CHAPITRE DES ACIDES ORGANIQUES. 25S
Dans l’autre procédé , la noix de galle , grossièrement pulvérisée , est traitée par l’acétone. A cet effet on prend un petit matras , au col duquel , au moyen d’un bon bouchon , on adapte une allonge. La partie supérieure de celle-ci est aussi munie d’un bouchon dans lequel se trouve fixé un long tube droit. On remplit les 2/3 du matras d’acétone et la moitié de l’allonge de noix de galle ; mais il faut avoir soin d’introduire au fond de l’allonge du coton , de la laine , ou tout autre corps capable de faire fonction de filtre. L’appareil ainsi disposé , on chauffe le matras au point de déterminer l’ébullition de l’acétone ; sa vapeur pénètre la couche de noix de galle et s’y condense en partie ; la portion qui s’échappe arrive dans le tube supérieur , qui doit être préalablement refroidi , s’y condense en totalité et retombe sur la noix de galle, à travers laquelle elle a filtré, avec la portion qui s’est condensée dans l’allonge, pour retourner, saturée de tannin, au fond du matras. En disposant convenablement l’appareil et surtout en dirigeant bien le feu, on parvient ainsi à produire un courant ascendant de vapeur d’acétone et un courant descendant d’acétone liquide chargée de tannin, et l’on extraitune grande quantité de ce dernier avec un très petit volume d’acétone.
L’acide tannique ainsi obtenu est blanc lorsqu’il est divisé; mais en masse il a toujours une légère teinte chamois , et ressemble à la gomme. Peu soluble dans l’éther anhydre , soluble dans l’alcool , il se dissout facilement et en très grande quantité dans l’eau. Sa solution rougit les couleurs végétales et possède une saveur astringente des plus prononcées.
Après avoir abandonné une dissolution d’acide tannique àl’air libre , afin qu’une évaporation spontanée en fît disparaître l’eau, nous avons retrouvé la totalité de cet acide avec toutes ses propriétés. Nous avons alors, à quatre reprises, successivement dissous dans l’eau , puis desséché le même acide , et nous ne nous sommes pas aperçu qu’il eût subi la moindre altération , bien que la durée de ces opérations ait été de plus d’une année.
On voit donc que l’acide tannique pur résiste à l’action de l’air et ne se transforme pas sous son influence en acide gallique , comme on l’a prétendu.
Plusieurs composés , tels que les acides sulfurique , phosphorique, arsénique, borique, ainsi que le chloride hydrique, versés dans une solution aqueuse d’acide tannique , y déterminent un précipité blanc , soluble dans l’eau pure et dans l’alcool. Un grand nombre de sels alcalins , les bu carbonates et carbonates potassique et sodique , les chlorures potassique et sodique troublent aussi une solution d’acide tannique. La nature de ces divers précipités n’est pas connue : seulement on sait que les réactifs obtenus par les carbonates renferment une certaine quantité de la base du carbonate alcalin employé.
Les acides organiques, tels que les acides acétique, formique, oxalique , citrique , lactique , tartrique , succinique et malique, ne produisent aucune réaction sensible sur une dissolution d’acide tannique , qui , au contraire , est troublée et par les solutions salines ayant pour bases les alcalis végétaux , et par les solutions de glaïadine, de gluten , d’albumine animale, de gélatine et de fécule; quand il s’agit de cette dernière, la présence d’une certaine quantité d’acide peut prévenir la coagulation du liquide.
Dans une solution de gélatine l’acide tannique forme un précipité qui se comporte différemment suivant qu’il y a excès de gélatine ou excès d’acide tannique. Dans le premier cas, le précipité se dissout à chaud ; dans le second, le précipité est tout-à-fait insoluble. Cette expérience prouve qu’une solution de gélatine est impropre à déterminer par précipitation la quantité de tannin qui se trouve dans une substance organique soumise à l’analyse.
Une peau gonflée , comme on la prépare pour le tannage, absorbe et rend insoluble tout l’acide tannique qui se trouve en dissolution dans l’eau. C’est un procédé que Davy , etM. Pelouze après lui. ont emplové pour séparer le tannin de l’acide gallique.