DES APPRÊTS
» 1° De passer deux pièces à la fois et de faire ainsi deux fois autant » d’ouvrage dans le même temps;
» 2° De supprimer au moyen d’un plieur mécanique l’ouvrier qui w faisait ce travail ;
» 3° De recevoir les pièces finies sur un rouleau, au lieu de les » plier, comme cela se fait presque généralement ;
» 4° D’empêcher, par un arrangement bien simple, que les mains » de l’ouvrier ne puissent être prises entre le rouleau.
» Les fabriques d’indiennes en général, et surtout celles de notre » pays , sont par leur nature les établissements qui marchent le moins » régulièrement ; tantôt ils sont surchargés de travail et les marchan- » dises s’encombrent , tantôt ils chôment presque.
» L’inconvénient de ces irrégularités se fait sentir principalement « dans l’emploi des machines , dont le produit ne peut être augmenté » aussi facilement que celui des travaux qui s’exécutent seulement par » la main ou le bras des hommes ; et il y a peu de ces établissements » qui ne soient quelquefois obligés de faire faire un travail extraordi- » naire, soit la nuit, soit le dimanche, aux machines, qu’elles em- » ploient, et particulièrement à la calandre.
» C’est sans doute pour parer à cet inconvénient et être à même de » faire en temps de presse plus d’ouvrage avec la même machine que » MM. Witz, Blech et comp., ont introduit dans leur calandre le moyen » de faire deux pièces à la fois : ce perfectionnement tendrait donc au » but le plus utile et procurerait une grande économie , s’il pouvait être » appliqué généralement comme il le paraît au premier abord.
» Cependant , d’après les renseignements que nous avons recueillis » chez divers chefs d’établissements , il paraît constant que les pièces » destinées à être imprimées en première main sont passées deux fois » de suite par la calandre et chaque fois entre les deux rouleaux de » carton, ce qui équivaut à passer les pièces quatre fois entre un seul » cy lindre de carton. Ces messieurs ajoutent qu’on ne peut se dispenser » de ce cylindrage fort , si on veut obtenir une belle impression , et que » même dans certains cas on passe la toile trois fois au cylindre (par , » exemple, pour de petits dessins d’un rapport difficile).
» Il serait sans doute possible d'obtenir un lustre aussi fort , en pas- » sant seulement une fois et sous un seul cylindre de carton , en augmen- » tant de beaucoup la pression. Mais il résulterait, à notre avis , deux » inconvénients graves de cette manière de procéder , d’abord si on ne » passe que par un seul rouleau de carton , le satinage ne deviendra » jamais aussi égal sur toute la pièce , car quelque soin qu’on prenne » pour tourner les rouleaux exactement , ils pressent toujours un peu
» plus à un endroit qu'à l’autre, mais , en passant par deux rouleaux , » les défectuosités se trouvent compensées. En second lieu , pour » augmenter la pression il faut bomber beaucoup plus les rouleaux de J'» carton , et alors ils ne conviennent plus pour une faible pression , et » on ne pourrait plus, sur la même machine , satiner des pièces finies à » moins d’avoir beaucoup de lustre au milieu et point aux deux lisières. » Cela est si vrai, que dans les établissements qui possèdent deux » calandres , l'une a les rouleaux de carton peu bombés et sert pour la » marchandise finie , l’autre avec plus de bombage est destinée au » satinage fort des pièces à imprimer en première main.
» Tout ce raisonnement s’applique à la supposition qu’il faut passer » les pièces destinées à l’impiession en première main deux fois dans » les calandres ordinaires , et quatre fois dans celle perfectionnée dont » nous nous occupons.
» Mais ces messieurs sont parvenus à ne passer que deux fois leurs » toiles , et ainsi ils font réellement deux fois autant d’ouvrage avec » leur calandre. Cette diminution du cylindrage n’est pas , il est vrai , » une suite des changements introduits dans leur machine ; elle peut » être due à une plus grande exactitude des cylindres ou à d’autres » circonstances étrangères à la construction de la calandre , et mérite- » rait , comme une véritable économie , d’être introduite partout , si » réellement on n’augmente pas par là les difficultés de l’impression. » Pour les pièces déjà imprimées et teintes destinées à être rentrées, le » système à double effet a moins d’inconvénients : un seul passage pour » un seul cylindre suffit à cette marchandise.
» Ce qui nous a paru surprenant dans le travail de cette calandre, » c’est qu’un seul ouvrier suffit pour la diriger. Six à huit pièces sont » mises sur un rouleau alimenteur; elles ne sont ni cousues ni collées » ensemble, -comme nous l’avions supposé, mais seulement les bouts » sont croisés d’une demi-aune ou environ, comme on le fait ordinai- »rement. L’ouvrier a soin de ne laisser entrer la seconde pièce » que quand la première a passé ou au 4/3 ou à 4/2 , pour éviter que » les deux pièces ne finissent à la fois. Il est obligé de se transporter » tantôt d’un côté de la machine, tantôt de l’autre, pour soigner qu’il » n’y ait pas de plis et pour être prêt , quand une pièce finit , à faire » entrer la suivante , en laissant les deux bouts seulement croisés de « quelques pouces. Tout cela, comme on le voit, se pratique absolu- » ment comme dans toutes les calandres ; il y a la différence cependant, » qu’ici il se produit tout juste deux fois autant d’ouvrage. Il arrivera » parfois que sur les deux rouleaux alimenteurs , deux pièces finissent .» à la fois , soit que l’ouvrier ait mal pris son temps pour commencer,
CALANDRAGE OU CYLINDRAGE. 513
» soit que les pièces, ce qui arrive fréquemment, ne soient pas de » même longueur; alors l'ouvrier doit appeler un aide , ou doit dégrener » et arrêter.
» On voit que ces détails exigent une adresse et une intelligence peu » ordinaires de la part de l’ouvrier, et nous devons conclure que sa » tâche doit lui être facilitée par un enroulage soigné et une parfaite » exactitude dans la marche de la machine à calandrer elle-même.
» Il résulte de ce que nous venons de dire que le moyen de cylin- » drer deux pièces à la fois ne paraît pas présenter d’avantage pour le » travail habituel et régulier ; mais il peut être employé utilement dans » les cas extraordinaires, et c’est principalement dans cette intention ». que son inventeur l’a conçue. Nous devons donc le féliciter de cette » heureuse idée , qui peut rendre de grands services dans la fabrication » des indiennes > sans beaucoup de dépenses , et trouver peut-être une » application plus générale dans les établissements d’apprêts , qui ont » une bien plus grande variété de lustres à produire.
» Le mécanisme du plieur nous paraît très ingénieux. Plusieurs menu » bres du comité qui l’ont vu fonctionner assurent qu’il marche très » bien et produit réellement l’économie de l’ouvrier plieur. Depuis long- » temps , dans plusieurs machines de la fabrication des indiennes, telles » par exemple que celle à auner à rouleau , il manquait un élément » pour plier les pièces. Nous pensons que celui dont il est question » peut être introduit avec succès. La méthode d’enrouler la marchan- » dise finie est certainement préférable à celle habituellement en usage » de la plier. Parce moyen, tous les faux plis sont évités, puisque » l auneur déroule la pièce à mesure qu'il l'accroche, et la marchandise » n’est pas chiffonnée en restant entassée dans les ateliers ou étant » transportée d’un atelier à l’autre.
» Cette méthode d’enrouler les pièces finies au sortir du cylindre a » déjà été pratiquée, mais d'une manière très imparfaite , dans certains » établissements. Là un ouvrier était obligé de tourner le rouleau fixé » à une hauteur convenable dans deux supports et parallèlement au «cylindre, tandis qu’à la machine qui fait l’objet de ce rapport, » l’enroulage se fait par friction , marche non seulement sans l’aide -» d’ouvrier, mais donne un produit plus régulier, des rouleaux plus » serrés et moins volumineux.
» Dans les fabriques anglaises on met sur rouleaux non seulement » les pièces finies, mais toutes celles destinées à l’impression. L’impri- » meur déroule sa pièce , placée d’équerre avec la table à mesure que » le travail avance. Ce procédé nous semble offrir plusieurs avantages , » d'abord celui d’avancer l’ouvrage, et ensuite celui d’éviter les plis. » Il serait à désirer que tous nos établissements adoptassent ce perfeeiv. 33
» tionnement , qui, exécuté partiellement dans quelques unes de nos » fabriques, promet les meilleurs résultats. Nous applaudissons vive- » ment au moyen d’empêcher que les mains des ouvriers ne puissent se » prendre entre les cylindres. Ce moyen, quoiqu’il ne soit pas nouveau, » n'est pas assez répandu. Les nombreux accidents arrivés aux ouvriers » employés aux calandres ne recommandent que trop cette précaution , » et nous devons fortement engager tous les industriels à l’adopter sans ». délai.
» En général, nous trouvons la calandre de MM. Witz , Blecli et » comp. très bien combinée, et les avantages qu'elle présente, appli ■ » cables dans beaucoup de cas.
» Ces perfectionnements font d’autant plus dé plaisir, que jusqu’à » présent les machines employées dans les fabriquas d'indiennes ont » été plus négligées que dans d’autres branches d'industrie. On doit se » féliciter de voir se familiariser avec les industriels et de voir appli- » quer par eux les principes de la science.
» Nous ajoutons encore que les perfectionnements que MM. Witz, » Blech et comp. ont exécutés à leur calandre peuvent facilement et » sans de grands 'frais être adaptés à toutes les machines à cylindrer, » de quelques systèmes qu’elles soient.
» Nous nous proposons de voter des remerciements aux propriétaires » de cette machine et à celui de nos membres qui vous l'a présentée et » qui en est l'inventeur. Nous croyons également devoir vous proposer » la publication du dessin et de son application , ainsi que du présent » rapport. »
Description de la calandre munie de son plieur, en activité dans les ateliers de MM. Witz , Blech et comp., à Cernai), et inventée par
M. Charles Dollfus.
Vue de piofil en coupe , sur une échelle du douzième de la grandeur d’exéculion.
« aa, les deux rouleaux de carton entre lesquels se tournent le cy- » lindre B en cuivre comme aux calandres ordinaires ; il peut être massif » ou creux , suivant l’usage auquel on le destine.
» c , grande poulie fixée sur une des extrémités du cylindre en cuivre , » et qui communique le mouvement à toute la machine ; elle le reçoit » elle-même d’un moteur quelconque , au moyen d'une courroie; elle est » munie de deux détentes qq , dont une de chaque côté, pour faciliter » l'ouvrier qui la gouverne.
» cl et e sont deux rouleaux sur lesquels sont enroulées les pièces » destinées à être calandrées ; ils ont des axes en fer et des leviers garnis » de cuivre et d’un poids . qui pressent sur ces axes et maintiennent les
calandragë oü cÿltndragë. 515
» pièces dans une certaine tension ; on recule ou on avance les poids a » volonté.
» Le plieur est composé de :
» /'cylindre creux en bois, d’environ 8 pouces de diamètre; à une » des extrémités de son axe qui est en fer, se trouve une bielle.
» g disque en bois dur ; il y en a un de chaque côté du cylindre f; » ils sont fixés sur le même arbre et doivent être du même diamètre » entre eux , mais environ 6 lignes de moins que celui du cylindre f ; » leur épaisseur est d’environ 1 8 lignes.
» h disque plus petit que ceux g, environ de 3 à A pouces de diamètre, » mais d’égale épaisseur; il y en a aussi deux fixés sur une barre de » fer qui leur sert d’axe , et à la même distance que les deux disques g. « Ils servent à communiquer le mouvement au plieur et à faire tourner » le cylindre f dans le même sens que le cylindre en carton inférieur ; » les supports de l’axe de ces petits disques sont fixés à ces leviers » mêmes et sont à charnière.
» i est le plieur, soit guide, espèce de cage en forme de pyramide » renversée , fermée des quatre côtés et ouverte du haut et du bas ; » l’ouverture du haut est d’environ 5 pouces, celle du bas de 1 1/2 » pouce; le devant et le derrière, qui ont environ 4 pieds de large, » sont en fer-blanc ou en carton lissé , les deux côtés en forte tôle de fer; » le tout est joint par de petits barreaux de fer 6,6, 6, 6. Sur la tôle » des côtés sont fixés des montants x en fer, dans lesquels se trouvent » des trous par lesquels toute cette cage est supportée en l’air par » des pointes qui y entrent. Un des montants est plus long que l’autre, » et porte une coulisse dans laquelle il y a un petit boulon qui joint par » la pièce en fer k le guide à la bielle du cylindre f , et communique par » là à toute la cage un mouvement de va-et-vient ; à l’extrémité du bas » du grand montant est une pièce en fer en forme d’ancre, qu’on peut » hausser, et baisser et fixer- par les vis 2,2.
» Aux extrémités de cette ancre sont 1 1 des galets qu’on peut allonger » ou raccourcir, et fixer par les vis 1,1; ces galets lèvent alternative- » ment mm deux leviers en bois dur et fixés sur un arbre aussi en bois ; » à ce même arbre sont fixées :
» nn les pattes aussi en bois, servànt à abattre alternativement les « plis de la toile , qui passe dans la cage et est pliée en zigzag , sur » le plancher o'u une planche passée au-dessous de la cage , mouvement » qui lui était imprimé par le va-et-vient de la cage ;
» r pièce en fonte , boulonnée aux montants en bois de la calandre , » et qui à la fois sert de support au cylindre f , aux disques h et à la cage i.
» ss aussi deux pièces en fonte également boulonnées aux montants, » qui servent de supports : 1° aux rouleaux alimentaires e et d; 2° aux
» barreaux en bois sur lesquels passent les pièces pour être tendues ; » 3° aux règles divergentes pour ôter les plis ; et 4° aux leviers munis » de poids 2 et 3 , pressant sur les extrémités deà axes des rouleaux . » pour maintenir les pièces dans une certaine tension.
» Quand on veut cvlindrer deux pièces à la fois , on place un rou- » leau e garni de pièces finies, on passe la pièce par les lattes 10, 10, » et les peignes divergents 9, 9, comme l’indique la ligne ponctuée; » puis entre le rouleau a supérieur et le rouleau en métal b , la pièce » viendra s’enrouler sur un petit cylindre p suspendu à des supports à » charnière et pressé contre le cylindre supérieur a par son propre poids » et à défaut par un poids 4. Après, on pose un second rouleau cl » garni de pièces destinées aux imprimeurs à la planche, la toile passe » de même entre les lattes 8 et 8 et les règles divergentes 7 et 7, et » passe entre le cylindre en métal et celui en carton inférieur ci ; de là » elle passe entre les rouleaux aux cylindres f et o. Ce dernier sert à » amener la pièce toujours tendue , et empêche en même temps qu’elle » ne reste collée au cylindre a inférieur, ce qui arrive quelquefois quand » on passe des pièces humides ou grasses. La pièce se rend ensuite dans » la cage i , ainsi que l’indique aussi la ligne ponctuée , et tombe en » zigzag sur le plancher, où les pattes affaissent les plis et le tas.
» Les pièces, en passant par les cylindres, subissent un laminage et » sont par conséquent allongées, et pour qu’elles ne fassent pas peu à peu » une poche entre le cylindre inférieur a et celui f , on a fait ce dernier » plus grand que le disque g , qui reçoit son mouvement du cylindre » inférieur par le petit disque /u
» Le petit rouleau o ne doit pas être trop lourd , pour laissér glisser » la pièce plutôt que de la déchirer, si la différence entre le disque g et » le rouleau /'était plus considérable que l’allongement de la pièce par le » laminage ne le commandait. On ne peut évaluer au juste cette difîé- >•> rence , car les pièces n’étant pas toutes également bien tissées, lune » s’ailongeplus que l’autre; il vaut alors mieux donner un petit excès en » diamètre au rouleau f sur le disque g , pour ne pas risquer d’avoir )) une poche et laisser glisser la pièce. Le rouleau o est maintenu dans » deux collets pratiqués aux leviers du disque h.
» Il arrive quelquefois par inadvertance des accidents graves aux » ouvriers qui soignent les calandres , comme de se prendre les doigts » entre les cylindres et d’être mutilés quelquefois pour le reste de leurs » jours ; pour obvier en quelque sorte à cela , j'ai appliqué au-dessus de » la planchette de la règle divergente 7 une autre planchette t qui forme » avec l’autre un angle d’environ 75° ; elles se joignent assez près pour » que l’ouverture qui reste au sommet ne laisse passer que la pièce et » non les doigts.
MACHINE A LISSEE.
» Quand on 11e veut passer qu'une seule pièce, on pose le rouleau en r. e , et au lieu de laisser s’enrouler la pièce sur un rouleau p, on la fait » repasser entre le rouleau de métal et le cylindre inférieur «, et de là » par la cagfi.
» Pour la commodité de l’ouvrier qui gouverne la machine, j’ai placé » par-dessus l’axe des pattes un un second plancher y.
» Quelquefois il arrive aussi que les pièces restent un peu collées » entre le rouleau g , et tombent derrière la cage , au lieu d’y passer ; » pour remédier à cela, j’ai tendu un fil de fer au-dessous du centre du » rouleau g , au point s. »
Lustrage. Autrefois on lustrait ou on satinait les indiennes , soit à la main , soit à l’aide de machines fort simples , qui consistaient en un bâtis en bois avec ressort également en bois placé au plafond , et au bout duquel était ajustée par îme cheville une bielle portant à son extrémité une pierre d’agate bien polie. La pièce de coton préparée , soit à la cire , soit de toute autre manière, était posée sur un autre bâtis muni d’une rainure longitudinale le long de laquelle on promenait l'agate, et qui avançait insensiblement à chaque mouvement de va-et-vient. On comprend qu’avec d’aussi faibles moyens on ne pouvait lustrer qu’une très petite quantité de pièces par jour: aussi cette opération occupait-elle un grand nombre de bras. Bientôt , pressé par le développement de la fabrication et le bas prix des tissus imprimés , on chercha des procédés plus expéditifs et moins imparfaits , et on les trouva :
D’une part, dans une machine dite à lisser fig. 1(5J et 162 qui repose sur le principe du lustrage à bras , et qui a fonctionné jusque dans ces derniers temps chez M. J. F ides ; en voici la description :
B, bâtis de la machine.
A, pierre à lisser, garnie d’une armature en ter. Cette pierre est maintenue dans son mouvement de, va-et-vient par deux tenons qui glissent dans une rainure pratiquée à la traverse supérieure du bâtis.
RR , vis servant à régler le parallélisme de la traverse supérieure avec la table à lisser.
Le mouvement de va-et-vient est donné à la pierre à l’aide Fig. 161.
du volant Y, par l’intermédiaire de la bielle B', attachée à l’un de ses bras.