‹ Traite theorique et pratique de la chloroseChapitre 15 sur 38 · CHAPITRE VJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJI

Je vais passer en revue les états morbides divers qui peuvent être confondus avec la chlorose, et indiquer les caractères à l’aide desquels on peut distinguer cette affection dans les cas douteux.

La chlorose et l’anémie se touchent par tant de côtés et présentent entre elles des symptômes tellement analogues sur certains points, que beaucoup d’auteurs, ainsi que je l’ai dit plus haut, n’en font qu’un seul et même état pathologique.

J’ai consacré un chapitre spécial à celte importante question; et là j’ai indiqué les raisons qui doivent faire regarder la chlorose et l’anémie comme deux maladies différentes et distinctes. Après avoir ainsi cherché à établir la ligne de démarcation qui sépare nosologiquement l’anémie et la chlorose, il me reste à les différencier cliniquement, c’est-à-dire à indiquer à quels signes on peut reconnaître si un malade est chlorotique ou anémique.

Le problème n’offrirait point de difficultés sérieuses s’il était toujours possible de soumettre le sang à l’analyse. La chlorose se rccorinaîtraitalors très-promptement à la diminution relative des globules, les au-

1res éléments du snng' reslnnt sensiblement les mêmes que dans l’état normal; tandis que dans l’anémie, comme je l’ai déjà dit, la diminution est générale et porte d’une manière égale sur tous les éléments du liquide sanguin.

Ainsi, point d’embarras; rien de plus simple et de plus facile que le diagnostic de la chlorose d’avec l’anémie, dans les cas où il est possible de pratiquer l’analyse du sang.

Mais, le plus souvent, cette analyse n’est pas réalisable; et, d’ailleurs, c’est uii moyen' de diagnostic qui réclame du temps et des connaissances spéciales que tous les médecins ne possèdent point.

11 faut donc recourir à d’autres signes, à des caractères plus faciles à sai.sir.

La pâleur des téguments, la décoloration des traits, est commune à la chlorose et à l’anémie ; seulement elle est constante et générale dans l’anémie ; tandis qu’elle est souvent partielle ou même qu’elle fait quelquefois défaut dans la chlorose.

J’ai dit, en effet, et c’est ici le lieu de rappeler qu’un certain nombre de chlorotiques se font remarquer par l’animation du teint et la coloration vermeille des joues et de la plus grande partie de la peau. Quelques régions seules de la face tranchent alors le plus ordinairement avec cet excès de vascularisation par leur pâleur ou leur teinte jaunâtre ; c’est le voisinage des ailes du nez, le pourtour de la bouche et parfois aussi le pourtour

des orbites. Dans la ehlorose sans pâles eouleurs, ou, comme je l’ai désignée plus haut, dans la chlorose rouge, il est rare qu’on n’observe point la particularité que je signale ici.

La chlorose, ainsi que je l’ai établi, étant une maladie constitutionnelle et congénitale, l’anémie au contraire étant une affection acquise et accidentelle/ on s’aidera puissamment des commémoratifs pour poser le diagnostic. Ainsi, si les phénomènes morbides datent de loin, si le malade ne peut leur assigner aucune cause précise, on a très -vraisemblablement affaire à la chlorose. Mais si les symptômes sont assez récents, s’ils sont survenus à la suite d’une déperdition sanguine plus ou moins abondante, on doit de préférence diagnostiquer l’anémie. En d’autres termes, la chlorose et l’anémie se distinguent essentiellement par leur étiologie, par leur marche et par leur durée.

L’anémie est le résultat de pertes sanguines; elle survient rapidement à la suite d’une hémorrhagie ; elle a de la tendance à guérir aussi promptement.

La chlorose tient à une disposition particulière de l’économie que le malade apporte en naissant; elle n’est point consécutive à une hémorrhagie'; elle se développe dès les premiers temps de la vie, et sa durée est indélinie.

Les renseignements relatifs à la thérapeutique sont encore de précieux éléments de diagnostic.

Si la maladie s’est sensiblement améliorée, si les

symptômes se sont assez rapidement amendés sous l’intluence d’un bon régime et d’une hygiène convenable, c’est de l’anémie.

Si, au coniraire, la maladie résiste à l’institution d’un bon régime, si les symptômes sont simplement atténués par une excellente hygiène, il faut songer à la chlorose. On reconnaît plus sûrement encore la chlorose si la maladie, après être demeurée réfractaire aux moyens hygiéniques tes plus variés, s’améliore sous l’influence de la médication martiale, Nous verrons plus lard que le fer ne guérit pas radicalement l’état chlorotique, mais il l’amende très-sensiblement ; et s’il n’en détruit pas le germe, il en modifie les symptômes, il en fait même disparaître quelques-uns, sinon d’une manière définitive, du moins pour un temps plus ou moins long.

J’ai dit que la chlorose et l’anémie peuvent se trouver réunies et constituer chez le même sujet cet état mixte désigné sous le nom de chloro-anémie.

Dans cette circonstance, il faut s’attacher surtout à constater l’élément primordial et essentiel de la maladie, la chlorose. Il est évident que si ce côté de l’affection, qui est le plus sérieux et le plus important, est nettement reconnu, il sera superflu de se préoccuper de l’anémie; car les moyens thérapeutiques dirigés contre la chlorose conviennent très-bien à l’anémie et sont propres à triompher rapidement de cet état, (pii, dans ce cas, n’cst à vrai dire qu’une complication.

En d’autres termes, si le problème est obscur, si les renseignements, si les antécédents étiologiques et les signes actuels réunis ne suffisent pas pour fixer le diagnostic, le traitement est un moyen de contrôle et une sorte de critérium qu’il ne faut jamais négliger.

Alors on soumet le malade à une thérapeutique appropriée, et l’on observe attentivement la marche de la maladie et les effets de la médication.

Si la guérison s’opère rapidement et sans rechute, d’une manière complète, le malade était anémique.

Si le traitement bien dirigé et bien suivi n’amène qu’une amélioration , qu’un amendement des symptômes, ou encore une sorte de guérison apparente, suivie d’une rechute dans un temps plus ou moins long, le malade pouvait bien être anémique, mais il était aussi et surtout chlorotique.

La leucémie ou leucocythémie se rapproche de la chlorose par plus d’un symptôme, tels que la pâleur des téguments, les palpitations, les accidents nerveux, etc. Mais elle s’en distingue essentiellement par la nature de l’altération du sang et par certaines lésions de la rate, du foie et des ganglions mésentériques.

Le sang, dans la leucémie, présente une proportion énorme et pour ainsi dire prédominante des globules blancs. 11 suffit donc, pour éclairer le diagnostic, de soumettre à l’examen microscopique une ou deux gouttes de sang obtenues à l’aide d’une simple piqûre.

La rate et le foie, cliez les chlorotiques, n’ont rien d’anormal, à moins de complicalion.

Chez les leucémiques, au contraire, l’un ou l’autre de ces organes, quelquefois les deux simullanément, sont le siège d’altérations pathologiques appréciables pendant la vie. Le plus souvent, en effet, on trouve la rate congestionnée, hypertrophiée d’une manière chronique; et cette augmentation de volume qui peut acquérir des dimensions monstrueuses, puisqu’on a vu des rates occuper presque toute la cavité abdominale, ne s’accompagne point d’accès de fièvre intermittente et se montre réfractaire au sulfate de quinine.

Le foie est souvent congestionné au début de la maladie ; puis il subit une sorte d’atrophie, de ratatinement analogue à ce (ju’on observe dans la cirrhose.

Enfin les ganglions mésentériipies hypertrophiés et indurés chez quelques leueocylbémiques peuvent, chez les sujets très-amaigris, sc sentir à travers la paroi abdominale déprimée. Mais les éléments les plus importants de diagnostic, sont la prédominance des globules blancs dans le sang et l’engorgement chronique de la rate, coïncidant avec l’absence de tout phénomène d’infection palustre.

Les auteurs anciens ont confondu à tort la chlorose avec les cachexies. Maintenant que l’analyse du sang est venue dévoiler la nature de l’étal chlorotique, et

NONAT, — CHLOROSE. fi

ce qu’on pourrait appeler sa lésion constitutive, une pareille confusion n’est plus permise.

La chlorose doit être distinguée soigneusement des cachexies, non-seulement sous le rapport nosologique, mais encore au point de vue clinique.

Sans doute, on trouve dans la plupart des cachexies presque tous les symptômes de la chlorose : décoloration des téguments, faiblesse musculaire, troubles digestifs, troubles respiratoires, palpitations, bruits de souffle cardiaques et vasculaires.

Seulement il existe dans les cachexies quelque chose, un élément étiologique ou anatomique, qui n’existe pas dans, la chlorose.

Ainsi, dans la cachexie cancéreuse, c’est le cancer; dans la cachexie tuberculeuse, c’est le tubercule ; dans la cachexie purulente, c’est un abcès, un foyer de pus.

Pour certaines cachexies, le diagnostic est à la fois éclairé par les lésions, les symptômes et les causes : telles sont les cachexies saturnine, miasmatique, paludéenne, syphilitique, etc.

En l’absence de lésions évidentes, le diagnostic peut toujours être éclairé par la thérapeutique : dans les cas douteux, l’emploi des martiaux [lermet de juger la question.

Les bruits de souftle cardiaques et vasculaires de la chlorose doivent être distingués avec soin des bruits symptomatiques d’une lésion des orifices ou des

valvules du cœur, afin d’éviter des erreurs qui peuvent avoir pour les malades des suites fâcheuses.

Ce qui caractérise essentiellement le bruit de souffle cardiaque de la chlorose, c’est qu’il a toujours lieu au premier temps; il est toujours systolique; jamais il ne trouble le second bruit ; il est doux et moelleux ; il n’est pas constant ; il paraît et disparaît suivant certaines circonstances que j’ai signalées plus haut.

Les souffles- d’origine organique sont constants comme la lésion qui les produit ; ils sont habituellement rudes et s’accompagnent fréquemment d'autres bruits, tels que frémissement cataire, bruit de scie, bruit de râpe, de piaulement, etc. Enfin, ces bruits s’observent tantôt au premier, tantôt au second temps.

Un bruit de souffle au second temps ne saurait être un bruit chloro-anémique ; c’est nécessairement un bruit organique.

Quant au bruit de souffle aortique d’origine organique , on le distingue du bruit de souffle chlorotique, non-seulement aux caractères mentionnés plus haut, mais encore et surtout en ce que le second temps lui-même est également altéré, couvert, masqué, parfois môme entièrement remplacé par un bruit anormal.

Ainsi, bruit de souffle au second temps, et seulement au second temps : lésion organique du cœur.

Bruit de souffle aortique, avec un bruit normal au

Sk

second temps, bien et nettement frappé : clilorose ou anémie.

Bruit de souffle aortique avec altération du second bruit : lésion organique du cœur.

Quant aux bruits de souffle vasculaires, ils existent constamment dans la chlorose; tandis qu’ils manquent assez souvent dans les maladies organiques du cœur.

D’ailleurs les bruits vasculaires qui accompagnent les lésions cardiaques sont des bruits transmis, communiqués; ils ont les mêmes caractères que ceux du cœur et coïncident avec eux ; tandis que les bruits vasculaires chlorotiques sont aulochtones, ils se passent dans le vaisseau même ; ils y naissent et ils y meurent avec des caractères propres que nous avons indiqués plus haut.

Indépendamment des signes différentiels que je viens d(î mentionner entre la chlorose et les lésions organiques du cœur, il en est d’autres qui appartiennent à ces dernières maladies et qu’on ne rencontre qu’accidentellement chez les chlorotiques, tels sont les irrégularités du pouls, l’atrophie ou l'hypertrophie du cœur décelés par la percussion, la teinte cyanosée du visage, l’infdtration œdémateuse des extrémités, l’anasarque , l’œdème ou la congestion du poumon, la dyspnée fréquente ou même continuelle, l’engorgement du foie, etc.

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