CHAPITRE DES ACIDES ORGANIQUES
d employer dans çe but peu ou beaucoup d’eau, comme il ne l’est pas non plus d’opérer sur une infusion récente ou déjà ancienne , quand il s’agit de constater les caractères chimiques de cette noix.
§ 287. Il résulte des expériences de M. Chevreul, qu’en traitant la noix de galle par une faible quantité d’eau, on obtient une infusion qui renferme beaucoup de tannin en dissolution, et qui, mise à l’abri du contact de l’air, se conserve pendant longtemps. Diverses expériences de M. Robiquet (1) prouvent qu’en traitant la noix de galle par une quantité d’eau assez grande pour dissoudre en même temps l’acide tannique et les autres principes qu’elle renferme , on obtient des infusions qui , conservées dans des flacons bien remplis et bien bouchés , se transforment promptement, malgré ces précautions, en acide gallique, en perdant tout leur tannin ; dans ce cas , une infusion de gélatine ne détermine plus de précipité dans la dissolution gallique.
En 1837, nous avons entrepris nous-même des expériences à ce sujet. Après avoir fait macérer pendant 12 heures dans 3 litres d’eau 600 grammes de noix de galle grossièrement pulvérisés et filtré le tout à travers le papier, nous en fîmes trois parts égales, qui toutes trois furent successivement introduites, la première immédiatement, la deuxième après avoir été portée à l’ébullition , la troisième enfin après avoir été chauffée à 55° et au bain-marie , dans des flacons étiquetés 1,2, 3 , complètement remplis du liquide et hermétiquement bouchés. Après quelques semaines on vit se former des cristaux dans les flacons 1 et 3 ; mais il ne se fit rien remarquer qu’une légère coloration dans le flacon 2 , dont le contenu avait été porté à l’ébullition ; et au mois de juin 18/|0 , nous constatâmes que le liquide renfermé dans le flacon n° 2 possédait encore tous les caractères d’une infusion de noix de galle , et précipitait abondamment par une solution de colle , tandis que
(1) Annales de chimie et de physique, t. LXIV, p. 385.
celui que contenaient les flacons 1 et 3 n étaient plus précipités par cet agent , mais avaient laissé déposer une grande quantité d’acide gallique. D’après ces résultats , nous sommes porté à attribuer la métamorphose observée dans les flacons 1 et 3 à la présence d’une espèce de ferment qui serait à la production de l’acide gallique dans la noix de galle , ce qu’est la diastase dans la transformation de la fécule en dextrine , et de celle-ci en sucre. Des expériences plus récentes , publiées par M. Laroque, n’ont fait que fortifier notre manière de voir, en établissant que la noix de galle renferme une substance azotée insoluble dans l’éther, qui jouit du pouvoir d’opérer la transformation de l’acide tannique en acide gallique. Cette substance posséderait, ainsi que la levûre de bière, quoiqu’à un moindre degré d’énergie , la faculté de déterminer la fermentation alcoolique . D’une autre part, M. Laroque a remarqué que la viande, le sang et le caséum jouissent, tout aussi bien que la matière azotée de la noix de galle , de la propriété de produire la conversion du tannin en acide gallique. Quelque idée que l’on se forme de la cause qui produit de semblables effets , il est à désirer, tant dans l’intérêt du fabricant que dans celui de la science , qu’on puisse savoir positivement si c’est l’acide tannique ou l’acide gallique qui joue le rôle le plus important dans les applications qu’on fait de la noix de galle , ou bien si le concours de ces deux acides est nécessaire pour réaliser les résultats les plus favorables! Fixé sur cette question importante , le fabricant se réglant sur les besoins de sa fabrication , traiterait la solution de noix de galle de manière à n’en retirer que de l’acide tannique ou de l’acide gallique. Il est constaté pour nous que dans la teinture en garance, par exemple, l’acide gallique ne peut pas remplacer le tannin.
Une infusion récente et surtout une décoction de noix de galle se comporte à la manière d’une dissolution d’acide tannique; les légères différences que l’on peut observer tiennent a la présence des principes colorants jaune et rouge (pii se trouvent