Indigo broyé et imprimé prêt à être fixé
1° De l'indigo dans le plus grand état de division ; 2° du sulfate ferreux; V l'épaississant employé et les quelques sub-
DE LA FABRICATION EN PARTK'ILIEK,
stances accessoires qu'on y fait intervenir clans certains cas.
Jusque là toutes les opérations sont purement mécaniques ; viennent maintenant les réactions chimiques. Après avoir encadré les pièces au Champagne , fig. I!i7 , on les plonge dans une cuve alcaline pour décomposer le sulfate ferreux qui se trouve sur la toile, et, en mettant l'oxide ferreux en liberté, déterminer 1 a désoxidation et par suite la dissolution de l'indigo.
A mesure que l'oxide ferreux accomplit son rôle de désoxidantetla réduit, cette matière "tinctoriale, s'unissant à la base qu'elle trouve en sa présence , forme une combinaison soluble qui , dans les circonstances ordinaires , devrait se délayer au sein même du liquide où elle a pris naissance , mais qui , dans le cas particulier, est forcée , par l'attraction capillaire des pores de la fibre sèche du tissu , attraction qui s'exerce de la surface au centre, à pénétrer dans l'intérieur de cette fibre. Toutefois, comme il importe d'arrêter le mouvement de ce liquide et de s'opposer à ce qu'il s'étende en long et en large , on retire bientôt le cadre et on le laisse exposé à l'air pour que l'indigo , s'oxidant de nouveau , redevienne insoluble par l'absence de l'élément nécessaire à sa désoxidation.
Si on lavait alors les toiles, la disparition de la majeure partie de l'indigo prouverait qu'une partie seulement de cette substance s'y est fixée ; il faut donc compléter l'opération , et à cet effet on passe le cadre dans une autre cuve pleine de sulfate ferreux qui achève de précipiter la matière colorante soluble qui ne s'est pas oxidée à l'air ; mais, au sortir de cette cuve, le cadre doit être plongé dans une eau alcaline qui , en déplaçant l'oxide ferreux du sulfate dont la toile est recouverte , lui laisse toute liberté d'action , et comme le sulfate ferreux existe en plus grande quantité à la surface du tissu qu'au centre et que les couches extérieures sont décomposées les premières au contact des alcalis qui ne pénètrent qu'insensiblement dans les pores de l'étoffe , l'action chimique se manifeste encore de la surface à l'intérieur, en rendant solubles les portions d'indigo que la
première opération n'a pas réduites , et qu'elle force à s'ajouter à celles qui se sont précédemment fixées.
Cette seconde opération doit être suivie d'une deuxième exposition à. l'air, ainsi que de nouvelles immersions , tantôt en sulfate ferreux, tantôt en alcali , jusqu'à la fixation complète de l'indigo primitivement déposé à l'état insoluble sur la toile. Mais, comme on précipite de l'oxide ferreux en passant dans la cuve alcaline*, il reste toujours sur la toile une assez forte proportion d'oxide ferrique ou ferroso-ferrique dont il importe de la débarrasser : alors on passe les pièces clans une cuve chargée d'acide sulfurique qui dissout tout ce qui est fer oxidé et ne respecte que l'indigo fixé, qui, comme on le sait, est insoluble dans les acides faibles. Quand les pièces , ainsi traitées pour la fixation complète de l'indigo , ont été bien dépouillées d'oxide ferrique par des passages suffisants en acide sulfurique faible , qu'on peut additionner d'une légère quantité de chlorure stanneux pour en aider l'action , on leur donne au besoin un léger passage en savon. Les pièces se présentent alors clans l'état ciaprès , échant. (6.
ti6. Bleu faïence imprimé et fixé.
Voilà la marche du procédé envisagé sous un point de vue général ; nous avons à faire connaître maintenant la nature et
les proportions des bases dont on fait usage , la durée des immersions , enfin les précautions à prendre.
La décomposition du sulfate ferreux sur la toile se fait tantôt à l'aide de la chaux et de la potasse caustique , tantôt à l'aide de la chaux seulement.
Procède à la chaux et à la potasse. On a une série de cuves d'environ 4,000 litres de capacité , c'est-à-dire d'une hauteur de 2m,10 à 2m,20, et de lm,50 à lm,60 de diamètre.
La première A , cuve a la chaux, contient un lait de chaux formé du mélange de l'eau qui la remplit avec environ 300 kil. de chaux vive , que l'on doit déliter avec beaucoup d'attention , § 132. Quelques fabricants sont dans l'habitude d'ajouter à ce mélange un poids de carbonate potassique qui est environ le tiers de celui de la chaux employée. Dans le premier cas, la cuve ne marque guère que 1° AB, ou un peu plus, selon le degré de pureté de la chaux qui peut renfermer des substances solubles ; dans le second , elle marque ordinairement h à 4°, 5 AB.
La seconde B , cuve au sulfate ferreux , contient une dissolution de sulfate ferreux qui doit être aussi neutre que possible* La quantité de sel nécessaire pour monter cette cuve est d'environ 7 à 800 kil., et la force qu'on lui donne généralement est de 6 à 7° AB ; mais M. Ed. Schwartz nous a dit l'avoir utilisée avec plus de succès à 10° AB.
La troisième C , cuve a la potasse caustique , contient une dissolution de potasse caustique qu'on prépare avec toutes les précautions relatées § 108. La quantité dépotasse nécessaire pour la monter est d'environ h 50 à 500 kil. de carbonate potassique , qu'on décompose préalablement sous l'influence d'une proportion d'eau convenable, par le tiers de son poids de chaux. La liqueur que l'on obtient et les eaux de lavage sont concentrées par l'évaporation jusqu'à ce qu'elles marquent 10° AB.
La quatrième D , cuve a l'acide , contient de l'acide sulfurique étendu qui doit marquer 12 à 15° AB.
Telle est la disposition la plus générale des cuves. Ajoutons
que , dans certaines fabriques , on emploie souvent deux cuves de sulfate ferreux : une faible et une forte.
Reste à faire connaître la manière d'opérer
Les pièces étant imprimées , on doit :
\ " Les plonger pendant cinq minutes dans la cuve A, puis les laisser égoutter pendant deux.
2° Les plonger pendant sept minutes dans la cuve B, puis les laisser
égoutter pendant trois.
3° Les plonger pendant deux minutes dans la cuve C, puis les laisser
égoutter pendant deux.
4° Les plonger pendant sept minutes dans la cuve B, puis les laisser
égoutter pendant trois.
5° Les plonger pendant cinq minutes dans la cuve C, puis les laisser
égoutter pendant deux.
6° Enfin les faire séjourner dans la cuve D , aussi longtemps qu'il est
nécessaire, tant pour précipiter le bleu qui a une très grande
tendance à se dissoudre à la faveur de la potasse, que pour enlever
l'oxide ferrique ou ferroso-ferrique qui s'est déposé et fixé sur la
toile.
On voit que l'opération exige environ hO minutes ; mais il ne faudrait pas croire que cette marche soit la seule qui puisse conduire au but : nous en connaissons plusieurs autres , et nous allons en citer une qui , bien que différant beaucoup de celle que nous venons d'exposer, est cependant employée avec succès.
On plonge les pièces imprimées et encadrées :
l0 Durant cinq minutes dans la cuve. A, puis on laisse égoutter
durant une minute.
2° Durant sept minutes dans la cuve B. 3° Durant huit minutes dans la cuve A , puis on laisse égoutter
durant une minute.
4° Durant dix minutes dans la cuve B.
5° Durant dix minutes dans la cuve A, puis on laisse égoutter
durant une minute.
6° Durant douze minutes dans la cuve B , puis on laisse égoutter
durant une minute.
7° Durant douze minutes dans la cuve C , puis on laisse égoutter
durant une minute.
En les retirant d e cette dernière cuve on les passe dans la cuve
fi! '!'!
cl'acide sulfurique faible , et on les y maintient jusqu'à ce que le tissu soit dépouillé de tout l'oxide qui le recouvre. Observons que, durant ces passages, il faut secouer le cadre (pomper) toutes les fois qu'il est plongé dans la cuve à la chaux, qui doit toujours être maintenue trouble, tandis qu'au contraire on doit le tenir immobile pendant qu'il séjourne dans le sulfate ferreux. La raison en est facile à comprendre : ici encore l'indigo se dissolvant dans la cuve à la chaux , il faut s'opposer, par le petit mouvement imprimé à l'eau , à ce que les parties qui tendent à couler par leur propre poids s'arrêtent sur la fibre, tandis qu'au contraire on a intérêt à laisser immobile le sulfate ferreux , qui a pour effet de précipiter l'indigo qui est en dissolution.
Il faut à peu près 60 minutes pour arriver à la fixation du bleu par ce procédé. Les cuves s'affaiblissant et se chargeant de dépôt à mesure qu'on y passe les pièces , il importe , d'une part , de les entretenir par des additions régulières de chacune des substances qui les composent, de chaux pour la cuve A, de solution de potasse pour la cuve C , de solution de sulfate ferreux pourlacuveB, enfin d'acide sulfurique pour lacuveD; d'une autre, de les vider de temps en temps pour en enlever les dépôts (sulfate calcique, oxide ferrique). Le succès de cette fabrication délicate dépend principalement du soin que l'on prend de maintenir les cuves dans un état constant de force ou de densité , car en même temps que la réaction chimique se passe , il y a une action physique qui n'est pas sans influence sur l'exactitude de l'impression.
Procède à la chaux. Ce procédé n'exigerait à la rigueur que deux cuves, indépendamment de celle à l'acide sulfurique, indispensable pour le nettoyage des pièces , savoir:
1° Une cuve A, renfermant de la chaux caustique, 80 kil. pour Zi,000 litres d'eau;
2° Une cuve B, renfermant du sulfate ferreux en dissolution marquant 7° AB. Mais, comme il est nécessaire que les pièces soient passées dans l'eau de chaux trouble et qu'elles en sortent
GENRES DERIVES DE LINDIGO. 60
fortement chargées de cette base, si on les plongeait directement dans la solution de sulfate ferreux , on précipiterait inutilement une assez forte proportion de ce sel , attendu que le dépôt d'oxide ferreux s'effectuerait au fond de la cuve et non sur le tissu ; pour prévenir cette perte inutile , on fait intervenir une troisième cuve A', qui est appelée cuve de lavage et destinée à détacher et à enlever le grand excès de chaux qui adhère à la toile à la sortie de la cuve A. On conçoit qu'il suffit d'une faible quantité de chaux pour la monter , puisqu'elle s'entretient aux dépens de la portion de cette base que l'étoffe y apporte de la première cuve , et aussi , par la même raison , qu'il n'y a. jamais qu'une faible proportion de chaux introduite dans la cuve B. Quant à la cuve A, elle doit être soigneusement maintenue au même degré de force par l'addition de quelques litres de lait de chaux à des instants déterminés par les passages. Pour ce qui concerne la manière d'opérer, voici la marche qu'a suivie avec succès M. Pélissier, chimiste de la maison Hausmann. Les pièces encadrées étaient passées :
Qu'on avait la précaution de troubler au moment où l'on y plongeait l'étoffe , et de maintenir en cet état en agitant le liquide avec un rable.
/ En donnant une grande secousse au cadre au moment où on le retirait de la cuve, afin que par ce mouvement l'eau , frappant contre les surfaces de l'étoffe , enlevât la chaux qui pouvait y adhérer.
Où le liquide devait être clair et le cadre y rester immobile.
toujours en troublant le lait de chaux,
en pompant fortement.
\ ° Pendant 1 0 min. dans la cuve A
2° Pendant 1 5 secondes id. À'
3° Pendant 8 minutes id. B
i° Pendant <1 0 minutes 5o Pendant 1 5 secondes
id. id.
[JBXll
8° Pendant \ 5
6° Pendant 8 ici. ici. B sans agiter.
7° Pendant 1 0 ici. ici. A en troublant le'bain.
c en donnant une faible secousse ( au cadre.
9° Enfin on passait en acide sulfurique jusqu'à ce qu'on eût obtenu le blanc voulu.
Ce procédé, qui n'est guère plus long que les précédents, est beaucoup plus économique : d une part , il ne comporte pas l'emploi d'une cuve à la potasse, et d'une autre, il ne décompose pas inutilement le sulfate ferreux.
Il y a déjà longtemps qu'on s'est aperçu que la potasse "n'est pas indispensable à la fixation du bleu ; car il fut une époque où l'on conseillait d'entretenir la cuve à alcali caustique par de la chaux , dans l'hypothèse , sans fondement , que cette dernière base décomposait le sulfate potassique formé par l'action de la potasse sur le sulfate ferreux et que la potasse était de nouveau mise en liberté ; mais bientôt , en continuant d'entretenir ainsi les cuves , on s'aperçut qu'elles ne contenaient plus que de la chaux et qu'elles fonctionnaient tout aussi bien ; cependant, à notre connaissance, M. Pélissier est le premier qui ait fait un emploi raisonné de cette base.
L'impression du bleu faïence, qui a eu un immense succès, a été abandonnée dans la plupart des fabriques d'indiennes ; on ne la continue que dans celles qui s'occupent des genres spéciaux, comme genres meubles, etc.
Plusieurs raisons ont fait renoncer à l'emploi de cette couleur avec laquelle on faisait ressortir de très beaux effets de gravure : la première, c'est qu'elle exige beaucoup trop de soin et d'adresse de la part de celui qui dirige les manipulations , surtout quand il est question de dessins délicats ; la seconde, qu'elle est d'une fabrication longue, extrêmement coûteuse comparativement à celle de nos jours , et qui expose à de grandes pertes , si on n'y est pas très versé; la troisième enfin, que l'indigo a pu être imprimé dans un autre état qui rend la fixation de ce bleu beaucoup plus facile.
GENRES DÉRIVÉS DE i/lNDIGO. 71
La maison Schlumberger-Kœchlin a fait, à une certaine époque , des bleus faïences triples nuances en sujets d'une grande délicatesse , qui faisaient l'admiration des connaisseurs : or ce succès n'était dû qu'à ce que M. Ed. Schwartz, qui dirigeait alors la fabrication de cet établissement, avait su trouver la force des cuves et la relation qui doit exister entre leurs densités respectives ; la cuve au sulfate ferreux marquait 10° au lieu de 7° , et la cuve à la potasse 20 ou 22 au lieu de 10° ou 12°. On comprendra les avantages que cet habile fabricant a obtenus de F emploi de ces dissolutions, si l'on réfléchit que la difficulté de cette fabrication réside dans les moyens de prévenir le coulage de l'indigo au moment où il devient soluble à la faveur de l'alcali. Durant le passage dans la chaux , ce coulage est peu à craindre, pourvu qu'on ait la précaution de maintenir le bain trouble en agitant, non point le cadre, mais la cuve , et en imprimant de temps en temps un léger mouvement au liquide qu'elle renferme , ou mieux encore en y introduisant une faible quantité de matière mucilagineuse, pour maintenir plus longtemps la chaux en suspension , surtout quand , bien hydratée , elle se trouve dans l'état de division convenable. On ne peut trop se pénétrer des propriétés que possèdent à cet égard la chaux, la craie et le sulfate calcique , pour en faire au besoin l'application ; le rôle physique qu'ils jouent ici est tel , que si l'on imprime une couleur d'application très attaquable par l'eau sur un tissu que l'on trempe ensuite dans ce véhicule , tenant en suspension ces corps pulvérulents , on verra, pourvu qu'on n'agite pas ce dernier, dont l'action mécanique détacherait les parcelles de la couleur, celle-ci rester intacte; mais dans la cuve à la potasse les choses ne se passent pas toujours de même : si la dissolution est étendue , le coulage est presque inévitable , et si au contraire elle est concentrée , il n'est, pour ainsi dire, plus à craindre, attendu que, par un effet qui leur est particulier, les solutions alcalines de potasse jouissent de la propriété de contracter la fibre et de lui faire éprou-
ver un retrait tel que les matières qui se trouvent dans ses pores s'y enchâssent en quelque sorte. On est souvent obligé de tenir compte de ce phénomène.
Il est des fabricants qui , pour donner à la fibre une plus grande aptitude à se combiner au bleu , mélangent toujours à l'indigo une certaine quantité de chlorure stanneux, dont un des caractères essentiels est , comme on le sait, d'augmenter le pouvoir adhérent des tissus pour les matières colorantes. M. Fries est de ce nombre , et ses bleus faïences lui ont toujours mieux réussi quand il a fait intervenir ce corps. Une observation qui confirme l'utilité des composes stanneux clans cette circonstance est due à M. Pélissier , qui prétend qu'on n'arrive facilement à des impressions à plusieurs nuances bien tranchées qu'en introduisant dans les couleurs une certaine quantité de précipité d'indigo, § 394 , p. 458.
La maison Haussmann a fait à la machine à deux couleurs, dans les dernières années de son existence, un très bel article en bleu faïence. Le sujet se composait d'une impression ramage blanc à feuillage de petite dimension et délié sur un fond bleu foncé façon dentelle , à mailles inégales qui , plus rapprochées sur des points que sur d'autres, produisaient des effets d'ombre, le tout recouvert d'un mille-raies en lignes diagonales. Pour obtenir cet article, on imprimait à la machine à deux couleurs :
1° Une réserve destinée à prévenir la fixation de l'indigo et
composée de :
5 kil. acétate triplombique liquide , 3 kil. nitrate cuivrique , 3 kil. gomme arabique , 0k,750 sulfate cuivrique.
Cette réserve, en grande partie physique par le sulfate plombique que formait l'acétate plombique en agissant sur le sulfate , et en partie chimique , puisqu'elle renfermait des sels cuivriques qui sont de nature à prévenir la fixation de l'indigo, s'imprimait sans peine et atteignait parfaitement le but qu'on se proposait.
GENRES DÉRIVÉS DE i/lNDIGO. 73
2° Un bleu fort formé de poids égaux de gomme et de bleu faïence C .
3° Le bleu faible mille raies C, et Ton passait en cuve avec les précautions indiquées.
M. Pélissier a encore produit un très bel effet d'impression par la combinaison du genre bleu faïence et du genre fond bleu impression blanc réserve , échant. 56. Pour s'en faire une idée , il suffit de s'imaginer une impression réserve, échant. 55 , faite sur une étoffe blanche sur laquelle on a en outre produit une impression bleue faïencée touchant ou non le blanc réserve. En passant en cuve des pièces ainsi imprimées , on force l'indigo à se fixer en double proportion sur les points recouverts en bleu faïence, et l'on obtient, si tout coulage a été prévenu, une impression blanc réserve , sous impression bleu faïence foncé , et fond bleu clair.
§ 557. Fond blanc , impression bleu d'application solide. Aux, motifs impérieux qui engageaient, comme nous l'avons vu, le fabricant à renoncer à l'emploi du bleu faïence , il s'enjoignait d'autres pour provoquer de sa part des efforts dans le but de trouver un bleu qui le remplaçât et lui servît en même temps à enluminer directement les étoffes sur lesquelles on avait jusqu'alors déposé , soit du bleu de pinceau, d'une application trop longue et trop coûteuse pour nos jours , soit du bleu d'application , dont l'instabilité faisait contraste avec les couleurs solides auxquelles on l'associait. Cette découverte a eu lieu, il y a environ une vingtaine d'années , en Angleterre , aux environs de Londres , et elle a fait sensation dans l'industrie de l'indienne. 11 était intéressant, en effet, de voir des impressions correctes en bleu solide accompagnant les couleurs garancées sur les étoffes les plus communes et les plus légères. Qui n'a pas admiré à cette époque les belles impressions genre fond blanc garance , enluminage bleu et vert solides , sur mousseline, jaconas , etc., produites par MM. Hartmann , de Munster, et MM. Kœchlin frères, et Gros-Jean? Pour arriver à ce
ih
résultat , il ne fallait que modifier un peu le procédé du bleu faïence, en y entroduisant l'indigo dans un certain état, car la seule différence qui existe entre le bleu faïence et le bleu solide, c'est que , tandis que le premier s'obtient d'une application de l'indigo brut sur le tissu , le second est dû à celle de l'indigo insoluble , mais préalablement réduit , qu'on maintient dans cet état par l'intervention de l'oxide stanneux qui en prévient l'oxidation. De cette différence découlent dans les opérations du fixage des modifications faciles à saisir : le bleu faïence demande que l'indigo soit désoxidé , et par conséquent mis successivement en contact avec l'agent capable de produire cet effet et celui qui doit le dissoudre ; dans le bleu d'application solide , au contraire, l'indigo étant déjà oxidé , il suffit pour le fixer, de le mettre momentanément en présence de la base nécessaire à sa dissolution et à son action sur le tissu. Ce principe posé, examinons d'abord d'un point de vue général les procédés qu'on emploie pour l'impression de cette couleur, et qui peuvent être ramenés à trois types : A , B , C ; nous entrerons ensuite dans les détails.
A. L'indigo préalablement désoxidé et dissous par le sulfate ferreux et la chaux est précipité de sa dissolution par un mélange de chlorure stanneux et de chloride hydrique , et donne ainsi un dépôt formé d'indigo réduit , combiné à une certaine quantité d'oxide stanneux.
B. L'indigo est préalablement réduit par un mélange de chlorure ou mieux d'oxide stanneux et de potasse qui le dissout, puis la dissolution est saturée par la quantité d'acide nécessaire à un précipité d'indigo.
C. L'indigo est préalablement réduit par un mélange de sulfide arsénieux et de potasse , et le liquide , saturé par un acide , laisse déposer un précipité d'indigo et de sulfide arsénieux .
Quand les précipités obtenus par l'un ou l'autre de ces moyens ont été convenablement imprimés sur des toiles de calicot , il
suffit de passer ces toiles dans un bain de chaux ou de carbonate sodique pour ramener l'indigo à l'état soluble , où il peut s'emparer de la fibre de l'étoffe : seulement , doit-on rechercher encore les conditions auxquelles son action s'exerce avec le moins d'inconvénient pour l'impression.
Après ces généralités , nous devons donner les détails que nous avons annoncés plus haut.
§ 558. Bleu réduit par Toxide ferreux. On traite dans une
petite cuve :
5 kil. indigo parfaitement broyé à l'eau par
20 kil. chaux,
4 5 kil. sulfate ferreux,
55 kil. eau.
On procède au mélange comme s'il s'agissait de monter une cuve gros bleu, p. 20, et quand on l'a paillé pendant un temps suffisant pour mettre les corps parfaitement en contact les uns avec les autres , on abandonne le liquide au repos , mais à l'abri du contact de l'air , afin de prévenir autant que possible la précipitation de l'indigo , puis on décante la partie claire jusqu'à ce qu'on arrive au dépôt, et l'on traite ce dépôt à plusieurs reprises par l'eau , en faisant intervenir au besoin une certaine quantité de sulfate ferreux ou de chaux , de manière à réduire tout l'indigo qu'il pourrait renfermer. Si les eaux de lavage sont assez concentrées , on les utilise dans l'opération qui va nous occuper; dans le cas contraire, on les fait servira la dissolution d'une nouvelle partie d'indigo.
La liqueur décantée , renfermant de l'indigo réduit en combinaison avec la chaux , est neutralisée au point de ne réagir que faiblement sur le papier de tournesol , par une dissolution formée de parties égales en poids de chloiïde stanneux , § 218, et de chloride hydrique du commerce. C'est ici que , pour ne pas tâtonner , le fabricant fera bien d'étendre une portion de sa dissolution d'étain au dixième de sa force primitive, et de déterminer* combien il en faut pour saturer celle de l'indigo. A l'aide de cet essai préalable , il pèsera ou mesurera du premier
coup la quantité de solution d'étain nécessaire à l'opération.
Dès que la dissolution acide est ajoutée au liquide décanté de la petite cuve , il se forme un précipité grisâtre composé d'oxide stanneux et d'indigo réduit qui se dépose bientôt. On décante alors de nouveau la partie claire qui contient le chlorure calcique produit de l'action du chloride hydrique sur la chaux employée à. la dissolution de l'indigo ; quant au dépôt , on le jette sur une chausse où on le laisse égoutter sans le laver, et on le conserve dans cet état pour l'usage.
Ce précipité est imprimé de plusieurs manières ; nous nous bornerons à exposer celle qu'on préfère généralement, et dans laquelle on fait souvent intervenir une solution de nitrate ferreux, qui contient encore beaucoup de sulfate (voy. les proportions qu'il faudrait employer pour que ce sel fût pur , § 176) , puisqu'on la prépare en faisant dissoudre dans 10 litres d'eau :
2k,5 à 3 kil. nitrate plombique, 2k,5 sulfate ferreux.
Cette liqueur, recueillie par filtration, est immédiatement épaissie au léiocome ou à la dextrine , et conservée pour le besoin à l'abri du contact de l'air s Quand on veut s'en servir, il suffit d'y ajouter les proportions de précipité d'indigo voulues pour l'intensité de la nuance que l'on désire obtenir. Le volume du nitrate ferreux étant constant, 10 litres par exemple, on y ajoute 1 , 2 , h , 5 , 6 kil. de précipité ; ou bien , s'il s'agit d'impression délicate au rouleau :
\ kil. précipité d'indigo,
2 litres nitrate ferreux .
\ kil. gomme arabique en poudre;
mais ce mode d'épaississage étant fort dispendieux , on ne doit l'employer que dans le cas où la gomme est indispensable.
Il est des circonstances où l'on doit soigneusement éviter de se servir du nitrate ferreux : c'est lorsque le bleu s'applique après d'autres couleurs qui ne supportent point les traitements auxquels il faut nécessairement avoir recours en dernier lieu pour
on
enlever le 1er : tels sont, par exemple , les genres mi-fonds , où le bleu vient après les autres couleurs. Dans ce cas, on remplace la solution de nitrate ferreux gomme par une solution de léiocome ou de dextrinede même viscosité.
Quand ces couleurs sont préparées , on les livre à l'impression : si elle a lieu au rouleau , elle doit être aussi prompte que possible , et par conséquent il importe que le séchoir soit suffisamment chauffé, autrement le bleu est exposé à couler ; si elle a lieu à la planche , il faut qu'elle se fasse à la température peu sujette à varier et que chaque pièce commencée se termine dans la journée , autrement on remarque ordinairement de très grandes différences entre l'impression du premier et du second jour.
En sortant de l'imprimerie , les pièces sont cousues au nombre de quatre ou cinq , par leurs extrémités , au moyen de longues aiguilles , puis on les enveloppe dans un drap pour les soustraire à l'action hygrométrique de l'air , et on les porte dans une petite caisse située en avant d'une cuve à roulettes , du genre de celles que nous avons décrites , p. 28, fig.148, mais d une moindre capacité, et l'on procède à l'opération du fixage de l'indigo , car ici, comme dans la première phase du bleu faïence, n'étant que superposé sur l'étoffe , il disparaîtrait au moindre lavage, si on ne lui donnait l'agent qui peut seul le dissoudre dans son état de réduction, c'est-à-dire une base salifiable, qui est ordinairement la chaux ou le carbonate sodique.
Quand on se sert de la première , on en délite avec précaution une centaine de kilog. qu'on délaie ensuite dans la quantité d'eau nécessaire pour remplir la cuve ( 500 litres environ) , sans craindre la présence d'un excès de cette base , qui ne fait ici , comme dans le bleu faïence, que maintenir la couleur et s'opposer à son coulage. Toutefois, comme dans cette opération la toile est mise en mouvement sur des roulettes, il faut avoir la précaution de régler sa marche de manière que le liquide n'agisse pas mécaniquement sur l'impression et que les parcelles de chaux
n'en détachent pas une portion de la couleur. Quelques fabricants ont si bien compris l'avantage de cuves très chargées de chaux , qu'ils en emploient deux au lieu d'une. L'une de ces cuves , très petite , n'est qu'une espèce d'auge placée en avant de l'autre cuve et remplie d'un'lait de chaux extrêmement épais, dans laquelle les pièces se rendent d'abord pour se diriger ensuite dans la cuve carrée où elles doivent circuler au moyen d'un cadre à roulettes , dont quatre situées à la partie inférieure et trois à la partie extérieure , avec une vitesse telle qu'elles ne mettent qu'une ou deux minutes au plus pour la traverser. Ce temps suffit pour que les couleurs prennent une belle teinte vertpomme j qui indique que l'indigo entre en dissolution.
Par son passage dans la cuve alcaline, Xindigoture stanneux est décomposé ; la chaux , base salifiable plus puissante, s'empare alors de l'indigo et le fait passer à l'état soluble. Dès que cette première action est accomplie , il ne faut plus que donner à Xindigotine colorable la quantité d'oxigène nécessaire pour la transformer en indigotine colorée , et cet oxigène se trouve dans l'eau où l'on fait circuler les pièces à leur sortie de la cuve à chaux , pour leur enlever la partie de cette base qui les recouvre. On a remarqué , et la chose pouvait être prévue , que le bleu est moins sujet à couler et plus nourri quand on plonge directement les pièces dans l'eau courante : aussi plusieurs fabricants ont -ils placé leurs cuves à chaux près d'un cours d'eau, pour profiter de cet avantage. Quand on fait passer les pièces dans un baquet , les premières absorbant tout l'oxigène libre de l'eau qu'il contient , celles qui viennent ensuite ne trouvent plus l'élément indispensable pour rendre l'indigo insoluble, et celui-ci continuant d'exister à l'état soluble, non seulement la couleur est moins nourrie , mais encore , comme elle n'a pu être précipitée et rendue insoluble à son entrée dans l'eau, un mouvement s'effectue sur le tissu, et l'impression est dégradée par le coulage. Pour prévenir les accidents de ce genre, on fait intervenir utilement l'acide sulfurique
GENRES DÉRIVÉS DE l'iNDIGO. 79
faible , qui précipite instantanément la matière colorante; alors la manœuvre des pièces est légèrement modifiée au sortir.de la cuve : on les dirige d'abord dans une petite auge pleine d'eau pour les rincer et faire disparaître la chaux, qui ne ferait qu'entraver l'action de l'acide , puis immédiatement après dans un bain d'acide sulfurique à 2° AB, dont on porte la température à liO° environ. A leur sortie de ce bain, on les expose, pendues au crochet, durant 30 minutes à l'eau courante, L'indigo, rendu insoluble par l'action de l'acide sulfurique, n'a plus besoin que de s'oxider pour acquérir toute la solidité qu'il doit avoir. Quand cette oxidation ne se fait pas bien , ce qui se reconnaît à la nuance verdâtre que le bleu conserve , on manœuvre de nouveau les pièces pendant quelques instants clans l'acide sulfurique, et au besoin l'on fait intervenir un agent légèrement oxidant. L'eau oxigénée rendrait de grands services pour des oxidations de ce genre , car la couleur s'oxiderait sans que le blanc du tissu fût endommagé , ce qui n'a malheureusement pas lieu lorsqu'on emploie le bichromate potassique; il est vrai de dire que dans ce cas-là on a recours au chlorure de chaux faible.
§ 559. Bleu réduit par Toxide stanneux. Si les procédés que nous allons indiquer pour la formation et l'impression de cette couleur diffèrent peu au fond entre eux , les résultats qu'ils fournissent sont loin d'être les mêmes.
On ajoute à 1 kil. indigo préalablement bassiné avec 8 kil. d'eau :
24 lit. potasse caustique ,§108, marquant \ 4° ^4B , 4 kil. chlorure stanneux,
et l'on chauffe le tout au bain-marie à la température de 60° pendant une heure, puis on laisse refroidir et déposer la liqueur pour la décanter au besoin , s'il y avait des impuretés qui se fussent déposées. L'indigo est réduit par l'action réunie de ces corps; il ne faut donc plus que le précipiter. A cet effet, on ajoute à la liqueur la quantité d'acide nécessaire pour
qu'elle se neutralise et manifeste une légère réaction acide au papier de tournesol. Les proportions ci-dessus exigent une dose de chloride hydrique du commerce ( acide muriatique) d'environ 7k,200. Alors tantôt le précipité qui se forme est recueilli sur un filtre où il est simplement égoutté, et se trouve ainsi séparé de tout le chlorure potassique formé pa'r la double décomposition du chlorure stanneux parla potasse. C'est l'opération qui se fait toutes les fois qu'on veut concentrer le bleu et obtenir une impression plus foncée ; tantôt il est employé avec le liquide même au sein duquel il a pris naissance et n'a plus besoin que d'être épaissi ; on opère ainsi quand on n'a pas à produire de bleu foncé ; tantôt enfin on prend :
\ litre de ce précipité ,
'1 lit. de la dissolution d'indigo, et l'on épaissit le tout avec :
1 kil. amidon grillé.
On imprime à la manière ordinaire; aussitôt après l'impression , on fait passer les pièces d'une petite cuve contenant un bain de chaux trouble chauffé à 40°, dans la cuve à roulettes remplie d'eau de chaux claire , pour les exposer à l'eau courante durant une heure , on les rince , ensuite on les passe au savon à raison de lk,50 de savon pour 500 mètres de toile, et enfin on les lave et on les dégorge dans les roues à laver, §445,^.19.
La préparation ci-après pourrait se confondre avec celle que nous venons d'exposer , si l'on n'y faisait usage de soude caustique au lieu de potasse. Nous connaissons des fabricants qui sont convaincus qu'il n'est pas possible d'obtenir un beau bleu avec la soude, et qui prétendent que la potasse leur a toujours réussi.
On mélange 1 kil. indigo bassiné avec 3 kil. d'eau, à
2 kil. chlorure stanneux dissous dans
3 litres d'eau et
\ 8 litres soude caustique, à 1 4° Ah, § I I 4 ;
puis le tout est, comme pour la préparation précédente, chauffé au bain-marie à la température de 60° pendant le temps néces-
GENRES DERIVES bE LlNblGO.
saire -pour que les corps puissent réagir convenablement l'un sur l'autre. La liqueur refroidie est neutralisée par le chloride hydrique et employée directement ou avec une certaine quantité du précipité qu'on a recueilli sur une chausse. Quelquefois on préfère ajouter directement à la dissolution d'indigo désoxidé une certaine quantité de précipité obtenu de la cuve au sulfate ferreux; c'est ainsi qu'on compose le bleu suivant. A 10 litres de la dissolution ci-dessus on ajoute : 5 kil. précipité d'indigo , § 558 ,
2k,500 mélasse,
0k,800 chlorure stanneux acide à 55° AB,
I 0 kil. amidon grillé.
11 faut employer cette préparation aussi fraîche que possible.
Quant aux passages , ils se font -toujours de la même manière.
Nous pourrions donner la composition de beaucoup d'autres bleus toujours formés sur le même principe, c'est-à-dire sur celui de la réduction de l'indigo par l'oxide stanneux , car c'est toujours , en définitive , ce corps qui est en présence de l'indigo par suite de la décomposition que le chlorure éprouve de la part de l'oxide alcalin , mais nous nous bornerons à indiquer deux modifications qu'ils subissent entre certaines mains.
,11 est des fabricants qui , pour saturer la solution d'indigo réduit, remplacent le chloride hydrique par l'acide snlfurique auquel ils accordent la préférence comme donnant lieu à la formation d'une certaine quantité de sulfate stanneux insoluble, qui contribue à maintenir la couleur intacte sur le tissu. L'acide nitrique peut aussi être employé , mais non pas en excès..
Quelquefois , quand il s'agit d'opérer la réduction de l'indigo , on remplace le chlorure stanneux par l'étain métallique , qu'on met en excès au fond de la chaudière ; lorsque la réduction est opérée, on sature comme à l'ordinaire , soit immédiatement, soit seulement au moment de se servir de la couleur. Voici un bleu de cette espèce : à 10 lit. de dissolution de potasse caustique à 1/|° on ajoute:
ni. (5
2 kil. indigo broyé .
2 kil. étain.
On chauffe ces matières réunies dans une chaudière en fonte , d'abord au bain-marie , puis jusqu'à l'ébullition, où Ton maintient le tout pendant le temps nécessaire pour rendre la réduction de l'indigo le plus complète possible, § 389 ; après avoir laissé refroidir, on décante la dissolution pour la débarrasser de l'excès d'étain,etron associe à ce liquide, avec une eau de gomme, la quantité d'acide capable de précipiter l'indigo. Cet acide est ordinairement de l'acide oxalique , de l'acide tartrique ou un mélange de cet acide et d'acide nitrique. Pour connaître la dose qu'il convient d'employer, le fabricant doit faire un essai préalable à l'aide d'une liqueur titrée; car, s'il n'y a point assez d'acide et que l'alcali soit en excès, la couleur est exposée à se coaguler et se travaille mal ; si , au contraire, c'est l'acide qui domine , il absorbe inutilement de l'alcali au moment où l'on fait entreries pièces dans la cuve à chaux , et retarde, en outre, la fixation de l'indigo. Voici comment on procède au mélange de l'acide et de la solution gommeuse pour l'impression : Dans 10 litres d'eau on fait dissoudre 7k,500 gomme Sénégal , 2k,5 sirop de mélasse,
et à 1 kil. de cette eau gommée on ajoute :
0k,250 acide tartrique ,
0k,200 à 0k,250 dissolution d'indigo;
la proportion de ce dernier varie avec la nuance que Ton veut obtenir ; mais on comprend sans peine que la dose d'acide tartrique doit augmenter en même temps ; il est donc indispensable de déterminer le pouvoir de saturation d'une dissolution d'indigo de cette nature , afin d'être à même de proportionner cette dose d'acide , soit au poids , soit au volume de la dissolution indigotique. Pour ce qui concerne le traitement, on passe à la chaux les pièces imprimées, et on les expose à l'eau courante, ou on les passe à la chaux , puis à l'acide , et finalement à l'eau courante.
GENRES DÉRIVÉS DE L'iNDIGO. 83
§ 560. Du bleu <ï applicationrèduit à ï arsenic. Pour préparer ce bleu, on fait dissoudre l'indigo dans la potasse et le sulfide hypo-arsénieux , de manière à obtenir la dissolution la plus concentrée possible , qu'on sature par une quantité convenable d'acide tartrique ; mais plusieurs autres espèces d'acides pourraient être substituées à ce dernier. Le précipité, formé d'un mélange de sulfide arsénieux et d'indigo réduit, est recueilli à l'état gélatineux , puis épaissi par une solution de gomme ou de dextrine , et l'on ajoute à cette couleur une certaine quantité de chlorure calcique, qui est indirectement appelé à la conserver sur la toile pendant l'opération du fixage.
Elle s'imprime du reste de la même manière que les précédents : seulement, le fixage, au lieu de s'effectuer dans un bain de chaux, doit avoir lieu dans un bain de carbonate sodique (cristaux de soude) . Aussitôt que les pièces chargées de couleur passent dans ce bain , la soude du carbonate régénère le bleu de pinceau soluble, et en même temps, réagissant sur le chlorure calcique, transforme celui-ci en carbonate insoluble qui fait corps momentanément avec l'étoffe, retient l'indigo et l'empêche de couler ; peut-être aussi que le chlorure calcique fixe encore une partie de l'arsenic oxidé que renferme la couleur à la suite des réactions qui l'ont produite. Le carbonate sodique ayant fait virer la nuance au vert jaunâtre, il n'y a plus qu'à dé verdir les toiles et à les exposer à l'eau courante pour compléter l'opération. M. Fries s'applique spécialement au mifonds bleus.
Par l'un ou par l'autre des procédés ci-dessus on arrive à produire des impressions en bleu d'application solide, soit à la planche, soit au rouleau. A l'occasion des genres enluminés nous ferons voir des impressions de ce genre faites à la planche. Nous ne mettons sous les yeux du lecteur qu'un échantillon du bleu solide au rouleau , imprimé en doubles nuances, c'est-àdire avec des quantités de précipité déterminées d'après les teintes qu'on désirait obtenir, échant. (37.
M LÀ PÂBlÙC'ATiCJN EN PAkTiCULlEË.
il î . Fond blanc impression bleu d'application solide
(double rouleau).
La fabrication du genre de l'échant. 67 peut être aussi modifiée par des moyens analogues à ceux que nous avons indiqués pour le bleu faïence. On y produit encore des doubles nuances plus tranchées par un procédé bien simple : on imprime le bleu qui doit être le plus fort avec du nitrate ferreux et le plus faible avec de l'eau de gomme seulement ; on fixe à la chaux à la manière ordinaire , puis on fait passer les pièces dans l'acide sulfurique additionnée d'une certaine quantité de cyanure ferroso-potassique , et l'on transforme ainsi le fer mélangé au bleu foncé en bleu de Prusse , qui, s'ajoutant à celui de l'indigo , en augmente la vivacité et l'intensité.
Nous terminerons ce sujet en insistant sur les particularités dont la connaissance peut faciliter le succès des impressions faites avec cette couleur. On doit :
1° Faire choix d'une bonne qualité d'indigo, et au besoin purifier cette substance par des traitements préalables clans les alcalis qui en enlèvent la résine.
2° Trouver les proportions strictement nécessaires pour former avec cette matière colorante un composé stanneux qui ne soit ni trop riche ni trop pauvre en étain. Si, en effet, il est trop riche , il devient difficile d'oxider l'indigo sur la toile, et souvent même,
GENRES DÉRIVÉS DE i/ïNDIGO, 85
par suite de l'action combinée de l'épaississant dont on fait usage, la réduction est poussée si loin qu'il n'est plus possible de ramener au bleu cette substance, qui reste gris-verdâtre. C'est pour prévenir cet effet qu'on ajoute quelquefois à la couleur del'oxide ferrique. Deux corps inégalement désoxidables se trouvant alors en présence d'un agent réducteur, l'oxide ferrique, qui est le plus réductible des deux, est le premier attaqué, et préservant l'autre jusqu'à ce qu'il soit lui-même complètement réduit sans empêcher la désoxidation de l'indigo bleu , s'oppose à cette réduction qui défait passer au vert, et neutralise ainsi tous les effets destructeurs de l'étain employé en excès. Le nitrate ferreux dont on se sert dans certains bleus d'application n'a pas seulement pour effet de fournir de l'oxide ferreux à l'indigo, mais encore de neutraliser l'effet de l'étain par l'oxide ferrique qu'il cède à la toile. D'autre part, si le composé stanneux est trop pauvre , l'indigo , ne se trouvant point en présence d'une dose convenable de l'agent qui doit le maintenir en état de désoxidation , est bientôt oxidé, et, lorsqu'après l'avoir déposésur la toile , on veut l'y fixer, comme il n'est plus dans les conditions à devenir soluble, il disparaît.
Entre ces deux difficultés relatives à l'emploi de l'étain , il n'y a d'autre chance de réussite que d'employer un composé dans lequel l'élément réducteur domine légèrement , en introduisant dans la couleur un agent capable d'en modérer les effets .
3° Ne point perdre de vue que le passage en alcali a pour résultat de rendre soluble l'indigo en état de désoxidation, et que celui-ci ne peut redevenir insoluble et se fixer sur la toile qu'autant qu'il est oxidé ; que cette oxidation se fait dans l'eau par l'oxigène qui y est tenu en dissolution ou à l'aide d'une dissolution extrêmement faible, soit de chlorure de chaux, soit d'acide cl^romique , soit d'agents oxidants de cette nature; enfin que l'on peut empêcher le coulage des couleurs en déplaçant a propos la matière colorante par l'emploi de l'acide sulfurique.
BBH^M^^B^W
Nous avons déjà dit, §5/|8, que jusqu'à présent l'indigo ne s'était prêté qu'à trois genres d'application , les genres fond bleu avec blanc réserve ,fond bleu arec blanc enlevage , et impression bleue sur fond blanc ; il n'a point encore été employé comme couleur réserve , bien qu'il puisse être imprimé, parce qu'il demande , pour être fixé , ainsi que nous l'avons vu , des traitements spéciaux, et qu'il ne pourrait être associé aux corps gras et résineux ou aux composés chimiques qui constituent les réserves, sans perdre la propriété de subir les opérations du fixage. Il pourrait l'être cependant lorsque la couleur sous laquelle on l'imprimerait se fixerait aux mêmes conditions : ainsi le bleu d'application solide s'imprimerait facilement en réserve sous un fond formé d'oxide ferrique , car l'addition d'un peu plus d'étain suffirait pour réduire tout le fer oxidé qui le recouvrirait , et comme ces deux couleurs se fixent sensiblement de la même manière , il n'y aurait plus qu'à passer le tissu dans un lait de chaux pour avoir un fond rouille avec impression bleu réserve.
L'indigo n'est pas employé non plus comme bleu enlevage, parla raison qu'il faut toujours introduire dans une couleur de cette espèce l'agent destructeur de la matière colorante sur laquelle elle doit agir , et que l'indigo est trop sensible pour admettre cet auxiliaire nécessaire.
Pour savoir si l'indigotine jouissait de la même stabilité sur la laine, sur la soie et sur le coton, M. Chevreul a fait une série d'expériences , § 355 , desquelles il résulte :
1° Que dans le vide sec et à la lumière , cette matière colorante se conserve également bien sur le coton , sur la laine et sur la soie , puisqu après deux ans , les échantillons ainsi traités n'avaient pas varié ;
2° Qu'à l'air sec et à la lumière, l'altération n'était pas très sensible , même après deux ans ;
3° Qu'à l'air humide , l'indigo s'altérait plus promptement sur le coton et sur la soie que sur la laine , puisqu'au bout de
cent trente-cinq jours, la couleur fixée sur la laine n'avait presque pas changé, tandis qu'elle était déjà fortement affaiblie sur le coton et presque entièrement passée sur la soie. (Voir les tableaux des recherches de M. Chevreul sur la teinture.)
Application. Les genres simples qu'on obtient de l'indigo , et que nous avons passés en revue , concourent à la formation de beaucoup de genres composés ; mais ce sont particulièrement les fonds unis blanc réserve ou enlevage , et les genres bleu d'application solide qui se prêtent à ces combinaisons, les premiers , soit qu'après les avoir exécutés tels que nous les avons décrits , on y rentre des couleurs d'enluminage , soit , au contraire , qu'on imprime d'abord ces couleurs d'enluminage et qu'on fasse ensuite le fond , soit enfin qu'on dépose simultanément toutes les couleurs sur la toile ; les seconds , dans tous les cas où il est nécessaire d'obtenir du bleu solide sur des points quelconques du tissu. Le traitement qu'on est obligé de faire subir aux toiles pour obtenir le bleu faïence exclut naturellement sa participation au plus grand nombre de genres composés.
DES GENRES DE FABRICATION QUI RÉSULTENT DE INAPPLICATION DE LA MATIÈRE COLORANTE DU CARTHAME SUR LES TISSUS.
§ 561. Nous ne pourrions préciser l'époque où le carthame a été pour lapremièrefois utilisé en teinture ; quant à son emploi dans la toile peinte , il paraît dater de la fin du siècle dernier ou du commencement de celui-ci. Peu de temps après la découverte du genre lapis , à l'imitation de ce qu'on avait fait avec cette substance sur fond noir, on passait les impressions de cette espèce en rose de carthame , ce qui donnait au bleu une couleur gorge pigeon et au blanc une couleur rosée qui complétait l'enluminage des couleurs garancées fixées sur le fond bleu , et, en 1817, MM. Hartmann, de Munster, firent de très belles impressions blanc enlevage au rouleau sur des fonds unis teints en carthame. Jusqu'ici on n'a guère appliqué cette matière à d'autres genres.. La fixation de la matière colorante du carthame découle de deux propriétés que nous allons rappeler :
88 DE LA FABRICATION Etf PARTICI'LIKÏÎ .
1° Son insolubilité dans l'eau ; 2° sa sensibilité dans les alcalis faibles , auxquels elle se combine en jouant le rôle d'acide, pour former des composés dont elle est toujours séparée par des acides plus puissants.
§ 562. Fond rose uni carthame . On emploie à cette fabrication tantôt le carthame préalablement lavé , § Z|03 , tantôt la matière colorante telle qu'elle est livrée dans le commerce , ou sous forme de paillettes à reflets irisés , ou sous celui de pâte d'une faible consistance et d'un rose vif foncé.
Q.uelle que soit celle de ces matières premières dont on fasse usage.il faut d'abord en opérer la dissolution, puis mettre l'acide carthamique en liberté, afin de le présenter au tissu dans les conditions où il peut former corps avec lui.
Première phase : Dissolution. Si l'on prend le carthame lavé , on le traite par vingt fois son poids d'une eau tenant en dissolution une quantité de carbonate sodique exempte de sulfite , et qui , dans tous les cas , ne doit pas dépasser le poids du carthame ;-on laisse macérer quelques instants, puis, en passant au travers d'un linge , on obtient une solution de car/hamaie sodique. Si l'on emploie la matière colorante pure (carthamine), on commence par en broyer les paillettes dans un mortier , et on les fait tremper dans un peu d'eau , afin de les ramollir, pour les traiter ensuite par le carbonate sodique. Si elle est en pâte, on se contente d'y ajouter une certaine quantité de ce carbonate en dissolution , on agite , puis après un contact d'un quart d'heure , on décante la partie claire que renferme le carbonate sodique , et l'on traite le dépôt dans lequel se trouve la matière colorante non attaquée, par une nouvelle quantité de carbonate sodique jusqu'à ce que la dissolution soit complétée.
Il ne faut jamais perdre de vue que dans cette dissolution un contact prolongé de la matière colorante avec le carbonate a toujours pour résultat d'en détruire une assez forte proportion , et que cette destruction est pour ainsi dire immédiate à une certaine température.
GENRES DERIVES DU CARTHAME. 89
Seconde phase : Teinture. Cette première opération achevée on procède à la seconde, qui n'est qu'une teinture qui se réalise aussi bien sur soie que sur coton à la suite d'un déplacement.
La solution de carthame est introduite dans le baquet même où l'on teint les pièces , et on peut employer à cet effet celui dont nous donnons ici la figure
Fig. 149.
A, baquet en bois, d'une forme ovale , à la partie inférieure duquel se trouve une ouverture Z>, par laquelle on laisse au besoin écouler le liquide , et aux deux extrémités deux douves qui servent de supports à l'axe d'un tourniquet b , muni d'une manivelle m.
On sature de jus de citron la solution de carthame jusqu'à ce qu'elle ait une réaction franchement acide, que l'on reconnaît à l'œil par la modification de la couleur du liquide, qui passe du rouge orangé au rouge vif rosé et indique la mise en liberté de la matière colorante. En forçant légèrement la dose d'acide , on se met dans les conditions les plus favorables à la réussite de l'opération. Quand on opère sur une liqueur concentrée, il n'est pas rare de la voir devenir fortement écumeuse en raison de l'acide carbonique qui se dégage, et dans ce cas il faut ajouter peu à peu l'acide citrique; quand, au contraire, on agit sur des liqueurs étendues, l'acide earbo-
HHHia
nique est en grande partie maintenu en dissolution. Pour n'avoir pas à. passer par ces tâtonnements, il suffit d'avoir de la matière colorante pure et du carbonate sodique cristallisé , dont on détermine à l'avance les proportions, et de constater, à l'aide de liqueurs titrées, la capacité de saturation du jus de citron , pour se mettre à même de calculer la quantité de cet acide nécessaire , tant pour saturer le carbonate sodique employé à la dissolution de la matière colorante que pour aviver les couleurs.
C'est dans ce liquide acidulé qu'on plonge immédiatement les tissus à teindre ; on les fait circuler dans le baquet jusqu'à ce que la toile ait acquis la nuance cherchée , puis on les sort et on les lave à l'eau courante. Il faut seulement avoir soin de les dessécher promptement et à l'abri des rayons solaires. L'hydro-extracteur, fig. 31 , peut rendre de très bons services dans cette circonstance.
Il est des personnes qui avivent les couleurs ainsi obtenues , en passant les pièces , à leur sortie du bain de teinture , dans une eau acidulée d'acide citrique , et chauffée à 40° ; d'autres préfèrent ajouter immédiatement un excès d'acide citrique au bain de teinture , pour avoir du premier coup la nuance désirée avec toute sa vivacité.
€»$. Fond uni teint en carthame.
Quand on veut teindre par ce procédé des soies qui ont été soufrées, il faut les passer d'abord dans une solution de carbonate sodique, autrement il n'y a pas de succès possible. En sortant du bain, les tissus sont dans l'état ci-dessus , échantillon 68.
Mais la nuance qu'a cet échantillon n'a rien d'absolu; elle peut varier beaucoup et être d'un ton infiniment plus élevé. On remarque généralement que, toutes circonstances égales d'ailleurs , on obtient des couleurs plus foncées sur le coton que sur la soie.
§ 563. Fond rose carthame avec impression blanc réserve*
Ce genre n'a pas encore été exécuté , que nous sachions , par la raison qu'on ne pourrait guère le réaliser qu'à l'aide d'une réserve mécanique trop difficile à enlever, surtout dans le cas particulier où il y aurait à ménager une matière colorante aussi fugace que la carthamine. Q,uant aux réserves chimiques, celles qu'on pourrait employer avec avantage auraient pour base des composés alcalins : or, comme la teinture en carthame ne peut s'effectuer que sous l'influence d'un excès d'acide, les- effets de la réserve seraient bientôt neutralisés par cet agent indispensable à la mise en liberté et à la fixation de la matière colorante. Les sulfites opposeraient un obstacle certain à cette fixation , mais la mise en liberté d'une petite quantité d'acide sulfureux dans le bain en changerait les allures. En somme, c'est donc un genre de fabrication qui a peu d'intérêt. Il en a d'autant moins, que les genres composés où les fonds carthame en réserve pourraient être appliqués se composent toujours d'impressions sur fond blanc assez foncées pour que le carthame dont on recouvre uniformément le tissu, à l'effet d'obtenir un fond rose, n'exerce pas sur elles une influence trop marquée (voy. Fond rose avec impression noire ) et que dans les genres simples , où l'on veut réaliser des impressions blanches sur fond rose carthame, on a recours à l'enlevage.
8 56Zl. Fond rose carthame avec impression blanc en/e-
vage. Ce genre, qui a pris naissance clans la maison de
Ifl !
MM. Hartmann, de Munster, en 1817, ainsi que nous l'avons dit , a aussi été exploité avec un grand succès par la maison Eck, de Cernay . Pour le fabriquer, on procède sur un fond uni, éch. 68, à l'opération de l'enlevage, qui s'est toujours fait au rouleau : seulement , le fond doit être d'un ton un peu plus intense, pour pouvoir supporter les dégradations qui sont la conséquence des opérations de l'enlevage.
Toute substance fortement basique ou toute autre capable de fournir de l'oxigène naissant ou du chlore , § 359 , à la carth aminé , présente les qualités requises pour une impression enlevage sur fond carthamé ; cependant, comme la couleur du fond est ici extrêmement impressionnable, il convient de n'employer que des corps qui s'enlèvent facilement , et par conséquent d'exclure toute préparation qui rendrait des opérations mécaniques tant soit peu fortes ; néanmoins , pour le nettoyage du blanc formé par la destruction de la matière colorante, celle qui a le mieux réussi à M. Eck était un mélange de chlorure de chaux en dissolution concentrée et d'hydrate calcique bien délité et employé en excès , le tout épaissi avec une certaine quantité de cassonade ou de mélasse. Le concours de ces deux agents est en effet indispensable , car , employé isolément , le chlorure de chaux neutre pourrait , en se décomposant par l'acide carbonique de l'air , § 25 , abandonner assez de chlore pour altérer la couleur du fond et exercer une action trop vive sur le tissu ; d'autre part, on n'obtiendrait en n'employant quel'hydrate calcique qu'un blanc imparfait , attendu que les alcalis , tout en se combinant à l'acide carthamique , en laissent toujours sur l'étoffe une partie suffisante pour la faire paraître sale, tandis que la chaux et le chlorure réunis réalisent une double action qui, s' effectuant à l'instant même du contact, et aidée de celle du sucre , employé comme épaississant , sur la dissolution de la couleur, favorise les lavages qu'on fait à l'eau courante, afin que les parties de chaux qui ne peuvent se détacher soient enlevées et ne produisent pas de taches sur le fond. Voici un exemple cl' enlevage de cette espèce au rouleau , échant. 69.
wm
GENRES DERIVES DU CARTlÏAMÉ*
HO. Fond rose carthame impression blanc enlevage.
§ 565. Fond blanc avec impression rose CCLVthumë . Ce genre,
encore inconnu en France, ne le serait pas en Angleterre, si nous en jugeons par un petit échantillon fabriqué clans ce dernier pays et que nous avons eu quelques instants sous les yeux, dont le fond était blanc avec impression cachou et rose. Toutefois, comme nous n'avons pu soumettre cet échantillon à aucun essai , nous n osons affirmer que le rose qui s'y trouvait et qui avait à l'œil tous les caractères du rose carthame , ait été réellement obtenu de cette matière colorante. Voici du reste un double moyen qui nous a réussi de produire de belles impressions rouge et rose de carthame sur calicot :
1° Après avoir délayé 1 jaune d'œuf et 100 gr. de gomme en poudre dans 1 litre d'huile d'olive, et incorporé à ce mélange la quantité de carthame en relation avec la nuance désirée, nous y avons ajouté peu à peu , et en remuant, une solution de carbonate sodique à \l\* AB. La matière colorante s'est trouvée ainsi dissoute , et l'émulsion produite par la réaction du corps gras sur la solution alcaline a suffi pour lui donner la consistance voulue pour l'impression. 2° Après avoir dissous la matière colorante par le carbonate sodique , nous avons incorporé à cette dissolution , jusqu'à consistance voulue , de l'huile chargée d'un jaune d'œuf et de gomme , et nous avons obtenu
it
tià
Ilï
une couleur semblable à la précédente, avec cette différence que, par ce dernier mode , on est sûr de la complète dissolution de la carthamine, qui reste toujours plus ou moins incertaine dans l'autre , vu que la substance s'y trouve en quelque sorte abritée par le corps gras.
La couleur imprimée , il ne reste plus qu'à fixer la carthamine , et à cet effet on plonge les pièces dans une eau chauffée à 30°, aiguisée d'acide acétique et contenant une légère proportion d'acétate cuivrique. L'acide acétique déplace l'acide earthamique , et celui-ci, mis en liberté , se combine à l'étoffe d'une manière intime. Le corps gras qui reste encore suffit même pour préserver le principe colorant de l'action de la lumière, car nous avons exposé à l'action directe des rayons solaires des roses imprimés de cette manière qui se sont assez bien conservés.
Une précaution qu'on ne doit point négliger, c'est d'employer la couleur aussitôt qu'elle est préparée, et de la fixer immédiatement après l'impression : autrement elle se détruit en présence du carbonate sodique , le mélange devient jaune pâle et ne vire plus au rouge par les acides.
Pour peu qu'on réfléchisse à la manière dont cette matière colorante se fixe au tissu, on voit qu'elle ne peut se prêter à la formation du rose réserve sous tel ou tel fond, qu'autant qu'elle est appliquée mécaniquement. Il y aune vingtaine d'années que nous avons fait des roses *à la cuve gros bleu , en colorant à l'acide carthamique un mélange de craie et de phosphate calcique obtenu par précipitation. Cette laque, broyée avec du vernis au copal , § 352, puis imprimée sur un fond blanc et passée en cuve , donne , après la teinture du fond bleu , une impression rose parfaitement bien encadrée dans le fond. Malheureusement des couleurs de ce genre résistent difficilement à des opérations mécaniques prolongées, et se détachent en grande partie.
Les impressions rose enlevage réussissent encore moins , parce qu'elles exigent toujours l'intervention d'agents chimiques à l'influence desquels la carthamine est trop sensible.
M. Chevreul a étudié la stabilité comparative de la matière colorante du carthame sur les étoffes de coton , de soie et de laine, placées dans divers milieux : il a trouvé que dans le vide sec et à la lumière elle ne subit pas d'altération sensible sur ces .deux derniers tissus, même au bout de 261 jours , qu'il faut plus de 2 ans pour en constater un affaiblissement sensible ; qu'elle est fortement attaquée par l'action combinée delà lumière et de l'air sec , mais plus promptement sur la soie et la laine que sur le coton, puisqu' après 121 jours, il en existait encore une certaine quantité sur le coton, tandis qu'il ne s' en trouvait plus, au bout de 63 jours , sur la soie ni sur la laine. Tous les autres essais faits dans les divers milieux conduisent aux mêmes conséquences. (Voyez 3e tableau du 2e mémoire de M. Chevreul, Recherches sur la teinture.)
'Applications. Les genres simples obtenus de la fixation de la matière colorante du carthame ne se prêtent qu'à des combinaisons limitées et de nuances extrêmement fugaces ; cependant la richesse et l'éclat de cette couleur la font employer de temps en temps dans la fabrication. C'est ainsi qu'on a recouvert de cette matière des impressions noires sur fond blanc pour obtenir des fonds roses avec impression noire légèrement rosée. On a obtenu de la même manière de très beaux genres en teignant uniformément en carthame des fonds noirs avec impression blanc enlevage qui, passant au rose , présentait du rose au milieu d'un fond noir légèrement rosé. La même combinaison a été. réalisée sur fond bleu impression réserve ou enlevage blanc.
DES GENRES DÉRIVÉS DE h' APPLICATION DU CURCUMA.
§ 566. Le curcuma est employé en teinture moins pour produire des nuances spéciales que pour modifier celles qui sont déjà appliquées et fixées sur les tissus. Dans l'impression, on ne l'a utilisé jusqu'ici que dans des couleurs d'application dont il sera question plus tard , et pour la fabrication des foulards.
Pour produire des fonds unis avec le curcuma , il suffit de
ni l
faire bouillir cette racine réduite en poudre fine avec une quantité d'eau convenable. Quand le liquide est suffisamment charge de matière colorante , on y plonge indistinctement les tissus de laine , de soie et de coton qu'on veut teindre et qui se chargent directement de la matière colorante sans le concours d'un mordant. Pour l'impression, on en fait un extrait concentré avec une eau légèrement alcalisée. Le curcuma étant soluble dans les huiles, nous avons mis cette propriété à profit pour en retirer des impressions jaunes beaucoup plus solides. Dans ce but nous avons fait digérer le curcuma dans une huile d'olive dite tournante, § 339 , jusqu'à ce qu'elle fût saturée de matière colorante, puis nous y avons incorporé du jaune d'œuf et de la gomme arabique comme pour l'épaississage du rose carthame, et enfin nous avons ajouté au tout, en remuant avec soin, la quantité de solution de carbonate sodique à ïhr AB nécessaire pour produire une émulsion. Celle-ci , imprimée sur calicot et passée en acide, nous adonné un fort beau jaune qui s'est beaucoup mieux conservé que celui qu'on obtient de la même matière colorante sans le concours des corps gras.
Nous n'avons rien à dire des impressions eriletiage et réserve' en cette couleur; elles sont sans intérêt.
On n'a qu'à consulter, du reste , pour la stabilité de celte matière colorante sur les divers tissus , le 1er tableau des Recherches de M. Chevreul. *
Applications. Après le parti qu'on a tiré du curcuma dans l'impression des couleurs vapeur et pour la modification des nuances de celles qui sont déjà fixées , l'application la plus intéressante de cette substance est , sans contredit , celle qu'on en a faite en l'associant au bois de Brésil, pour la teinture de certains genres de foulards de soie qu'on imprime en mordant de fer et d'alumine. Le bois de Brésil produit avec les mordants le rouge et le noir sans altérer les parties blanches , et le curcuma, au contraire, n'agissant que sur les parties non mordancées du tissu, donne des dessins jaunes au milieu d'un fond noir et
HM
rouge, ou un fond jaune chargé d'impressions de ces deux couleurs.