‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 4)Chapitre 61 sur 92 · Noir et trois rouges garances et avivés · texte numérisé non relu

Noir et trois rouges garances et avivés

ont été surmontées avec une rare habileté. Il vient de Téta-

blissement de MM. Japuis , àClaye, près Paris, avec lesquels

peu de fabricants rivalisent jusqu'ici, et qu'aucun n'a devancés dans l'art de juxtaposer d'une manière nette et tranchée plusieurs rouges à côté l'un de l'autre.

Cet échantillon présente trois rouges , qui tranchent et se coupent l'un l'autre à leur point de contact, sans solution de continuité, sans fusion de la couleur foncée dans la couleur claire. Pour peu qu'on ait égard à la perfection avec laquelle ils sont juxtaposés , on comprendra qu'il n'a pu suffire de les appliquer purement et simplement sur l'étoffe avec une gravure correspondant aux contours des diverses nuances produites , qu'on a dû recourir à quelque artifice. En effet, si les trois planches eussent été gravées de manière à ne fournir exactement que les trois couleurs qu'on observe , il eût suffi de la moindre déviation dans l'application de ces planches pour donner lieu à une solution de continuité : or , pour éviter ces déviations, on recouvre toujours, ainsi que nous l'avons dit § 526 , l'impression du fin rouge par celle du second , et celle-ci par celle du rose ; mais ce biais , qui prévient la solution de continuité , place le fabricant en présence d'une autre difficulté : les couleurs superposées sont sujettes à se confondre et à former un tout dans lequel on ne peut souvent plus démêler le trait des formes dont on s'est servi , et ce défaut , n'existant pas dans l'échant. 141 , il faut :

Ou qu'on ait imprimé ces couleurs à des intervalles tels que la première fût fixée et combinée au tissu quand on a imprimé la seconde , et ainsi de suite pour les autres , ou qu'on les ait épaissies , de telle sorte que la première fît réserve mécanique sous la seconde et cette dernière sous la troisième , ou enfin que les mordants aient été saturés en raison inverse de Tordre dans lequel ils sont arrivés sur le tissu , afin que le fin rouge ne pût être recouvert du rouge moyen sans qu'il se fixât une plus grande quantité de mordant , et que le troisième , à son tour , ne pût recouvrir les deux premiers sans contribuer encore à une fixation plus grande de l' auxiliaire. Un exemple complétera

notre pensée. Supposons qu'on ait imprimé une bande deuxième rouge, contenant une certaine quantité d'alun , si l'on vient à la couper perpendiculairement par une bande mordant rose, contenant une forte proportion d'acétate sodique , non seulement il ri y aura pas fusion entre la nuance de ces deux bandes et formation d'une nuance moyenne ou plus claire, mais il y aura au contraire élévation de ton de la bande la plus foncée , attendu que F acétate sodique contribue à fixer sur la toile une plus forte proportion de mordant.

Ces divers moyens sont rarement employés seuls , c'est ordinairement de leur concours que dépend le succès de l'exécution. Le noir s'imprime en premier lieu, et après lui le fin rouge, qui est ordinairement encadré dans le noir ; quand , par un déplacement de la planche ou par une gravure faite à dessein , le rouge déborde et recouvre le noir, cette superposition, si l'encadrement est parfait , n'a d'autre inconvénient que de donner au noir une teinte puce plus ou moins visible et qui dans ce genre de dessins nuit peu à reflet. Après le premier rouge on rentre le second , et après celui-ci le troisième.

La plupart des fabricants qui réussissent dans ce genre d'impression pour meubles ont recours à une exposition plus ou moins longue entre chaque impression , tant pour en assurer la bonne exécution que pour donner de la vivacité aux couleurs ; il en est qui ne mettent pas moins de trois ou quatre jours d'intervalle entre l'application de chaque couleur, et laissent les pièces exposées à l'air durant huit jours quand tous les mordants sont réunis sur l'étoffe. On comprend, en effet, qu'en imprimant consécutivement plusieurs couleurs à la planche, on doit soumettre celle du ton le plus élevé à une longue exposition , tant pour que le mordant rouge puisse se décomposer compté- ' tement et céder sa base au tissu que pour que le noir passe au degré d'oxidation qui assure une teinture belle et solide car on sait que , quand le mordant est décomposé par une dessiccation trop brusque et trop élevée, l'oxide s'unit à la toile dans samo-

dification terne. Cependant il y a une chose à faire pour activer cette fabrication , c'est d'employer des mordants fortement saturés , qui se décomposent d'eux-mêmes et promptement ; mais de semblables préparations ne peuvent pas être épaissies à la manière ordinaire , attendu que l'amidon et la farine réclament toujours le concours d'un certain degré de chaleur pour passer à l'état d'empois , et qu'on est exposé à voir l'alumine se séparer avant qu'elle ait été déposée sur le tissu pour s'y fixer. On pourrait épaissir préalablement la solution d'alun , et y ajouter à froid l'acétate plombique , calcique ou sodique nécessaire à sa saturation , en en portant la dose au maximum de la quantité qu'indique la théorie § hlh. En imprimant à la suite d'un noir un fin rouge ainsi saturé , puis un second rouge renfermant , outre l'acétate aluminique nécessaire à la nuance que l'on désire , une certaine quantité d'alun . la superposition de ce dernier sur le premier n'en diminuera en rien la nuance s puisque l'acétate qu'il contient en excès double immédiatement sa nuance ; de même le troisième rouge, composé d'un excès d'acétate sodique , en touchant le second , en élèvera le ton plutôt que de l'abaisser. Dans l'étude de ce genre d'impression , il faut tenir compte des effets que nous avons signalés § A7ù, p. 160.

La fixation des mordants a lieu à la bouse de vache.

On procède à la teinture de la même manière que dans les genres précédents , mais en ayant soin de ne pas élever trop la température, afin de ménager le rose et le rouge. Il faut aussi bien saturer les mordants , car autrement les couleurs se dégradant fortement à ravivage et la gradation des teintes n'étant plus conservée , cette fabrication perd tout son mérite.

L'avivage est à peu près le même que celui que nous avons exposé, § 6/i2, si ce n'est qu'on remplace ordinairement les passages en acide par des expositions à l'air ou par un passage en bain de savon stannique. Les acides dégradant plus promptement les lilas et les violets que les rouges et les roses , il est difficile de mener simultanément et sur la même ligne la

purification de ces deux ordres de couleurs ( violet et rouge ) ; d'autre part, les acides dissolvant toujours une certaine quantité de la base des mordants , après un contact tant soit peu prolongé avec eux , la couleur se dégrade et passe à un ton inférieur : or j comme dans cette fabrication on a surtout pour but de déposer et de fixer les nuances les plus éloignées , on doit nécessairement s'attacher à en écarter toute substance capable de produire cet effet , et c'est pour cela qu'on fait succéder aux passages en bain de savon des expositions à l'air qui avivent les couleurs sans les fatiguer. Durant cette opération , l'attention doit principalement se porter sur les violets , qui sont les plus impressionnables ; on doit suspendre l'exposition dès qu'ils commencent à grisailler. A l'exposition à l'air succède un passage en savon , qui se donne à une température de plus en plus élevée à mesure que la couleur se dépouille et se fixe. On peut aussi modifier l'avivage de la manière suivante : Donner un premier bain de savon à la température de 70° , à raison de lk,50 savon pour dix pièces , suivi de huit jours d'exposition sur le pré; un deuxième bain, composé 1 kil. savon et 370 gr. composition d'étain , dont on élève successivement la température de 15 à 50°. On expose ensuite les pièces à l'eau courante durant quinze à vingt minutes , et on leur donne un troisième bain de savon semblable au premier et d'une heure de durée; enfin on leur donne durant une heure, dans la chaudière close, un quatrième bain composé de lk,40 gr. carbonate sodique, et après ce dernier traitement on les expose encore six à huit jours sur le pré , selon la saison ; en un mot, il faut purifier parfaitement le blanc du tissu et aviver les couleurs sans les fatiguer , et , peur arriver à ce résultat , on ne peut que réitérer les bains de savon donnés à de basses températures. Il y a aussi à suivre pour cet avivage dans des' cas particuliers une marche toute spéciale qui ne fatigue pas les violets et qui cependant permet de profiter de la vivacité que les acides donnent au rouge, c'est de disposer des dessins de telle sorte qu'on puisse recouvrir

ce dernier d'une certaine quantité d'acide à l'aide de la planche.

Quand on imprime à la perrotine des dessins qui comportent la juxtaposition de mêmes couleurs, il y a quelques précautions à prendre pour empêcher qu'en débordant par la pression elles ne créent une ligne colorée distincte au point de jonction, car ici on ne peut plus avoir recours , comme dans l'impression à la planche , à des expositions qui donnent à une couleur le temps de se dessécher avant la rentrure de la nuance suivante. L'impression étant simultanée , il faut de toute nécessité composer des couleurs exprès , quand on veut qu'elles se juxtaposent exactement et qu'en se superposant elles ne se confondent pas. Dans le cas d'une juxtaposition rigoureuse, il faut rendre l'une d'elles légèrement réserve mécanique , par l'introduction d'une certaine quantité d'huile tournante qui en prévienne le mélange avec la couleur qui la touche , et quand la gravure comporte une superposition qui doit former la juxtaposition d'une nuance plus claire , recourir à l'emploi de mordants inégalement saturés, § hll\.

Nous compléterons ces généralités par l'exposé de la marche à suivre pour l'exécution de l'échantillon lâl.

On a imprimé : 1° le noir à la planche n° 1, § 631, et après trois jours d'exposition ,

2° Le mordant rouge n° 6 , § 639.

On ajoute presque toujours à ce dernier mordant du nitrate cuivrique , dans le but de prévenir la coagulation de l'amidon dont on se sert pour l'épaissir ; mais l'oxide cuivrique qui n'est pas parfaitement enlevé par le bousage attire à la teinture , et, ne disparaissant d'ailleurs jamais entièrement par l'avivage, altère la pureté de la nuance , à laquelle il donne presque toujours une teinte brique qui tranche bien avec le rouge moyen et le rouge , mais qui, considérée seule , est peu agréable àl'œiL C'est par suite de l'inconvénient inhérent àl' emploi de cet agent que des fabricants ne se servent que de nitrate zincique ; cependant, pour certains genres d'impression, l'oxide cuivrique

est utile , et nous verrons , quand nous nous occuperons de la fabrication des meubles, dans laquelle le genre qui nous occupe intervient comme base , qu'on ajoute parfois une certaine quantité de sulfate ferreux au mordant rouge , pour élever le ton de cette couleur , et la faire trancher mieux avec celles qui lui sont opposées.

3° Après un repos de quatre à cinq jours, le deuxième, rouge ;

4° Enfin, après un repos de deux à trois jours , le troisième rouge n° h , § 639yf #£ ?A

Il faut surtout éviter durant l'impression le mélange de ces différents mordants , et à cet effet l'imprimeur doit veiller à ne point appliquer une couleur trop claire : autrement le mordant imprimé en dernier lieu , recouvrant celui qui le précède , pourrait se confondre avec lui , à moins qu'on ne prît des mesures pour les faire réagir chimiquement l'un sur l'autre. Toutefois, en cherchant à éviter cet écueil , il ne doit pas tomber dans un excès opposé , et faire usage d'une couleur trop épaisse , car il pourrait arriver , surtout si la planche n'était pas bien nettoyée, qu'il' s'y formât des bourrelets qui, en s'appliquant sur l'étoffe, en contourneraient les sujets d'une nuance plus foncée en raison d'une plus grande quantité de mordant.

Quand le tissu a été imprimé , on l'expose à l'étendage durant sept à huit jours , afin de laisser aux mordants le temps* de s'y combiner intimement et dans l'état physique convenable ; puis on complète la fixation en passant une première fois dans un bain à la cuve carrée , porté à la température de 60° , une seconde fois dans la cuve ronde , à la température de 30 à 35°; enfin , après avoir bien dégorgé , on teint en deux reprises avec A à àk ,5 de garance , la première fois à la température de 30 à 55°, durant l'espace de deux heures et demie, la seconde à la température de 30 à 65°, durant l'espace de trois heures. On rince , on dégorge , et l'on passe , dans la cuve à teinture , à la température de 30° qu'on porte à 70° durant l'espace d'une m. 20

heure, dans un bain de savon , composé de lk,5 savon pour dix pièces. On expose sur le pré durant quelques jours, puis on donne un avivage durant trente minutes , à la température de Zl0°, dans un autre bain composé pour dix pièces qu'on traite ensemble dans une cuve à teindre de

0\375 dissolution d'étain , \ kil. savon.

Après cet avivage , on rince à l'eau courante , on donne un second passage en savon semblable au premier ; enfin on expose durant une heure à la chaudière close à l'action d'un bain composé de

1k,50 savon,

0k,375 cristaux de soude.

On rince, on dégorge aux roues , et l'on remet sur le pré si le blanc l'exige.

L'échant. 142, d'une exécution beaucoup plus facile , puisqu'on n'a point eu à se préoccuper de la juxtaposition des couleurs , est le résultat d'un traitement à peu près semblable : seulement , moins chargé de mordant , il a demandé moins de garance.

JL42. Brillante rouge et puce garance.

Les nuances du genre de celles de l'échant. 143, qui s'appliquent à la planche sur fond blanc ou sur fond couvert , impres-

I J :&. Fond rouge cerise avec impression blanc enlevage.

sion blanc enlevage , réclament une très grande quantité de garance. Pour une étoffe légère comme celle de cet échantillon, il n'en faut pas moins de 5 kil. à 5k,5 par pièce. Dans sa marche progressive, la température du bain de teinture ne doit pas dépasser de 50 à 55°. Après le garançage , on donne deux ou trois passages en savon , à raison de lk,50 pour quinze pièces ; puis , quand la couleur est saturée de corps gras , on fait circuler dans une cuve à teindre remplie d'eau , à laquelle on mélange

4 ',50 dissolution d'étain , 1 ',50 acide nitrique,

en ayant soin de ne faire agir l'acide qu'à une basse température pour conserver au rouge toute son intensité ; on passe alors une ou deux fois à la chaudière close dans un bain de savon et de carbonate sodique, et l'on termine en donnant un dernier passage en savon semblable au précédent.

On a augmenté les effets de ce genre de fabrication à la main en y combinant ceux des fondus, § 506. Alors , au lieu de couper seulement des nuances distinctes, on les fond en les coupant, et l'on arrive à des résultats qu'il ne serait possible de réaliser d'aucune autre manière : dans une rose , par exemple, on ne pourra faire ressortir ni ombres ni nervures sans recourir aux fondus .

Dans l'impression à la perrotine , les effets de ce genre n'ont pas obtenu sous ce rapport de moindres succès, et Ton a imprimé sur jaconas des bruns foncés en fondus puce passant aux lilaset violet tendre. Qu'on s'imagine, par exemple , des guirlandes de feuilles disposées en colonnes; le mordant puce foncé de la nervure imprimée en fondu passera au lilas à l'extrémité des feuilles.

Il y a , dans cette fabrication , des genres qui présentent des difficultés d'une autre espèce ; ce sont, par exemple, les articles mouchoirs ou foulards fond blanc impression noir et rouge , que l'on exécute indistinctement sur étoffe de lin ou de coton et le plus généralement à double face. Ces articles, pour lesquels on emploie tantôt la garance d'Alsace, tantôt la garance d'Avignon , réclament du fabricant des soins tout spéciaux.

Mouchoirs fond rouge et noir. Après avoir imprimé le noir à la planche § 631, on expose à l'étendage durant environ trois jours , à l'effet de favoriser la combinaison du mordant avec la toile , et l'on rentre le rouge de même espèce n° 2 , § 639. On expose de nouveau durant huit jours dans une atmosphère convenablement chargée d'humidité, et ce n'est qu'au bout de ce temps qu'on procède au bousage pour compléter la fixation. Cette dernière opération doit avoir lieu une première fois à la cuve carrée, à la température de 60 à 65° , et la seconde dans ia cuve ronde , durant vingt à trente minutes , à la température de 50 à 55° ; on rince ensuite et l'on dégorge.

On réalise aussi en deux fois la teinture de ces articles, ordinairement très chargés de mordant, en ajoutant à chaque bain une proportion de 50 gr. lessive de potasse caustique à 7» ÂB par kil. de garance. La quantité de cette dernière varie de 6 à 8kil. dont on fait deux parts.

Le premier garançage s'effectue en 2 h. 1/2; on le commence

à 30° pour arriver à 56 ; Le second garançage s'effectue en 3 h. \j1] on le commence

à 30'( pour le finir à 68.

Cette opération terminée, on rince et l'on dégorge aux roues à deux ou trois reprises, on passe dans un bain de son porté à l'ébullition , puis on expose sur le pré durant huit à dix jours. En hiver, lorsque cette exposition ne suffit pas pour donner au blanc le degré de pureté qu'il doit avoir, on fait passer les pièces durant vingt à trente minutes en savon dans la cuve à teinture, § 539, fig. 141 ; ce bain demande 3kil..savon pour la quantité d'eau que contient la cuve. Après le passage de 10 pièces , on y ajoute lkil. savon, et ainsi de suite ; on expose alors de nouveau sur le pré jusqu'à parfaite purification du blanc. Cette manière d'opérer a surtout pour objet de conserver le noir , toujours plus ou moins fatigué, quand on suit un autre mode d'avivage, et c'est pour arriver plus promptement au même but que dans des fabrications à peu près du même genre on remplace la garance d'Avignon par celle d'Alsace, en procédant ainsi qu'il suit pour l'article foulards.

Foulards fond rouge et noir, blanc réservé par la gravure. On imprime le noir à la planche ; après trois jours d'exposition, on rentre le rouge , on abandonne au repos durant huit jours les toiles chargées de mordant, on bouse alors deux fois comme dans la fabrication qui précède , et après le dégorgeage on teint aussi à deux reprises aux mêmes conditions de temps et de température , mais en employant seulement 3k,5 à 4 kil. de garance d'Alsace et 500 gr. de sumac par pièce. Après avoir rincé et dégorgé deux fois , on passe en son bouillant sans autre traitement.

Le sumac joue ici un double rôle; d'une part, il contribue à ménager les parties blanches durant la teinture ; d'une autre , il donne au noir plus de vivacité et plus d'éclat.

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