CHAPITRE Vlll
PRONOSTIC
Le pronostic varie suivant le degré de la maladie, et suivant son étal de simplicilé ou de complication. Il varie encore suivant l’age et le sexe des sujets, leur constitution, leur état de santé et les conditions hygiéniques dans lesquelles ils vivent.
La chlorose, quand elle est simple et peu prononcée, est compatible avec l’exercice régulier des fonctions physiologiques. Elle n’occasionne aucun trouble dans la santé et passe le plus souvent inaperçue : elle est alors sans gravité.
A un degré plus élevé, elle se manifeste par des phénomènes variables, intéressant souvent, comme on l’a vu précédemment, les fonctions les plus importantes de l’organisme; déjà la chlorose réunit alors tous les caractères d’une maladie, exige un traitement particulier et ne se présente jilus avec les apparences de bénignité du premier degré.
Si la chlorose est encore plus intense, si elle acquiert son maximum d’intensité, elle produit dans tout l’organisme une perturbation profonde ; elle détruit l’équilibre fonctionnel ; elle porte de sérieuses atteintes aux actes les plus importants de la vie organique, à la
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digestion, à la circulation, à la respiration, à la nutrition; elle jette même, comme nous l’avons vu, le désordre dans l’innervation et devient la source des accidents nerveux les plus graves.
Dès lors, on comprend tout ce que le pronostic offre de sérieux , tant par l’importance et la multiplicité des symptômes que par l’opiniâtreté de la maladie et les aptitudes morbides qu'elle engendre ou qu’elle développe.
Les chlorotiques, en effet, sont, comme je l’ai dit ailleurs, bien plus accessibles que les autres sujets à la plupart des agents morbifiques; ils subissent plus promptement et plus facilement l’influence des différentes causes de maladie. C’est donc là pour la chlorose encore un élément de pronostic peu favorable.
Une autre particularité contribue à aggravet le pronostic de la chlorose, c’est sa complication avec une autre maladie. En effet, la chlorose et la maladie intercurrente exercent l’une sur l’autre une influence réciproque toujours ou presque toujours fâcheuse, comme on le verra au chapitre des complications. La chlorose est un obstacle à la production de ces réactions salutaires , à l’apparition de ces phénomènes critiques qui souvent jugent une affection morbide d’une manière promptement favorable. Elle tend , au contraire, à imprimer aux maladies une marche lente, à en prolonger la durée, à en retarder ou à en
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entraver la convalescence et à les faire passer à l’état chronique.
Les maladies intercurrentes aggravent à leur tour la chlorose ; en augmentant les chances d’affaiblissement de l’organisme, en suspendant l’appétit, en entravant la nutrition, elles portent une atteinte plus profonde aux phénomènes de l’hématose, elles exagèrent l’appauvrissement du sang ; elles ajoutent l’anémie à la chlorose.
Ces considérations applicables aux affections aiguës le sont bien plus encore à certaines maladies chroniques, à celles surtout qui, après avoir peu à peu épuisé l’économie, aboutissent au marasme ou à la cachexie.
On comprend, sans qu’il soit utile d’y insister, que l’anémie est une des complications qui viennent aggraver le plus le pronostic de la chlorose.
Ce que j’ai dit de l’influence de l’âge, du sexe, de la constitution et des conditions hygiéniques sur le dévelop[)ement, la marche et la durée de la chlorose, doit faire penser à priori que ces circonstances influent singulièrement aussi sur le pronostic.
La chlorose, en effet, présente peu de gravité chez l’homme fait, chez l’adulte parvenu au terme de son développement. Mais il en est autrement dans l’enfance et dans la jeunesse, notamment à l’époque de la puberté.
Dans l’enfance, la chlorose est un état fâcheux
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parce qu’elle s’ajoute aux autres conditions de faiblesse propres à cet âge, parce qu’elle entrave la marche régulière de la croissance, parce qu’elle nuit à l’évolution organique et qu’elle expose les enfants à subir plus facilement les influences maladives auxquelles les prédisposent déjà leur âge et la débilité relative de leur constitution. On voit beaucoup d’enfants rester maigres, pâles, chétifs et commerabougris : on cherche la cause de cet état précaire dans la lésion de quelque organe essentiel; mais on ne découvre rien ni dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans le système nerveux, ni dans le système ganglionnaire, ni dans les viscères abdominaux, qui puisse fournir une explication satisfaisante. Explorez les vaisseaux du cou, auscLiltez-les avec soin; dans la grande majorité des cas, vous trouverez un bruit de souffle caractéristique, et vous acquerrez la preuve que ces enfants sont atteints de chlorose.
La chlorose acquiert d’autant plus de gravité que le sujet approche davantage de la puberté. J’en ai dit ailleurs les raisons; je n’y reviendrai pas. Qu’il me suffise d’ajouter combien il est aisé de comprendre que l’appauvrissement du sang, son insuffisance en globules, doivent être préjudiciables, à une époque où l’organisme est dans l’apogée de son épanouissement et revêt les attributs de la virilité. Aussi, beaucoup de sujets chlorotiques ont-ils une puberté incomplète, difficile et très-souvent retardée.
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L’inlluence de la chlorose se fait plus sentir encore sur les jeunes filles à l’époque de la puberté, à cause de l’imminence de la menstruation. Cette maladie est alors d’un pronostic lueheux en raison des difficultés, des obstacles et souvent du retard qu’elle apporte à l’apparition et à l’établissement définitif de celte importante fonction.
.l’ai déjà signalé la grossesse comme une cause d’aggravation pour la chlorose.
Une constitution délicate ou chétive, une vie pénible, une existence sédentaire, un mauvais régime, une alimentation habituelle insuffisante, les fatigues de l’allaitement, l’habitation de lieux humides, sombres et malsains, le séjour dans des contrées marécageuses, l’exercice de professions insalubres, constituent autant de causes d’aggravation pour la chlorose, et, par consé(pient, rendent le pronostic de cette maladie plus fâcheux : d’une part, en augmentant son intensité; d’autre part, en neutralisant les effets du traitement même le plus rationnel et le mieux suivi.