurique .

Pour 1 partie de garance sèche qu’on lave préalablement , il convient d’employer :

\ partie d’acide, et de une 1/2 à une partie d’eau.

Le mélange est chauffé de 60 à 75° au plus, suivant l’espèce de la garance , car il importe de trouver pour chacune , entre ces deux limites , le degré de chaleur nécessaire pour obtenir, en variant légèrement les proportions d’eau, une garancine qui donne en teinture les mêmes teintes que la garance, sans se porter sur les parties blanches de la toile mordancée. On peut , comme le font certains fabricants , délayer la garance avec l’eau , et ajouter à ce mélange de l’acide sulfurique concentré qui , par son contact , développe de la chaleur. On peut aussi faire réagir l’acide sulfurique de manière à prévenir une

f\^h MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.

élévation de température, qui a toujours pour résultat d’altérer plus ou moins la partie colorante de la garance. A cet effet on délaie à froid la garance préalablement lavée dans un acide sulfurique étendu , et l’on abandonne ce mélange à lui-même ; l’acide, en se concentrant, désorganise le ligneux, qui tombe en poudre comme. le chiffon ou le papier soumis à l’influence de cet agent. L’acide sulfurique produisant son effet sur la garance, quel que soit le mode que l’on emploie , on délaie le tout dans l’çau, et l’on recueille sur un filtre le dépôt qui se forme, ^pour le soumettre ensuite à la presse. On reprend la masse pressurée qu’on lave à l’eau, on la remet de nouveau en presse , et enfin, pour terminer les lavages , on ajoute à la liqueur une quantité de carbonate sodique telle que l’acide soit toujours en léger excès : autrement la matière colorante s’altérerait et ne teindrait plus convenablement les mordants ferrugineux. Une précaution importante à prendre est de choisir toujours les poudres de garance les plus ténues possible ; si elles renferment des fragments de ligneux, ceux-ci s’imbibent d’acide sulfurique qu’on n’en peut retirer qu’avec beaucoup de difficulté.

Les différences que présentent souvent à la teinture les garancines de même origine tiennent moins encore à l’espèce des garances employées qu’à la manière dont elles ont été préparées. On leur donne ordinairement pour nom spécifique celui de la maison qui les fabrique. Elles ne sont pas également estimées : les unes teignent bien les mordants rouges et noirs , et malles violets ; les autres salissent les blancs réservés du tissu , et dès lors ne remplissent pas leur destination. Le fabricant est donc intéressé à n’employer qu’une garancine convenable sous le triple rapport de la quantité de matière colorante quelle peut fournir à la teinture, du nombre, de la beauté et de la vivacité des couleurs qu’elle peut engendrer, enfin de la manière dont elle se comporte en présence des parties blanches du tissu soumis à la teinture.

On essaie la garancine par les mêmes procédés que les ga-

rances , en ayant soin cependant de prendre une toile sur laquelle il y ait des mordants violet foncé et clair, rouge et rose, noir et puce , et enfin des parties blanches. Le bain de teinture doit être aussi porté à une température plus élevée que quand il s’agit de la garance , attendu que la garancine ne cède sa matière colorante au mordant qu’à un certain degré de chaleur ; il faut en outre remplacer par un passage au son les bains de savon et d’acide.

Le pouvoir tinctorial de cette préparation étant de 5 à 7 fois celui de la garance , une erreur dans l’évaluation de sa richesse en matière colorante a infiniment plus d’importance que quand il s’agit de cette dernière : aussi des fabricants ont-ils pris le sage parti d’avoir à côté de leurs cuves à teinture une petite cuve surmontée d’un moulinet , où ils essaient sur une pièce d’étoffe la garancine qu’ils veulent employer en grand.

Dans l’ordre chronologique des faits nous devrions parler ici des expériences que nous avons faites, MM. D. Kœchlin, H. Schlumberger et moi , pour découvrir le rôle de la craie dans ]a teinture en garance; mais comme ces expériences ont particulièrement trait au garançage, elles trouveront plus naturellement leur place à cette partie de la fabrication.

Sous le" titre d 'Observations chimico-techniques , de la garance ou recherches comparatives sur les matière scoIqt antes de la garance, etc., M. Runge a publié en 1835, dans le Bulletin de la Société d’encouragement Me Berlin, un mémoire d’après lequel il n’y a pas moins de cinq principes colorants dans la garance : 1° le pourpre de garance ; 2° le rouge de garance ; 3° X orangé de garance; 4° le jaune de garance; 5° enfin le brun de garance , et en outre deux acides , l’acide de la garance et l’acide des rubiacées.

Il obtient le pourpre de garance par le même procédé qui nous a donné notre matière colorante rose , p. 487 : aussi les propriétés qu’il lui assigne sont- elles celles du produit que nous avons isolé. Ce que l’auteur appelle rouge de garance n’est que

de l’alizarine moins pure que l’alizarine cristallisée qu’ont obtenue et décrite MM. Robiquet et Colin. Pour extraire cette matière colorante , il épuise par l’eau alunée bouillante une garance préalablement lavée , et abandonne au repos la solution colorée qui résulte de ce traitement, et qui ne tarde pas à se troubler. Recueillant alors le dépôt qui s’est formé, il le lave d’abord au chloride hydrique faible, puis à l’eau, le fait dissoudre ensuite dans l’alcool , et l’en retire sous la forme d’un extrait qu’il traite à son tour par l’eau pure, puis par l’eau alunée ; le résidu de tous ces traitements dissous dans l’éther constitue son rouge de garance. M. Robiquet a mis en parallèle les propriétés de cette matière colorante avec celle que possède l’alizarine, et a démontré qu’elles avaient la plus grande analogie. Les trois autres principes que Rung a signalés dans la garance ne sont pas assez importants à nos yeux pour que nous indiquions les procédés au moyen desquels il les a découverts ; si d’ailleurs le lecteur désire les connaître , il les trouvera dans le traité spécial sur les matières colorantes qu’a publié ce chimiste (Berlin, 1834-1842).

§ 396. De tous ces nombreux travaux faits sur la garance, et auxquels on doit la connaissance de tant de principes colorants , il est résulté des opinions fort opposées et , partant, qu’il est difficile de faire concorder, sur le rôle que jouent ces principes dans la teinture. Nous verrons , à l’article Garançage, que, moyennant le concours des oxides aluminique et ferrique , seuls ou mélangés d’après certaines proportions , la matière colorante de la garance donne naissance à diverses nuances de rouge, de violet, de puce, et enfin au noir.

Selon M. Robiquet , Y alizarine est le principe colorant de la garance le plus important ; elle peut à elle seule , avec le concours des différents mordants , produire toutes les nuances que donne la racine dont elle est retirée. Sa purpurine , qui est notre matière colorante rose, donne aussi, d’après ce chimiste, de belles teintes, mais qui n’ont pas de solidité ; enfin il admet

que le rouge turc (1) , qu’on obtient avec les toiles huilées , résulte de l’intervention de ces deux principes, mais particulièrement de la purpurine. M. Kuhlmann, au contraire, pense que les rouges pleins , d’un ton orangé ou de feu , ne se forment qu’à l’aide d’une certaine quantité de xantine (2) , tandis que cette même xantine ne pourrait qu’être nuisible dans les teintures violettes auxquelles l’alizarine seule est capable de donner les belles teintes bleutées qu’on doit à la garance. Le même chimiste ne doute pas que les matières colorantes de la garance, d’une teinte orangée dans leur état d’isolement, ne produisent des couleurs différentes plus ou moins vives , en se combinant aux oxides métalliques qui leur servent de mordants. Rung, de son côté , attribue un rôle particulier à chacune des substances qu’il a isolées de la garance , et arrive à des conséquences tout opposées à celles qu’a émises M. Robiquet. En effet , ce ne serait plus , selon lui , la purpurine qui entrerait dans la fabrication du rouge turc , mais son rouge qui donnerait, avec le concours de la craie , une couleur comparable aux plus beaux rouges turcs des fabriques suisses.

On ne s’accorde pas davantage relativement aux circonstances dans lesquelles ces matières peuvent être employées. Nous avons vu que la garance , et par conséquent la matière colorante qu’elle renferme , n’est utilisée avec avantage qu’ autant que la craie lui est associée (p. 480) ; le rouge de Rung est dans le même cas; et cependant, d’après M. Robiquet, l’alizarine est tout-à-fait impropre à la teinture toutes les fois qu’elle se trouve en présence de la plus petite quantité de sel calcique (3). C’est ici le lieu de faire connaître quelques expériences inédites que nous avons entreprises M. H. Schlumberger et moi, et dont les principaux résultats , consignés dans

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse . t. X, p. 65.

(2) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, t. I , p. 201 .

(3) Annales de chimie et de physique, t. L , p. 167.

le t. VIII, p . 518 du Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , tendent à rapprocher* des corps en apparence très dissemblables. Nous avons mélangé, d’une part, la purpurine, qui ne donne pas de teintes solides, d’une autre, l’alizarine, qui ne peut teindre en présence de la craie, avec un poids de craie double du leur ; puis nous avons soumis chaque mélange à l’action d’une chaleur de 160 à 180°, dans un bain d’huile-. Le produit de cette calcination, humecté d’un peu d’alcool et délayé dans l’eau , nous a fourni , à la teinture , des nuances qui, outre qu’elles ne présentaient entre elles aucune différence , ne laissaient rien à désirer sous le rapport de la vivacité, de l’intensité , ni même de la solidité. Ces deux matières colorantes , en apparence si opposées, sont donc arrivées à se confondre sous la double influence de la chaleur et de la craie. Nous avons traité de la même manière un assez grand nombre de produits retirés de la garance par des procédés divers , et tous nous ont donné , par les différents mordants , des résultats identiques. Q,ue si maintenant on nous demandait quelle est la relation qui unit ces principes colorés pour les amener à un type unique en teinture , c’est une question dont nous nous sommes déjà occupé , mais que nous n’avons point encore résolue. Nous pensions d’abord qu’en faisant subir à la garance un pareil traitement, elle deviendrait directement propre à la teinture; tous les essais que nous avons entrepris dans ce but sont restés sans résultats. Nous n’en sommes pas moins persuadé qu’on parviendra tôt ou tard à substituer la garance ou un de ses dérivés à la garancine, et à obtenir ainsi des couleurs solides et susceptibles de recevoir les avivages.

Les expériences qu’a faites M. G. Schwartz (1) viennent encore à l’appui des conséquences que nous avons tirées des recherches auxquelles nous nous sommes livrés, M. Schlumberger et moi. Ce chimiste, ayant soumis à l’action dissolvante d’un

(I ) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. X, p. 329.

MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES. l\ 99

mélange cV alcool et d’acide sulfurique porté à l’ébullition, des toiles teintes en rouge turc avec la garance , décolora ces dernières et obfint un liquide d’une couleur citron virant à l’orangé, auquel il enleva l’acide sulfurique au moyen d’une addition convenable d’oxide ammonique (§ 94), qui donne dans ce cas naissance à du sulfate ammonique insoluble dans l’alcool, et qui se précipite par le refroidissement. Après avoir séparé par décantation ou par filtration la liqueur alcoolique , au milieu de laquelle le précipité salin s’était formé , il l’évapora , pour chasser le petit excès d’ammoniaque quelle pouvait renfermer, et y ajouta un volume d’eau égal au sien. Plongeant alors dans cette liqueur chauffée à la température de 75° ses échantillons de toile mordancée , il eut, au bout d’une minute, des teintes aussi nourries que celles qu'on n’obtient qu’au bout de deux heures avec la garance. Nous avons eu occasion de faire la même observation , en 1832, en teignant des toiles mordancées avec des extraits de garance épurée préparés par le même agent dissolvant. Les couleurs que nous obtînmes alors étaient aussi éclatantes que celles que l’on retire de la garance, et en avaient toute la solidité, moyennant l’emploi d’une certaine quantité de craie. M. G. Schwartz a répété cette expérience sur des toiles teintes dans toutes les nuances que produisent les différents mordants avec la garance. Avec la matière colorante du rouge turc, il a teint dès violets ; avec celle qu’il a retirée des violets garances ordinaires , des roses ; et avec celle qu’il a extraite de ces derniers , des violets et des rouges. Tous ces résultats établissent, d’une part, que dans la garance une seule matière colorante suffit à la production de toutes les teintes ; d’une autre , que par les opérations de la teinture ou par la double influence de la craie et de la chaleur, cette matière est ramenée des divers états où elle existe dans la garance , à un état uniqu? où elle teint de la même manière. On ne peut mettre en doute que cette matière colorante n’existe sous divers états dans la garance, car trop d’expérimentateurs

s’accordent à reconnaître dans celle-ci des principes qui ne peuvent être confondus; mais le problème le plus important reste à résoudre , celui d’isoler le principe primordial qui , une fois étudié et connu, nous permettra de suivre tous les dérivés auxquels il donne naissance, et d’en expliquer la formation. Tout ce que nous savons de la stabilité de cette matière colorante en combinaison avec les mordants, tend à la faire considérer comme douée de peu de mobilité ou comme ayant peu de tendance à se métamorphoser ; et cependant quelques expériences nous semblent de nature à prouver que tel n’est pas toujours son caractère , du moins dans certaines circonstances. En effet, après avoir saturé exactement d’eau de chaux la matière colorante que nous avions extraite du rouge turc au moyen d’un mélange d’alcool et d’acide sulfurique , et nous être assuré que des toiles mordancées , plongées dans ce bain préalablement chauffé , ne pouvaient s’y teindre , nous ajoutâmes à la liqueur quelques gouttes d’acide oxalique , à l’effet de déplacer et de mettre en liberté une certaine quantité de cette matière colorante. Les parties mordancées de ces toiles se colorèrent aussitôt. Cette teinture, arrêtée tout- à-coup par une nouvelle addition d’eau de chaux, fut remise de nouveau en activité au moyen de l’acide oxalique; mais il est à remarquer que ce dernier ne .doit jamais être employé en excès, autrement il attaquerait les mordants. En répétant ces expériences , nous avons acquis la preuve que cette matière colorante se comporte à la manière de l’acide le mieux défini, puisqu’elle est tantôt fixée par une base plus puissante que le mordant ( la chaux ) , tantôt déplaceé par un acide plus puissant qu’elle (l’acide oxalique). D’après ces faits , nous croyions tout d’abord possible d’employer avec succès la chaux à l’extraction de la matière colorante de la garance ; nous tentâmes donc cette extraction en épuisant par l’eau aiguisée d’acide acétique des garances sèches et des garances vertes ; mais les solutions que nous en obtînmes, traitées par la chaux , nous donnèrent un précipité calcaire dans lequel

la matière colorante fortement modifiée teignait en jaune orangé les mordants d’alumine, et n’exerçait plus aucune action sur les mordants de fer qui sortaient de ce bain aussi intacts que s’ils eussent été plongés dans l’eau pure. M. H. Schlumberger a fait une observation du même genre en teignant des toiles mordancées avec un extrait de garance préparé d’après le procédé publié par Si. Camille Kœchlin. [Noyez Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. XI Y, p. 1\71\. )

Ce résultat, du reste, n’a rien de surprenant quand on le rapproche de certains faits qui ont avec lui une grande analogie; ainsi , par exemple , les divers extraits de garance chauffés en présence de la craie produisent en teinture des couleurs solides que ne donne pas la garance soumise à la même action. La matière colorante extraite des toiles garancées par un mélange d’alcool et d’acide sulfurique fournit 'des teintes solides, et au contraire celle que nous extra}mns directement de la garance ne possède cette quali.té qu’ autant qu’on l’associe aune certaine quantité de craie. On serait tenté de conclure de là que les matières colorantes que nous retirons des toiles teintes , ainsi que l’alizarine que l’on obtient en sublimant des produits retirés de la garance, n’existent pas toutes formées dans cette racine et ne sont que les produits dérivés d’une autre matière qui n’a point encore été isolée. Si l’on compare en effet l’action de l’ammoniaque sur un bain de teinture, à celle que cette base exerce sur une solution d’alizarine, on verra qu’il existe entre elles une très grande dissemblance, puisque le bain est coloré en rouge cerise, et la solution en bleu violacé.

Des nombreuses expériences que nous avons faites sur ce sujet ingrat, et que nous espérons publier un jour, il résulte que la matière colorante de la garance, par les dérivés qu’elle engendre, serait comparable au tannin, en sorte que nous ne désespérons pas de pouvoir établir, au point de vue des métamorphoses, un parallèle entre les produits dérivés de la garance et ceux qu’on retire du tannin. Si nous parvenons à donner aux

premiers cette disposition qu’ont les seconds à affecter des formes régulières , la séparation des principes immédiats colorables ou colorés de la garance sera facile, et il deviendra dès lors possible d’en établir la composition élémentaire et par suite la filiation.

Appendice à la [/avance.

§ 396. Garanceux . Depuis deux ou trois ans on s’est enfin sérieusement occupé d’un sujet sur lequel l’attention des fabricants était depuis longtemps éveillée, à savoir, du traitement des résidus de garance , qui proviennent de l’opération du garançage , et dans lesquels on savait qu’il existait encore une assez grande quantité de matière colorante. M. L. Schwartz a pris un brevet pour l’exploitation de ces résidus, qu’il traite par le procédé qu’on applique à l’extraction delà garancine , et dont il retire un produit nouveau qui se vend dans le commerce sous le nom de garanceux. Voici ce procédé, tel qu’il a été publié par M. F. Steiner, dans X Echo du Monde savant :

•< En dehors des bâtiments où sont placées les cuves à teinture j’établis un grand filtre, en creusant un trou dans la terre et en le garnissant au fond et sur les parois de briques , mais sans mortier pour les unir. Sur les briques du fond je dépose une certaine quantité de pierres ou graviers , et sur ces graviers une grosse toile à sac. Au-dessous du fond en briques est un conduit qui sert à évacuer les eaux qui passent à travers le filtre.

» Dans un tonneau placé près du filtre , se trouve préparée une certaine quantité d’acide sulfurique étendu d’un poids spécifique de 105, l’eau étant 100. L’acide chlorhydrique remplirait toutes les conditions aussi bien que l’acide sulfurique; mais j’accorde la préférence à ce dernier, parce qu’il est plus économique. J’établis un canal depuis les cuves jusqu’au filtre , et la garance qui a déjà servi dans la teinture, et qui dans cet état est considérée comme épuisée et comme un résidu, est évacuée

de ces cuves dans le filtre. Pendant que cette garance chemine ainsi, on introduit dans le canal une certaine dose d’acide sulfurique étendu , qu’on y mélange avec soin ; ce qui change la couleur de la solution , ainsi que de la garance non dissoute , qui prennent une teinte orangée. L’acide précipite la matière colorante qui était en solution , et empêche la garance non dissoute de fermenter ou d’éprouver telle autre décomposition. »

» Lorsque les liquides qui mouillent cette garance ont passé à travers le filtre , on enlève le résidu que contient celui-ci , et on l’introduit dans des sacs. Ces sacs sont placés sous une presse hydraulique, pour extraire autant d’eau qu’il est possible de leur contenu; ces sacs, ainsi passés à la presse, ont perdu, en eau, de moitié à deux tiers de leur poids. Pour rompre le gâteau qui s’est formé par la compression , le résidu est passé à travers un crible; puis, à 250 kil. de garance dans cet état qu’on dépose dans une cuve en bois ou en plomb, on ajoute 50 kil. d’acide sulfurique du commerce , qu’on répand sur la garance à l’aide d’un vase en plomb semblable à l’arrosoir ordinaire des jardiniers. Dans cet état, on brasse la matière avec une sorte de bêche ou avec un rouable, pour opérer parfaitement le mélange de l’acide, et quand ce mélange est fait, on enlève la garance et on la jette sur un plateau de plomb perforé, placé à environ 15 ou 16 centimètres au-dessus du fond d’une cuve. Entre ce plateau et le fond de cette cuve , on introduit un courant de vapeur à l’aide d’un tuyau, de façon que celle-ci, arrivant entre les deux fonds , s’élève à travers les perforations du plateau et vient imprégner la matière.

” Pendant cette opération , qui peut durer de une à deux heures , il se produit une substance brune approchant du noir ; cette substance est de la garancine mélangée à une matière insoluble carbonisée. On étend cette substance sur le plancher pour la faire refroidir, et quand elle est froide, on la jette sur un filtre, où on la lave avec de l’eau pure et froide jusqu’à ce que les eaux de lavage ne présentent plus la moindre acidité; on l’intro-

duit alors dans des sacs et on la soumet à la presse hydraulique. Cela fait , on sèche à l’étuve et on réduit en poudre avec le moulin à garance ordinaire, et enfin on passe au tamis.

« Afin de neutraliser jusqu’aux moindres traces d’acide qui pourraient encore subsister, on ajoute par chaque quintal métrique de cette substance h à 5 kil. de carbonate de soude à l’état sec , qu’on mélange exactement ; dans cet état, la ga rancine (garanceux) est propre à être employée. »

Nous ferons observer qu’il importe de traiter ces résidus de garance , au moment où ils sortent des cuves à teinture , par l’acide sulfurique, qui arrête l’altération que subit la matière colorante delà garance sous l’influence des alcalis, et permet, en éclaircissant le bain , d’en décanter 1a. partie liquide. Si l’on néglige cette précaution, la garance ne teint qu’avec peine les mordants de fer, et leur donne tout au plus une nuance grisâtre. C’est par la même raison que les résidus de rouge d’ Andrinople, qui sont restés beaucoup plus longtemps et à une plus haute température en présence de la craie et des alcalis, donnent des garanceux moins favorables que ceux qu’on prépare avec les résidus de garance de la fabrication des genres fonds blancs , qui , comme on le sait, se teignent à une basse température.

§ 397. Laques de garance. Il y a une dizaine d’années que les laques de garance n’étaient employées que dans la peinture en miniature, car les procédés compliqués au moyen desquels on les préparait les maintenaient à des prix tels que le fabricant ne pouvait songer à les appliquer à bon industrie ; grâce aux nombreux travaux publiés sur la garance , on est parvenu à perfectionner ces procédés au point que maintenant la laque est préparée sur une assez grande échelle dans les ateliers mêmes d’impression.

M. Mérimé, qui s’est beaucoup occupé, durant sa vie, de lâ laque de garance , se servait d’abord , pour laver la garance , d’une dissolution de carbonate sodique , puis d’eau ordinaire. Il traitait une garance ainsi purifiée par une solution bouillante

d’alun qui se chargeait du principe colorant; filtrant alors la liqueur colorée, il y ajoutait une quantité convenable de car*? bonate sodique,. pour précipiter l’alumine , qui entraînait en se précipitant toute la matière colorante.

MM. Robiquet et Colin ont fait connaître, en 1826, un procédé qui ne diffère de celui de M. Mérimé qu’en ce que la garance est lavée à l’eau pure et en très petite quantité , au lieu de l’être à l’eau chargée de carbonate sodique. Ils font de la garance et de l’eau une pâte claire qu’ils soumettent à la presse, pour en expulser les parties liquides ; la garance , après avoir subi à deux ou trois reprises cette opération , est soumise à l’action de l’eau alunée bouillante, et la liqueur qui en provient, décomposée, comme dans L’exemple précédent, par le carbonate sodique.

Les laques* préparées par ces procédés, quoique ayant des nuances assez pures , n’atteignent jamais les tons élevés des belles laques que livrent au commerce, et spécialement pour la peinture, M. Schweighœuser, de Strasbourg, et madame veuve Gobert, de Paris.

M. Ed. Colomb de Wesserling a aussi publié un procédé applicable à cette préparation (1) , mais qui diffère un peu des précédents. Il consiste à délayer 1 kil. de garance dans 5 litres d’eau froide, de manière à former une bouillie bien homogine, à laquelle on ajoute, en remuant avec soin, 250 grammes d’acide nitrique, d’une densité de 1,37 et préalablement étendu de 1 litre d’eau. Après quelques heures de contact, on ajoute au mélange 15 litres d’eau , et on l’abandonne au repos pendant 12 heures. La garance ne tarde pas à se tasser au fond du vase et à se séparer ainsi de la partie liquide , qu’on enlève par décantation. On ajoute de nouveau au dépôt 15 à 20 litres d’eau, et on laisse reposer le tout pendant 8 à 10 heures; on décante , puis , pour la troisième fois , on remet de l’eau sur

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. XII , p. 307.

le résidu. Il nous semble qu’on pourrait se contenter de deux et même d’un seul lavage, si, au lieu de decanter purement et simplement la liqueur , on soumettait à la presse le premier dépôt; en pareil cas il devrait être recueilli sur une toile, ou mieux encore dans un sac, pour pouvoir être mis directement en presse. La garance, purifiée par le traitement qu’elle a subi au moyen de l’acide nitrique, est mise en macération pendant 12 heures dans Z|00 grammes de soude caustique marquant 12° Æ à la température de 15 à 20°. Cette opération achevée, on délaie le mélange dans 15 à 20 litres d’eau, et l’on y ajoute 125 grammes d’acide nitrique dissous dans 1 litre d’eau; il se forme aussitôt un abondant précipité gélatineux qu’on jette sur une toile , où , après qu’il a été égoutté , on le lave à deux ou trois reprises à l’eau froide , et on l’exprime légèrement. Ce précipité est mis en suspension dans 12 litres d’une eau qui tient en dissolution 2k,5 d’alun ; alors , aumoyen d’un jetde vapeur, ou, si l’on veut, par un chauffage direct , on porte progressivement la température du mélange à l’ébullition, et on l’y maintient pendant 4 0 minutes. En versant le tout sur un filtre de toile, on obtient une liqueur fortement colorée, et un résidu qu’on lave à deux ou trois reprises à l’eau chaude. Les eaux de lavage, ainsi que la liqueur première, sont réunies dans un baquet de bois d’environ â0 litres de capacité, pour y être décomposées par 0k,900 grammes de carbonate sodique cristallisé (§ 110) , préalablement dissous dans 5',5 d’eau. Ce sel précipite l’alumine en combinaison avec la matière colorante sous forme de laque qui se dépose au fond des vases, et qu’on a soin de laver à plusieurs reprises à l’eau chaude, afin d’obtenir le ton le plus pur possible. C’est avec cette laque dissoute dans l’acide acétique que M. Colomb dit avoir obtenu du rouge et du rose d’application solide (voyez ce genre).

Ce procédé, comme on peut en juger, exige de longues fet ennuyeuses manipulations, et n’est réellement pas applicable sur une grande échelle. Nous allons en indiquer un qui laisse

peu de chose à désirer, et qui permet d’obtenir, non seulement avec les garances qui n’ont point encore servi, mais encore avec celles qui ont déjà été employées en teinture, des laques de toute beauté. Si l’on veut faire usage d’une garance qui n’ait point encore servi, il est bon de commencer par la soumettre à la fermentation, ou de la laver dans une eau qui tienne en dissolution une certaine quantité de sulfate sodique , afin de la débarrasser, sans perte, des substances sucrées et mucilagineuses qu’elle renferme encore , et dont la présence a presque toujours pour effet de ralentir les lavages ; lorsqu’on utilise les résidus de garance, ces précautions sont inutiles. Quelle que soit la garance que l’on emploie, on en traite toujours une partie pendant 15 à 20 minutes par 10 fois son poids d’une dissolution bouillante renferTnant sur 10 parties d’eau une partie d’alun. On filtre le tout au travers d’une chausse , et l’on obtient une liqueur qu’on peut considérer comme une solution d’alun tenant en dissolution de la matière colorante. Quand la température de cette solution n’est plus qu’à 35 ou h 0°, on la neutralise par le carbonate sodique, pour former de l’alun cubique. Ce carbonate doit constituer la 8° ou la 10e partie de l’alun employé, selon l’état de saturation de ce dernier. Quand un pareil alun cubique est formé , on porte la liqueur à l’ébullition , pour en opérer la décomposition (§ ïhl) ; il se forme alors du sulfate trialuminique qui, entraîne, en se précipitant, la matière colorante en présence de laquelle il se trouve , et donne naissance à une laque qui n’a plus besoin que d’être lavée pour servir à tous les usages auxquels on destine cette matière colorante. Elle a sur les autres laques l’avantage de se présenter sous la forme d’un précipité non gélatineux, prompt à se former, facile à laver et à recueillir ; elle a surtout le mérite de se dissoudre très promptement dans l’acide acétique. Comme la garance ne peut être entièrement épuisée par un pareil traitement , il convient de la traiter une seconde et même une troisième fois par l’alun; mais les liqueurs qu’on retire de ces manipulations servent gé-

néralement à épuiser des garances qui n’ont point encore été soumises à l’action de l’eau aluné’e; ou, si elles sont précipitées, pour constituer des laques , il faut n’ajouter que la moitié ou même le tiers du carbonate sodique nécessaire à la saturation de l’alun, afin que ce carbonate ne précipite qu’une portion de l’alumine sous forme de sulfate tri-basique, et que celui-ci rencontre assez de matière colorante durant sa précipitation pour en être saturé et former une laque de la nuance voulue. Comme les eaux au sein desquelles se forme le sulfate tri-aluminique renferment encore de l’alun , elles ne doivent point être négligées ; on les utilise en les jetant sur de la garance ou sur des résidus de cette racine et en portant le tout à l’ébullition , afin de dissoudre une nouvelle quantité de matière colorante ; une fois qu’elles en sont chargées, on les sature de nouveau, pour en précipiter ensuite par l’ébullition une nouvelle quantité de laque colorée. On prépare ainsi un excellent produit avec économie de temps , de main-d’œuvre et de matière.

Nous avons obtenu des laques très brillantes en employant pour la saturation de la liqueur alunée, au lieu de carbonate sodique, une quantité équivalente et même plus grande d’acétate plombique , dont la base est immédiatement précipitée sous forme de sulfate insoluble. Après avoir séparé ce dernier, par une filtration, de la liqueur au sein de laquelle il avait pris naissance, on porte celle-ci à T ébullition , et sous l’influence de l’acide acétique libre il se précipite une laque d’une intensité et d’une pureté qu’on atteint moins facilement à l’aide du carbonate sodique.

§ 398. Rubiacèes exotiques. On emploie depuis longtemps dans l’Inde le noua et le chayaver , qui sont deux racines de la même famille que la garance , pour produire les teintes que nous retirons de cette dernière matière. M. Gonfreville nous a rapporté de ce pays trois autres racines appartenant à la même famille, le Munget , Y Ouonkoudou et le Hachrout. Ces diverses matières premières ont fait l’objet d’un travail de

M. Edouard Schwartz, dont les résultats sont consignés dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. Y ,

Dans ce travail , cet habile fabricant fait disparaître les incertitudes qui ont longtemps régné relativement à la solidité et à la vivacité des nuances qu’elles peuvent produire. D’après lui, si la plupart de ceux qui ont fait des essais sur ces racines ont obtenu des résultats si imparfaits , c’est qu’ils ont méconnu ce principe fondamental en teinture, qu’im bain doit être parfaitement neutre , et qu’ils ont, par suite, d’autant moins réussi dans leurs essais que les substances sur lesquelles ils opéraient renfermaient plus d’acides : aussi est-ce en enlevant ces derniers par des lavages à l’eau répétés , ou en les neutralisant par des additions de craie ou de carbonate sodique , que M. Ed. Schwartz est parvenu à produire avec ces racines exotiques des teintes solides qui ont beaucoup d’analogie avec celles de la garance. Le munget seul , par la grande quantité de matière jaune qu’il renferme, a résisté à tous les moyens tentés pour rendre solide, même sur les toiles huilées, le principe colorant rouge qu’il contient.

Nous avons pu faire, de notre côté, sur une certaine quantité de ces matières, que nous avons dues à l’obligeance de M. le D. Kœchlin , quelques expériences qui corroborent les résultats qu’a obtenus M. Ed. Schwartz ; nous avons en effet retiré de ces diverses racines un principe immédiat colorant identique à celui de la garance. Ces résultats pouvaient d’ailleurs être déduits des travaux qui ont été entrepris anciennement sur le chayaver.

Cochenille .

§ 399. La cochenille, que, pendant longtemps , on a prise pour une graine, en raison de la forme sous laquelle elle se présente dans le commerce, est un insecte du genre des hémiptères de la famille des Gallinsectes , qui vit sur différentes espèces de

cactus , notamment sur le Nopal. Nous ne parlerons pas ici de Inculture des plantes qui la nourrissent, ni de la manière dont elle est récoltée, tous ces détails étant exposés au long dans les divers traités d’histoire naturelle et dans des ouvrages spéciaux, tels que celui de Thierry de Menonville , Annales de chimie , t. X : nous nous bornerons à dire qu’à une époque déterminée, cet insecte , qui vit tantôt sur des plantes cultivées à son intention , tantôt sur des plantes sauvages , est étouffé dans l’eau bouillante , d’où on le retire pour le dessécher au soleil et le débarrasser des bourres de coton et des larves des mâles en le faisant passer au crible.

La cochenille récoltée sur des plantes cultivées porte le nom de cochenille fine (grana fina), ou de cochenille mestèque , de la province de Honduras (Mexique). Elle est en grains hémisphériques, convexe d’un côté, sur lequel on aperçoit des espèces de cannelures, concave de l’autre, avec des enfoncements plus ou moins profonds ; la surface convexe est luissante , d’un gris d’ardoise, quelquefois rougeâtre, avec reflets argentins ou soyeux ; cette cochenille exhale une odeur toute particulière due à l’acide gras (acide coccinique) quelle renferme.

La cochenille récoltée sur les plantes sauvages porte le nom de cochenille sylvestre (grana sylvestris); elle est également en grains hémisphériques , mais beaucoup plus petits que ceux de la cochenille fine. Ce qui l’en distingue surtout, c’est qu’elle est recouverte d’un duvet ou bourre d’apparence cotonneuse qui met l’insecte à l’abri de l’intempérie des saisons.

La cochenille s’est quelquefois vendue à des prix tellement élevés que les fraudeurs n’ont pas manqué d’exercer sur cette précieuse matière première une industrie dont plus d’un fabricant a été victime. On lui fait subir deux sortes d’altérations : tantôt on la mélange d’une pâte colorée qu’on moule de manière à imiter aussi exactement que possible la forme et les contours de l’insecte; tantôt, et c’est la fraude la plus difficile à constater, on épuise plus ou moins la matière colorante de la

cochenille fine par l’eau aiguisée cle vinaigre , et après avoir desséché avec soin les grains pour leur conserver leur forme naturelle, on les recouvre artificiellement de ce duvet qui leur donne l’aspect jaspé , en les agitant dans une poussière de plâtre ou mieux encore de talc , au moment où ils touchent au terme de leur dessiccation , alors qu’ils conservent encore assez d’humidité pour s’approprier cette poussière. Cette cochenille, ainsi épuisée et préparée, est quelquefois livrée dans cet état au commerce ; mais le plus souvent on la mélange à une certaine quantité de cochenille non altérée.

A l’effet de découvrir la première de ces fraudes , il suffit de faire tremper à froid la cochenille , soit dans l’eau ordinaire , soit dans l’eau alcoolisée, soit enfin dans un mélange d’alcool et d’éther, suivant la nature de la matière qui a servi de liant à la pâte, pour que celle-ci tombe en poudre et qu’il soit possible d’en constater l’origine. Pour connaître dans quel rapport la cochenille se trouve avec la matière étrangère qu’on y a mélangée , on fait tremper un nombre déterminé de ses grains dans le véhicule qui opère la désagrégation de la cochenille artificielle, puis, quand ils sont bien détrempés, on jette le tout sur un tamis à mailles assez larges pour laisser passer la poudre, mais en même temps assez serrées pour retenir l’insecte gonflé, et l’on compare alors le nombre de grains qui reste à celui que l’on a mis en expérience.

Quant à la seconde, elle s’exerce sur une grande échelle, et, sans s’en douter, les fabricants en sont souvent les causes involontaires. Ils épuisent, en effet, toute la cochenille dont ils se servent par l’eau bouillante seule ou aiguisée d’acide acétique, sans la réduire préalablement en poudre , et alors cette matière première, recueillie avec précaution et desséchée, arrive bientôt entre les mains des fraudeurs , qui, après F avoir fait passer dans une solution concentrée de bois de Brésil , la mélangent avec une certaine quantité de cochenille naturelle. Une cochenille ainsi fraudée se reconnaît à plusieurs caractères. Les grains

sont plus ridés les uns que les autres ; plongés dans l’eau, ils ne s’hydratent pas uniformément ; et, d’une pesanteur spécifique différente , les uns surnagent tandis que les autres tombent au fond du liquide dans lequel on les plonge. Lorsqu’on agite les grains trempés, la poussière qui les recouvre artificiellement s’en détache , et l’on peut la recueillir au moyen d’un lavage par décantation , puis l’analyser et en reconnaître la nature.

Outre ces moyens de découvrir ces fraudes dans les cochenilles , il convient encore de doser la quantité de matière colorante qu’elles renferment. Berthollet appliquait à ce dosage le procédé § 377, et estimait la richesse d’une cochenille par la quantité de chlore nécessaire à la décoloration d’une solution titrée de cette matière. Par ce procédé il a trouvé que

La cochenille mestèque contient 18 p. 0/0 de matière colorante.

— sylvestre — 11 — —

— de St.-Domingue — 8 — —

Un autre moyen de dosage a été proposé par un inconnu à la Société industrielle de Mulhouse ; il est basé sur le pouvoir que possède une solution d’alun saturé de décolorer une solution de cochenille, en précipitant au moyen de sa base en excès toute la matière colorante tenue en dissolution. Voici comment on procède : on se procure une solution titrée de carminé , et une solution également titrée d’alun saturé par l’ammoniaque , (p. 15 A), puis, par des essais préliminaires, on établit le volume de la solution de carminé , qui exige , pour être décoloré , 100 centimètres cubes de la dissolution d’alun dite liqueur d’épreuve. Connaissant alors le rapport qui existe entre le poids de la carminé et celui de la dissolution d’alun employé , on a tous les éléments nécessaires pour procéder à un essai de cochenille. Supposons, en effet, que ces 100rc d’alun aient décoloré 25rr de dissolution de carminé , et que celle-ci renferme 0S' ,1 de carminé, on prend 0 ' ,1 de cochenille qu’on fait cuire à

plusieurs reprises dans l’eau pour en extraire !a matière colorante. Les eaux qui proviennent des décoctions et des lavages sont réduites par l’évaporation à un volume de 25 centimètres cubes ; on verse ensuite peu à peu dans ce liquide, et de manière à le décolorer, le volume nécessaire de la liqueur titrée d’alun , et alors , s’il a fallu 15 divisions de cette dernière, on a la preuve qu’il y a 15 p. 0/0 de carminé dans la cochenille, puisqu’un poids de carminé égal à celui de la cochenille employée exige 100ce de la liqueur d’épreuve. Mais nous devons ajouter que ce procédé ne donne de résultats certains qu’ autant que la cochenille est pure; car si elle a été gonflée, par exemple, dans une décoction concentrée de bois de Brésil , la matière colorante étrangère étant aussi bien précipitée que celle de la cochenille elle-même, ce mode d’essai ne peut plus inspirer de confiance. C’est par ce motif, qu’il vaut mieux, dans tous les cas, avoir recours au procédé appliqué aux essais de garance, que nous avons décrit § 393 , et qui est le plus sûr , surtout quand on opère simultanément sur des étoffes de laine et de coton, et qu’on s’est préalablement assuré que la cochenille n’est point accompagnée de brésiline. Pour reconnaître la présence de cette dernière, on verse de l’eau de chaux dans une solution étendue de cochenille. Si la cochenille est pure, cette solution se décolore ; elle reste , au contraire colorée , si la cochenille renferme delà brésiline. Enfin, un morceau de calicot imprégné d’une décoction de cochenille et passé dans un bain de bi-chromate potassique chauffé à 55° ne prend qu’une faible nuance, tandis qu’imprégné d’une décoction de brésiline, il offre toujours, après le même traitement, une couleur intense et d’une assez grande stabilité.

La cochenille , cédant assez facilement à l’eau son principe colorant, est directement employée dans les fabriques à la préparation des décoctions ou extraits liquides dont nous aurons souvent à parler ; ainsi , quand on lira dans nos formules ces expressions : épuiser par Veau ou par Veau acidulée , ou par

X ammoniaque, tant de kil. de cochenille, pour les réduire à un volume de..., on devra comprendre qu’il s’agit de faire bouillir dans Veau , dans une eau acidulée ou dans l’ammoniaque , le nombre de kilogrammes de cochenille indiqué, jusqu’à ce que cette substance ne cède plus rien au véhicule employé ; puis , réunissant les décoctions et les eaux de lavage , de concentrer le tout, pour le réduire aune densité ou à un volume déterminé.

§ 400. On donne le nom de cochenille ammoniacale en tablettes ou en pâte à la matière colorante de la cochenille modifiée par l’ammoniaque , et qui produit des nuances tout- à-fait distinctes.

On obtient la cochenille ammoniacale en tablettes en introduisant dans un flacon bouché à l’émeri 10 kil. de cochenille mestèque moulue , sur lesquels on verse peu à peu , en remuant bien pour avoir une bouillie homogène, 30 kil. d’hydrate ammoniaque, § 94 (àmmonique liquide ). Le flacon étant soigneusement bouché , on laisse macérer le tout pendant un mois , puis on le verse dans une chaudière étamée où il est mélangé avec 4 kil. d’hydrate aluminique , § 150 , et enfin évaporé à une chaleur douce à feu nu , jusqu’à ce que l’excès d’hydrate àmmonique ait disparu. L’évaporation pourrait également avoir lieu au bain-marie ou à la vapeur; mais, dans ce cas , elle est un peu plus lente. Lorsqu’elle a été poussée assez loin , on retire la matière du feu , puis on l’étend sur une toile , et 15 ou 20 heures après, on la découpe en tablettes que l’on fait sécher.

La cochenille ammoniacale en pâte se prépare à peu près de la même manière : on prend 30 kil. de cochenille moulue qu’on met en digestion durant 7 à 8 jours dans 30 kil. d’hydrate àmmonique , puis on réduit le tout par l’évaporation dans une chaudière étamée , à 20 kil.

La cochenille en pâte remplace souvent la cochenille en tablettes ; mais elle doit être employée dans une plus forte proportion : il en faut environ un tiers en plus.

Examen chimique de la cochenille . L’analyse chimique de la cochenille a été faite, d’une part , par M. John, d’une autre, par MM. Pelletier et Caventou.

Le premier lui assigne la composition suivante :

Matière colorante rouge cramoisie . 50,00

Gélatine . 1 0,50

Cire grasse . 10

Parties de peau . 14

Mucilage gélatineux . 14

Phosphate et chlorure potassiques . jj ^

Phosphates calcique et ferrique . \

En traitant par l’alcool faible la cochenille préalablement épuisée par l’éther concentré, § 3/j9 , et ainsi débarrassée de la graisse qu’elle renferme, MM. Pelletier et Caventou en ont retiré un principe immédiat colorant auquel ils ont donné le nom de carminé (Annales de Chimie et de Physique, t. VIII, p. 250). Par des opérations que nous ne relaterons pas ici, ces chimistes se sont assurés que cette matière colorante est accompagnée :

1° D’une autre matière colorante à laquelle ils ont donné le nom de coccine ,

â° De stéarine et d’oléine,

3° D’acide cocciniqüe ,

4° De phosphates calcique et potassique ,

5° De carbonate calcique ,

6° D'un sel organique à base potassique,

7° Enfin, de chlorure potassique.

Comme c’est à la carminé que la cochenille doit ses propriétés, nous entrerons dans quelques détails au sujet de cette matière colorante. M. Pelletier, qui en a fait l’analyse élémentaire , lui assigne la composition suivante :

Formule. . . . Cl6 HjG N O Équivalent. . . 1550

La carminé se dissout très facilement clans l’eau, qu’elle colore fortement ; et quand elle est préparée par le procédé cidessus , sa solution rougit le papier de tournesol en raison de l’acide coccinique et de l’acide lactique qui l’accompagnent, et dont il est difficile de la débarrasser complètement. Elle est insoluble dans l’éther et dans les huiles essentielles et grasses; peu soluble dans l’alcool concentré, assez soluble, au contraire, dans l’alcool affaibli. Elle se comporte différemment au contact de l’air, suivant qu’elle est pure ou souillée des matières étrangères qui accompagnent la cochenille , et suivant aussi qu’elle est anhydre ou en dissolution dans l’eau. La carminé pure en dissolution se conserve assez bien au contact de l’air. Impure et sèche telle qu’elle existe dans la cochenille, elle ne subit aucune altération; car, d’après Hellot, une cochenille de 50 ans est aussi bonne pour la teinture qu’une cochenille fraîche. Impure telle que la fournit une décoction de cochenille, elle s’oxide à l’air, 3^ devient insoluble et se précipite. Les expériences qui ont été faites jusqu’ici n’établissent pas si l’oxigène seul détermine celte oxidation, ou si l’ammoniaque répandue dans l’air y aune certaine part. Il serait intéressant de décider cette question; car il est prouvé que, sous la double influence de l’air et de l’ammoniaque, la carminé s’oxide rapidement et finit par s’altérer. C’est sans aucun doute pour prévenir cette oxidation que certains fabricants opèrent la décoction de la cochenille dan, le vinaigre.

Une solution de carminé pure ne s’altère point au contact des acides; mais, pour peu qu'elle soit accompagnée des matières gélatineuses qui se rencontrent dans une infusion de cochenille, elle se trouble en leur présence , et il se forme un dépôt floconneux de matière colorante en combinaison avec la substance animale. Ce phénomène est particulièrement produit par l’acide tannique (tannin) , qui ne précipite pas une solution de carminé pure , mais qui donne lieu à un précipité floconneux et coloré dans une décoction de cochenille. John s’est servi de

ce fait pour démontrer qu’il y a avantage à employer une certaine quantité d’écorce astringente pour retirer de la cochenille les teintes les plus pures, et a fait voir en même temps l’utilité d’épuiser cette substance à froid , au lieu de la faire bouillir dans l’eau, ainsi que cela se pratique ordinairement.

A l’exception des acides borique et carbonique, tous les acides font virer une dissolution de carminé du rouge vif au rouge jaunâtre et même au jaune, mais sans l’altérer, puisqu’il suffit d’y ajouter une quantité équivalente de base pour rétablir la nuance primitive.

L’action des bases sur la carminé est tr>s remarquable. Les oxides alcalins (potasse, soude et ammoniaque) la font passer au violet cramoisi, et d’après M. Chevreul, il n’y aurait aucune altération tant que ces corps seraient soustraits à l’action de l’air et ne seraient pas chauffés ; mais nous ne pouvons , en ce qui touche l’action de l’ammoniaque, partager cette manière de voir, car les éléments de cette base deviennent partie constituante d’une nouvelle matière colorante dérivée , qui se comporte en teinture tout autrement que la carminé , et qui donne des couleurs d’application qu’il est impossible d’obtenir avec cette dernière, sans le concours de l’ammoniaque ou d’un composé ammoniacal. Les oxides bary tique et strontique la font passer au violet foncé sans la précipiter. D’après Proust, Journal de Physique , t. LXIY, p. 152, la chaux précipiterait complètement la matière colorante de la cochenille en formant avec elle une laque sur laquelle l’alcool serait sans action , et qu’il suffirait de décomposer pour obtenir la matière colorante pure. Nous ne pouvons nous expliquer la différence qui existe entre ces résultats et ceux que nous avons obtenus , qu’en admettant que Proust a étudié l’action de la chaux sur des décoctions , tandis que nous avons opéré sur une infusion faite à froid. Les oxides plombique et stanneux décolorent facilement une solution de carminé en se combinant avec elle , et Proust prétend que ces combinaisons sont très favorables à l’isolement de

la matière colorante de la cochenille , attendu qu’il suffit de les décomposer sous l’influence de l’eau par un courant de sulfide hydrique , qui transforme les oxides stanneux et plombique en sulfures insolubles, pour avoir une dissolution de carminé pure.

L’hydrate aluminique a une tendance telle à s’unir à la carmine, qu’il ne faut qu’introduire une certaine quantité de cet hydrate dans un bain de cochenille, en agitant le tout, pour qu’il y ait sur-le-champ décoloration delà liqueur; la combinaison offre une belle couleur rouge, quelle conserve tant qu’on n’élève pas sa température; mais, si l’on vient à la chauffer, elle passe au cramoisi, puis au violet, et un fait digne de remarque, c’est que l’addition de quelques gouttes d’acide ou d’un sel aluminique (de l’alun , par exemple) accélère la production de cette couleur violette , tandis que les ' hydrates potassique , sodique ou ammonique , ou même les carbonates des mêmes bases , ajoutés en faible proportion , donnent de la stabilité à la couleur rouge que forme la carminé avec l’alumine (Chevreul). L’hydrate stannique exerce une action assez analogue à celle de l’alumine.

Une solution de carminé est très impressionnable aux dissolutions salines. Un grand nombre de sels en modifient la nuance sans y déterminer de précipité; d’autres, et particulièrement les acétates , se comportant comme de véritables Bases , non seulement font virer la couleur , mais encore précipitent le plus souvent la matière colorante. Alors que les sels potassique , sodique et ammonique neutres font virer au violet la couleur de la carminé , les sels acides de ces mêmes bases la font passer à l’orangé ou à l’écarlate ; pour obtenir ce résultat , on emploie particulièrement le bi-tartrate potassique. Les sels neutres à base barytique , strontique, calcique et ammonique ne font généralement que colorer en violet une dissolution de cochenille; il en est cependant qui, comme le sulfate calcique, sont décomposés par cette matière colorante, qui, s’emparant de la base, met l’acide sulfurique en liberté. Cette tendance de la carminé

à s’unir à la chaux donne une idée des fâcheux effets que peuvent produire dans la teinture les eaux chargées de certains sels calcaires.

Les sels aluminiques . alors même qu’ils sont acides , tendent à faire passer au cramoisi une solution de cochenille, mais sans la précipiter. Lorsque , comme l’alun cubique, ils sont saturés, il y a formation d’une laque. Les sels de zinc la font virer au lilas ou à la couleur fleur de pêcher, selon la nature de l’acide ; les sels de manganèse à l’orangé ou au rouge de garance , suivant la nature de l’acide et le degré d’oxidation de la base ; les sels ferriques au violet foncé et même au noir; les sels d’urane au vert gris ; les sels de cobalt au pourpre ou au violet ; les sels de nickel au lilas violet ; les sels de bismuth au lilas très vif ou au pourpre ; les sels d’étain au cramoisi , au carmin ou à l’écarlate, selon l’acide et le degré d’oxidation de la base; les sels de plomb au violet, mais l’acétate précipite la matière colorante ; les sels de cuivre la font passer au violet, les sels de mercure au rouge. Ces deux dernières espèces de sels modifient, d’ailleurs, plus ou moins la matière colorante delà cochenille, ce qui arrive aussi avec toutes les dissolutions salines des oxides dont la réduction est facile.

Bien que la carminé soit du nombre des matières colorantes les plus intéressantes pour le fabricant, son histoire chimique est encore à faire. D’une part, en effet, nous ne connaissons point cette substance dans son état colorable, qui ne peut cependant être mis en doute; car, si l’on compare l’action réductrice d’une solution de cochenille à celle d’une solution de carminé , on voit que cette dernière fait tout au plus passer un sel ferrique au brun , tandis que la solution de cochenille qui la renferme à l’état colorable, s’oxidant aux dépens de la base de ce sel, se colore en violet foncé; d’autre part, elle ne nous est qu 'imparfaitement connue dans son état coloré (carminé) , puisque la composition qu’on lui a assignée est telle qu’on n’est point sûr de sa pureté. Enfin , nous ignorons complètement quel est le

lien qui unit cette matière colorante avec la couleur dérivée quelle engendre dans la préparation de la cochenille ammoniacale. Est-ce le principe colorable ou le principe coloré qui, en contact avec l’ammoniaque, donne naissance à cette couleur si précieuse l

Kermès , graine de kermès ou d' écarlate , vermillon végétal.

§ ZtOl. Le kermès est un insecte qui vit sur une espèce de petit chêne vert ( quercus coccifera ) qui croît dans les terres incultes des contrées méridionales de la France, en Egypte et dans les îles de l’Archipel. Les naturalistes en distinguent un grand nombre d’espèces ; celle qui est employée en teinture est le coccus ilicis , que les anciens appelaient aussi coccum squarlatinum , coccus baficus , coccus inf ectorius , granum linctorium .

Cet insecte, qui est récolté comme la cochenille, se présente à peu près avec la forme d’une boule dont on aurait retranché un segment ; sa couleur est d’un rouge brun ; il en est qui, écrasés sous le mortier, tombent en poudre (kermès d’Espagne), tandis que d’autres forment pâte (kermès de Provence).

M. Lassaigne a fait l’analyse du kermès et lui assigne la composition suivante :

Carminé ,

Stéarine, ) „ ,

! fusibles a 4 d° :

Oleine , )

Coccine ,

Phosphates calcique , sodique et potassique ;

Chlorures potassique et sodique,

Enfin, oxide ferrique.

Le kermès renfermant la même matière colorante que la cochenille, dont nous venons de faire l’étude chimique , nous nous croyons dispensé d’en parler sous ce point de vue ; nous ferons observer, toutefois , que , malgré l’analogie qui existe

entre le kermès et la cochenille, celle-ci se distingue toujours de celui-là en ce quelle produit à la teinture des teintes d’un rouge franc , tandis que le kermès ne donne que des rouges tirant-sur le jaune, et renferme, d’ailleurs, beaucoup moins de principe colorant.

Laque lac et lac dye.

§ A02. On récolte sur plusieurs arbres de l’Asie orientale, tels que le croton bacciferum , les mimosa corinda et cinerea , les ficus indica et religiosa , le rhamnus jujuba , etc., une résine qui porte le nom de résine laque dans le commerce , et dont on distingue plusieurs espèces la laque en bâton , la laque en grains et la laque en écaille. Cette espèce de résine doit sa couleur peu uniforme à la matière colorante d’un insecte qui vit sur les plantes mêmes où onia récolte, et qui a beaucoup d’analogie avec la cochenille (le coccus lacca ). Anciennement ces laques , et particulièrement la laque en bâton , qui renferme le plus de matière colorante , étaient directement employées en teinture ; mais depuis la fin du siècle dernier , la compagnie des Indes orientales livre au commerce deux produits de fabrication connus sous les noms de laque lac et de lac dye.

On obtient ces deux produits, qui, d’après tout ce qui a été publié de leur préparation, semblent être de même nature, en traitant la laque en bâton , préalablement lavée dans deux fois son volume d’eau rendue légèrement alcaline , par le carbonate potassique ou sodique. Après une macération de 12 à 15 heures, on agite le tout de manière à établir entre les fragments de laque un frottement qui détache la matière colorante, puis , lorsque l’eau est suffisamment colorée, on la décante et on la filtre au travers d’un linge. On répète ce traitement jusqu’à ce que la presque totalité de la couleur ait été enlevée par l’eau alcaline ; réunissant alors les liqueurs qui proviennent des diverses macérations , on les sature par une certaine quantité d’alun , et il se forme un précipité d’alumine uni à la matière colorante et à une certaine quantité de résine.

On a fait subir à ce procédé une légère modification qui consiste à pulvériser la laque avant de la soumettre à l’action des alcalis.

La matière colorante qui résulte de ce mode de préparation ne peut être employée en teinture qu autant qu’on l’a préalablement débarrassée de l’alumine avec laquelle elle est en combinaison, et surtout de la résine, qui rend sa fixation sur les tissus si difficile. Pour atteindre ce double but, on réduit la laque en poudre, on ajoute à 2 kilogrammes de cette poudre à kil. d’eau, et l’on remue et broie même le tout à la meule jusqu’à ce qu’on ait obtenu une bouillie bien homogène, dans laquelle on introduit peu à peu, et toujours en remuant, 1,5 kil. d’acide sulfurique concentré. On laisse macérer le tout pendant 12 heures , puis on l’étend de 25 litres d’eau bouillante qui dissolvent la matière colorante sans attaquer sensiblement la résine; on décante la liqueur après un certain temps de repos , on verse sur le marc une nouvelle quantité d’eau bouillante , et l’on procède ainsi jusqu’à ce que l’eau qu’on ajoute ne se colore plus. Alors les eaux chargées d’acide sulfurique et du principe colorant ayant été réunies et saturées par un poids de chaux égal aux 2/5 de celui de l’acide sulfurique employé , il y a production de sulfate calcique peu soluble qui se précipite, et l’alumine reste en dissolution. Ce procédé a été modifié par les teinturiers, qui se bornent à traiter la laque par la proportion d’acide sulfurique strictement nécessaire pour dissoudre la matière colorante, et à l’employer dans cet état. On pourrait purifier ces laques d’une tout autre manière, par exemple en dissolvant la résine qui accompagne la matière colorante et en laissant celle-ci pour résidu; l’éther, l’essence de térébenthine, les huiles essentielles qui dissolvent la résine sans attaquer sensiblement la matière colorante, pourraient être utilisés à cette fin.

Les laques lac et d}^e , de même que la cochenille et le kermès , renferment de la carminé , et c’est à ce principe colorant qu’elles doivent la propriété de teindre ; elles remplacent la cochenille avec avantage dans la préparation de l’écarlate.

Carthame.

§ A03. Sous les noms de carthame , de safran bâtard ou. de safranum , on vend dans le commerce les fleurs d’une plante flosculeuse j carihamus tinctorius ) qui croît naturellement en Égypte , et qui est cultivée pour la teinture dans plusieurs contrées de l’Inde et de l’Europe. Cette fleur renferme deux matières colorantes, dont l’une , jaune, est très soluble dans Veau froide , et l’autre, rouge , insoluble ou peu soluble dans ce véhicule et les acides , l’est beaucoup, au contraire, dans les alcalis , ce qui lui a valu le nom d 'acide carthamique. On ignore si ces deux matières colorantes dérivent l’une de l’autre.

Suivant Dufour, qui a traité successivement le carthame par l’eau, par l’alcool et par l’eau alcaline, 1,000 parties de ces fleurs renferment , savoir ;

62 part, d’eau qu’on leur enlève à la température de \ 5 ou 20°, plus

34 parties de poussière et de débris de plantes \

35 parties d’albumine végétale . j , ,

r fquon leur enleve

244 parties matière jaune (a) acide, mêlée de > par peau

sulfatés calcique et potassique . \

42 parties d’extractif . . /

9 parties d'une espèce de cire, qu’on leur enlève par l'alcool froid.

24 parties matière colorante jaune \ qu’on leur enlève par une semblable à la précédente . ... î eau contenant 8 parties 5 parties carthamine. de carbonate sodique.

Et en outre un résidu insoluble composé de

496 parties ligneux.

5 — alumine.

2 — oxide ferrique.

4 2 — sable,

plus une perte de

7 parties.

Les propriétés différentes qui distinguent l’une de l’autre les

52 k MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.

deux matières colorantes du carthame expliquent assez les traitements préalables qu’on fait subir à cette matière quand on veut l’employer en teinture ou en extraire l’acide carthamique ( carthamine ) . Dans l’un et dans l’autre cas on commence par laver le carthame à l’eau. Des fabricants se bornent à l’ humecter et à l’introduire dans un sac qu’ils exposent à l’eau courante; mais cette manière d’opérer doit être rejetée, attendu que ce lavage ne peut se faire qu’inégalement , puisque , tandis que les parties intérieures sont à peine mouillées et purgées de la matière colorante jaune qu’on cherche à enlever, les parties extérieures ont souvent perdu une grande quantité d’acide carthamique, d’abord parce que ce corps n’est pas tout-à-fait insoluble , ensuite parce que les eaux , suivant qu’elles sont plus ou moins calcaires ou alcalines, peuvent en favoriser encore la dissolution. Pour que cette première opération soit bien faite et qu’il n’en résulte aucune perte de matière colorante rouge , on doit délayer le carthame dans une petite quantité d’eau acidulée d’acide acétique, d’acide nitrique faible ; quand les fleurs sont bien humectées, on les soumet à la presse ; le gâteau qu’on en retire est délayé dans une nouvelle quantité d’eau acidulée , on remet de nouveau en presse, et 2 ou 3 opérations de ce genre suffisent pour enlever la majeure partie de la matière colorante jauhe. Lavé de la sorte, le carthame est mis en digestion à froid dans 10 fois son poids d’une eau dans laquelle on a préalablement dissous une partie de carbonate potassique ou sodique. Quand on fait usage du carbonate sodique , il faut veiller à ce qu’il ne renferme pas de sulfite sodique qui altérerait la matière colorante. Une fois que l’acide carthamique est dissous à la faveur du carbonate sodique, on jette le tout sur une toile au moyen de laquelle on exprime les fleurs de carthame , et la liqueur qui s’en écoule est employée en teinture , après avoir été saturée par un acide faible, tel que l’acide citrique (jus de citron ) . Comme l’acide carthamique , au moment où il est mis en liberté , se combine immédiatement au tissu en présence

duquel il se trouve , veut-on obtenir une matière colorante pure , on plonge des écheveaux de coton dans une dissolution de carthamate potassique ou sodique au moment où elle vient d’être saturée par l’acide citrique. Ces écheveaux , attirant à eux la matière colorante rose tenue en dissolution , se teignent en beau rose et même en rouge cerise, pendant que la matière colorante jaune reste dans le bain ; on les lave bien , puis on les met infuser dans une solution étendue de carbonate potassique qui reprend au coton la matière colorante dont il était saturé, et il se forme une dissolution de carthamate potassique qu’on décompose de nouveau par l’acide citrique; mais alors cette fois on n’emploie plus le coton ; l’ acide carthamique, après avoir été quelques instants maintenu en suspension dans l’eau, à laquelle il donne d’abord une teinte rose foncée éclatante, finit par se déposer sous forme de lamelles qui , desséchées sur des assiettes et réfléchissant plusieurs rayons lumineux , ont l’aspect de paillettes miroitantes.

L’acide carthamique, qui est soluble dans l’alcool, donne, quand cette dissolution a lieu à froid , une couleur d’un beau rose, et, quand elle a lieu à chaud, une couleur orangée. Il se dissout moins facilement dans l’éther, et peut être considéré comme insoluble dans les huiles grasses et essentielles. Insoluble aussi dans les acides faibles , il se dissout très bien dans les oxides et dans les carbonates alcalins; mais quand ceux-ci sont caustiques et que, carbonates, ils sont en dissolution concentrée , la matière colorante est fortement altérée. Elle ne l’est pas moins par l’acide sulfurique concentré.

Dans le travail que nous avons déjà cité, p. 393, on donne un procédé pour retirer du carthame un principe incolore qui serait la carthamine proprement dite, et qui, par la fixation d’une certaine quantité d’oxigène, engendrerait la carthaméine (acide carthamique). D’après l’auteur, on obtiendrait cette matière en ajoutant de l’hydrate plombique à une dissolution de carthamate sodique (nous nous demandons pourquoi il n’a

pas préféré l’acétate) , et l’acide carthamique se porterait sur l’ oxide plombique pour former du carthamate plombique. Après avoir recueilli celui-ci sur un filtre et l’avoir lavé avec soin, on le décomposerait par le sulfide hydrique , non seulement pour sulfurer l’oxide plombique , mais encore pour désoxider et ramener la carthaméine (acide carthamique) à l’état de carthamine qui resterait en dissolution , et que par une évaporation directe on obtiendrait en aiguilles blanches.

La composition de ces deux matières serait :

Pour la carthamine. . . 06 Hl8 05 Pour la carthaméine . . O6 H 18 07

Mais , d’après les propriétés assignées à ces substances , il faut , ou qu’il y ait une erreur dans ce travail , ou que les matières qu’on y décrit ne soient pas celles que nous connaissons, ou enfin quel’on ait ignoré jusqu’en 1848 les propriétés de l’acide carthamique ; car nous lisons à la page 48 de l’ouvrage cité que la carthamine , en présence des alcalis et de l’air, se colore subitement en jaune, puis en rouge rose, et plus loin y que l’ammoniaque colore plus difficilement en rouge la carthamine blanche que la potasse ou la soude caustique . Il nous semble que la matière colorante du carthame , du moins celle qui est connue des chimistes , donne toujours des dissolutions jaunesorangées avec les carbonates alcalins, et jaunes avec les alcalis caustiques ; il nous semble enfin que tous les fabricants sont d’accord avec les chimistes pour admettre qu’elle est toujours détruite par les alcalis caustiques .

Bois de campêche .

§404. On retire le bois de campêche du tronc de Hiæmatoxylum campechianum , arbre qui appartient à la famille des légumineuses, et qui croît au Mexique et aux Antilles , d’où il nous arrive sous forme de bûches compactes et lourdes , d’un brun rougeâtre â l’extérieur et orangé à l’intérieur, exhalant

une odeur toute particulière qui ressemble assez à celle de la violette. Il est rare qu’il soit livré dans cet état au fabricant ; on le vend ordinairement en bûchettes ou en poudre, pour qu’il soit plus facile d’en extraire la matière colorante.

On doit toujours essayer le bois de campêche dans le double but de connaître la quantité de matière colorante qu’il renferme et de juger de la nuance qu’il donnera en teinture. Pour s’assurer qu’il n’a point été épuisé , ce qui arrive quelquefois , ou qu’il n’a point subi d’altération, on suit le procédé appliqué à l’essai des garances , § 393.

M-. Chevreul a publié en 1810 une analyse du bois de campêche , qu’il a trouvé formé

De ligneux ,

D’hématine ou matière colorante ,

D’une matière particulière intimement unie à cette matière color., D’une substance azotée ,

D’une huile volatile,

D’une matière résineuse,

D’acide acétique ,

De chlorure potassique ,

D’acétates potassique et calcique ,

De sulfate potassique ,

D’oxalate calcique ,

D’oxides aluminique, ferrique et manganique.

Ce bois cède assez difficilement à l’eau son principe colorant ; 1 gramme de campêche réduit en poudre exige de 1 ~ à 2 litres d’eau bouillante , selon la variété du bois , pour être complètement épuisé, et les eaux de lavage donnent 0sr,,25 à 0,30 d’extrait (Chevreul).

Pour la préparation des extraits de campêche secs ou mous qu’on trouve en si grande quantité dans le commerce, on épuise actuellement le campêche sur une très grande échelle ; ordinairement on le débite en copeaux menus ou en bûchettes perpendiculaires à l’axe du bois, que l’on fait passer sous une meule

ou entre deux cylindres pour les réduire en poudre grossière ; on soumet cette poudre à l’action combinée de l’eau et de la vapeur, on exprime le tout , et la liqueur est évaporée à feu nu ou à la vapeur d’eau, soit dans le vide, soit à l’air, jusqu’à ce qu’elle ait atteint la consistance d’un sirop ou celle d’un extrait sec , selon l’état dans lequel on veut livrer ces préparations au commerce.

§ &05. On fait quelquefois préalablement subir au campêche que l’on destine à la teinture le traitement suivant , qui a pour objet d’augmenter son pouvoir colora, nt et surtout de modifier les substances qui accompagnent l’hématine , de manière que celle-ci se porte le moins possible sur les parties blanches réservées du tissu.

Sur le plancher dallé d’une chambre susceptible de recevoir un grand courant d’air, on étend une couche de campêche en poudre de quelques centimètres d’épaisseur et de 3 à h mètres carrés environ de surface; on humecte uniformément cette couche au moyen d’un arrosoir plein d’eau et muni d’une pomette , puis on la recouvre d’une seconde couche , de même épaisseur, qui, à son tour, est humectée et recouverte d’une troisième couche ; on continue à opérer de la sorte jusqu’à ce que toutes les couches superposées atteignent ensemble la hauteur de 1 mètre à lm,5. La température résultant delà fermentation qui s’établit alors s’élèverait bientôt au point de détruire en grande partie la matière colorante du campêche, si l’on ne se hâtait d’établir un fort courant d’air , ou de déplacer cette poudre pour en former un nouveau tas et en rendre ainsi le traitement plus uniforme. Pour 100 ldi. de bois de campêche, on emploie environ 100 kil. d’eau, et la durée de l’opération est de 3 à h semaines. Le campêche ainsi préparé peut se conserver sans s’altérer pendant plusieurs années , pourvu que de temps en temps on le change de place ; dans cet état il affecte une couleur rouge de sang. Malgré toute l’eau qu’il renferme et qu’on estime à 50 p. 0/0, il aune force colorante qui est à celle du campêche non préparé et sec : : 10 : 16.

§ 406. Examen chimique. En traitant par l’alcool ou par l’éther un extrait aqueux de campêche , M. Chevreul en a retiré un principe colorant auquel il a donné le nom d’hématine. Cette substance est saline et peut affecter une forme régulière ; ses cristaux sont d’un gris rosé, à reflets métalliques; elle se dissout sans éprouver d’altération dans l’eau , dans l’alcool et dans l’éther sulfurique. En contact avec les acides sulfurique, phosphorique, arsénique , oxalique, citrique, tartrique , avec le chloride hydrique, étendus d’eau, avec tous les acides faibles, l’hématine passe au jaune, tandis que 'les mêmes acides concentrés et employés en excès font virer une dissolution d’hématine au jaune orangé ou au rouge. Les acides sulfureux èt carbonique , quel que soit leur degré déconcentration, la font toujours jaunir. L’hématine s’altère ou se modifie plus ou moins, en présence d’un acide qui peut lui céder de l’oxigène, elle est détruite à chaud par les acides nitrique, sulfurique, concentrés; elle est oxidée par les acides chromiqne, manganique, ferrique, qu’ils soient libres ou à l’état de bi-sels. L’action particulière qu’exerce sur elle l’acide chromique ,* § 358, est mise à profit pour produire sur calicot un noir dit au campêche très solide.

Les oxides potassique, sodique et ammonique se combinent très bien à l’hématine, pourvu que l’on opère à l’abri du contact de l’air. Les combinaisons solubles qui en résultent sont bleues. Les autres oxides alcalins, tels que les oxides bary tique, strontique et calcique forment avec elle des combinaisons insolubles. Il en est de même de tous les oxides métalliques hydratés ; mais l’hydrate stanneux a cela de particulier qu’il se comporte avec cette matière colorante à la manière des bases les plus puissantes, tandis que l’hydrate stannique, en réagissant sur elle à la manière des acides les plus énergiques , la fait virer au rouge.

En contact avec l’hématine, les sels ne se comportent pas de la même manière ; les uns, tels que les sulfates , les nitrates potassique , sodique, etc., lorsqu’ils sont bien purifiés, n’exeri. 34

cent aucune action sur elle; d’autres agissant sur l’hématine, comme les alcalis faibles , en font passer sa nuance au muge violacé : ce sont les sels neutres formés par l’union des acides qui ont pris naissance directement , avec les oxides potassique , sodique et ammonique ; d’autres, se comportant à la manière des acides faibles , la font passer au jaune : ce sont la plupart des bi-sels, et ceux qui résultent de l’union des bases faibles avec des acides qui ont pris naissance indirectement, les sulfates, les nitrates , les chlorures aluminique, glucinique, uranique et chromique; enfin, il en est qui, réagissant sur les dissolutions d’hématinepar leur base ou par leur acide, y déterminent des précipités. On peut attribuer à deux causes l’action qu’exercent dans ce cas les bases : à la tendance qu’elles ont à s’unir à la matière colorante en abandonnant leur acide , comme on le remarque particulièrement dans les sulfates magnésique et calcique , dans les chlorures des mêmes bases , et surtout dans les acétates b ary tique, strontique, calcique et plombique; ou à l’altération mutuelle qui a lieu entre l’oxigène de l’oxide et l’hydrogène de la matière colorante , § 358. Ainsi les sels dont la base est d’une réduction facile, comme les sels argentiques , auriques, etc., que cette réduction soit totale ou partielle, oxident toujours la matière colorante et la précipitent ; il en est de même des sels dont les acides ont pris naissance indirectement et qui peuvent jouer le rôle d’agents oxidants.

Tous ces caractères que nous venons de retracer ont été assignés par M. Chevreul à une solution de campêche qui n’était évidemment qu’un mélange de principes colorable et coloré. Les expériences de M. Erdmann (1) ne laissent aucun doute à cet égard, puisqu’il a retiré d’une solution toute semblable une substance, Yhêmatoxylme , qui n’est point, dit-il, une matière colorante, mais un principe qui , comme la lecanorine, l’orcine et là phlorizine , peut le devenir sous l’influence simultanée des

l) Revue scientifique, t. ’X, p. 340.

bases fortes (des alcalis) et de l’oxigène atmosphérique. Selon ce chimiste, line oxidation peu prononcée de 1 'hèmatoxyline donnerait naissance à des produits bleus ou rouges, une oxidation plus avancée à une substance brune, soluble dans l’eau, ayant de l’analogie avec quelques matières ulmiques. (Voyez dans les Traités de Chimie les acides ulmique , azulmique et Yulmine. )

Ces modifications que subit le principe colorable du campêche sous l’influence de l’air et des bases nous semblent justifier la fermentation que certains fabricants font subir au campêche.

Le principe colorable du campêche, Yhèmatine (Chevreul) , hèmatoxyline (Erdmann), cristallise en prismes rectangulaires à h pans, dont les arêtes latérales sont régulièrement tronquées et terminées par des faces symétriques. Il n’est pas rare de trouver cette matière cristallisée dans les tonneaux d’extrait de campêche. Sa saveur, qui est douce, n’est ni astringente ni amère, mais elle a quelque chose de sauvage qui ne permet pas qu’on la confonde avec les autres matières sucrées ; elle se dissout lentement dans l’eau froide et très promptement dans l’eau bouillante , à laquelle elle donne une teinte paille claire ou jaune. La plus petite quantité d’ammoniaque suffit pour donner à sa solution une couleur rouge-jaunâtre ; c’est au point que M. Erdmann considère une solution d’ hèmatoxyline comme le réactif le plus fidèle pour décéler la présence de l’ammoniaque dans l’air. Ce principe colorant soluble dans l’éther sulfurique, l’est plus encore dans l’alcool. Exposé à la lumière solaire, il se colore en rouge-brunâtre , et le même phénomène s’observe dans le vide et dans l’air, sans que sa composition paraisse varier; soumis à l’action de la chaleur, il se décompose sans donner de produits volatils , et chauffé à 100° ou à 120° , il abandonne 16 p. 0/0 d’eau de cristallisation. D’après M. Erdmann,

La composition de l’hématoxyline anhydre = Ch° FL+O1’1 Et son équivalent. . . — 471 2,4 6

Voici les caractères chimiques qu’il lui assigne : elle se dissout dans l’acide sulfurique faible, quelle colore en rouge clair, et dans le meme acide concentré, qu’elle colore en jaune-brun , sans éprouver elle-même d’altération si le contact a lieu à froid; à chaud, elle est détruite par cet agent, et se transforme en une substance noire soluble dans l’eau , mais insoluble dans l’acide sulfurique étendu. Elle se dissout aussi dans l’acide nitrique très étendu, ainsi que dans le chloride hydrique, sans être altérée , en les colorant en pourpre. L’acide nitrique concentré l’attaque fortement, même à froid, et il y a production d’acide oxalique. Elle est détruite par l’acide chromique, qui produit avec elle une vive effervescence due au dégagement de l’acide carbonique, en même temps que la liqueur qui reste, et dans laquelle M. Erdmannn’a plus retrouvé d’hématine, se colore en brun. Avec la solution de colle de poisson, elle donne un léger précipité qui disparaît lorsqu’on chauffe cette solution, et qui reparaît par son refroidissement.

Ce qui distingue particulièrement la substance étudiée par M. Erdmann de celle qu’a obtenue M. Chevreul , c’est qu’en contact avec la baryte et à l’abri de l’air, elle donne un précipité incolore qui, au contact de l'air, passe au bleu, et de cette nuance au rouge, absolument comme l’acide gallique §291. Quoiqu’avec une solution d’oxide potassique M. Erdmann n’ait pu obtenir de combinaisons d’hématine incolore , il pense qu’il ne serait pas impossible d’arriver à ce résultat en prenant les précautions convenables.

Les acétates plombique et tri-plombique troublent une solution d’hématoxyline en y produisant1 un précipité parfaitement blanc, mais qui, exposé à l’air, absorbe bientôt de l’oxigène et se colore en bleu. Le chlorure stannique y détermine un précipité rose qui ne s’altère plus. Une dissolution de sulfate cuivrique , et surtout une dissolution d’acétate de même base , la troublent également. U y a alors formation d’un précipité gris qui se colore rapidement en bleu foncé avec reflets cuivrés , et

Foxidation se faisant aux dépens de l’oxigène de Foxide cuivrique, il y a du cuivre ou de Foxide cuivreux qui devient partie constituante du précipité. La solution d’hématoxyline réduit plus ou moins parfaitement les sels auriques , argentiques "et mercuriques.

Quant à Faction toute spéciale qu’exerce l’ammoniaque avec le concours de l’air sur l’hématoxyline, M. Erdmann s’est assuré que ce principe colorable peut se dissoudre dans l’ammoniaque liquide et en être retiré sans avoir éprouvé d’altération, pourvu qu’on opère à l’abri du contact de l’air; qu’au contraire, sous l’influence de ce milieu la solution par suite d’une absorption d’oxigène se colore en rouge d’abord , puis en rouge noirâtre. Si on l’évapore alors et qu’on la concentre avec précaution , on obtient par le refroidissement des cristaux granuleux d’un noir violacé , qui se dissolvent dans l’eau et la tei- > gnent en pourpre intense. Cette dissolution renferme un véritable sel ammoniacal (F hématèate ammonique] , car l’acide acétique qu’on y ajoute s’empare de l’ammoniaque, et précipite une substance qui ressemble assez , par son aspect et sa couleur, à l’hydrate ferrique. C’est à ce produit que M. Erdmann a donné le nom d’hématéine , par suite de l’analogie qui existe entre sa formation et celle de l’orcéine et de la phlorizéine, mais qui ne s’étend pas à sa composition, puisque l’oxigène seul intervient , et que les deux tiers de ce gaz font disparaître , sous forme d’eau, le double de leur volume d’hydrogène ainsi que cela résulte de l’équation :

Cio Ol5 + 0’> — O H»’ 0lf; + H4 O2

Voici quelles sont les propriétés assignées à l’hématéine : récemment précipitée , elle peut , iusqu’ à un certain point, se confondre avec l’hydrate ferrique ; mais par la dessiccation elle prend , avec un beau reflet métallique , la couleur vert foncé ou rouge , selon quelle est plus ou moins compacte. Soluble dans l’eau froide, et à plus forte raison dans Feau bouillante,

53â MATIÈRES PREMIÈRES ORGANIQUES.

elle ne se dépose pas par le refroidissement ; soluble aussi dans l’alcool et dans l’éther, moins cependant que dans l’eau, elle l’est encore dans la potasse, à laquelle elle donne une couleur bleue qui se changea l’air en rouge-brun. Sa solution dans l’ammoniaque, qui est de couleur pourpre l devient brune à l’air; les acides la jaunissent ; combinée à l’eau à l’état d’hémathéate ammonique , elle donne un précipité violet avec les sels zinciques, les sels bismuthiques, le chlorure stanneux et les sels ferreux, noir-bleu tirant au violet avec les sels cuivriques, et noir avec les sels ferriques. Enfin M. Erdmann confirme l’observation qu’a faite M. Chevreul , § 361 , en étudiant cette substance , savoir, que le sulfide hydrique ne la réduit pas , mais se combine simplement avec elle en la faisant changer de nuance.

On ne saurait douter, d’après tout ce qui a été dit , que le campêche préparé ne renferme plus d’hématéine que celui qui n’a pas éprouvé de fermentation , et que l’on peut toujours accélérer celle-ci par l’addition d’une certaine quantité d’ammoniaque ou d’urine qui , en se putréfiant , fournira cette base ; mais, d’autre part , on sait aussi que pour certains genres d’impression une infusion de campêche récente convient mieux qu’une infusion ancienne, et qu’un extrait évaporé dans le vide est préférable à celui qui l’a été à l’air libre; il y aurait donc, au point de vue des applications de cette riche matière colorante , une question fort importante à résoudre, celle de savoir lequel du principe Colombie ou du principe coloré du campêche, est plus favorable à la formation des couleurs qui ont pour base cette matière colorante.

Bois de Brésil.

§ Zi.07 . Sous le nom générique de bois de Brésil on comprend plusieurs espèces de plantes ligneuses du genre Cæsalpina , Linn. , qui toutes renferment un principe colorant appelé Brèsiline par M. Chevreul. Ces bois, depuis fort longtemps employés dans l’Inde, étaient déjà introduits en Europe avant

MATIÈRES COLORANTES OÈGANIQUES. 535

la découverte de l’Amérique. Ils ne sont pas également estimés ; l’ordre dans lequel on les classe est le suivant :

1° Le Cæsalpina crista , qui croît à la Jamaïque et au Brésil. Il est connu sous le nom de Fernambouc; il est très dur et compacte ; sa densité est telle qu’il tombe au fond de l’eau. Il est jaune à l’intérieur et rouge dans les parties qui reçoivent le contact de l’air ; toutefois cette couleur rouge disparaît à la longue au contact prolongé de l’air et du soleil.

2° Le Cæsalpina sappan , qui croît au Japon, connu dans le commerce sous les noms de bois du Japon et de bois de Sappan, gros et petit. Il ressemble au premier par plusieurs caractères , et notamment par la quantité et la qualité de la matière colorante qu’il renferme.

3° Le Cæsalpina echinata est connu dans le commerce sous le nom de bois de Nicaragua , de Saint-Marthe et de Lima.

1i° Enfin le Cæsalpina vesicaria , qui est le moins estimé.

Tout ce que nous avons dit de l’état dans lequel nous arrive le bois de campêche , des opérations qu’on lui fait subir pour le livrer au commerce sous forme d’extrait , et des moyens d’en évaluer la richesse colorante, peut s’appliquer aux différents bois dits de Brésil ; nous nous bornerons donc à exposer'Jbrièvement les caractères particuliers qui les distinguent.

La couleur des bois de Brésil est toujours moins foncée que celle des bois de campêche ; et ce qui les différencie surtout , c’est qu’une infusion aqueuse de bois de Brésil, au lieu de précipiter en bleu, comme une solution de campêche, par les oxides calcique et barytique, par le chlorure stanneux et par l’acétate plombique , précipite en rouge cramoisi. La matière colorante que renferment tous ces bois est plus ou moins accompagnée de matières astringentes, ce qui fait quelle n’est ni également pure ni également éclatante. Le peu de cas que l’on fait du brésill et doit surtout être attribué à ce qu’il est souillé d’une substance de cette espèce, de couleur brune, dont cependant Dingler prétend qu’il est facile de le débarrasser, en

ajoutant à froid, à une décoction de ce bois , un poids de lait écrémé égal à la moitié de celui du bois qu’on a épuisé par l’eau bouillante. La matière caséeuse du lait précipite la solution brune astringente, et la liqueur qui reste, du rouge le plus pur, peut être employée pour la teinture ou directement pour l’impression.

Le bois de Brésil cède facilement à l'eau bouillante toute sa matière colorante, mélangée, à la vérité, aux matières astringentes et aux sels solubles , tels que les acétates potassique et calcique, qu’il renferme. Quand aux traitements à l’eau chaude on en fait succéder à l’eau alcaline, il se dissout une substance de matière résineuse qui peut recevoir quelques applications. L’alcool et l’éther dissolvent aussi cette matière colorante; c’est même à l’aide de ce véhicule que M. Chevreul a retiré la brèsiline. Les acides agissent sur cette substance comme sur celle du campêche, à l’intensité près de la nuance que l’on obtient. Le sulfide hydrique se combine avec elle ; l’acide chromique l’oxide, et forme en réagissant sur cette matière colorante un composé coloré dans lequel elle est oxidée et a contracté beaucoup plus de stabilité qu’à l’état de liberté. Les bases salifiabïes alcalines forment aussi avec elle des combinaisons d’un pourpre violet et qui sont solubles ; les oxides alcalins et plombliques en forment du même genre, mais qui sont insolubles. Quant à l’hydrate aluminique , il décolore facilement une solution de brésiline , en donnant naissance à une laque dont la nuance est intermédiaire entre celles qu’on obtient par les alcalis et les acides les plus puissants.

Une infusion de bois de Brésil , conservée en contact avec J air, ne tarde pas à se couvrir d’une pellicule irisée, qui augmente par l’évaporation , et réduit les sels dont les bases sont d une réduction facile, tels que les sels argentiques et auriques. Tout porte donc à faire pensér qu’il en est de cette matière colorante comme de celle du campêche , et qu’elle existe dans le bois en partie colorée et en partie Colombie. L’expérience a

démontré que dans certains cas il y a beaucoup plus d’avantage à employer une solution de ce genre quand elle est vieille que quand elle est récente. Est-ce que dans cette circonstance elle se dépouille de la matière astringente qui l’accompagne? Ou bien son état d’oxidation change-t-il? Fixe-t-elle une certaine quantité de l’oxigène de l’air? Se développe-t-il une fermentation muqueuse qui aurait pour effet de la désoxider ou de l’hydrogéner, de la décolorer, en un mot, comme on y parvient si facilement par l’hydrogène naissant? Ce sont autant de questions qu’il reste à résoudre , car jusqu’à présent aucune expérience n’a été publiée sur ce sujet.

Appendice .

§ 408. Barwood et Camwood. Depuis quelques années, dit M. Graham, les teinturiers anglais ont substitué au bois de Brésil un bois qu’ils appellent Barwood ou Cctmicood , du nom des localités d’où on le retire. Il paraît être préféré par certains fabricants au bois de Brésil , comme étant plus riche en matière colorante , comme ayant une couleur moins sensible à l’action des alcalis , enfin comme donnant des couleurs plus sosolides et plus vives en raison de la matière colorante jaune qu’il renferme. (Voyez pour plus de détails sur ce bois et sa matière colorante l’extrait d’un travail inédit qui se trouve dans la Revue scientifique , n° 49, J 84 4, et aussi Journal de Pharmacie , 1827.)

Bois jaune.

§ 409. Le bois jaune qui se vend dans le commerce est le tronc d’un arbre connu aujourd’hui sous le nom de Mûrier des teinturiers [morus tinctoria) , et anciennement sous celui de vieux Fustic des Anglais. Il nous vient du Brésil et des Antilles, ce qui lui a aussi valu le nom de hois de Cuba. Ce bois doit être

en grosses bûches compactes de couleur jaune sans mélange de rouge ; l’intérieur renferme fort souvent une substance cristalline jaune, ou d’un blanc tirant sur la couleur chair, qui constitue, d’après M. Chevreul , le principe colorant même de ce bois. Ce chimiste , par un traitement convenable à l’alcool et à l’éther, est parvenu à isoler ce principe sous deux états , Y état incolore et Y état coloré. Dans le premier, il l’appelle morin blanc ; dans le second , morin jaune ; on peut encore admettre qu’il existe sous un troisième état, qui serait celui du morin rouge. 11 a démontré , en outre , que ce principe est accompagné d’une espèce particulière de tannin , ou qu’il en joue lui-même le rôle.

La décoction d’une partie de ce bois dans 10 parties d’eau est d’un jaune orangé vif, et conserve toute sa transparence tant qu’elle est chaude ; mais elle se trouble en se refroidissant et laisse déposer une certaine quantité de morin. Une semblable décoction est inodore, d’une saveur amère et légèrement astringente; elle précipite abondamment, par la colle de poisson, en flocons d’un jaune orangé une combinaison de tannin, de matière colorante et décollé. Le chlorure barytique et le nitrate argentiquey déterminent des flocons jaunes , peu solubles dans l’acide nitrique , mais dont la teinte jaune vire au roux, quand ces flocons sont dus au second de ces réactifs. Les oxides potassique, sodique et ammonique ne troublent pas cette décoction, mais ils la font passer au rouge orangé brun-verdâtre ; il en est de même des oxides barytique, strontique et calcique qui , de plus , ont la propriété d’éclaircir une telle décoction ; elle précipite en jaune serin par l’alun. Le chlorure stanneux et l’acétate plombique y forment des précipités jaunes et jaunes orangés; l’acétate cuivrique la trouble aussi , mais la couleur jaune du précipité qu’il y détermine variant avec la température , vire plus ou moins au brun. Les sels ferriques, tels que le chlorure, le sulfate, l’acétate, le tartrate, surtout ce der-

(I) Annales de chimie et de physique , t. IX , p. 330.

nier, colorent fortement cette décoction en bran olivâtre ; il y a même formation d’un précipité noir ; dans cette circonstance une partie de l’oxide ferrique est réduit et passe à l’état d’oxide ferreux. Le bi-chromate potassique fait naître un précipité formé d’un composé oxidé du chrome, inférieur à l’acide chromique, et de matière colorante oxidée ; mais la quantité et la nuance de ce prépipité varient avec l’état de concentration du bi-chromate et avec la température à laquelle on le fait agir. L’acide sulfurique concentré y produit des flocons orangés so lubies dans un excès de ce même acide , mais insolubles dans cet acide étendu ; l’acide nitrique du commerce des flocons d’un roux tendre qui se forment par un excès de cet acide, mais qui s’y dissolvent difficilement. L’acide acétique, loin de précipiter cette matière colorante, en favorise la dissolution.

Pour faire comprendre tout l’intérêt qui s’attache à cette substance tinctoriale , il convient de mettre en opposition les caractères qui lui sont propres sous ses deux états.

Tandis que le morin blanc agit à peine sur une solution de colle de poisson ou de gélatine , le morin jaune la trouble franchement. La solution de morin jaune se colore en très beau jaune , sans se troubler , par les oxides potassique, sodique, ammonique, barytique et strontique , et dans les mêmes circonstances le morin blanc devient d’un jaune plus foncé. Une solution d’acétate cuivrique n’est point troublée immédiatement par le morin jaune , tandis quelle Test par le morin blanc. Une solution de sulfate ferrique fait passer la nuance d’une solution de morin jaune au vert dragon , et le même sel fait passer au rouge-grenat la solution de morin blanc. L’acide sulfurique concentré exalte la couleur du morin jaune qu’il fait passer au jaune brillant , tandis que ce même acide fait virer au jaune-roux la solution de morin blanc. Un fait surtout digne de remarque , et qui a particulièrement fixé l’attention de M. Chevreul , c’est qu’en soumettant à la distillation ces deux morins . ils se subliment l’un et Feutre en conservant leurs ca-

ractères distinctifs, savoir, le morin blanc, celui de colorer en grenat les sels ferriques, le morin jaune, celui de les colorer en vert.

Enfin, M. Chevreul a constaté que le morin jaune, attirant l’oxigène de l’air , se transforme en cette matière colorante rouge que l’on rencontre cristallisée dans l’intérieur du bois jaune. Nous ignorons quels liens unissent les trois principes colorants ordinairement retirés de ce bois ; mais nous avons tout lieu d’espérer que cette question ne tardera pas à être résolue à la satisfaction de tous les chimistes , puisque M. Chevreul en fait en ce moment un objet d’étude.

Nous ne connaissons rien de la composition de ces divers morins ; mais comme ils sont peu solubles dans l’eau , très solubles, au contraire, dans l’alcool et surtout dans l’éther, il est facile de préjuger qu’ils contiennent dans leurs molécules un grand nombre d’atomes de carbone et d’hydrogène.

Quer citron.

§ ZjiO. Sous le nom de quercitron on vend dans le commerce, depuis cinquante ans environ , l’écorce du quer eus Unctoria , arbre de la famille des amentacées, dont deux variétés, le quercus nigra digiiata et le quefeus nigra trificla , sont surtout recherchées. C’est à Bancroof que l’on doit la connaissance des applications dont cette précieuse écorce est susceptible • aussi le parlement anglais lui accorda-t-il, par une loi, le privilège exclusif de préparer et de vendre cette matière première pendant un certain nombre d’années.

Cette écorce se compose de trois parties distinctes : 1° l’épiderme, qui doit sa couleur noire à l’infiltration de la sève au travers de ses pores où elle s’est oxidée , et qui, ne renfermant qu’une petite quantité de matière colorante altérée , en est soigneusement enlevée ; 2° un tissu cellulaire proprement dit , où réside principalement la matière colorante ; 3° l’aubier.

Le quercitron est toujours vendu en poudre ; et comme sous

MATIERES COLORANTES ORGANIQUES. 5/jl

cette forme il est sujet à être sophistiqué, il est nécessaire d’en constater la pureté. Un essai fait à la manière de ceux que nous avons décrits pour les garances § 393, peut déjà fixer le fabricant sur la valeur et la qualité d’un quercitron , mais il lui importe en outre de s’assurer de quelques caractères qui appartiennent exclusivement aux décoctions de cette écorce.

En faisant bouillir pendant 15 minutes une partie de quercitron dans 10 parties d’eau, on obtient par une tiltration faite à chaud une liqueur d’un jaune orangé brun qui ne se trouble pas par le refroidissement, mais qui, après quelques jours de repos, laisse déposer une substance cristalline à laquelle M. Chevreul a donné le nom de quercitrin .

Une semblable décoction faite avec 5 parties d’eau seulement se trouble par le refroidissement et laisse aussi déposer du quercitrin ; à la longue se colorant fortement en brun rouge , elle finit par se prendre en une masse qui ressemble à un caillot de sang (Chevreul).

La liqueur produite par cette décoction a une odeur assez analogue à celle de l’écorce de chêne ; la saveur en est amère et astringente ; elle rougit le papier de tournesol et précipite une solution de colle de poisson. Les oxides potassique, sodique , ammonique, barytique, strontique et calcique rendent sa nuance plus foncée , les trois derniers en y déterminant d’abondants précipités floconneux d’un jaune roux. Cette réaction distingue essentiellement le quercitron du bois jaune, dont la solution dans les mêmes circonstances ne se trouble pas. Le chlorure barytique , le nitrate argentique et l’oxalate ammonique y déterminent aussi des précipités , le premier, de matière colorante, d’oxide barytique et d’une faible proportion de sulfate barytique ; le second , de quercitrate argentique avec traces de chlorure, et le troisième d’oxalate calcique.

Une solution d’alun versée dans une décoction de quercitron n’y produit qu’un léger précipité d’un jaune sale , et par ce caractère encore le quercitron s’éloigne du bois jaune, dont la dé-

coction précipite abondamment par l’alun. Le chlorure stanneux acide y détermine un précipité roux , l’acétate plombique d’abondants flocons d’un jaune roux, l’acétate cuivrique un précipité légèrement floconneux qui , selon la température à laquelle il est produit , vire plus ou moins au jaune verdâtre foncé ; le sulfate et le chlorure ferriques colorent fortement cette décoction en un vert dont la teinte varie suivant les proportions respectives des liquides qui sont mis en contact. Dans ce cas , ainsi que nous nous en sommes assuré , l’oxide ferrique est en partie réduit et passe à l’état d’oxide ferreux. Les acides un peu puissants , tels que les acides sulfurique , arsénique, phosphorique , oxalique et nitrique étendus, produisent généralement dans cette décoction des précipités qui quelquefois se redissolvent dans un excès d’acide : ainsi, par exemple, l’acide nitrique ajouté en excès fait disparaître le précipité auquel il avait donné lieu , et la liqueur contracte alors une belle couleur orangée foncée due sans doute à l’oxîdation de la matière colorante. L’acide acétique, loin de précipiter une telle décoction, la rend au" contraire plus transparente. Enfin, ce qui caractérise encore mieux la matière colorante du quercitron , c’est que les sels de chaux sont décomposés par elle et donnent naissance à. de véritables laques.

Le quercitrin que M. Chevreul a retiré d’une infusion ou d’une décoction concentrée de quercitron , possède à peu près tous les caractères que nous venons d’assigner à cette décoction .

M. Bolley, qui a publié, il y a quelques années , un travail sur ce principe colorant (1) , a trouvé, ainsi qu’on pouvait déjà le déduire des expériences de M. Chevreul , qu’il se comporte comme un véritable acide dont la composition serait O6 Hl8 Ol° quand il est hydraté, et Cl6 H 16 09 quand il est uni à l’oxide plombique,

en sorte que son équivalent serait égal à 2199,0.

(1) Annalen der Pharmacie, t. XXXVII , p. 100.

MATIERES COLORANTES ORGANIQUES. 5 f\%

Voici comment M. Bolley a obtenu X acide quercitrique . Dans un appareil à déplacement, p. 254 , il a traité par l’alcool et jusqu’à épuisement, du quercitron pulvérisé, en employant environ 6 parties d’alcool pour une partie de cette écorce. Après avoir introduit dans la solution alcoolique des fragments de vessie de bœuf, qu’on peut toujours remplacer par de la peau gonflée ou par de la colle de poisson , pour lui enlever le tannin qu’elle renfermait, il a soumis cette solution à la distillation dans le but d’en retirer F alcool. Durant cette distillation il se sépare des gouttelettes, résineuses qu’on isole au moyen du papier buvard , et il se forme en même temps des croûtes cristallines qu’on lave- à l’eau et qu’on met redissoudre dans un alcool étendu pour les faire cristalliser de nouveau. *

D’après M. Bolley, cet acide, chauffé à l’abri du contact de l’air, se volatiliserait sans éprouver d’altération ; 400 parties d’eau et seulement 4 à 5 parties d’alcool anhydre suffiraient pour en opérer la dissolution ; il s’oxiderait par les oxidants énergiques , et combiné aux bases , formerait des sels que décomposerait l’évaporation; l’acide se dégageant dans ce cas laisserait ces bases pour résidu. Cette particularité doit surtout être prise en considération dans la teinture au quercitron. Enfin, comme les agents puissamment réducteurs, il jouirait de la propriété de réduire les sels argentiques, auriques , etc.

Malgré les travaux dont ce principe colorant a été l’objet, il s’en faut de beaucoup que nous connaissions le dernier mot sur sa véritable nature dans les différents .états où il existe dans le quercitron; c’est donc encore un nouveau sujet fort intéressant à étudier , les travaux qu’on entreprendrait ne dussent-ils avoir pour résultat que d’établir d’une manière positive les propriétés de cette matière colorante.

Gaude.

§ Ml. La gaude qu’on trouve dans le commerce , estime plante herbacée appartenant à la famille des caprifoliées , et désignée par les botanistes sous la dénomination de réséda luieola. Quoique la matière colorante se trouve répandue dans toute la partie de la plante , elle est spécialement accumulée dans les feuilles terminales et dans les enveloppes de la graine. Avant l’introduction du quercitron en Europe , la gaude était uniquement employée à la production des jaunes dits bons teints , mais maintenant il est rare qu’on s’en serve dans les fabriques d’indienne ; les teinturiers seuls en font encore usage.

La gaude renferme une matière colorante qui se rapproche assez de celle du quercitron; elle est aux autres couleurs jaunes ce qu’est la matière colorante de la garance aux autres couleurs rouges. M. Chevreul en a isolé le principe colorant, auquel il a donné le nom de lutéoline , du nom spécifique de la plante.

La lutéoline est susceptible d’être sublimée par la chaleur en aiguilles transparentes , d’un jaune tendre ou foncé, selon leur grosseur, et d’un aspect velouté. Sa réaction est acide ; elle est très peu soluble dans l’eau, quelle colore à peine : cependant la petite quantité de principe colorant qui s’y dissout suffit pour teindre en beau jaune verdâtre ou jonquille les étoffes mordancées en alumine qu’on plonge dans ce bain , pourvu qu’on en élève un peu la température. Cette matière colorante est très soluble dans l’alcool et dans l’éther. Par les oxides alcalins elle prend peu àpeu, au contact de l’air, une belle nuance jaune d’or, qui passe au roux par l’absorption d’une plus grande quantité d’oxigène. Elle décompose les acétates alum inique, plombique, cuivrique, et même l’alun , en produisant des laques jaunes. Elle donne avec les sels ferriques un précipité olivâtre ; sa solution aqueuse , rendue acide , se précipite ; mise en contact avec l’acide sulfurique concentré , elle se comporte comme la matière colorante de la garance , c’est-à-dire quelle se dissout

dans ce véhicule, et que, précipitée par l’eau, elle n’éprouve aucune altération. En reconnaissant à la lutéoline cés divers caractères, on peut jusqu’à un certain point s’expliquer les propriétés que l’on constate dans une décoction de gaude.

En laissant digérer pendant 15 minutes une partie de cette matière première dans 10 parties d’eau bouillante , on obtient une liqueur qui , filtrée à chaud , abandonne par le refroidissement des flocons d’un jaune brun tirant à l’olivâtre, et qui, d’après M. Chevreul, sont formés de lutéoline , d’une ma*

1 tière cristalli sable blanche, d’une matière azotée, d’oxide de fer, de chaux et de silice. La liqueur séparée de ce dépôt par filtration est d’un jaune un peu roux, douée d’une saveur à la fois douce et amère , et d’une odeur particulière et désagréable ; M. Chevreul y a constaté , savoir :

4° Une matière non azotée, qui donne de la viscosité à l’eau;

2° Une matière azotée ;

3° De la lutéoline ;

4° Une matière colorante d’un jaune roux, qui est probablement de la lutéoline altérée ;

5° Une matière saccharine ;

6° Une matière amère, incolore, soluble dans l’eau et dans l’alcool :

7° Un principe odorant ;

8° Un acide organique libre;

9° Du citrate calcique ;

10° Du citrate magnésique,

4 1 0 Du phosphate calcique ;

4 2° Du phosphate magnésique ;

4 3° Du sulfate calcique;

4 4° Du sulfate potassique ;

4 5° Du chlorure potassique ;

4 6° Un sel organique à base potassique ;

4 7° Un sel ammoniacal.

Cette même solution est faiblement acide aux papiers réactifs, et trouble légèrement une solution de gélatine. Les oxides

potassique, sodique et ammonique en font passer la nuance au jaune d’or un peu verdâtre; l’oxide barytique la précipite en jaune. Si ce même réactif ne précipite pas une solution de lutèoline pure, la cause en est sans doute que cette dernière , peu soluble dans son état d’isolement , ne s’y trouve pas dans la proportion nécessaire pour former le composé insoluble qui prend naissance dans l’infusion; l’alun ne la trouble que légèrement : il y a dans ce cas formation d’un dépôt jaune-grisâtre, que l’on doit toujours séparer avec soin, lorsqu’on veut obtenir, au moyen delà gaude, des laques d’un jaune pur. Le chlorure stanneux et surtout l’acétate plombique , y produisent des précipités jaunes abondants. L’acétate cuivrique la précipite également, mais la couleur jaune de la laque qui en résulte vire au vert. Le sulfate ferrique lui donne une teinte olivâtre , mais le précipité ne se forme qu’à la longue. Tandis que les acides puissants précipitent cette matière colorante, l’acide acétique, au contraire, la dissout, et d’ailleurs elle est, de toutes les matières colorantes jaunes, celle qui résiste le mieux aux agents atmosphériques.

Fustet.

^ 412. On vend dans le commerce, sous le nom de fustet, les parties ligneuses, séparées de leur écorce, d’un arbrisseau de la famille des térébinthacées , le rhus cotinus. Cette substance tinctoriale, dont on fait un grand usage dans les fabriques d’indienne , renferme une matière colorante soluble dans l’alcool , dans l’éther et dans l’eau, qu’elle colore en jaune verdâtre, et qui, par l’ensemble de ses caractères , se rapproche beaucoup des solutions de quercitron et de bois jaune, mais qui s’en distingue essentiellement par la propriété dont elle jouit de se colorer en beau pourpre en présence des hydrates potassique, sodique , strontique , barytique , calcique ou ammonique , et de précipiter en rouge orangé par les acétates plombique et cui-

vrique. L’alun et le chlorure stanneux ne font qu’en rehausser la nuance. Le sulfate ferrique la colore en olive clair , et finit même par y produire un précipité floconneux brun. M. Chevreul n’a pu décider si cette couleur pourpre que lui donnent les bases provient de la matière colorante jaune, ou de la matière colorante rouge dont il a constaté l’existence dans le fustet. Toujours est-il qu’on a mis cette propriété à profit , surtout pour faire des verts foncés. (Voyez Genres , Couleurs Vapeurs .)

La décoction de fustet est à peu près analogue à la solution de son principe colorant.

Graines d’Avignon et de Perse.

§ M 3. Sous ces deux dénominations générales on vend les graines de plusieurs variétés ou espèces du genre rhamnus ; le rhamnus infectorius est l’espèce qu’on cultive particulièrement dans le midi de la France, en Espagne, en Italie et en Orient, pour les besoins des fabriques. Cette graine est récoltée un peu avant sa maturité : aussi conserve-t-elle toujours une couleur verdâtre; elle est d’autant moins estimée qu’elle est plus ancienne.

La graine dite de Perse n’est qu’une variété de la graine d’ Avignon proprement dite , quoique plus grosse que cette dernière. Elle cède assez facilement à l’eau le principe colorant qu’elle renferme ; la décoction d’une partie de cette graine dans 10 parties d’eau ne se trouble point parle refroidissement; mais nous avons observé que, conservée pendant un certain temps à l’abri du contact de l’air dans un flacon bouché, elle subit une espèce de fermentation muqueuse qui a pour effet la formation d’un précipité blanc abondant qui , par son aspect physique , ressemble assez aux granules de certaines matières amylacées. Ce précipité n’est autre chose que la matière colorante pure ; car, lavé à l’eau froide , puis traité par l’eau chaude, il forme avec cette dernière un bain dans lequel on peut teindre en beau jaune des étoffes mordancées.

La solution de rhamnine (c’est le nom que l’on donne à la matière colorante de la graine de Perse ) possède une saveur extraordinairement amère et une odeur suî generis. Son action sur le papier de tournesol est à peine sensible. Au contact des oxides potassique, sodique , ammonique , calcique , bary tique et strontique, elle passe au jaune orangé, et la formation de quelques flocons y est même déterminée par les trois derniers. Elle n’est troublée ni par l’alcool ni par l’acétate plombique, et l’acétate cuivrique n’y produit qu’un léger précipité jaune sale. Le chlorure stanneux acide en fait virer la nuance au jaune verdâtre , sans la troubler beaucoup , et en général les acides ne lui font subir que des changements insignifiants.

Curcuma, .

§ li là. On donne le nom de curcuma à la racine de plusieurs plantes de la famille des amomêes et du genre curcuma. Les espèces qui sont plus particulièrement employées sont le C. longua , et le C. rotunda. Cette substance tinctoriale est encore connue sous les dénominations de terra mérita et de safran d' Inde. Ses racines doivent être grosses et pesantes, difficiles à casser, surtout quand elles sont nouvelles ; elles doivent avoir l’aspect résineux dans leur intérieur , et n’être par conséquent ni vermoulues ni pulvérulentes. Très souvent on vend le curcuma en poudre fine, et alors il est de toute nécessité de s’assurer de sa pureté; le procédé indiqué p. 378 est sans contredit celui qu’on doit préférer pour ce genre d’essai ; car, de toutes les matières colorantes jaunes, celle du curcuma étant la seule qui puisse se fixer sur les tissus sans le concours des mordants , il suffit de l’imprimer directement sur une étoffe de soie pour être à même d’en apprécier 1a. richesse et la pureté , puisque dans les mêmes circonstances les matières étrangères qui pourraient y être mélées ne se fixeraient pas.

MM. Yogel et Pelletier, qui ont fait l’analyse du curcuma , l’ont trouvé formé :

! 0 De ligneux ;

2° D’une fécule amylacée ;

3° D’une matière colorante jaune (curcumine, Chevreul) ;

4° D’une matière colorante brune analogue à celle de beaucoup d’extraits ;

5° D’une petite quantité de gomme;

6° D’une huile volatile odorante très âcre ;

7° Enfin , d’un peu de chlorure calcique,

John , qui a aussi analysé cette racine , lui assigne la composition suivante :

Huile volatile jaunâtre . 1 partie.

Résine brune jaunâtre . 1 0 à I I parties.

Matière extractive teignante . 1 1 à 1 2 —

Gomme . 14 parties.

Bois soluble dans une lessive alcaline. 57 — >

Sels organiques et inorganiques . 7 —

La racine de curcuma ne cède que difficilement à l’eau , même lorsque celle-ci est chaude , toute la matière colorante quelle renferme; au contraire, l’alcool, l’éther, les huiles grasses et essentielles la dissolvent très bien. C’est de toutes les matières colorantes jaunes la plus sensible à l’action des alcalis; tous, sans exception, la dissolvent, mais en formant avec elle des combinaisons d’un rouge brun plus ou moins foncé. Les composés auxquels elle donne naissance en s’unissant aux oxides métalliques sont plutôt rouges que jaunes; c’est ainsi qu’en ajoutant du chlorure stanneux à une solution alcoolique de curcumine, on obtient un précipité rougeâtre , en y ajoutant de l’acétate plombique, un précipité rouge-maron, et enfin des précipités jaunes-rougeâtres en y mélangeant des sels argentiques etmercuriques. Elle colore en brun les sels ferriques, mais ne les précipite pas.

Les acides faibles n’ont généralement d’autre effet sur la curcumine que d’en maintenir la nuance au jaune clair ; quant aux acides concentrés, ils agissent sur elle comme sur l’hématine , (p. 399), c’est-à-dire que quand ils se trouvent en excès en présence de ce principe colorant, ils en foncent la nuance et la font passer au rouge. L’acide acétique concentré est le seul acide capable de la dissoudre sans produire cet effet.

Rocou.

§ 415. Sous les noms de rocou et de roucou , on trouve dans le commerce un produit de fabrication exotique qu’on retire de la graine d’un arbuste, le bixa orellana , de la famille des Liliacêes , originaire de l’Amérique. On écrase d’abord les graines du rocouyer , puis on les met dans une cuve avec la quantité d’eau nécessaire pour les submerger. Après une macération de quelques semaines , on fait subir à la masse un lavage par décantation qui a pour effet d’enlever à la pulpe toute la matière colorante qu’elle contient, et qu’on laisse ensuite déposer. On recueille le dépôt , on le met dans une chaudière , et au moyen d’une chaleur ménagée on lui donne la consistance d’une pâte qu’on expose en dernier lieu au soleil pour en achever la dessiccation.

On suit encore d’autres procédés pour la préparation du rocou; mais il nous semble tout-à-fait inutile de les faire connaître ici; en parlant de la préparation de cette matière, nous avions simplement pour but de faire comprendre que, sa composition pouvant varier comme celle des indigos , il importe toujours d’en faire l’essai.

On peut constater la richesse du rocou par le procédé de teinture, § 378 ; mais , en raison de la propriété qu’il possède d’être très soluble dans les alcalis caustiques, on peut aussi facilement le doser. A cet effet, on en traite jusqu’à épuisement complet un poids donné par une solution d’hydrate potassique ;

la liqueur alcaline, saturée par un acide, abandonne la matière colorante qu’elle tenait en dissolution , et il suffit de recueillir celle-ci, de la laver, de la dessécher, puis de la peser, pour savoir combien le poids de rocou mis en essai renferme de matière colorante. On peut aussi appliquer à cet essai le procédé indiqué § 377 , p. Zi 20. En incinérant le rocou du commerce , on doit obtenir, terme moyen , 8 à 11 p. 0/0 de cendres.

Il paraît, d’après toutes les expériences qui ont été faites sur le rocou , qu’il renferme au moins deux principes colorants : un principe j aune , soluble dans l’eau et dans l’alcool, mais peu soluble dans l’éther sulfurique , et un principe rouge , à peine soluble dans l’eau, et très soluble, au contraire, dans l’alcool et dans l’éther. Cette substance se dissout dans les alcalis (Chevreul). Un caractère qui la distingue essentiellement des autres matières colorantes jaunes, c’est que, traitée par l’acide sulfurique concentré, elle passe au bleu d’indigo ( Boussingault) . Du reste, peu soluble dans l’eau, elle se dissout dans l’alcool et dans les huiles essentielles.

Santal.

§ h 16. Le santal est le bois du pterocarpus santalinus , et nous vient de l’Inde. On l’emploie particulièrement en teinture. Vogler ( Journal de Physique , t.- XXXYII , p. 272) avait déjà constaté que le principe colorant de ce bois se dissout à peine dans l’eau, et que ses véritables menstrues sont les solutions alcalines et l’alcool. Dans le tome LXXIX , p. 269, de la même collection , Pelletier démontre que cette matière colo rante, quoique analogue aux résines sous beaucoup de rapports, en diffère cependant assez pour qu’on la considère comme un corps particulier, dont les caractères principaux sont d’être presque insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, dans l’éther, dans 1 acide acétique , dans la solution des oxides alcalins (oxides potassique, sodique et ammonique), et de pou-

voir toujours être séparée de ces dernières solutions au moyen des acides sans avoir subi d’altération ; elle est très peu soluble dans les huiles grasses et volatiles ; l’huile de lavande seule en dissout une petite quantité. En dissolution dans l’acide acétique, la santaline se comporte envers les substances animales comme une véritable matière astringente , c’est-à-dire qu’elle se combine avec elles et ne peut plus en être séparée. On s’explique ainsi pourquoi les taches que la santaline produit sur la peau sont si difficiles à enlever.

Une solution alcoolique de santaline en contact avec des dissolutions salines donne des précipités différemment colorés.

Avec les sels stanneux le précipité est de couleur pourpre.

Avec les sels plombiques il est . violet.

Avec les sels ferriques . violet foncé.

Aves les sels mercureux . rouge écarlate.

Enfin , avec 1 s sels argentiques . rouge brun.

M. Pelletier a fait l’analyse de la santaline, et l’a trouvée formée de C‘6 H16 O3 ; par conséquent son poids atomique serait égal à 1595,0 [Annales de Chimie et de Physique, t. XLI, p. 193-194.)

Chica.

§ 417. On retire le chica du hignognia chica , en faisant bouillir dans l’eau les feuilles de cet arbre. Quand on juge que l’ébullition a été suffisamment prolongée , on passe cette décoction au travers d’un linge ; le liquide, en se refroidissant, laisse déposer une fécule rouge qu’il tenait en suspension. On lave avec soin cette fécule , puis, avant qu’elle soit sèche, on la met dans des moules pour lui donner la forme de sphères comprimées (Boussingault).

Le chica est sans saveur, sans odeur et capable de prendre le poli métallique par le frottement. 11 se dissout dans l’alcool , dans l’éther, dans les lessives alcalines, ainsique dans les corps

gras; c’est même à l’aide de ces derniers agents que les Indiens s’en teignent la peau en rouge.

Or canette.

§ lilS. La racine d’orcanette ( Anchusa iincloria ) renferme une assez grande quantité de matière colorante rouge-violetée qui est insoluble dans l’eau et soluble dans l’alcool, dans l’éther sulfurique , dans les huiles grasses et essentielles, enfin dans les solutions alcalines. On peut toujours l’isoler de ces dernières au moyen d’un acide qui met en liberté le principe colorant, X anchusine, en s’emparant de la base. L’ acide acétique fait exception , car il dissout très bien cette matière colorante ; mais la solution qu’il forme avec elle ne possède point, comme celle delà santaline , la propriété de précipiter les matières animales. En traitant l’orcanette par une dissolution d’oxides alcalins ( oxides potassique, sodique, bary tique et calcique ) , on obtient des dissolutions colorées d’un beau bleu. Toutes les dissolutions métalliques précipitent Y anchusine de ses combinaisons avec les bases alcalines , savoir :

Les sels stanneux. en donnant un précipité violet.

Les sels stanniques, ep donnant un précipité rouge cramoisi.

Les sels mercuriques. en donnant un précipité couleur de chair.

Les sels aluminiques forment avec cette matière colorante un précipité d’un bleu violacé qu’on emploie pour produire de très beaux fonds lilas sur le calicot ; les sels ferriques , des laques d’un beau violet foncé.

D’après M. Pelletier , X anchusine serait formée de C17 H20 O4; par conséquent son équivalent serait de 1799.

Orseille,

§ â!9. Sous les noms d 'orseille en pâte , d 'orseille de terre , à! orseille de mer, des îles des Canaries , et enfin d 'herbes du

cudbeard et de Persico , on vend une espèce de pâte plus ou moins molle qui est le résultat d’une préparation que l’on fait subir aux lichens. D’après Vartrig, qui a fait un travail très étendu sur cette matière , il n’existerait pas moins de 150 espèces de lichens capables de produire cette substance tinctoriale. Les espèces les plus généralement employées à cet effet sont, pour Y or seille de terre , le variolaria orcina (ou parelle) , le variolaria aspergilla , le variolaria dealbata et le lichen corralinus ; pour Yorseille de mer , le lichen rocella.

Aucune de ces plantes ne renferme de matière colorante ; mais celle-ci se forme par leur concours , sous l’inflence de certains agents connus depuis longtemps; car nous trouvons dans le travail cLe Vartrig, qui date de la fin du siècle dernier, et dans le traité de Hellot, que l’ammoniaque et l’air sont indispensables à la formation de cette couleur. Le dernier a même indiqué l’ammoniaque comme moyen de reconnaître si un lichen est propre à la fabrication de l’orseille. Il propose de réduire en poudre le lichen , et de le mettre dans un vase avec un peu de chlorure ammonique , d’humecter ensuite le tout au moyen d’un mélange formé de parties égales d’ammoniaque liquide et d’eau de chaux. Pourvu que l’air ne se renouvelle pas , il y a toujours , au bout de 6 à 7 jours , formation d’une couleur rouge lorsque le lichen est de nature à constituer de l’orseille.Tous les procédés employés à la préparation en grand de l’orseille reposent sur le même principe. (Voyez à ce sujet le travail de M. Coq, Annales de Chimie et d,e Physique , t. LXXXI, p. 258.)

Si une longue expérience avait démontré la nécessité de l’air et de l’ammoniaque pour la formation de ce produit coloré , il restait toujours à résoudre une question plus importante encore , celle de savoir sur quel principe des lichens agissent ces deux agents; c’est à M. Robiquet qu’appartient l’honneur de l’avoir résolue. Sous le titre modeste & Essai analytique des lichens de l'orseille [Ann. de Ch, et de Ph.,i. XLII , p. 236,

et t. LVIII, p. 320) (1), ce chimiste a fait connaître l’existence de Xorcine , matière incolore, parfaitement bien définie et cristallisée , de laquelle dérive la substance tinctoriale connue depuis longtemps sous la dénomination d 'orseille.

XXorcine , tout-à-fait neutre au papier réactif, est douée d’une saveur sucrée légèrement nauséabonde ; elle subit l’action de la chaleur sans se décomposer, attendu qu’à la température de 280 à 290° elle se volatilise sans laisser de résidu. Durant ce changement d’état elle abandonne son eau d’hydratation, quelle reprend peu à peu lorsqu’elle est exposée à l’air humide; elle est très soluble dans l’eau , dont elle peut être séparée sous forme de prismes quadrangulaires aplatis. Si, par sa saveur sucrée et par la propriété qu’elle a de se dissoudre dans l’eau et d’y cristalliser, l’orcine se rapproche des sucres, elle s’en éloigne en ce qu’elle est volatile; que, traitée par l’acide nitrique, elle ne fournit pas comme eux d’acide oxalique; enfin en ce quelle est complètement précipitée de sa solution aqueuse par l’acétate tri-plombique , en formant avec la base de ce sel des combinaisons dont on peut expulser des proportions d’eau variables. De toutes les réactions que subit l’orcine , la plus remarquable est , sans contredit, celle qu’exercent sur elle l’air et l’ammoniaque. Ces agents lui font éprouver des modifications comparables à celles que nous avons étudiées, p.269,

(4) M. Robiquet, en traitant convenablement le variolaria dealbata , qui sert à la préparation de l’orseille , en a retiré , outre le tissu cellulaire :

4 a Une matière azotée ;

2° Une substance grasse et résineuse ;

3° Une espèce de gomme ;

4° De l’oxalate calcique ;

5° De la varioline :

6° De l’orcine.

en traitant de l’acide gallique. Ainsi, quand on l’a pulvérisée et qu’on la met sous une cloche à côté d’un vase rempli d’ammoniaque liquide concentrée, elle se colore en rouge brun foncé au bout de 30 à AO heures. Si après ce laps de temps elle est exposée de nouveau à l’air , elle prend à la longue la nuance violet foncé que nous connaissons à l’orseille. M. Robiquet, d’une part, et M. Dumas , d’une autre , ont étudié la transformation qui s’opère de Yorcine en orcèine par la fixation d’une certaine quantité d’oxigène et de nitrogène et par l’élimination de 2 éq. de carbone et de A éq. d’hydrogène.

En admettant que la composition de Yorcine soit. . C»s H20 O5

Celle de Y orcèine serait . . Cir> H 18 07 Na

O11 voit d’après ces formules que N2 ne pouvant provenir que de l’ammoniaque , on devrait retrouver dans l’orcéine H2 6 ; or, comme il ne s’en trouve que H18, il y aurait 8 volumes d’hydrogène qui se trouveraient éliminés sous un état quelconque. Est-ce sous forme d’eau ou en combinaison avec les deux éq. de carbone qui se trouvent également expulsés de l’orcine ï O11 l’ignore. M. Dumas pense que dans cette transformation l’action de l’air et de l’ammoniaque donne encore naissance à un produit autre que l’ orc-éine , mais qui échappe.

Kane [Annales de Chimie et dé Physique , t. II , 5 , 129 , 3e série) a publié un travail très étendu sur les lichens, dans lesquels il n’aurait pas découvert moins de 5 substances : 1° Yèrythriline ; 2° Y êrythrine ; 3* Yèrythine amer ; A0 le tèlèrithin; 5° la rocelline. Comme l’analyse critique du travail de M. Kane se trouve dans les Comptes-rendus de Berzélius, Paris , 18A3 , nous sommes dispensé d’entrer dans de plus grands détails à ce sujet.

En traitant les lichens rocella et dealhata , Heern en a extrait une substance insoluble , à laquelle il a donné le nom YY êrythrine, qui, selon lui, concourrait à la formation de la couleur de l’orseille.

matières colorantes organiques. 557

La matière colorante de l’orseille ( l’orcéine ) est soluble dans l’eau et dans l’alcool , qu’elle colore en violet plus ou moins foncé. Sa solution aqueuse, conservée dans des vases bien clos, ne tarde pas à se décolorer par suite d’une espèce de fermentation ; mais, exposée au contact de l’air, elle reprend toute sa couleur. Sa solution alcoolique ne présente pas ces variations. Le sulfide hydrique se combine à cette matière colorante et en enlève la couleur qui reparaît avec toutes ses propriétés dès qu’on fait disparaître ce gaz. L 'crcèine est précipitée par les acétates métalliques et par le chlorure stannique ; elle forme avec eux des laques de nuances assez variées, mais qui n’ont pas de stabilité.

La couleur dite de tournesol provient aussi d’une préparation que l’on fait subir aux lichens (voyez à ce sujet le travail de M. Joly, Annales de Chimie et de Physique , 3e série , t. VI, p. 111 j. Cette coulenr n’est pas employée en teinture; on ne s’en sert que pour faire du papier à réactif.

Cachou.

| A20. Le cachou est le suc naturel ou artificiel et épaissi de plusieurs plantes de la famille des légumineuses , et spécialement de celles qui appartiennent au genre mimosa. Cet extrait, qui portait anciennement le nom impropre de terre du Japon , se fabrique dans l’Inde, d’où on le tire sous les dénominations de cachou Bombay et de cachou Bengale. Ces deux principales espèces comprennent 7 variétés :

\ 0 Cachou en boules ;

2° — - en pains orbiculaires ;

3° — en pains carrés ou cachou en manière d’écorce d’arbre;

4° — en pains parallélipipèdes , noirs et mucilagineux ;

5° — - en pains bruns siliceux du commerce ;

6° — en pains cubiques ;

7° Enfin , cachou en masse

La première est la plus rare et ne se rencontre que dans les droguiers. Elle est en boules de 100 à 120 grammes , dont la cassure est terne et rougeâtre avec marbrure. On remarque souvent à la surface de ces boules des fragments des glumes de riz ordinairement employées pour les empêcher d’adhérer aux surfaces*des corps sur lesquels on les dessèche. La saveur de ce cachou est astringente , avec un arrière-goût sucré très agréable.

La deuxième espèce est en pains de 60 à 80 grammes , fort aplatis ; elle est plus dure et plus dense que les précédentes et d’une cassure plus luisante.

La troisième est en pains carrés de 55 millimètres de côté, sur 25 millimètres d’épaisseur , formés de couches parallèles et stratiformes qu’on peut séparer les unes des autres. Cette variété ne contient pas de glumes de riz.

La quatrième espèce ressemble beaucoup à la troisième par la forme de ses faces, qui sont cependant un peu plus petites , et par son aspect extérieur ; mais elle en diffère par le noir luisant qu’elle présente à l’intérieur et par une saveur plutôt mucilagineuse que franchement astringente.

La cinquième est en pains aplatis ou globuleux, d’un poids qui s’élève jusqu’à 500 grammes; elle est brune et uniforme dans toutes ses parties; la cassure en est compacte et luisante; on remarque souvent dans sa masse des grains siliceux.

La sixième est en cubes de IA millimètres de côté ; la pâte en est uniforme, d’un brun foncé à l’extérieur et pâle à l’intérieur. Traitée par l’eau, elle laisse un résidu insoluble formé de matière féculacée , et dont le poids est quelquefois égal à la moitié de celui du cachou. Au dire de plusieurs voyageurs , cette variété serait le produit d’une préparation frauduleuse. Il en existe une sous-variété dont les cubes sont de dimensions doubles, qui se dissout presque entièrement dans l’eau et dont la partie insoluble n’est qu’une résine très fusible et très soluble dans l’alcool.

La septième est la plus répandue dans le commerce. D’après Roxbur, elle serait un suc naturel qu’on retirerait du Butea frondosa , au moyen d’incisions faites au tronc de cet arbre. Qu’il ait été rendu solide par une évaporation au soleil ou à feu nu , il est d'un brun rougeâtre ou noirâtre. La cassure en est luisante et uniforme. On le vend en pains de 16 à 25 centimètres de longueur et de 10 centimètres de largeur, enveloppés dans les feuilles mêmes de l’arbre qui le produit. Le plus souvent ces pains, en se soudant entre eux, forment des conglomérats du poids de 50 à 60 kil. Dans 100 parties d’un tel cachou on trouve 84 parties de matière soluble.

Comme les cachous du commerce peuvent renfermer des matières terreuses et des substances étrangères ,- on doit toujours les essayer par le procédé indiqué p. 420 , pour connaître la quantité de cendres, ordinairement de 7 à 12 p. 0/0 , qu’ils fournissent, et quand il s’agit d’estimer la nature et l’intensité de leurs nuances, par le procédé général indiqué § 378 , mais en prenant en considération les procédés employés pour la fixation de cette matière colorante , et que nous indiquerons plus loin. (Voyez Couleu r cachou.)

Le cachou, par la propriété dont jouit son infusion de précipiter une solution de gélatine , a été envisagé comme composé essentiellement de tannin; Davy en a, en effet, retiré de 48 à 55 p. 0/0. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer , p. 253 , que les substances tannantes qui se trouvent dans différents corps, et notamment dans le cachou, ne peuvent pas toutes être assimilées à celle de la noix de galle , quoiqu’elles aient avec elle beaucoup de rapport. (Voyez Berzélius , Traite de Chimie. ) Ce qui distingue éminemment le tannin du cachou de celui que renferme la noix de galle , c’est qu’il ne forme pas d’acide gallique , qu’il colore les sels ferriques en vert, et donne naissance, avec la potasse, la soude et l’ammoniaque , à des combinaisons solubles, et avec le baryte, la strontiane et la chaux à des combinaisons qui se colorent en

devenant promptement insolubles , et enfin parce qu’il ne précipite pas les solutions d’émétique.

D’après les travaux qui ont été faits dans ces dernières années , cette matière première ne contiendrait pas seulement du tannin. M. Rung, en combinant le cachou avec une base salifiable et en traitant ce composé par l’éther, en a retiré en outre un produit cristallin très soluble dans l’eau et dans l’alcool, et qui , décomposé par les acides , forme une substance tannante particulière. M. Schwamberg , qui s’est aussi occupé de cette intéressante question , a isolé du cachou trois acides, l’acide catêchique , qu’il appelle aussi catêchine en raison de sa faible réaction acide, l’acid ejaponique et l’acide rubinique.

La formule de l’acide catêchique zz C/5 H10 O5 à l’état anhydre.

Son équivalent . zz: 1683,94

On obtient cet acide en épuisant le cachou par des lavages à l’eau froide, et en traitant le résidu par l’alcool ; la liqueur qui provient de ce traitement , abandonnée à elle-même dans un lieu frais, laisse déposer une poudre qu’on exprime entre des feuilles de papier, et qu’on purifie au moyen de l’oxide plombique , qui lui est ensuite enlevé par le sulfide hydrique.

M. Buchner donne un procédé qui diffère peu de celui de M. Shwamberg. Il traite par l’eau bouillante le résidu insoluble dans l’eau froide, sature à chaud la liqueur par l’acétate plombique, et laisse déposer. Il se forme, par le refroidissement, des aiguilles de catèchine.

La formule de l’acide japonique zr C12 H8 Oi Son équivalent. . . . . . . . zz: 1249,92

Pour obtenir cet acide, on ajoute à une solution de cachou, de l’oxide potassique, sodique ou ammonique ; au contact de l’air la liqueur devient d’abord rouge, puis noire , et forme un précipité abondant d’acide japonique, dès qu’on y verse du chloride hydrique en léger excès.

La formule de l’acide rubinique Cl8 H12 Son équivalent . 2350,75

Cet acide se forme lorsqu’on dissout le cachou dans le carbonate sodique et qu’on abandonne la dissolution à une évaporation spontanée, sans le concours de la chaleur. On obtient ainsi une masse rouge, solide, que M. Schwamberg prétend n’être qu’un mélange de rubinate et de carbonate potassiques. Pour enlever le dernier, ce chimiste conseille de dissoudre cette masse rouge dans l’eau, et d’y ajouter assez d’acide acétique pour saturer l’excès de carbonate potassique. Le liquide une fois filtré donnerait par son mélange avec l’alcool un précipité de rubinate potassique qui n’aurait besoin que d’être lavé avec ce même véhicule pour être débarrassé de l’acétate qui l’accompagne.

Enfin, d’après les travaux que M. G. Schwartz a publiés dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. XII , p. 373 ; t. XIII , p. 297 ; t. XIV, p. 191 , le cachou renfermerait un principe colorant jaune. Cette opinion repose sur une expérience bien simple, qui consiste à plonger une toile mordancée dans un bain de cachou chauffé à la température de k 0 à h 5°. Dans cette circonstance les mordants fixés sur la toile se teignent, savoir, ceux d’alumine en jaune foncé et ceux de fer en olive, comme il arrive avec les autres matières colorantes jaunes. Celle dont nous parlons est très oxidable , car dès qu’on ajoute à une dissolution de cachou des substances telles que l’acétate cuivrique* le bain devient plus foncé et teint alors en couleur bois les mordants qu’il teignait primitivement en jaune , et en cannelle ceux qu’il teignait en olive.

Le bichromate potassique oxide cette matière colorante au point de lui faire perdre la propriété de teindre, et cette particularité s’explique par ce fait que la matière colorante, en s’oxidant, se combine avec l’oxide où avec le suroxide chromique, produit de la réduction de l’acide chromique , et forme avec

lui une combinaison insoluble dans la potasse et clans la soude, soluble en partie seulement dans l’ammoniaque et dans l’acide acétique , et par conséquent impropre à la teinture.

Il est à regretter que nos connaissances sur la constitution chimique du cachou soient si bornées que nous n’ayons d’idées précises ni sur le lien qui unit les différentes matières colorantes qu’on en extrait, et que tout porte à considérer comme les produits de transformations subies par une substance primitive encore indéterminée, ni sur les rapports qu’elles peuvent avoir avec la substance désignée jusqu’à ce jour sous le nom de tannin du cachou ou d’acide mimo-iannique .

Harmaline.

§ /|21. Il a été fait grand bruit, dans ces derniers temps, de la découverte d’une substance colorante retirée de la semence du peganum harmala , et qui, au dire de M. Gobel (1) et de M. Fritzch (2) , qui ont été les premiers à appeler l’attention des chimistes sur cette semence , devait remplacer la garance tant sous le rapport de la richesse colorante que sous celui de la vivacité des teintes. On est bientôt revenu dé ce premier engouement, car l’intérêt qui s’attache encore à cette matière colorante est dû bien plus aux circonstances qui président à sa formation qu’aux applications qu’il est possible d’en faire dans l’impression ou même dans la teinture.

MM. H. Schlumberger et D. Dollfus ont publié, dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse , t. XVI , p. 5Z|1 , une note fort intéressante sur cette matière. Après avoir vainement recherché le principe colorant de la graine d’harmala , et s’être assurés que la matière colorante n’y existe pas toute formée , ces deux fabricants ont eu l’idée de faire subir à cette semence un traitement à peu près analogue à celui auquel

(f) Revue scientifique , t. YII , p. 370. (2) Journal de l’Institut, janvier 1841.

oir soumet les lichens pour en obtenir Y orseille , et ils ont eu la satisfaction de développer la substance de couleur rouge qu’avaient découverte M. Gobel et M. Fritzch.

Ayant humecté avec 15 parties d’eau et 7 parties d’ammoniaque liquide 10 parties de graine de peganum , ils les abandonnèrent pendant Ix à 5 jours au contact de l’air pour faciliter le développement delà matière colorante. Le tout fut mis alors en macération dans l’alcool, qui se chargea d’abord d’une couleur jaune foncée et verdâtre. Celle-ci enlevée par une décantation du liquide, ils obtinrent du résidu ; en le traitant par une nouvelle quantité d’alcool , une liqueur d’un rouge foncé pur, et en répétant les mêmes traitements jusqu’à épuisement de la semence, ils trouvèrent, après avoir expulsé l’alcool, un résidu de matière colorante de 16 p. 0/0 du poids de la graine employée , résidu composé d’une matière jaune et d’une matière rouge , qu’ils séparèrent au moyen de l’ammoniaque , qui dissout la première en précipitant la seconde. Cette matière jaune en dissolution présente un phénomène physique très singulier ; elle est jaune par transmission , et d’un vert jaune foncé par réflexion. Quant à la matière colorante rouge, elle est soluble dans l’acide sulfurique à 1,6 . sans subir d’altération; elle se dissout également, même à froid, dans l’acide acétique; elle est peu soluble dans l’éther.

Des expériences qu’ont faites MM. H. Schlumberger et D. Dollfus , en vue d’appliquer cette matière colorante à la teinture, il résulte qu’elle se comporte tout autrement que la garance , puisque, d’une part, elle ne teint ni les mordants de fer , ni les mordants d’alumine , ni les mordants d’étain , et que, d’une autre , elle se fixe directement sur les étoffes de coton , de soie et de laine, sans le concours d’un auxiliaire; quand elle est imprimée sur tissu , une exposition au soleil la fait en peu de jours passer au jaune , et elle se détache complètement de l’étoffe dans un bain de savon bouillant. La chaleur ne l’altère pas moins que le savon et la lumière.

Cette matière colorante se formant dans des conditions comparables à celles où se produit la matière colorante de l’orseille, il est à désirer qu’on parvienne à connaître le principe qui, dans la graine de peganum , se modifie sous la double influence de l’air et de l’ammoniaque, pour donner naissance aux deux matières colorantes jaune et rouge dont nous venons de parler

Paille de mil.

§ 422. Dans un rapport fait à la Société industrielle de Mulhouse (1), au sujet de plusieurs substances que lui avaient envoyées MM. Jaubert et Gales, M. H. Schlumberger a signalé la paille de mil ( cochenille africaine ) comme la seule de ces substances qui fût digne de fixer l’attention de M. le ministre du commerce. Donnons un abrégé de ce rapport : cette paille , de couleur grenat foncé et tachetée par place d’un gris jaunâtre , a de 1 à 2 centimètres de diamètre, et de 2 à 4 décimètres de longueur. L’eau froide est sans action sur elle; l’eau chaude , au contraire, la dissout en partie en principe colorant. La liqueur provenant d’une décoction de cette paille est d’un brun vineux, et laisse déposer par le refroidissement ce qui s’est dissous de la matière colorante. Cette dernière est soluble dans l’acide sulfurique concentré, qu’elle colore en orange doré. L’alcool sé charge aussi facilement , srprtout à chaud , de ce principe colorant. Si à une semblable solution alcoolique on ajoute de l’eau , la liqueur ne se trouble pas d’abord ; ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elle devient louche et laisse déposer des flocons rougeâtres.

Cette matière colorante en dissolution dans l’eau bouillante , mais surtout dans un mélange d’alcool et d’eau , teint les mordants de fer en noir et très difficilement en violet , les mordants d’alumine en couleur grenat très intense et très nourrie ;

(1) Bulletin de la Société industrielle , t. XVI, p. 206.

MATIERES COLORANTES' ' OttGANfQÜËS . '565

les mordants stanniques en couleurs qui varient du rongé foncé au grenat, suivant la force du mordant et la quantité dè matière colorante qu’il a absorbée. Les noirs sont doués d’une grande stabilité ; ils résistent parfaitement à l’action de fair et du soleil , aux bains de savon , aux carbonates alcalins et aux acides. Les autres couleurs produites par cette substance sont beaucoup moins solides , et M. H. Schlumberger a conclu de l’ensemble des observations qu’il a faites en l’étudiant, qu’elle diffère essentiellement de la plupart des matières colorantes employées en teinture.

Les différents organes du grenadier sont envisagés depuis longtemps comme des substances astringentes capables de former des espèces d’encres virant à une teinte verdâtre ; il y a une quinzaine d’années que l’on formait avec les enveloppes du fruit des gris extrêmement brillants ; les feuilles produiraient au besoin le même usage. On emploie aussi avec succès l’écorce de la racine du même arbuste.

On a des notions assez nettes sur les propriétés de cette substance tinctoriale , qui , analogue au sumac parle tannin qu’elle renferme et au quercitron par sa matière jaune, permet de développer des effets qui tiennent de l’une et de l’autre de ces matières colorantes .

Nous ne parlerons point ici d’une foule d’autres substances tinctoriales dont l’étude n’est pas encore faite , mais en finissant ce chapitre nous devons appeler l’attention du fabricant sur la classe particulière des substances colorantes artificielles. Ces substances colorantes , en effet , qui n’ont point encore reçu d’application en toile peinte , sont appelées à jouer tôt ou tard un rôle parmi les couleurs d’application. Nous ne doutons pas , par exemple , que les couleurs si vives et si solides qui résultent des altérations que subissent dans des conditions déterminées la salicine et l’acide nitro-cuminique , que celles que produit l’acide nitrique en exerçant son action sur plusieurs

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