CHAPITRE V
SYMPTOMATOLOGIE.
Les symptômes généralement attribués à la chlorose sont les suivants :
Pâleur mate de la peau ; décoloration des muqueuses, notamment de celles qui recouvrent les lèvres, les gencives et les paupières.
Palpitations fréquentes; pouls dépressible, vibrant, quelquefois irrégulier ; bruits de souffle dans les gros vaisseaux, et parfois dans le cœur; disposition aux hémorrhagies passives.
Respiration plus fréquente qu’à l’état normal, et quelquefois dyspnée, essoufflements faciles, surtout dans les efforts, la marche, l’action de courir ou de monter; chez quelques malades, toux sèche, nerveuse.
Troubles digestifs variés : appétit tantôt augmenté, tantôt diminué, souvent perverti; dépravations du goût (pica, malacia)- dyspepsie assez fréquente; quelquefois nausées, vomissements; état gastralgique; irritabilité de la muqueuse de l’estomac ; flatuosités.
Diarrhée quelquefois ; constipation le plus souvent ; ou encore alternatives de constipation et de diarrhée.
Sécrétions rarement augmentées, très-souvent diminuées, ou perverties.
SYMPTOMATOLOGli;.
Troubles de l’innervation fréquents et variés : llaeridité des chairs; faiblesse innscidaire ; lenteur dans les mouvements; disposition à la fatigue; douleurs névralgiques; phénomènes d’hyperesthésie ou d’analgésie; paralysies partielles, surtout des téguments.
Spasmes; phénomènes convulsifs; crises hystériques.
Perturbations sensorielles diverses : vertiges, affaiblissement de la vue, amblyopie, diplopie, myopie, éblouissements, amaurose; bourdonnements, tintements et sifflements d’oreilles; diminution de l’ouïe; affaiblissement ou perversion de l’odorat et du goût; paralysie totale ou partielle des papilles gustatives.
Chez certains malades, tendance au sommeil, paresse intellectuelle, lenteur des conceptions, faiblesse de la mémoire, peu d’aptitude aux travaux de l’esprit, imagination presque nulle; caractère faible, irrésolu, insoucieux ; humeur variable , nonchalance habituelle.
Chez d’autres, au contraire, développement précoce de l’intelligence, mémoire vive, esprit impressionnable et prompt, caractère opiniâtre et difficile, activité mentale exagérée, quelquefois poussée jusqu’à l’exaltation maladive.
Fonctions génésiques tantôt affaiblies, tantôt excitées : — dans le premier cas, torpeur du sens génital, désirs rares ou nuis, frigidité ou impuissance ; — dans le second cas, deisirs immodérés pouvant aller jus-
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SYMPTOMATOLOGIK.
qu’au satyriasis chez l’homme et jusqu’à la nymphomanie chez la femme.
Tels sont, d’une manière sommaire, les phénomènes pathologiques qui accompagnent le plus ordinairement la chlorose.
On voit par cette simple énumération que la chlorose est une sorte de maladie protéiforme, dont les symptômes, caractérisés tantôt par une augmentation, tantôt par une diminution, tantôt par une perversion des actes organiques ou moraux, sont subordonnés à l’état de la constitution, à la nature du tempérament, aux idiosyncrasies des malades, ainsi qu’au degré d’appauvrissement du sang.
Il est utile de revenir et d’insister sur les plus importants de ces phénomènes morbides.
Palenr des téguments.
La décoloration des téguments, la teinte d’un blanc livide ou d’un jaune citron, d’où est venu le nom de chlorose jaune-vert)^ a été regardée par la
plupart des auteurs comme un signe pathognomonique, comme un des caractères essentiels et distinctifs de cet état morbide. C’est là une opinion complètement erronée et qui expose journellement les praticiens inexpérimentés aux plus grossières et aux plus dangereuses méprises de diagnostic.
Un assez grand nombre de chlorotiques, et notam-
SYMPTOMATOLOGIE.
ment de jeunes filles, ont le teint vermeil et les téguments assez fortement colorés; quelquefois même cette coloration est exagérée, comme il arrive, par exemple, chez beaucoup de sujets lymphatiques ou scrofuleux. 11 n’y a rien là qui doive surprendre et qui soit en contradiction avec la nature connue de la maladie. Dans ce cas, la rougeur intense de certaines parties de la peau, et particulièrement des joues, n’est point un indice de la richesse du sang et de l’activité de la circulation; elle est, au contraire, le résultat d’une sorte de stase sanguine qu’il faut attribuer à l’appauvrissement du sang, à la lenteur de la circulation et à une véritable atonie du réseau capillaire sous-cutané.
Ce qui tend à confirmer cette opinion, c’est la manière irrégulière dont cette teinte rouge, animée, est répandue sur le visage ; elle forme comme des taches a.ssez mal limitées sur les parties les plus saillantes des joues, dans la région rnalairc par exemple; et, le plus souvent, cette rougeur contraste d’une façon assez tranchée et vraiment caractéristique avec la décoloration et la teinte blanc jaunâtre des lèvres, du pourtour de la bouche, des ailes du nez, et de l’une et l’autre région péri-orbitaire. .le ne saurais trop insister sur cette particularité chez les individus atteints de ce qu’on appelle la chlorose rouge.
Encore un mot sur cet important sujet, .l’ai dit avec Raison qu’on s’expose aux plus graves erreurs en consi-
SYMPTOMATOLOGIE.
déranl la pâleur comme un des Lrails caractéristiques de la chlorose. En effet, un malade se pré.sente ayant des vertiges, des douleurs céphaliques, des bruits dans les oreilles, des éblouissements, des troubles visuels; — un autre accusant des palpitations, de la dyspnée, des douleurs, ou de la gêne dans la région précordiale; — un troisième offrant des troubles gastriques variés ; — un quatrième (c’est une jeune iille) se plaignant de dysménorrhée ou d’aménorrhée ; — quel jugement porter, quel diagnostic établir, en présence de ces quatre malades, s’ils ont le teint coloré, et si l’on admet que la pâleur est le caractère essentiel de la chlorose ? Loin de les considérer comme chlorotiques, on croira qu’ils sont atteints de pléthore, et conformant le pronostic et le traitement à ce diagnostic, au lieu de la médication ferrugineuse on instituera une thérapeutique hyposthénisante ou déplétive.
11 n’y a pas longtemps encore qu’il était assez généralement d’usage, par exemple, de prescrire des émissions sanguines, des applications de sangsues aux cuisses ou â l’anus, chez les jeunes filles mal réglées ou à menstruation tardive, surtout quand elles offraient une certaine apparence de force et un teint assez prononcé du visage.
Une étude plus attentive a appris heureusement qu’il ne faut pas s’en laisser imposer par la coloration des joues, et (pie souvent uue rougeur assez vive
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des tégumenis eoïncitle avec un sang appauvri et des bruits de souHle vasculaires.
La dénomination de chlorose et de pâles couleurs est donc un terme défectueux que condamne la saine observation des faits et qui ne peut que consacrer et perpétuer une erreur nosologique.
Cependant nous continuerons à nous en servir pour nous conformer an langage communément adopte, mais sans attacher à ce terme un sens rigoureusement étymologique.
Quant aux muqueuses des païquères et de la bouche, leur décoloration est plus constante que celle de la face ; et il n’est pas rare d’observer une grande pâleur des lèvres et des conjonctives, même chez les chlorotiques dont les joues sont fortement colorées.
État du pouls.
Le pouls, habituellement dépressiblo et vibrant, comme je l’ai dit plus haut, peut varier singulièrement dans son rhythme et dans son volume.
(diez (|uelqucs chloroli(|ues, il est lent et petit ; c’est rc.xcc[)lioii. Chez la plupart, il est plus élevé cl [)lus fréquent qu’à l’état normal; chez quelques sujets môme, il présente un tel degré d’amplitude et de développement que certains pathologistes, M. Beau entre autres, ont cru voir dans ce phénomène un signe de
SYMPTOMATOLOGIE.
pléthore, et ont envisagé la chlorose, comme une pléthore séreuse.
En général, le pouls est sujet, chez les chlorotiques, aux plus grandes variations, aux plus étranges irrégularités. Cela tient à ce que ces malades subissent trèsfacilement l’inlluence de toutes les causes qui modifient l’état delà circulation : de là, les-retentissements qu’e.xercent sur le pouls les émotions morales, les fatigues de tout genre, et même l’accomplissement de certaines fonctions, telles que la digestion.
Mais le pouls n’est, pour ainsi dire, que l’écho des phénomènes cardiaques, et les changements qu’il présente ne sont que l’expression affaiblie des troubles qui se passent du côté du cœur lui-même.
Troubles cardiaques.
I.es palpitations sont fréquentes chez les chlorotiques, et les causes les plus légères suffisent souvent pour les provofjuer ou pour en augmenter l’intensité.
Les battements du cœur acquièrent quelquefois une telle violence, ils frappent avec tant de force la région précordiale, qu’ils ont pu et qu’ils pourraient encore, sans un examen approfondi, en imposer pour les symptômes d’une lésion grave de cet organe.
Sur les malades amaigris, on voit distinctement, à charpie systole, le soulèvement de la poitrine produit
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par le choc de la pointe du cœur, dans le point cinionscrit où ce choc s’elTectue.
Ce soulèvement peut être egalement perçu par la main appliquée sur la région précordiale; (|uelqucfois on y perçoit aussi un très-léger frémissement.
Les signes habituellement négatifs fournis par la percussion indiquent que le cœur a conservé son volume normal. Cependant on a noté, dans quelques cas fort rares, une sorte d’hyperirophie excentrique, avec amincissement des parois ventriculaires, attribuée à l’affaiblissement général de l’économie, auquel le cœur participe. Mais, je le répète, ce sont là des cas exceptionnels et très-sujets à discussion.
Tantôt l’auscultation ne révèle aucun bruit anormal au niveau de la région du cœur ; tantôt elle permet d’entendre un bruit de souffle doux, léger, superficiel, simple, coïncidant avec la systole ventriculaire, ayant son siège vers le milieu de la région sternale, dans un point correspondant à l’orifice aortique; il se prolonge en haut, dans la direction de l’aorte ascendante.
Ce bruit de souffle est Inconstant, fugace, passager. Chez quelques chlorotiques, il apparaît et disparaît sans cause appréciable ; chez d’autres, il se montre au moment des palpitations, et se dissipe quand la circulation a repris son calme ordinaire.
Parfois l’impulsion systolique s’accompagne d’un son clair, éclatant, semblable à un faible tintement métallique.
SYMPTOMA-TOLOÜlli.
Le second bruit du cœur est normal et nettement frappé. Ce signe, sur lequel j’ai toujours et depuis longtemps insisté, est de la plus haute importance pratique ; il ajoute une grande valeur au bruit de souffle aortique mentionné plus haut et donne au diagnostic une extrême précision.
Bruits vasculaires.
Un des symptômes les plus fréquents et les plus importants de la chlorose, c’est la production de certains bruits anormaux dans les gros vaisseaux et plus spécialement dans ceux du cou.
Caractères généraux des bruits vasculaires.
Les bruits vasculaires anormaux sont tous des bruits de courant, ce qui les différencie immédiatement du bruit normal qui est un bniit de choc. Ces bruits sont généralement désignés sous le nom de bruits de souffle. Ils sont inconstants et mobiles, sujets à changer de caractères, à apparaître ou à disparaître, à augmenter ou à diminuer, à subir enfin toutes sortes de variations, suivant la composition du sang et sous l’influence des causes qui modifient l’état de la circulation.
Relativement au son, les bruits vasculaires peuvent être divisés en deux classes : — les uns aphones ou non musicaux; — les autres sonores ou musieaux.
SVMl’TüiMATULüGIli.
Caractères particuliers des bruits vasculaires.