‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 5)Chapitre 127 sur 183 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

DES GENRES FONDS BLANCS SIMPLES OU COMPOSES, TRANSFORMES EN MI-FONDS COUVERTS (GENRE DIT SOUBASSEMENT).

§ 796. Pour comprendre cette fabrication, il faut se représenter un fond blanc du genre de ceux des échantillons renfermés dans les §§' 63& à 6A 3, imprimé en rouge , violet ou noir, ou en bleu, cachou et vert, sur lequel on réalise après coup une autre impression qui recouvre tout ou partie du blanc du tissu ; tel est le genre connu sous le nom de fond blanc avec soubassement , ou mieux avec pardessus. Cette dernière expression, quoique beaucoup plus juste que la première , n’est point adoptée par la plupart des fabricants. Pour nous , ce genre n’est qu’un genre fond blanc ( simple ou composé) transformé en mi-fond ou fond. La nuance du fond ou mi-fond peut être ici de même nature que celle du sujet ou dessin fond blanc , ou d’une nature différente ; mais , dans lun et l’autre cas , le genre sera :

Tantôt la fabrication d’un fond blanc simple ou composé, combinée. à celle d’un fond uni, dont la couleur recouvrira uniformément t )ute la surface de l’étoffe , en conservant intactes ou en modifiant les nuances du sujet , selon quelle exercera ou non sur elles une action capable de les influencer. Ainsi, qu’un genre fond blanc , imprimé d’un sujet noir ou puce , soit recouvert d’un fond uni ou d’un mi-fond (picotage , fig. 83-85 , ou guilloché , éch. 2 Zi), bleu tendre , rose cartbame , jaune , violet ,

2ZlO DE LA FABRICATION EN PARTICULIER,

orcanette ou autre couleur claire , le noir et le puce n’en recevront aucune atteinte, parce qu’ils ne sont pas susceptibles d’être modifiés par les couleurs claires, tandis qu’au contraire , si le fond blanc était imprimé d’un sujet rouge, rose, bleu ou jaune, ces couleurs, selon qu’on viendrait à les recouvrir de nuances plus foncées ou plus claires de nature à se marier avec elles , en seraient toujours plus ou moins modifiées , au point qu’un mi-fond ou fond bleu produirait avec le rouge une espèce de puce, avec le rose une nuance gorge pigeon, avec le jaune du vert, qu’un fond ou mi- fond jaune produirait avec le rose de l’orange , avec le bleu du vert , etc.;

Tantôt la fabrication d’un fond blanc plus ou moins composé, combinée à celle d’un fond ou ini-fond avec impression blanc réserve sous mordant , ou blanc enlevage sur mordant, ou enfin blanc réservé par la gravure , selon l’étendue de la réserve ou de l’enlevage , en sorte que les couleurs fixées en premier lieu se trouvent seules respectées en partie ou en totalité , ou des dessins blancs apparaissent en outre au milieu du fond ou mi-fond ;

Tantôt, enfin, la combinaison de la fabrication d’un fond blanc impression mordant réserve avec celle d’un fond ou mifond qui doit être teint simultanément.

§ 797. DE LA COMBINAISON d’uN GENRE FOND BLANC IMPRESSION COULEUR FONCÉE , AVEC CELLE ü’uN MI-FOND OU FOND COULEUR CLAIRE QUI LE RECOUVRE SANS EN INFLUENCER SENSIBLEMENT LES NUANCES .

§ 798. Toute couleur foncée imprimée sur fond blanc et qui, recouverte par une couleur claire , n’en est pas impressionnée , rentre dans le présent paragraphe , que les nuances dérivent d’une même matière colorante fixée à l’aide de divers mordants ou de matières colorantes diverses .

Quand les nuances proviennent d’une même matière colorante, après avoir imprimé un mordant de fer, on peut foularder en mordant lilas ou en mordant rose tendre, sans que le

FONDS BLANCS TRANSF. EN FONDS OU ME-FONDS COUVERTS. 2/ll

premier en soit sensiblement modifié ; et en passant l'étoffe dans un bain de garance , on a un dessin noir exactement encadré dans un fond rose ou dans un fond lilas, éch. 122 et 132. Par la même raison , si l’on imprime un mordant olive sur fond blanc, et qu’on foularde ensuite dans un mordant jaune , on obtient, quand le tissu a reçu le bousage et un passage dans un bain jaune , des sujets olives parfaitement encadrés dans le jaune. La seule observation à faire ici , c’est que jamais , en imprimant un mordant de fer, quelque concentré qu’il soit, et en foulardant ensuite dans un mordant d’alumine , on n’obtiendra un sujet noir au milieu d’un fond jaune; le noir aura toujours une teinte olivâtre, parce que le quercitron ou les matières colorantes jaunes , ses congénères , sont impropres à elles seules à produire des noirs de la pureté de ceux des échant. 159 à 102. On doit donc, dans ce cas , imprimer ou un noir d’application, § 779 , ou un noir vapeur, § 736, capable de supporter la teinture, et ne teindre en jaune qu’après sa fixation. Voici un noir de cette espèce :

§ 799. Noir d' application supportant la teinture .

On mélange :

8 lit. décoction de campêche , à 3° JB,

2 lit. décoction de noix de galle, à 5°.1B ; on épaissit avec 1k,250 amidon , et l’on ajoute au tout 0k,1 00 sulfate cuivrique,

0k, 320 sulfate ferreux ,

1k,560 nitrate ferreux , à 50° dB.

Quelques fabricants introduisent dans cette composition une petite quantité d’essence de térébenthine, pour empêcher le noir de se trop fatiguer à la teinture.

Quand les couleurs proviennent de matières colorantes diverses , la fabrication ne présente pas de plus grandes difficultés. Supposons, par exemple, un fond blanc imprimé de noir

solide, puce, acajou, violet foncé, garances et avivés, ou même d’un noir d’application , il est évident qu’on pourra transformer le fond blanc en un fond de toute autre couleur claire , sans rien enlever aux nuances de leur pureté. Si donc l’on combine la fabrication d’un fond blanc impression noir, § 660, puce, violet, §§ 626, 6Z|J , avec celles :

À. D'un fond bleu clair , éch. 53, on obtiendra un fond bleu avec impression noir. On exécute cette fabrication en imprimant , teignant , avivant un fond blanc , impression noir ou puce, et en passant ensuite un bleu uni, § 548 , d’une nuance qui est ordinairement extrêmement faible.

B. D'un fond rose carthame. on obtiendra un fond rose avec impression noir. On réalise ce genre en procédant comme s’il était question de produire un fond uni au carthame , attendu que cette matière colorante n’altérant pas sensiblement lé noir, le rose n’apparaît que sur les parties blanches. C’est de cette manière qu’on a obtenu l’éch. 282 sur velours.

Après avoir imprimé et fixé le noir et le rouge, on a teint en carthame par le procédé décrit § 562 ; mais comme il importe , pour donner plus de vivacité et d’intensité au rose , de l’aviver dans un bain de jus de citron chauffé à environ 32°, il est essentiel de composer un noir qui ne soit point attaqué par cet acide ; celui qu’on emploie avec le plus de succès dans ce cas est le noir (SO).

Quand on opère des transformations de cette espèce sur des fonds blancs dont les sujets garancés sont plus déliés que ceux de l’échantillon que nous donnons ici, il est prudent, pour obtenir une coloration bien uniforme du fond , d’opérer la teinture dans une cuve à roulettes , où les pièces sont maintenues en large.

On pourrait encore exécuter ce genre en teignant un fond uni au carthame , sur lequel on imprimerait , non pas un noir vapeur , puisqu’ à la température où se fait le vaporisage la car-

FONDS RLANdS Fl? ANS F. EN FONDS OU MI-FONDS COUVERTS. 243

9§1$. Fond Jilanc, luipressiosa isola* et rouge, transfomc en fond rose eartliauie.

thamine est détruite , mais un onoir d 'application qui cédât le moins possible à l’eau.

C. D'un fond ou mi-fond cachou clair , § 570, on obtiendra un fond cachou clair afëc impression noir , cette dernière couleur n’étant pas modifiée par le cachou. Pour ce qui concerne le puce et le lilas , on sait qu’en présence du cachou ils produisent des nuances complexes. On fabrique des fonds cachou clair avec impression noir au rouleau d’un très bel effet.

Après avoir achevé le genre fond blanc garancé , on foularde dans un bain composé de :

12 lit. bain de cachou G , § 569,

42 lit. eau ,

2 lit. eau de gomme.

On expose à l’air durant le temps nécessaire pour oxider le cachou , puis on passe dans une lessive de potasse ou de soude marquant 6°^4B, afin de compléter la fixation du cachou et de lui donner une teinte rosée qui en rehausse l’éclat.

D. D'un fond ou mi-fond fouillé $ on obtiendra un fond

2 hh DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.

chamois dans lequel les impressions noir et puce resteront intactes Le violet seul sera modifié.

Nous croyons devoir faire remarquer à cette occasion que , quand on imprime des fonds ou mi-fonds chamois sur des couleurs garancées dont on désire conserver autant que possible la pureté , il faut :

1° Saturer fortement de savon les couleürs garancées ;

2° N’imprimer pour fond ou mi-fond que les préparations rouille les plus neutres , § 578 , attendu que les préparations acides attaquent les couleurs garancées , et qu’alors l’oxide ferrique s’emparant de la matière colorante de la garance , forme avec elle une nuance foncée ;

3° Enfin, il faut avoir la précaution de n’introduire dans la garance ni quercitron , ni sumac , ni noix de galle , en un mot , aucune de ces substances astringentes qui se fixent aux mordants conjointement avec elle , et développent des teintes foncées (noir, gris, etc.) dès que les laques sont recouvertes de mordant de fer. Ce fait ressortira mieux encore de l’étude que nous ferons des couleurs conversion.

E. D'un fond ou mi-foiul orange de chrome , J 595, on obtiendra un fond ou mi-fond jaune ou orange , où les sujets noirs et puces conserveront assez bien leur nuance , mais où le violet et le lilas se modifieront toujours plus ou moins. C’est à une fabrication de ce genre qu’est dû l’écb. 283.

Après avoir imprimé le mordant de fer, dégorgé et teint en garance , avivé et blanchi le fond , on a imprimé par-dessus le rouleau fondu orange de chrome. On serait arrivé au meme résultat en imprimant un fond uni. La preuve que le puce n’a éprouvé aucune modification sensible , c’est qu’on ne distingue pas des autres les parties recouvertes d’orange.

F. D'un fond vert à ï arsènite cuivrique, § 593, on obtiendra un fond vert avec impression puce et noir. On réalise cette fabrication en plaquant les pièces fond blanc impression puce, noir ou violet, soit dans une solution saturée d’acétate cui-

t§3> Fond blanc garance transformé en mi-fond fondu orange de chrome.

vrique , soit dans une solution de sulfate cuivrique ammoniacal (sulfate cuivrico-ammonique), pour les teindre ensuite dans une dissolution d’arsénite potassique. On peut encore former un fond vert par l’une ou l’autre des méthodes décrites dans le paragraphe que nous venons de citer.

G. D'un fond rose cochenille , § 650 , on obtiendra un fond rose , dont le noir sera à peine modifié , mais le puce deviendra plus pâle.

H. D'un fond orcanette , § 655 , on obtiendra un fond ou mi-fond où le noir sera légèrement brunâtre , le puce prendra un ton plus velouté , et le violet n’éprouvera qu’une faible modification.

Il y a une quinzaine d’années que ce genre était en grande vogue. On imprimait sur mousseline des mordants puce, on teignait en garance, on avivait, et quand le blanc avait été parfaitement purifié, on foulardait en mordant rouge C , puis dans une infusion alcoolique d’orcanette , et l’on rinçait. Ces fonds étaient d’une grande beauté, mais peu solides : aussi a-t-on généralement abandonné cette fabrication pour celle des genres fonds violets et lilas garancés avec impression puce,

2!lQ DE LA FABRICATION EN PARTICULIER.

depuis qu’on sait aviver ces nuances et leur donner toute la vivacité dont elles sont susceptibles. - :

I. D'un fond jaune fustet , § 672. on obtiendra un fond ou mi-fond gris ou nankin , dont le puce et le noir ne changeront pas , mais où le viole.t éprouvera toujours une altération.

On a exploité ce genre avec beaucoup de succès ; on foulardait un fond blanc avec impression puce à sujets régulièrement espacés, dans un mordant d’alumine ou d’alumine et de fer, et l’on teignait en fustet. On obtenait ainsi un fond nankin , éch. 180, ou gris fustet, éch. 181, avec impression puce. Quand on se servait d’un mordant de fer pour en augmenter l’effet , on imprimait au hasard , avant la teinture , une solution de chlorure stanneux , qui , faisant disparaître le mordant ferrugineux , y substituait sa propre base et donnait ainsi naissance à des teintes nankin sur le fond gris , et rouge orangé sur les parties puce.

K. D'un fond rocou teint , on obtiendra un fond ou mi-fond rocou uni avec impression puce ou noir.

Cet article a été fort goûté. Pour le fabriquer, après l’impression , la teinture et l’avivage du puce ou du noir bon teint , on foulardait dans un bain de mordant rouge A , ramené à 6° AB par l’addition d’une quantité d’eau suffisante. On desséchait à la chambre chaude à la température de 45°, on dégorgeait , et l’on teignait durant trente minutes, à 40°, dans un bain contenant pour chaque pièce , avec l’eau nécessaire pour submerger le tissu , 2k,5 décoction alcaline de rocou , qu’on préparait de la manière suivante :

Décoction alcaline de rocou.

Dans 200 lit. d’eau on faisait bouillir :

4 2 kil. carbonate sodique sec (sel de soude) ,

24 kil. rocou; on réduisait à

1 00 lit., et l’on passait au travers d’une toile. Le résidu lavé avec une certaine quantité d’eau fournissait des eaux de lavage dont on se servait dans les opérations subséquentes.

L. D'un fond olive au réséda , § 667 , on obtiendra un fond ou mi-fond olive, avec impression puce ou noir.

Pour réaliser ce genre , après avoir teint le mordant puce ou noir et parfaitement purifié le blanc du fond par des expositions sur le pré , on foularde les pièces dans un mordant olive faible composé de :

1 00 lit. eau ,

50 lit. acétate alumine (mordant rouge B),

50 lit. pyrolignite ferreux , à 6°dB.

On dégorge à l’eau bouillante dans la cuve à roulettes , et l’on teint, en une heure, dans un bain de quercitron , à raison de 1 kil. quercitron par pièce, en élevant progressivement la température de 15 à 35°.

M. D'un fond couleur aventurine , § 699, on obtiendra un fond ou mi-fond aventurine, avec impression puce foncé ou noir.

Après avoir opéré la teinture en garance du puce ou du noir, et parfaitement purifié les parties blanches du fond , on foularde dans un mordant composé de :

10 lit. acétate aluminique, à 8°dB,

2l,5 pyrolignite ferreux , à 6° dB.

On expose à l’étendage , on dégorge à l’eau bouillante dans la cuve à roulettes , et l’on teint en deux heures et demie en élevant progressivement jusqu’à 60 ou 70 ’ la température du bain, qui doit contenir, avec la quantité d’eau nécessaire, lk,250 quercitron , qu’on remplace quelquefois en totalité ou en partie parle sumac, et 500 gr. de garance. Pour économiser la matière tinctoriale , on peut commencer par teindre avec la substance colorante jaune seule , et , quand elle a produit son effet , ajouter au bain une certaine proportion de garance, qui déplace le principe colorant jaune et en opère la transformation en orange.

N. D’un fond feuiUe acanthe , § 668, on aura un fond ou mi-fond acanthe avec impression puce ou noir bon teint.

Le traitement que l’on suit pour obtenir ce genre est identique

avec le précédent ; la seule différence , c’est qu’on y emploie la moitié moins de garance.

O. D'un fond poussière , § 716, on obtiendra un fond ou mifond poussière avec une impression puce ou noir. A cet effet, on foularde à deux reprises dans un bain de quercitron à 1° les pièces imprimées de noir ou puce bon teint , puis, après les avoir passées dans un bain de pyrolignite ferreux , formé à raison de 10 litres pyrolignite pour 5 litres d’eau , on rince , on dessèche et l’on apprête.

P. D'un fond gris au baquet à la noix de galle , § 712, on obtiendra un fond ou mi-fond gris avec noir ou puce. Après avoir imprimé et fixé le noir ou le puce solide et purifié le fond blanc du tissu, on foularde à deux reprises : 1° dans une décoction de noix de galle marquant 1°AB, 2° dans un bain de pyrolignite ferreux à 1/2° AB. On manœuvre vivement les pièces, on expose à l’eau , on rince, on dessèche et l’on apprête.

Il y a quelques années qu’on faisait sur mousseline des genres qui rentraient dans cette dernière fabrication. On imprimait au rouleau, en mordant violet foncé , des sujets détachés, d’une grande délicatesse, gravés au poinçon-molette. Après avoir procédé à la teinture et à la purification du fond blanc garance , on foulardait dans un mordant de fer faible . puis en passant le tissu dans un bain, soit de cochenille, § 649, soit d’écorce de grenade, § 708 , on réalisait un fond gris d’une nuance extrêmement tendre et brillante.

Pour compléter ce que nous avons à dire dans ce paragraphe, nous ajouterons qu’à une certaine époque on a fait des fonds jaunes avec impression vert , dont la fabrication n'est que celle du genre qui nous occupe. On imprimait d’abord un bleu foncé faïencé, § 556; après l’avoir convenablement fixé, on nettoyait soigneusement le tissu, pour en faire disparaître le fer qui se serait'opposé à la formation du jaune, on foulardait alors en mordant d’alumine (mordant rouge C), on dégorgeait à l’eau

chaude, et l’on teignait, soit en gaude, soit en quercitron. De cette manière le fond blanc devenait jaune , et les parties bleues passaient au vert.

Du reste , d’après les exemples que nous en avons donnés , le lecteur doit comprendre qu’on peut toujours procéder à la transformation du genre fond blanc avec impression noir, puce et violet foncé , en un fond de nuance quelconque, en faisant intervenir soit les couleurs complexes, § 67/j à 716, soit les couleurs vapeur , § 723, soit enfin les couleurs à' application, §§ 773 à 780.

DES GENRES QUI RESULTENT DE LA COMBINAISON ü’uN GENRE FOND

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