CHAPITRE DES ACIDES ORGANIQUES
qu’on pourrait l’utiliser avec avantage , s’il était préparé d’une manière économique , pour obtenir des couleurs plus ou moins analogues au cachou.
Si nous nous sommes si Jongtemps arrêté sur les acides gallique et pyrogallique , c’est que nous avons la conviction que l’étude approfondie de ces deux composés peut exercer une immense influence sur l’histoire chimique des matières colorantes , qui ont besoin du concours des mordants pour se fixer sur les tissus.
§ 297. Sumac. Sous ce nom on vend dans le commerce une poudre verte ou grise provenant de la dessiccation et de la pulvérisation des feuilles , des pédoncules et des jeunes branches d’un arbrisseau appartenant àla pentandrie trigynieL. , famille des térébenthacées J., connu vulgairement sous le nom de Sumac des corroyeurs , et par les botanistes sous celui de Rhus coriara. Cet arbrisseau , qui croît naturellement dans les lieux les plus arides du midi de la France et de l’Europe , ne s’élève guère au-dessus de 12 pieds; ses feuilles , dont la saveur est astringente, contiennent beaucoup de tannin.
Les sumacs du commerce sont ordinairement spécifiés par les noms des -pays où on les récolte et où on les prépare.
Le sumac de Sicile est le plus estimé ; on en connaît deux espèces : l’une, lp Sumac alcamo, est recherchée par les maroquiniers; l’autre, d’une teinte verte aussi , mais moins foncée, et n’ayant que peu d’odeur, est particulièrement employée en teinture. La poudre de ce sumac est ordinairement assez fine et exempte de bûchettes , c’est-à-dire de toute partie ligneuse de l’arbrisseau ; elle a une saveur très astringente et une odeur agréable qui a quelque analogie avec celle de la violette.
Après ces sumacs viennent ceux d’Espagne, connus sous les différents noms de Sujnac Priego, Molinaet Valladolid; puis yeux de Porto, de Trjesic , et enfin ceux des départements du midi delà France, qui reçoivent quatre dénominations différentes:
Le sumac Fauvis ,
— Donzère,
— Redon ou Redoul ,
— Pudis.
Les sumacs de Sicile , d’Espagne et de Portugal présentent peu de différence entre eux. Quelques personnes prétendent que le Sumac fauvis ressemble beaucoup à celui de Sicile; mais s’il a quelque analogie avec ce dernier par son aspect, par son odeur et par sa couleur, il n’en est pas moins vrai que le consommateur donnera toujours la préférence à celui-ci.
Quant au sumac Redon ou Redoul, il provient d’une autre variété du genre Rhus , du Rhus cor i ara myrtifolia.
L’état pulvérulent dans lequel se vendent les sumacs du commerce les expose à être fraudés. D’abord on les mélangeait de sable ; mais comme il était très facile de reconnaître celui-ci en délayant le sumac dans l’eau , on y a substitué des substances organiques de même couleur.
Le sumac, d’après M. Cbevreul , renferme du tannin analogue à celui de la noix de galle, et, en outre, de l’acide gallique dans des proportions très voisines de celles où ces mêmes corps se rencontrent dans cette noix. De plus , comme celle-ci , il contient, mais en plus grande proportion, une matière colorante jaune-verdâtre ; et cette ressemblance explique toutes les propriétés que l’on constate dans une décoction de sumac.
En faisant bouillir une quantité quelconque de sumac pendant 20 à 30 minutes dans 10 fois son poids d’eau , on obtient une décoction qui , transparente tant qu’elle est chaude , se trouble légèrement par le refroidissement. Cette décoction, d’un jaune un peu verdâtre , a une odeur assez forte et une saveur astringente prononcée ; elle rougit la teinture du tournesol , et donne , avec la solution de gélatine ou de colle de poisson , un précipité abondant qui se présente sous forme de gros flocons blancs. L’acide sulfurique concentré et les sels alcalins précipitent
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l’acide tannique d’une solution de ce genre, et les oxides barytique, stron tique et calcique y produisent des précipités plus ou moins abondants, qui, comme ceux qu’on obtient d’une infusion de noix de galle, se colorent, au contact de l’air, en bleu, vert ou rouge, selon les proportions de la base et la durée de l’expérience. Les sels ferriques et l’acétate ferreux y déterminent aussi un précipité bleu ou noir, selon l’intensité de la dissolution ; l’acide plornbique, un précipité floconneux jaune serin; le chlorure stanneux, un précipité abondant d’un blanc sale ; l’alun, un précipité gélatineux, jaune clair ; l’acétate cuivrique, un précipité floconneux d’unj aune brunâtre. La plupart des acides faibles, soit qu’ils aient été étendus d’eau, soit que par eux-mêmes ils n’aient que peu d’énergie, déterminent toujours aussi dans cette décoction un léger précipité. On voit que dans toutes les réactions une décoction de sumac se comporte comme une décoction de noix de galle. Traitée par l’iode ou par le chlore , pourvu que ceux-ci soient employés avec beaucoup de précaution , elle développe , surtout avec le premier de ces corps , une belle couleur rose , mais qui ne jouit d’aucune stabilité. Enfin , au moyen de l’acide oxalique , on décèle dans cette décoction une quantité notable de chaux , et , au moyen du chlorure bary tique , une très faible proportion de sulfate.
§ 298. La valeur du sumac étant subordonnée au plus ou moins de substances astringentes qu’il renferme, il convient de savoir doser rigoureusement celles-ci , afin de reconnaître si un sumac a été ou non altéré, et de n’être point exposé à accepter du sumac de Provence pour du sumac de Sicile , dont la qualité est de 15 p. 0/0 supérieure à celle du premier.
H. Davy et Binning ont employé la gélatine pour évaluer les quantités de tannin que renferment diverses substances astringentes ; mais , ainsi que nous l’avons établi , un précipité formé par la gélatine n’est complètement insoluble qu’autant que la réaction entre le tannin et la colle s’opère sous l’influence d’un excès de matières astringentes , et il se redissout toujours,
au contraire , plus ou moins , en présence d’un excès de gélatine , On risquerait donc de se tromper en employant ce mode de dosage. Il y a un autre procédé qui, s’il n’était un peu long, ne laisserait rien à désirer : il consiste „à plonger un poids donné de peau verte et gonflée dans une infusion tannante, jusqu’à ce que cette peau se soit emparée de toute la partie astringente. En supposant que .10 grammes de cette peau aient été réduits par la dessiccation à 2gr,5, ouaul/5 de leur poids; que, d’autre part, 100 grammes de la même peau, après avoir séjourné assez longtemps dans une décoction de sumac pour l’épuiser entièrement, aient été desséchés dans une étuve, et donnent un résidu de 45 grammes au lieu de 25, il est évident que la peau aurait attiré à elle 20 grammes de tannin.
Un autre procédé , que nous allons indiquer, sans être aussi rigoureux que le précédent, doit obtenir la préférence en ce qu’il est plus expéditif : il est basé sur la propriété que possède une solution de chlorure stanneux neutre de précipiter presque entièrement le tannin en dissolution , dont on connaît alors la quantité en mesurant le volume du précipité.
On prend deux éprouvettes àpied deOht-,25 , graduées en 100 parties égales , et dont le premier degré se trouve à la partie inférieure de l’instrument ; on fait alors deux dissolutions normales, l’une contenant 10 grammes de tannin par litre d’eau , l’autre 8 grammes de chlorure stanneux, 2 grammes de chlorure ammonique , pour la même quantité de liquide, et l’on prend de chacune de ces dissolutions 0lit-,l , qu’on introduit dans une de ces éprouvettes. Il y a formation d’un précipité qu’on abandonne au repos pendant 10 à 12 heures , puis on en mesure le volume dans l’éprouvette.
Quand il s’agit d’essayer le sumac , on en prend 10 grammes, qu’on fait bouillir pendant 1/2 heure dans un 1/2 litre d’eau; on passe la décoction au travers d’un filtre, et le résidu est lavé à l’eau chaude ; cette eau delavage est réunie à la liqueur filtrée, et doit former, avec çlle i. litre de liquide. Un prenant 0ht ,1 de