CHAPITRE VI
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La chlorose étant, comme j’ai cherché à l’établir, une maladie congénitale et en quelque sorte constitutionnelle, est par cela même essentiellement chronique. Elle n’a de limites que celles de la vie; elle commence et elle peut ne finir qu’avec elle.
Seulement elle affecte, suivant les individus et suivant diverses circonstances, chez le même individu, des degrés très-variés.
Chez les uns, elle se montre dans toute son intensité, avec le cortège complet de tous ses symptômes.
Chez d’autres, elle est légère et comme amoindrie dans son expression symptomatologique.
Quelques-uns de ses sym|)lômes, en effet, peuvent manquer : soit la pâleur des téguments, soit les bruits de souffle cardiaques ou vasculaires, soit les phénomènes nerveux, les troubles digestifs, etc.
La pâleur des téguments fait défaut dans la chlorose rouge.
Les bruits de souffle cardiaques manquent plus souvent que les bruits vasculaires.
Les bruits vasculaires font rarement, très-rarement défaut d’une manière complète et absolue, chez les
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elilorotiques. Leur absence, ainsi que je l’ai déjà dit, est temporaire, momentanée, accidentelle. Ils disparaissent un instant, un jour; mais ils reparaissent bientôt après ou le jour suivant.
Les accidents nerveux, les névralgies surtout, sont remarquables chez les chlorotiques par leurs irrégularités.
La chlorose, comme toutes les maladies chroniques, est donc sujette par elle-même et abstraction laite de toute influence étrangère, à de véritables recrudescences ou exacerbations. Ainsi, il n’est pas rare de voir certains symptômes s’exagérer, devenir plus intenses, ou encore de nouveaux phénomènes morbides s’ajouter aux phénomènes déjà existants.
Cependant les variations en quelque sorte spontanées de la chlorose sont plus rares ijue celles que déterminent les conditions dans lesquelles vit le malade.
Ainsi l’âge, le sexe, les saisons, les climats, les lieux, le régime, l’hygiène, la manière de vivre, la thérapeutique surtout, exercent une influence trèsévidente sur les manilestations de la chlorose.
La chlorose ne se montre pas chez les enfants avec une grande intensité. Aussi a-t-elle longtemps passé inaperçue dans l’enfance. Dans les premières années de la vie, les fonctions de relation sont languissantes, l’activité musculaire est à peine développée, et les phénomènes d’hématose sont en rapport avec ces conditions organiques générales. Mais, plus tard, à me-
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sure que l’organisme se développe, le sang n’est pas seulement un aliment pour les tissus, il devient de plus en plus un excitant pour les organes. Il ne suffit pas alors qu’il soit riche en principes plastiques, en albumine et en fibrine, il faut aussi qu’il soit riche en globules. L’élément globulaire est d’autant plus nécessaire que la vie va devenir plus active et que toutes les fonctions vont acquérir plus d’énergie. Aussi estce vers le commencement de l’age pubère que la chlorose, c’est-à-dire l’insuffisance des globules sanguins, se révèle par les signes les moins équivoques et qu’elle se montre avec le plus d’intensité. Alors beaucoup de chloroses, passées inaperçues jusqu’à cette époque, se manifestent d’une manière indubitable.
La puberté est donc l’âge où la chlorose acquiert son maximum d’intensité-, c’est alors que les chloroses de l’enfance, demeurées latentes, éclatent dans tout leur jour.
J’insiste là-dessus, car ce fait a donné lieu à une erreur encore généralement reçue de nos jours, à savoir, que la chlorose apparaît au moment de la puberté et que c’est une maladie à peu près exclusive à cet âge. Je le répète encore une fois, la chlorose préexiste à la puberté ; elle existe chez l’enfant ; seulement elle est peu intense chez lui, elle y est comme à l’état latent. Mais elle éclate dans toute sa force à l’àge de la puberté, c’est-à-dire alors que la fonction de l’hématose contraste par sa faiblesse, par son impuissance, avec ledévelop-
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pement et l’énergie des autres fonctions, alors encore que l’élément globulaire du sang n’est jiliis en proportion avec la force et la rapidité d’expansion organique propre à cet ago.
C’est surtout chez la jeune fille ipie les phénomènes chlorotiques apparaissent avec le plus d’intensité. Cela se comprend : une fonction nouvelle, la menstruation, va s’accomplir chez elle; il faut donc que le sang soit riche en globules, non-seulement pour suffire aux exigences du développement organique et de toutes les excitations fonctionnelles, mais encore pour fournir un aliment à la congestion ovarique et au flux mensuel qui en est le résultat.
Si le sang est pauvre, si l’élément globulaire est insuffisant, il en résulte non-seulement un trouble dans la plupart des fonctions comme chez fhomme, mais surtout une perturbation pour la fonction cataméniale, qui est, on peut le dire, pour la femme pubère, la fonction par excellence.
Voilà pourquoi j’ai signalé plus haut le sexe féminin comme une cause aggravante pour la chlorose.
ha chlorose, en effet, se montre avec tant d’intensité chez les jeunes filles, à l’àge de la puberté, que la majorité des médecins autrefois, et quelques-uns encore aujourd’hui, considèrent cette maladie comme un état pathologique profire et même exclusif à la femme.
Je ne reviendrai pas sur cette ipicstion; je me
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suis appliqué à la réfuter dans un autre chapitre.
Au delà de l’agedela puberté, après l’entière évolution du développement organique, la chlorose demeure stationnaire, et même tend le plus souvent à diminuer.
Cette diminution des symptômes est de plus en plus marquée à mesure que le chlorotique avance dans la vie. Les organes ont cessé de s’accroître et de se développer; les fonctions s’accomplissent avec moins d’énergie ; alors l’équilibre a de la tendance à se rétablir entre la force de l’hématose et les autres puissances fonctionnelles ; le sang abandonne un peu moins de ses éléments aux tissus qu’il ne doit plus que nourrir; il y a donc pour lui tout ensemble moins de chances de s’appauvrir et plus de conditions pour s’enrichir dans chacun de ses principes constitutifs.
De là un amendement notable amené par les progrès de l'âge à la marche de la chlorose ; delà la rareté plus apparente que réelle de cette affection chez l’adulte et surtout chez le vieillard.
Chez ce dernier, particulièrement, la chlorose laisse si peu de traces, elle est si peu apparente, qu’elle échappe en général à l’observation et qu’elle est regardée comme exceptionnelle, sinon même complètement révoquée en doute dans la vieillesse.
Encore une erreur. Tout ce qu’on peut dire, tout ce qu’on peut affirmer, c’est que ses manifestations sont à peu près milles chez les vieillards, et qu’elle est
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chez eux tellement amoindrie (jirclle ne peut plus exercer d’influence lâcheuse sur la santé.
Les conditions hygiéniques dans lesquelles vivent les chlorotiques exercent une action puissante sur la marche de la maladie et sur l’intensité de ses manifestations. Sous ce rapport, on peut dire que la chlorose subit, de la mène manière et au même degré, l’influence des modificateurs, circumfusa, inyesta, percepta, qui agissent sur l’hématose. Ainsi les circonstances de saison, de climat, de lieux, de profession et de régime, qui sont de nature à augmenter l’énergie de l’hématose, la puissance de sanguification, la richesse globulaire du sang, ces mêmes circonstances agissent favorablement sur les chlorotiques et tendent à amoindrir chez eux les manifestations de l’état morbide.
La chaleur excessive et le froid rigoureux des climats ou des saisons extrêmes sont également funestes aux chlorotiques.
Les grandes chaleurs exercent une action dépressive, débilitante, sur toute l’économie, sur l’ensemble des fonctions; elles provoquent, en outre, des transpirations incessantes et plus ou moins copieuses qui contribuent encore pour une large part à la diminution des forces. D’où, pour le sang, une double cause d’appauvrissement ; d’une part, l’abaissement de la force de l’hématose ; d’autre part, la déperdition directe résultant de sueurs abondantes.
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Le froid rigoureux, comme on snil, est nuisible à l’hématose ; mais il est surtout un obstacle direct à un acte fort important de l’organisme, à la calorification, ou production de chaleur animale. La calorification, déjà si abaissée chez les chlorotiques par le fait même de la maladie ou de leurs dispositions organiques, diminue davantage chez eux sous l’influenee du froid.
Le froid rigoureux est donc aussi une circonstance aggravante pour la chlorose.
Les saisons et les climats tempérés, au contraire, sont bons aux chlorotiques et tendent à diminuer en eux l’intensité des symptômes morbides. Sous l’influence des températures moyennes et modérées, les fonetions s’aceomplissent avec plus de régularité, et l’équilibre se maintient plus aisément entre les divers actes physiologiques. Tous les phénomènes qui eoncourent à la sanguification subissent celte heureuse influence, qui se fliit sentir aussi dans les manifestations chloro-anémiques.
Les habitations et les lieux ont également une haute importance au point de vue de la marche de la chlorose et de l’intensité de ses phénomènes. Toutes choses égales, les habitations insalubres, les lieux bas et humides, le séjour des grands centres de population, les quartiers populeux, agglomérés, les rues étroites où le soleil pénètre diffieilement, les maisons mal aérées, mal insolées, mal tenues, l’eneombrement, l’air confiné, sont autant de causes de malaise et d’affa'iblisse-
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meut pour l’économie. A combien plus forte raison ces mauvaises condilious hygiéniques exercent-elles une inlluence fâcheuse sur les chlorotiipies, ipic l’état de leur constitution rend plus sensibles à l’action des agents débilitants. Il est inutile d’iusister sur ce point; tout le monde connaît cette sorte d’état cachectique dans lequel tombent beaucoup d’individus exposés aux diverses causes de débilitation mentionnées plus haut.
Certains pays, certaines contrées justement réputées insalubres, sont également funestes aux chloro* tiques et contribuent puissamment à aggraver chez eux les manifestations pathologiques. Telles sont surtout les contrées marécageuses ou celles encore dans lesquelles régnent endémiquement le goitre ou la scrofule. Il y a dans les conditions hygiéniques de ces localités, dans le sol, dans les eaux ou dans l’atmosphère, des causes d’affaiblissement et de dégradation pour l’organisme qui ne peuvent aussi que concourir au développement et à l’aggravation de la chlorose.
Certaines professions, celles de mineurs, de vidangeurs, d’égoutiers; certaines industries, notamment les industries métallurgiques, favorisent au.ssi l’explosion et le développement des symptômes chlorotiques, en accélèrent la marche et en rendent la guérison plus difficile. Les ouvriers et les artisans qui travaillent dans les forges, ceux qui manient les composés de plomb, de mercure, de phos[)borc, sont sujets à contracter des cachexies qui ne sont point la chlorose, et
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qu’il ne faut point confondre avec elle, mais qui compliquent et aggravent cette maladie quand elle existe.
La chlorose augmente ou diminue d’intensité, suivant les habitudes, la manière de vivre et le régime alimentaire des individus qui en sont atteints.
Une vie laborieuse, des fatigues excessives, des veilles fréquentes, des travaux intellectuels poussés à l’excès, une existence sédentaire, les soucis, les passions tristes, les chagrins prolongés, les abus vénériens, une nourriture insuffisante ou une alimentation mal ordonnée, etc., agissent sur la chlorose à la manière des conditions d’affaiblissement dont je viens de signaler la fâcheuse influence.
Les circonstances opposées, une vie calme, une existence paisible et réglée, à l’abri des inquiétudes et des fatigues, l’exercice, les promenades en plein air, l’usage de la gymnastique, un bon régime, une nourriture saine, variée, suffisante, exercent habituellement une action bienfaisante sur la chlorose, en amendent les symptômes et en arrêtent le développement, sans toutefois être assez puissantes pour la guérir.
Enfin la marche de la chlorose et son intensité varient suivant qu’on abandonne la maladie à elle-même ou qu’on lui oppose un traitement approprié.
La chlorose peut guérir spontanément, par suite des changements que les progrès de l’âge apportent dans la constitution. Cependant, abandonnée â elle-
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même dans les premiers temps de la vie, elle tend à s’aggraver et à acquérir son plus haut degré de développement. Au contraire, sous rinfluence d’une thérapeutique rationnelle et appliquée avec persévérance, ses symptômes s’amendent et perdent de leur intensité primitive ; le sang devient plus riche en globules, sans toutefois atteindre toujours d’une manière absolue le chiffre normal ; mais il s’en rapproche assez pour produire dans l’ensemble des fonctions un état voisin de l’équilibre physiologique.
La chlorose simple se termine rarement par la mort. Cependant lorsque l’appauvrissement du sang est extrême, tout traitement devient impuissant, les- forces s’épuisent, les signes de la cachexie se manifestent, et le malade finit par succomber.
Cette terminaison fatale n’arrive, généralement, que chez les chlorotiques dont la maladie a été méconnue ou traitée d’une manière tardive ou insuflisante.
La mort est assez souvent la conséquence des complications graves qui peuvent survenir dans le cours de la chlorose, telles surtout que les hémorrhagies et les tubercules pulmonaires.