‹ Traité théorique et pratique de l'impression des tissus (volume 5)Chapitre 170 sur 183 · CINQUIEME · texte numérisé non relu

CINQUIEME

ESSAI DES COULEURS DEPOSEES Sl'R LES ETOFFES, 523 vaincre qu’il n’y a de rapprochement possible entre eux que sous le point de vue des propriétés spécifiques de la matière colorante qui les constitue ; le premier résiste à l’action de tous les agents qui sont sans influence sur les rouges garancés , tandis que le second disparaît par le savon et jouit de beaucoup moins de solidité à l’air. On ne peut donc s’appuyer seulement sur la nature des matières premières pour établir des groupes de couleurs faux teint, grand teint , petit teint , etc,; il faut encore prendre en considération les procédés de leur fixation et la nature de la fibre sur laquelle elles ont été imprimées , car telle couleur peu adhérente au coton se combine souvent intimement à la laine. Voyez à ce sujet les Mémoires de M. Chevreul sur la teinture. Avant d’aborder cette question dans ses détails, il nous paraît convenable de dire un mot des agents â l’aide desquels on parvient à constater la nature des couleurs déposées sur tissu. Dans ce cas particulier, comme dans toute recherche analytique, on ne doit faire usage que du petit nombre d’agents qui, par des réactions nettes et constantes , établissent des divisions assez tranchées pour qu’aucune confusion ne soit possible. Une l'ongue expérience nous en a fait reconnaître neuf principaux : la chaleur (l’incinération ) , le chlore gazeux, l’acide hypochloreux , l’acide nitrique , l’acide sulfurique , le chlorure stanneux , le chloride hydrique , l’hydrate potassique en dissolution , l’hydrate calcique ou lait de chaux.

Les couleurs se divisent en deux, grandes catégories : en couleurs organiques, qui sont détruites parla chaleur, parle chlore et par l’acide hypochloreux, et en couleurs inorganiques ou métalliques, qui résistent à l’action de ces mêmes agents ; mais en tenant compte des conditions auxquelles les premières adhèrent à l’étoffe , les unes s’y combinant par elles-mêmes , les autres par le concours des abordants (oxides métalliques )* on est amené à en former trois groupes :

1° Les couleurs organiques qui se fixent par elles-mêmes ( indigo carthame).

2° Les cou leurs organiques qui ne se fixent qu’avec le concours d’un mordant (garance bois rouge, jaune, cochenille, elc.).

3° Les couleurs métalliques ( oxide ferrique , suroxide manganique, chromate plonibique).

Si l’on incinère line étoffe recouverte des premières , on n’obtient pour résidu , au contact de l’air, que les cendres mêmes de la fibre sur laquelle elles ont été fixées. Si on la traite par un agent décolorant ( chlore , acide hypochloreux) , la couleur est détruite , et la fibre passe au blanc ou à la nuance qu’elle prendrait en présence de l’agent destructeur.

Qu’on incinère une étoffe recouverte des secondes, la couleur disparaîtra , mais on retrouvera toujours le mordant inorganique employé à sa fixation dans les cendres de la fibre. Ainsi , de petits fragments des éch. 103,129,131, 120, 121, 122, 104, 156, 163, incinérés sur une feuille de platine , à la flamme d’une lampe à alcool, donnent, ceux des trois premiers, un résidu blanc d’oxide aluminique, ceux des trois qui suivent un résidu d’oxide ferrique, enfin ceux des trois derniers un résidu d’oxide chromique gris-vert, mais que l’on distingue plus nettement en le fondant au chalumeau dans un peu d’acide borique dont il colore la masse vitreuse en vert (1). On reconnaît par ce dernier moyen la présence de l’étain , en mélangeant les cendres de la fibre d’un peu de borax. Enfin , traitées par le chlore ou par l’acide hypochloreux, les laques de ce second groupe disparaissent en laissant pour résidu sur la toile le mordant (oxide métallique) qui a servi à les fixer, et dont on constate la nature par les procédés que nous venons d’indiquer ou par une teinture. Si c’est, par exemple, un mordant d’alumine qu’on a pour résidu, plongée dans un bain de cochenille , l’étoffe passe au rose ; si c’est un mordant de fer, traitée par le sulfure ammonique , elle passe au

(I) Comme nous ne pouvons entre* ici dans tous les détails relatifs a l’emploi du chalumeau , nous indiquerons seulement les cas où son concours est nécessaire , en renvoyant le lecteur aux nombreux ouvrages qui traitent de cet instrument, notamment ceux de M. Berthier.de MM. Barreswill et Sobrero , de MM. H. Rose, Berzélius et F. Kobel.

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