‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 4)Chapitre 9 sur 92 · DU ROCOU · texte numérisé non relu

DU ROCOU

Cette substance colorante, qui par sa nature se rapproche des résines, estpeu soluble dans l'eau, et se fixe sans le concours de mordants tant sur la laine que sur le lin et le coton.

§ 567. Fond uni teint en rocou. Rien n'est plus facile que d'obtenir un fond uni au moyen du rocou : on en fait une décoction qu'on peut au besoin rendre légèrement basique par les alcalis ou même par le carbonate ammonique. Pour favoriser Ja dissolution de la matière colorante, on y plonge l'étoffe à teindre , et il suffit de porter le tout à l'ébullition pour que la couleur se fixe intimement au tissu. Avec le rocou on n'imprime jamais ni réserve ni enlevage.

^ 068. Fond B>i;si:e impression rocou . Après avoir fait une décoction de rocou dans une solution de potasse caustique, on l'épaissit à l'amidon torréfié, puis on l'imprime; on expose alors le tissu à l'air pendant quelque temps, on le passe dans un acide faible, ou même, quand le genre le comporte, dans une eau tenant en dissolution une certaine quantité d'alun ou de

ÎO, Fond hlane. impression orange roeoti.

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sel stannique ; la matière colorante mise en liberté s'unit au tissu, et l'alun ou l'oxide stannique qui sont en présence se fixent en partie à cette couleur, par elle-même extrêmement fugace, et la rendent plus vive et plus solide. L'échantillon 70 donne une idée de la nuance qu'on obtient de l'application de cette substance tinctoriale.

Lerocou, stable en présence des alcalis caustiques, § 415, se prête à des impressions couleur enlevage; c'est ainsi que nous le verrons imprimé avec orange enlevage sur fond bleu de Prusse. On pourrait par la même raison aussi l'employer comme réserve sous toutes les couleurs qui sont de nature à être détruites par les alcalis; car , en forçant la dose de ces derniers, qui n'attaquent pas le rocou , on arriverait toujours à la décomposition de la matière colorante avant qu'elle eût atteint le tissu.

Applications. Le rocou ne forme pas de genre spécial et ne s'emploie guère en toile peinte qu'à des impressions de couleurs enluminages. La fixité de sa matière colorante est plus grande sur la laine et sur la soie que sur le coton , en présence de l'air humide; au contraire, en présence de l'air sec , elle est plus fixe sur le coton et sur la soie que sur la laine. De toutes les expériences qu'a faites M. Chevreul à ce sujet , il résulterait que, considérée d'une manière générale, cette matière colorante serait plus stable sur la soie que sur le coton, sur celui-ci que sur la laine.

DES GENRES DE FABRICATION QUI RESULTENT DE LA FIXATION DU CACHOU SUR LES ETOFFES.

§ 569. Il y a longtemps que les Indiens, les Malais surtout, font usage du cachou , qu'ils connaissent plus particulièrement sous le nom de bétel ; mais c'est seulement de nos jours qu'on a reconnu que cette couleur brune , encadrée dans des fonds bleus de cuve (pagnes des Indiens) , était une matière colorante spéciale, et la base de ces noirs solides qu'on cherchait vainement à imiter.

A la fin du siècle dernier, d'après des livres d'anciennes fabrications, et au commencement de celui-ci, d'après Dingler, Journal, n° 1, tom. II , 1815 , qui a publié le procédé employé par MM. Schopfler et Hartmann, d' Augsbourg , pour la fabrication des genres fond bronze , où des couleurs mixtes accompagnent toujours les couleurs garancées , on se servait déjà du cachou ; mais soit qu'à cette époque on ne sût pas le rendre parfaitement solide sur le tissu, soit qu'éprouvant trop de difficulté à l'appliquer, on lui préférât les couleurs mixtes, l'usage de cette matière colorante fut abandonné pendant près de trente ans. En 1829, M. Barbet fils , de Jouy , la fit rentrer dans la fabrication de l'indienne , mais en la dissimulant si bien que, pendant près de trois ans , il exploita seul des articles cachou qui avaient un immense succès. Après l'avoir introduit dans les genres garances, il l'associa à des bleus, à des roses et violets cochenilles, etc. En 1833, les fabricants d'Alsace abordèrent à leur tour cette fabrication. S'ils n'utilisèrent pas plus tôt cette substance, c'est qu'ils s'étaient trompés dès le principe sur la nature de la couleur obtenue par M. Barbet, pensant qu'elle était le résultat de la combinaison d'un mordant particulier avec la garance , parce qu'elle présentait une résistance que jusque là on n'avait trouvée que dans le principe colorant de cette racine. Dès cette époque , le cachou fut employé sous une infinité de formes : M. Camille Kœchlin l'introduisit avec le bleu et le vert solide dans l'enluminage des fonds blancs garances; M. Eek, de Cernay, en faisait, au rouleau, des impressions fond blanc d'une délicatesse extrême; M. Jean Schlumberger jeune , de Thann , créait le genre lapis fond cachou ; enfin on peut dire qu'à part les composés du chrome et la garance , il n'est pas de substances tinctoriales qui se soient prêtées à plus ' de combinaisons heureuses , non seulement par les couleurs auxquelles elle a donné lieu, mais encore par les idées nouvelles que l'étude qu'on en a faite a suggérées. Ainsi, par exemple , on eut à peine constaté qu'un tissu imprégné d'une dissolution

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de cachou ne peut être en contact avec le bichromate potassique sans que la nuance s'en trouve considérablement augmentée , en même temps que la matière colorante s'y fixe d'une manière intime , qu'on érigea en principe que les substances astringentes sont toutes dans le même cas, c'est-à-dire peuvent donner lieu à des composés stables , et qu'il suffit d'imprimer du chromate potassique sur des tissus préalablement recouverts en cachou ou toute autre substance de même espèce pour obtenir des effets de doubles nuances.

Aucune fixation de matière colorante n'est plus facile à effectuer que celle du cachou ; cependant , dans l'emploi qu'on en fait, on ne doit point négliger quelques particularités qui garantissent le succès des opérations. Rappelons d'abord que le cachou du commerce est une matière complexe , renfermant un principe colorant jaune , ne se fixant que par le concours des mordants et d'une substance (la catéchine) plus ou moins analogue au tannin , qui , en s'oxidant , devient insoluble et colorée ; si donc l'on fait une décoction de cachou surtout dans le vinaigre , on obtient une dissolution qui renferme ces deux principes particuliers : or , si l'on imprègne un tissu de cette dissolution et qu'on l'expose ensuite à l'air pendant un certain temps , le cachou s"oxide , et , à mesure qu'il subit ce genre de modification , contracte une combinaison tellement intime avec l'étoffe qu'aucune couleur ne peut lui être comparée sous ce rapport ; la matière colorante jaune disparaît seule aux lavages. Pour que l'oxidation devienne complète, il faut une exposition de longue durée à l'air : dix jours sont à peine suffisants ; mais on peut favoriser cette oxidation par l'intervention d'agents déshydrogénants , tels que les sels cuivriques , mercuriques , stanniques et ferriques , qu'on introduit dans la couleur avant de la déposer sur le tissu. Dans le même but on expose les pièces à la vapeur d'eau , où on les fait passer dans un bain de bichromate potassique ou dans un lait de chaux , quand la couleur qui y est déposée les a suffisamment péné-

tréés ; l'un et l'autre de ces moyens aident spontanément à l'oxidation , mais à des conditions diverses : le bichromate potassique, en cédant une portion de l'oxigène de l'acide chromique , oxide le cachou et le transforme en acides rubinique et japonique, qui se combinent avec l'oxide chromique formé parla rédaction de l'acide, pour constituer une véritable laque colorée. La chaux, en agissant physiquement, comme sur la plupart des substances astringentes, entre aut.es les acides galliquê , tannique et l'hématine , détermine la fixation de l'oxigène libre. En conséquence , si l'on fait abstraction du temps nécessaire pour parvenir à former et à fixer cette couleur, on peut dire qu'il n'est besoin que d'en imprégner le tissu et de laisser celui-ci au contact de l'air; dans le cas contraire , il faut savoir choisir la substance qui en amènera le plus promptement l'oxidation , soit qu'on l'introduise directement dans la couleur même, soit que cette couleur appliquée sur le tissu y soit oxidée ultérieurement. Dans toutes les préparations de cachou que nous allons examiner, nous retrouverons donc : 1" le véhicule destiné à en opérer la dissolution , ou l'eau à laquelle on ajoute , selon le reflet qu'on désire donner à la couleur, tantôt une certaine quantité d'acide acétique qui favorise la dissolution des matières résineuses , tantôt des alcalis qui forment des combinaisons solubles avec les acides cathéchique et rubinique, § Z|20 ; 2° des agents oxidants, tels que les sels cuivriques qui abandonnent facilement une portion de leur oxigene , des acétates manganeux et ferreux qui attirent promptement celui de l'air pour le transmettre ensuite à la catéchine , et même en modifier la nuance par la combinaison de leurs oxides avec les acides qui résultent de l'oxidation du cachou ; 3° enfin , le plus ordinairement , du chlorure ammonique employé, d'après M. G. Schwartz , pour prévenir une combinaison du cachou avec la gomme qui en diminuerait beaucoup l'intensité, et d'autres substances qui remplissent des rôles divers. Voilà pour les matières qui entrent dans

le bain de couleur; quant aux agents qu'on emploie pour le fixage ou l'oxidation sur l'étoffe, ce sont le vaporisage , le fixage au chromate et le fixage à la chaux , que nous ferons connaître après avoir donné la composition des principales préparations de cachou, les mêmes pour tous les genres simples dérivés de cette substance, qui s'exécutent tous par impression tantôt à la planche, tantôt au rouleau, qu'on veuille réaliser des dessins sur fond blanc , ou des dessins réservés par la gravure sur des fonds unis , ou matter ou recouvrir uniformément l'étoffe.

Cachou A.

Dans 10 litres d'eau on fait dissoudre :

3^,750 cachou, 0k,480 acétate cuivrique, 0k,800 chlorure ammonique, 5 kil. gomme arabique.

On peut étendre cette préparation d'eau gommée quand on désire des nuances de plus en plus faibles , en ayant toutefois la précaution de réunir à l'eau de gomme la quantité d'acétate cuivrique et de chlorure ammonique nécessaire pour que les mêmes proportions de ces sels se trouvent encore dans des volumes semblables delà couleur étendue.

Cachou B.

A 10 litres acide pyroligneux , on ajoute :

1k,45 cachou pulvérisé qu'on fait tremper dans 14 litres eau.

On fait chauffer le tout lentement jusqu'à ce que le liquide se soit réduit d'un dixième : on laisse déposer , et l'on conserve pour l'usage.

A 10 litres cachou B , on ajoute :

1 ,25 chlorure ammonique, 2 kil. gomme arabique , 2,500 terre de pipe, 0,480 nitrate cuivrique.

Cachou au fer

En introduisant aussi dans cette préparation des sels qui, tout en favorisant l'oxidation, en modifient la nuance , on obtient d'autres couleurs; ainsi on peut ajouter:

A 5 litres cachou A

5 litres acétate ferreux à \%° AB, 5 kil. gomme arabique ,

ou, encore à 10 litres cachou mère ,

\ 5 litres eau ,

20 litres eau de gomme contenant 1 kil. de gomme par litre ,

\ 0 acétate ferreux à 9° AB.

Cette couleur , qui est employée pour des impressions au rouleau , genre mi-fond soubassement , peut être elle-même modifiée à l'infini , si l'on remplace l'acétate ferreux par un mélange d'acétate et de sulfate, ou même par du nitrate de même base, et sil'on change les proportions de ces composés solubles.

Quand on veut rendre les préparations plus oxidables , on fait intervenir d'autres substances. Ainsi on ajoute à 7 ,50 décoction de cachou renfermant 250 gr. par litre :

8^75 eau , dans laquelle on délaie

4l,25 mélasse , et l'on fait dissoudre ensuite

0k,320 chlorure mercurique \

0k,4 60 nitrate ferrique à 55° iB ; puis on épaissit avec

3k,750 amidon grillé.

Cette quantité d'amidon grillé peut être remplacée par 2 kil. de gomme arabique

A 1 litre décoction de cachou, renfermant 250 par litre, on ajoute :

01 , 2 5 0 cachou-mère ,

5 lit. eau de gomme à 1 kil. par litre,

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i il

0k,100 nitrate ferreux à 55° AB, 0k,200 acétate ferreux à 9° AB, 0k,080 chloride stannique à 55° AB.

Cachou au manganèse.

Dans 10 litres eau , on cuit :

lk,8 cachou; la décoction achevée et la liqueur éclaircie, on

y ajoute :

10 lit. acétate manganeux à 12°ylB, puis l'on épaissit avec 2 kil. amidon.

A 10 litres décoction cachou à 250 gr. par litre , on ajoute :

3k,500 gomme arabique , 0,900 acétate cuivrique , 0,500 gr. sulfate manganeux à 42° AB.

Cachou alcalin.

10 lit. décoction cachou, à raison de 125 gr. par litre, sont

épaissis avec 1k,20 farine , et lorsque la couleur est cuite, on y ajoute : 2l,5 dissolution de soude caustique à 1 0° AB.

En faisant varier les proportions de cachou , sans changer les rapports qui existent entre les différents corps , on obtient à volonté des nuances plus fortes ou plus faibles : seulement , il est à remarquer qu'ici encore ces couleurs , épaissies à la farine, ne se travaillent bien qu'au bout de quelques jours, § 52Zi? p. Zi2Zi.

Cachou au chrome.

Dans 12',5 solution de soude caustique à 6J ^4B, on fait dissoudre :

5 kil. cachou en tablettes; quand l'ébullition est suffisamment prolongée , on filtre et on ajoute :

12',5 eau gommée à 1 kil. par lit., puis, pour chaque litre de cette préparation , on ajoute :

0,060 à 0,080 sulfate chromique, § 198 , ou la même dose de la préparation ci-après , à laquelle on donne à tort le nom d^acétate chromique , puisque c'est un mélange très complexe qu'on obtient en faisant bouillir dans

4 0 lit. eau et 20 lit. acide acétique pendant 30 à 40 minutes avec

5 kil. bichromate potassique , 2,50 mélasse.

La présence de l'oxide chromique ayant pour résultat de

fixer la matière colorante jaune du cachou, la nuance qui en

résulte a un caractère particulier qui l'a fait rechercher. t

Cachous au tarir ate de cuivre.

A 10 litres eau de gomme à 570 gr. par litre , on ajoute : 2'5 décoction cachou , à raison de 150 gr. par lit., 0k,350 dissolution de tartrateacéto-cuivrique à 37° AB, que Ton prépare de la manière ci-après :

Dans 10 litres eau , on fait dissoudre à chaud :

4k,400 hitartrate potassique , 2k,800 acétate cuivrique.

Quand le tout est bien dissous, on évapore la liqueur jusqu'à

ce qu'à froid elle marque 36 à 38° AB , larirate aceto-cui-

vricjue.

A 5 litres eau de gomme à 600 gr. par litre , on ajoute : 2',50 décoction acide de cachou à 150 gr. par lit. , 0k280 gr. tartrateacéto-cuivrique à 37° ^B.

A 5 litres eau de gomme à 900 g\\ par litre, on ajoute :

5 lit. décoction de cachou à 4 50 gr. par lit., 0k,600 tartrate acéto-cuvrique à 37° Aft.

A J0 litres décoction cachou, on ajoute :

\ 0 lit. eau dans laquelle on a fait dissoudre

3k,500 amidon grillé,

3k,600 terre de pipe ,

0,900 tartrate acéto-cuivrique à 37"ylB.

A 10 litres décoction de cachou , on ajoute :

3k,200 gomme Sénégal,

\ ,1 00 tartrate acéto-cuivrique à 37° /IB.

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A 10 litres décoction de cachou à 150 gr. par litre, on

ajoute :

1 ,800 amidon grillé , 1 ,800 terre de pipe , • 0,100 tartrate acéto-cuivrique à 37° Aft.

A 5 litres décoction cachou à 150° , on mélange :

5 lit. eau dans laquelle on fait dissoudre 100 gr. sulfate ferreux , 1 00 gr. tartrate acéto-cuivrique.

En faisant varier les proportions relatives de ces substances

et en changeant tes épaississants , on obtient des variations

très grandes dans les nuances.

Cachou C.

Dans 10 litres eau auxquels on a mélangé

5 lit. acide acétique à 8o, on fait dissoudre par l'ébullition 7k,50 cachou,

0k,500 acide sulfurique concentré et délayé dans 0,075 sulfate ferreux.

Cachou D.

Dans 10 litres eau on fait bouillir :

5 kil. cachou , et l'on ajoute

0k,340 acide sulfurique préalablement délayé dans

0,900 eau.

Cachou C.

A 10 kilog. infusion cachou C , on ajoute :

3k,5 chlorure stannique, § 220, 3k,30 à 3k,50 amidon grillé.

Cachou D' .

A 10 kilog. infusion cachou D , on ajoute :

3k,5 chlorure stannique ,

i!,25 solution saturée à froid de bichromate potassique,

3k,500 amidon grillé.

A la suite de toutes ces substances qui entrent dans la préparation des diverses couleurs cachou , nous devons en ajouter d'autres que quelques fabricants emploient dans le but de rendre ces couleurs hygrométriques, parce qu'ils ont observé que l'oxidation ne s'en fait jamais mieux que quand elles restent humides : ce sont le chlorure ou l'acétate calcique. Au premier abord ces corps ne semblent pas pouvoir jouer d'autre rôle ; cependant, en étudiant de plus près la question, on voit que l'acétate calcique réagit en outre à la manière de la chaux , quoiqu'avec moins d'énergie, et en détermine l'oxidation ; car il ne faut pas perdre de vue que, dans la plupart des réactions chimiques , les acétates se comportent absolument comme les bases salifiables, qu'on les ajoute à des sels, § 272, ou à des matières colorantes, § 368.

Si le cachou n'était appliqué que sur des fonds blancs et qu'on ne fût point tenu d'avoir égard, comme il arrive quand on le fait intervenir sur des fonds couverts , aux couleurs qui le précèdent ou le suivent sur les tissus, il serait loisible au fabricant d'employer la préparation la plus simple et de la laisser séjourner sur l'étoffe le temps nécessaire à sa fixation, ou de la fixer immédiatement par l'agent le plus convenable ; mais comme ce cas est le plus rare et que cette couleur s'associe presque toujours à d'autres, il faut composer les préparations du cachou de telle sorte que sa fixation cadre avec celle des couleurs des genres dans lesquels il intervient. Nous avons vu que le bleu d'application solide doit être fixé aussitôt après avoir été imprimé ; la fixation du cachou , qui s'imprime souvent en même temps à la machine à deux couleurs , doit donc aussi dans ce cas être immédiate et, de plus, avoir lieu par le même élément, la chaux, § 557; or , c'est pour atteindre ce but qu'on fait intervenir dans les décoctions de cette substance des préparations de manganèse, de mercure et de sel stannique; mais comme le cachou s'imprime aussi avec des couleurs autres que lebleu et qui sont plus ou moins altérables par la chaux, il faut

changer alors le mode de fixation, et par suite modifier la composition des décoctions. C'est le motif et le besoin de faire varier les nuances qui justifient l'intervention dans les préparations de cachou de tous ces corps étrangers que nous avons signalés.

Quelle que soit celle de ces préparations qu'on emploie , l'impression doit toujours en être faite , en fond uni comme en fond blanc , aussi rapidement que possible : autrement on aurait des parties de pièces plus claires ou plus foncées que d'autres. Il faut aussi avoir la, précaution, d'une part, de ne pas trop épaissir la couleur pour qu'elle pénètre dans le tissu ; d'une autre, de prévenir, par l'intervention d'une certaine quantité de terre Vie pipe , le coulage qui résulterait de son application , si elle était trop claire.

Après l'impression , quand les genres le comportent , il faut suspendre les toiles dans un endroit frais et humide, et les y laisser plusieurs jours , jusqu'à ce que la couleur, de noisette qu'elle était au moment de l'opération, soit devenue marron foncé. Il est essentiel que l'air se renouvelle dans la salle où les pièces sont suspendues , tant pour favoriser la fixation xle l'oxigène que pour enlever le chloride hydrique qui se dégage , par la décomposition qu'éprouve le chlorure ammonique en présence des acides auxquels donne naissance l'oxidation du cachou. Sans cette précaution , dans certains genres , le tissu pourrait être attaqué, et les mordants ou les couleurs qui sont en présence fortement dégradés ( J. Fiïes). Puisqu'il se dégage sans cesse du chloride hydrique pendant la modification que le cachou imprimé avec le chlorure ammonique éprouve au contact de l'air , et qu'il est prouvé qu'on n'obtient que difficilement de belles nuances sans l'intervention de ces corps , il paraît hors de doute que l'ammoniaque joue un certain rôle dans cette fixation ; ne pourrait-on pas en conséquence employer au lieu de ce chlorure d'autres sels ammoniacaux, dont l'acide en se dégageant ne produirait aucun effet fâcheux? Tel serait l'acétate

ammonique , qu'on obtiendrait d'une saturation de vinaigre par le gaz ammoniac ; on remplacerait alors une partie de l'eau nécessaire pour les décoctions de cachou, par une solution de cet acétate , et l'on pourrait accumuler ainsi dans ces préparations la dose d'ammoniaque convenable. Peut-être que le nitrate ammonique produirait également un bon effet ; car , si l'acide japonique ou tout autre qui se forme dans ce cas est assez puissant pour s'emparer de l'ammoniaque et déplacer l'acide d'un sel ammonique , il n'est pas dit que l'acide nitrique serait mis en liberté comme le chloride hydrique ; il se pourrait même que , dans de telles circonstances , le premier de ces acides fût réduit , et contribuât à l'oxidation de la substance organique, tout en passant par l'action de l'hydrogène naissant à l'état d'ammoniaque, qui doit intervenir comme partie constituante de la couleur.

Du fixage du cachou. Trois moyens , avons-nous dit, sont employés pour fixer le cachou. Après avoir laissé les pièces exposées pendant un temps suffisant à l'air , on a recours ou au vaporisage , ou au passage en chromate ou à la chaux.

Pour le vaporisage , on fait usage des appareils que nous décrirons avec détail à l'occasion des couleurs vapeur , mais en le répétant pour arriver à une fixation plus complète, après avoir humecté les pièces et les avoir de nouveau exposées à l'air avant de réitérer l'opération. Il est rare qu'on ne fasse pas intervenir à la suite de ce double vaporisage, à moins que le genre de fabrication ne s'y prête pas, l'action du chromate ou delà chaux.

Pour le passage en chromate potassique , *on prépare une solution saturée de bichromate potassique , qu'on maintient à. une température comprise entre 35 à 70° dans un cuveau surmonté d'un tourniquet, § 562, fig. 149, ou même dans le baquet d'un foulard, § 523, fig. 130-131, et l'on y fait entrer au large les pièces sur lesquelles se trouve le cachou à fixer; la couleur qui les recouvre triple aussitôt d'intensité et devient inso-

lubie. La densité de la dissolution et la température du bain ont une grande influence sur le succès de l'opération : quand le dessin est chargé , si la température du bain n'est point assez élevée , ni la liqueur assez concentrée pour saisir la couleur , on est exposé à voir l'impression couler ; il est donc important de savoir graduer la force de cette dissolution , et en élever la température au degré qu'exige l'intensité de la nuance désirée ; quand, au contraire, la quantité du chromate est trop forte, et la température du bain trop élevée , le cachou n'est plus sujet à couler, mais il peut se détacher de l' étoffe , comme le ferait une substance pulvérulente qui y aurait été déposée mécaniquement.

Dans cette réaction du chromate potassique , il y a fixation d'oxigène, et en outre, d'après les expériences de M. H. Schlumberger, d'une portion du chrome oxidé provenant delà réduction de l'acide chromique, § 358. Ce chimiste a fait beaucoup d'expériences pour démontrer que l'acide chromique passe dans ce cas à l'état d'oxide chromique, et que c'est ce mordant qui , en se combinant à la matière colorante oxidée , fixe cette dernière au tissu.

M. Eckmann, de Cosmanos, prétend que l'acide chromique n'intervient que comme agent oxidant , et que si l'on rencontre, après l'incinération des toiles imprimées en cachou et fixées au chromate , une certaine quantité de chrome oxidé , c'est que ce composé y est à l'état de chromate chromique, et combat l'opinion émise par M. H. Schlumberger (voy. cette Discussion du Bulletin de la Soc. ind. de Mulh.,t. XIV, p. 186, 191, 197). D'après M. Eckmann , il n'y aurait entre le cachou fixé et celui qui ne l'est pas d'autre différence que celle qui existe entre l'acide catéchique, qui est soluble, et son produit oxidé, l'acide japonique , qui ne l'est pas. M. H. Schlumberger n'admet pas cette proposition. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que le chrome fait partie delà laque , dont on retire du chromate quand on la traite par des alcalis concentrés. Ce fait semblerait donner raison à M. Eckmann; mais en examinant attentivement la

question , on s'aperçoit bientôt que c'est le suroxidechromique, CrO2, qui fait partie constituante de la laque, et en relève l'intensité en remplaçant l'hydrogène brûlé par l'.oxigène de l'acide chromique réduit.

Pour fixer à la chaux : dans une cuve de 300 litres de capacité , on éteint avec soin 7 à 8 kil. de chaux grasse , et l'on v ajoute la quantité d'eau nécessaire pour la remplir. Si cette cuve est surmontée d'un tourniquet, on donne aux pièces six doubles tours dans ce bam , qu'on a la précaution de maintenir trouble ; puis, après les avoir suspendues à l'eau courante, on dégorge, on rince et l'on sèche. Quand on doit traiter des impressions très délicates, et pour lesquelles les coulages sont à craindre, on se sert du cadre à roulettes , § 533 , fig. 139, et même on introduit dans le cachou une matière saline qui, par la décomposition que lui fait éprouver la chaux , donne lieu à un précipité gélatineux, dont l'effet tout physique est de prévenir le coulage de la couleur. Les sels manganiques peuvent remplir ce rôle tout en contribuant à l'oxidation ; les sels magnésiques sont cependant préférables.

Le fixage à la chaux n'est guère d'usage que dans des cas particuliers où l'on est obligé de renoncer au chromate ; car les couleurs qu'on obtient de l'intervention du premier de ces corps sont, toutes circonstances égales d'ailleurs, moins intenses et moins vives , et , en outre , il est rare que les nuances ainsi fixées soient assez solides pour se passer de l'intervention du chromate.

Il nous reste maintenant à indiquer les différents genres de fabrication du cachou ; la tâche est facile , puisqu'au fond c'est toujours sur la même préparation qu'on opère.

§ 570. Fond uni en cachou. On prend l'une ou l'autre des couleurs que nous avons indiquées, en se dirigeant d'après le mode de fixage que l'on veut suivre , la nature et l'intensité de la nuance que l'on veut obtenir , et l'on plaque les toiles à la planche ou à la machine àmatter, § 523, fig. 130. L'impression

achevée, on expose les pièces à l'air, et lorsque cette exposition a été suffisamment prolongée , on procède à l'opération du fixage , soit par le vaporisage , soit par le chromate , soit par la chaux, soit enfin par la combinaison de deux de ces modes. Il arrive quelquefois qu'on vaporise une ou deux fois , et qu'on passe ensuite au chromate , comme aussi qu'on passe des pièces à la chaux pour les soumettre ensuite à l'action du bichromate pour compléter la fixation.

§ 571. Fond cachou impression blanc rfeerve. La couleur du cachou (l'acide japonique) a une si grande affinité pour le tissu, qu'il est difficile de trouver pour elle, à l'exception du citrate cuivrique , une bonne réserve chimique ; on a donc recours aux réserves mécaniques , en évitant celles qui sont de nature grasse, dont on ne débarrasse l'étoffe qu'avec plus ou moins de peine, et l'on se sert du tartrate chromique, qui ne se mouille que difficilement à froid , et auquel on ajoute une préparation aluminique dont le rôle est : 1° de produire un précipité gélatineux en présence delà décoction de cachou; 2° déformer une combinaison avec cette matière colorante , et de s'opposer à son adhérence au tissu. Voici la composition de ce tartrate.

A 10 litres eau bouillante, on ajoute :

5 kil. bichromate potassique, 6k.250 acide tartrique.

Une vive réaction ne tarde pas à avoir lieu entre ces divers éléments ; l'acide tartrique se partage en trois parties : la première, qui s'empare de la base du chromate pour donner naissance au tartrate potassique; la seconde, qui, se portant sur l'acide chromique , lui enlève une portion de son oxigène , le ramène à l'état d'oxide chromique en se transformant elle-même en acides formique et carbonique ; la troisième, qui se combine à de l'oxide chromique pour engendrer un tartrate chromique, dont l'union avec le tartrate potassique forme du tartrate chromico-polassique, liquide poisseux qui, déposé et desséché sur le tissu, ne s'humecte que lentement.

Pour la confection de la réserve on ajoute :

A 5 litres tartrate chromico-potassique ,

5 lit. acétate aluminique à 10° AK, préalablement saturé de

carbonate sodique, 2k,25 terre de pipe , 2k,25 gomme arabique.

On emploie aussi comme réserve sous cachou clair, que l'on fixe à la chaux , une des réserves suivantes, a b :

Réserve (a).

A 10 litres eau de gomme à 600 gr. par litre , on incorpore

sans faire cuire ,

2k, 5 farine, 2k,5 terre de pipe.

Réserve (b).

Dans 10 litres eau chaude , on fait dissoudre :

5 kil. bichromate potassique , et l'on ajoute peu à peu : 6k,65 acide tartrique ; lorsque la réaction est achevée, on

y introduit 7 lit. jus de citron à 30°, dans lesquels on a délayé 7k,5 terre de pipe, 7k,5 farine , et enfin 1 0 lit. jus de citron , dans lequel on a préalablement fait dissoudra :

7,5 gomme arabique.

Cette réserve s'étend, au besoin avec de l'eau de gomme.

Lorsque ces réserves sont imprimées et desséchées , on plaque les pièces en cachou , on les expose à l'air, on fixe au chromate , et il ne reste plus qu'à dégorger pour obtenir une impression blanc réserve sous fond cachou. Toutefois ce genre ne s'exécute que dans des cas particuliers , attendu qu'on peut l'obtenir en réservant le blanc par la gravure , que l'impression se fasse en relief (à la main ou à la perrotine) ou au rouleau gravé en creux .

§ 572. Fond cachou impression blanc enlevage. A notre connaissance, ce genre n'a pas encore été fabriqué , probablement parce qu'une fois fixée , la couleur du cachou offre tant ni. . 8

Il II

de résistance que les agents décolorants les plus énergiques ne produisent sur elle que des enleva ges imparfaits , et que quand on veut l'enlever avant sa fixation par les acides végétaux , ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'on parvient à concilier l'opération de la fixation de la couleur et le clégorgeage de l'impression.

§ 573. Fond blanc avec impression cachou. On prend Celle

des couleurs, p. 102-106, qui convient à la nuance que l'on désire, et l'on procède à la fixation par l'un ou l'autre des procédés décrits p. 109. Pour produire le fond blanc au rouleau de réchantillon 71, on s'est servi d'une décoction de cachou, additionnée d une certaine quantité d'acétates calcique et cuivrique, puis on a exposé à l'air, vaporisé à double reprise et passé en chromate. C'est le procédé que suivait M. Eck , de Cernay, à l'époque de ses belles impressions cachou au rouleau. La couleur qu'il imprimait était le cachou alcalin , p. 104 , et, en raison de l'alcali , avait toujours une nuance rougeâtre. MM. Haussmann ne faisaient usage 5 pour les mêmes impressions, que de l'une ou de l'autre des préparations de cachou C' D', p. 106, et fixaient immédiatement à la chaux.

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