CHAPITRE DES ACIDES ORGANIQUES
l’acide gallique en donnant naissance à un liquide sensiblement incolore ; mais à mesure que la température s’élève , ce liquide devient visqueux , prend une couleur fauve , puis rosée, et passe enfin par toutes les nuances pour arriver au plus beau rouge foncé du carmin . Après le refroidissement , en délayant le tout dans l’eau froide, on obtient un précipité abondant, en partie floconneux et en partie grenu et cristallin ; ce précipité , lavé à l’eau bouillante , qui n’en dissout que de son poids , ne retient pas trace d’acide sulfurique. Selon M. Robiquet , à qui sont dues ces observations, cette matière colorante serait formée de C7 H4 O4 , et aurait par conséquent la même composition que l’acide ellagique C7 H4 O4, ne différant de l’acide gallique que par 1 équivalent. D’après nos essais sur quelques unes des combinaisons auxquelles donne lieu cette matière colorante, et notamment sur son composé plombique, sa formule serait C,4H!0O9 H- P6 O — Elle a assez d’analogie avec la matière colorante de la garance ; car, comme elle et dans les mêmes circonstances , elle teint les mordants de fer pour produire toutes les nuances depuis le lilas jusqu’ au noir, et les mordants d’alumine pour donner naissance à des roses et à des rouges . Cependant elle en diffère en ce que les nuances qu’elle fournit ne sont ni aussi vives ni aussi solides, et ne supportent pas l’avivage. Cette même substance se produit durant la distillation brusque de l’acide gallique, p. 268.
L’acide gallique nous offre un autre ordre de phénomènes plus intéressants encore , puisqu’ils touchent à une des parties les plus importantes de la teinture. Comme l’acide tannique , il jouit de la propriété de produire une couleur bleue dès qu’on le met en contact avec les sels ferriques; mais Proust, qui s’est beaucoup occupé de ces deux acides , prétend qu’ils se distinguent, dans cette circonstance, l’un de l’autre, en ce que le composé noir ou bleu qu’on obtient est soluble dans les acides lorsqu’il est formé par l’acide gallique, et qu’au contraire il est décomposé par eux quand il dérive de l’acide tannique, attendu
que la partie tannante est mise en liberté à mesure que le fer se dissout. Ce savant a aussi appelé l’attention des chimistes sur les phénomènes qu’on observe en mettant les acides dont nous parlons en contact avec les sels ferriques , et a fait voir qu’ils ne sont pas aussi simples qu’on le supposait. Après avoir précipité une infusion de noix de galle par un excès de sulfate ferrique , et séparé le précipité par la filtration , il obtint une liqueur qui, concentrée et abandonnée à elle-même, lui fournit de très beaux cristaux de sulfate ferreux. Depuis les travaux de Proust, M. Chevreul a aussi élevé des doutes sur la combinaison pure et simple de l’acide gallique avec l’oxide ferrique, et a été conduit à émettre cette opinion , que , durant l’action mutuelle d’un sel ferrique et de l’acide gallique, donnant naissance à un composé bleu, il y a réduction de l’oxide ferrique en raison de la grande combustibilité de l’acide gallique. Si les expériences de ces célèbres chimistes laissent encore planer quelques incertitudes à cet égard , celles-ci doivent disparaître enprésence d’une expérience que nous faisons dans nos cours depuis bien des années, et que voici. Le sulfate ferrique se dissolvant très bien dans l’alcool, et pouvant même être chauffé en présence de ce véhicule sans lui faire éprouver d’altération , nous avons eu l’idée d’en employer une dissolution alcoolique , pour nous assurer si au moment où l’acide gallique se trouve en contact avec le sel ferrique , celui-ci passe ou non à l’état de sulfate ferreux ; il est facile de constater la formation de ce dernier puisqu’il est insoluble dans l’alcool. Nous mélangeons à chaud une solution alcoolique d’acide gallique avec une solution également alcoolique de sulfate ferrique , et il se produit instantanément à la fois une belle couleur bleue , intense , qui reste en suspension dans la liqueur, et un précipité pulvérulent , qui a tous les caractères du sulfate ferreux . Ce précipité est toujours accompagné d’un composé mou , renfermant du fer, qui affecte , par le refroidissement , la forme de globules colorés' et aplatis, dont la cassure est résinoïde. Celte expérience démontre clairement.