CHAPITRE DES ACIDES ORGANIQUES
nous autorisent à envisager l’acide tannique comme un véritable acide complexe , formé par l’acide gallique et l’aldéide , de l’ordre de ceux dont nous avons donné la formule générale et la composition en 1837. Cet acide sous l’influence de l’eau se transformerait en acide gallique , de la même manière que ses composés correspondants, les acides oxalo-vinique et sulfov inique par exemple.
§ 289. En partant de ce point de vue, il n’est plus difficile de s’expliquer les différents procédés que l’on fait servir à la préparation de l’acide gallique . Nous ne reviendrons pas sur ceux qu’ont publiés Schéele et M. Robiquet et dont nous venons de parler ; mais nous croyons devoir dire un mot de quelques autres . Dizé [Journal de physique , t. XXXIX) en donne un qui fournit de très bons résultats. Il consiste à épuiser d’abord la noix de galle par l’éther impur (mélange d’éther, d’alcool et d’eau) ; on distille ensuite dans une cornue la solution éthérée pour en retirer l’éther employé , et au résidu , dissous dans son poids d’eau distillée , on ajoute de l’acide sulfurique jusqu’à ce que le précipité qui se forme d’abord soit complètement redissous. On abandonne le tout à lui-même, et au bout de quelques heures il se forme un dépôt de matière résineuse, qui a lieu plus promptement si l’on chauffe la liqueur. La réaction une fois achevée, on filtre la dissolution contenant l’acide, après l’avoir préalablement étendue d’eau , et on la sature d’oxide bary tique, afin d’en enlever tout l’acide sulfurique; cela fait, il suffit de séparer le sulfate bary tique , ce qui a lieu au moyen d’une filtration , et d’évaporer la liqueur, pour obtenir de très beaux cristaux d’acide gallique. Au lieu d’oxide bary tique on emploie avec beaucoup d’avantage l’acétate triplombique : on verse cet acétate en très léger excès dans la liqueur, afin d’en enlever l’acide sulfurique à l’état de sulfate plombique; celui-ci est isolé à son tour par la filtration , et on dirige alors dans la solution un courant de sulfide hydrique qui précipite l’excès ‘d’oxide plombique, en sorte qu’il ne reste plus en dissolution que les
acides gallique et acétique qu’on sépare l’un de l’autre par l’évaporation et la cristallisation. Le dernier étant volatil , c’est le premier qui reste dans la liqueur et qui y cristallise par le refroidissement. Dans cette préparation , on peut remplacer l’acide sulfurique par lechloride hydrique, puisque l’un et l’autre agissent physiquement en déterminant la décomposition d’un équivalent d’eau, dont les éléments réagissent sur l’acide tannique, qui , de nature complexe , développe l’acide gallique et un des dérivés de l’aldéhyde.
L’acide gallique , provenant de l’acide tannique , ainsi que nous venons de le voir, se trouve tout formé , mais en proportions variables , dans tous les produits organiques qui contiennent de l’acide tannique ; il y en a même dans lesquels il domine : ainsi , d’après Avequin ( Annales de Chimie et de Physique , t. XLVII) , lki,,000 de graine de mango desséchée (Mangifera indica, L.; Mangafevo domestica , Gœrt. ) contiendrait :
0kil, 4 42 grammes acide gallique.
0kil,005 • — — tannique.
§ 290. L’acide gallique pur se présente ordinairement sous forme d’aiguilles soyeuses très déliées ; à l’état impur, il se présente en gros cristaux, dont la forme cristalline appartient au système régulier. Très soluble dans l’alcool, il l’est peu dans l’eau froide, dont il faut 20 parties pour dissoudre une partie d’acide gallique, tandis que 3 parties d’eau bouillante suffisent pour atteindre le même but. Sa dissolution rougit franchement les couleurs bleues du tournesol. Quand il est pur, il ne trouble ni une solution de gélatine ni celles des chlorures stannique et stanneux, qui sont toujours précipités par l’acide tannique ; associé à la gomme, il trouble toujours la première.
Introduit dans une petite cornue chauffée à une température déterminée, l’acide gallique se transformerait, d’ après M. Pelouze, en deux nouveaux acides organiques dérivés de l’acide gallique