I. — médication interne
Ferrugineux .
C’est une opinion assez généralement accréditée et même soutenue par d’excellents esprits, que le fer est un spécifique pour la chlorose, qu’il est à cette maladie ce que le sulfate de quinine est à la fièvre palustre, ce que le mercure est à la syphilis.
Notre manière de voir en ce point diffère essentiellement de ce qui est communément professé. Nous croyons que le fer est impuissant à guérir la chlorose, c’est-à-dire à remédier avec une entière efficacité à l’insuffisance de la force de l’hématose. Et comment pourrait-on concevoir qu’un agent médicamenteux, quel qu’il fût, pût corriger, pour ainsi dire, la disposition organique vicieuse d’où dépend l’abaissement de la force qui fait le sang? Cet état défectueux de l’économie ne peut être modifié que par le développement successif et régulier de l’organisme; c’est donc, comme nous l’avons déjà dit plus haut, sponta-
iiément et par les ressoiirees de la nature que la ehlorose guérit le plus souvent.
Que si jusqu’à présent on a exagéré relïicaeilé des martiaux dans la ehlorose, e’est qu'on a trop tôt perdu de vue les malades, et qu’on a pris des améliorations passagères pour des cures complètes ; c’est qu’on a généralement confondu la chlorose avec l’anémie; c’est encore parce qu’on n’a guère observé la chlorose et étudié les effets du fer que sur des sujets ayant dépassé ràge de la puberté. Qu’en résulte-t-il ? C’est qu’à cet âge, la ehlorose s’amendant le plus souvent d’elleméme, on attribue à la puissance du remède ce qui est un bénéfice de nature.
àlais, en étudiant la chlorose chez les enfants, on ne tarde pas à se convaincre de la non-spécificité des préparations ferrugineuses. Chez tous les enfants qu’il m’a été donné d’observer, je me suis assuré, par une longue expérimentation, que le traitement habituel de la chlorose ne fait qu’améliorer l’état de la constitution, sans relever complètement la force de l’hématose. Bien plus, j’ai fait la meme remanpie chez les chlorotiques adultes, en (jui les efforts de la nature n’avaient pas triomphé, à l’âge de la puberté, de la faiblesse organique qui rendait insuffisante, chez eux, la force de sanguification. En effet, chez ces sujets, comme chez les enfants, la santé est relativement excellente, et parfaite en apparence, tant qu’ils sont soumis à l’administration du fer; mais si l’on
132 TKÂlTliMliNT DK LA CHLOUOSK SIMPLE.
vient à cesser pentlonl mi (emps assez long l’usage des leiTijginenx, la chlorose, qui n’est (jue diminuée, reprend le dessus, et les phénomènes qui la caractérisent reparaissent quelquefois avec une surprenante intensité.
De ce que les moyens thérapeutiques sont impuissants à guérir la chlorose, et de ce que les ferrugineux sont incapables d’y remédier d’une manière absolue, ce n’est [tas à dire que le médecin doive s’abstenir et tout attendre des efforts de la nature.
On doit au contraire intervenir, et pour deux raisons : d’abord pour empêcher la chlorose d’augmenter d’intensité, puis pour venir en aide à la curation spontanée. Or, ce sont là les deux résultats importants que l’on est en droit d’attendre de la médication ferrugineuse.
Je conclus donc que si le 1èr n’est pas le spécifique de la chlorose, il en est jusqu’à présentie meilleur palliatif.
C’est le premier et le plus efficace des toniques. C’est l’agent par excellence de la médication antichlorotique.
11 s’emploie sous les formes et dans les états les plus variés.
Une division fondamentale en thérapeutique est celle qui distingue les ferrugineux en insolubles et solubles.
bes prépartitions ferrugineuses insolubles sont : lu
TRAITEMKNT DE LA CHLOROSE SIMPUÎ. 1 Sîi
limaille de 1er, le fer réduit par l’iiydrogène, les oxydes de fer, et le tannale de fer.
Les préparations solubles sont : le carbonate feri-eux, le sulfate de fer, les tarlrales ferreux et ferrique, le tartrate ferrieo-potassique, le pyropbospbale de fer, le citrate, le lactate, l’acétate, Tiodure et le percblorure de fer.
Le fer et ses composés s’administrent sous des formes Irès-diverses : l“en poudres (poudre cachectique d’Hartmann, p. de Menzer, p. de Quesneville); 2“ en pihdes (pii. de Swediaur, de Sydenham, de Griffilh, de Blaud, de Vallet, deBlancard) ; 3° en boules (boules de Mars ou de Nancy) ; 4“ en tablettes, en pastilles, en dragées (tabl. martiales, tabl. de Soubeiran, drag. et past. de Quevenne et Miquelard, de Gélis et Conté); 5“ en sirop (sirop chalybé de Willis, sirop ferrugineux de Mialbe, de Féral, etc.) ; 6® en solution aqueuse (eau martiale de Trousseau, eau ferrée gazeuse de Mialhe, les eaux minérales de Spa, Bussang, Forges, Passy, Auteuil, Pyrmont, Orezza, et quelques sources de Vichy, d’Évian, deLuxeuil, dcNéris, deBagnèresde-Bigorre, etc., lesquelles sont de véritables solutions hydro-ferrugineuses); T en solution alcoolique (teintures de Mars, de Ludwig, de Bestuchef, de Klaprotb); 8“ en solution vineuse (vin chalybé, etc.) ; 9" en biscuits ou en pains (pains de Gagnière).
Les préparations ferrugineuses se prennent rarement à jeun. Il vaut mieux les prendre au rnomenl
(les repas. De cette manière, elles peuvent exercer une intliience doublement favorable. Par leur action locale, elles stimulent la muqueuse de l’estomac, appellent la sécrétion gastrique, peut-être même excitent la contraction plus énergique de la tunique musculaire, et favorisent ainsi le travail de la digestion stomacale. Enfin, elles se mêlent intimement au chyme, s’identifient avec les substances solubles, et passent avec elles dans le torrent de la circulation.
Le fer se donne à des doses variables, suivant Page, le sexe, la tolérance individuelle et le degré de la chlorose.
Bien que nous ayons constaté l’existence de la chlorose chez des enfants à la mamelle, nous ne conseillons pas de leur administrer directement de préparation ferrugineuse jusqu’à Page d’un an. Il vaut mieux, comme on le fait pour la médication mercurielle, agir par voie indirecte, et soumettre la nourrice à la médication martiale. S’il est vrai que le fer soit absorbé et passe dans le sang (et je partage l’opinion de ceux qui admettent l’affirmative), il doit exercer une influence bienfaisante sur les produits de sécrétion, et par conséquent sur le lait. L’analogie, d’une part, et l’induction physiologique, d’autre part, autorisent à présumer que le nourrisson pourrait tirer quelque bénéfice de la médication ferrugineuse suivie par la nourrice.
Je ne veux pas insister trop fortement sur ce pioint,
ni accorder une importance exagérée à cette vue thérapeutique; mais, pourtant, je crois qu’il est toujours utile de prescrire le fer à la nourrice, quand ellemême présente quelque signe de chlorose ou les attributs d’une constitution délicate ; dans tous les cas, en un mot, où l’on peut supposer qu’un enfant chlorotique ne trouve pas dans le lait de la nourrice toutes les qualités nécessaires pour neutraliser les fâcheux effets de la chlorose et pour donner au sang une partie des éléments qui lui manquent.
Alors l’indication est formelle, et le fer, dans ce cas, est nécessaire à la nourrice et incontestablement profitable à l’enfant.
On peut administrer les préparations ferrugineuses directement aux enfants dès l’Age d’un an.
Le fer réduit par l’hydrogène est l’agent qui convient le mieux à cet âge, à cause de son extrême division et de son défaut de saveur. On le preserit sous forme de tablette, de pastille ou de dragée, à la dose de 5 centigrammes par jour.
Chez les enfants plus Agés, on peut couper le lait avec une quantité suffisante d’eau minérale ferrugineuse, ou encore donner de l’eau ferrée dans un peu de chocolat léger.
Les pains et les biscuits ferrugineux sont également des préparations commodes et avantageuses dans la médecine des enfants chlorotiques.
A mesure que l’enfant grandit, on augmente ta
dose du médicament ferrugineux. Pour les enfants de deux à quatre ans, on la porte de 5 à 10 centigrammes par jour; de 10 à 20 centigrammes, de quatre à six ans ; de 20 à 30 centigrammes, de six à dix ans; de 30 à liO centigrammes, de dix à quinze ans ; de ^lO à 50 centigrammes, et même 1 gramme, chez le jeune homme et chez l’adulte.
Au reste, ces doses n’ont rien d’absolu ; elles doivent varier suivant d’autres circonstances, d’autres conditions, et même suivant certaines règles que j'exposerai sommairement.
En général, et toutes choses égales d’ailleurs, le sexe n’exerce par lui-même aucune influence sur l’administration et le dosage des préparations ferrugineuses. Cependant, en raison de la plus grande délicatesse des femmes, de l’énergie moindre de leurs organes digestifs, de leur appétit relativement inférieur à celui de l’homme, et de la plus petite quantité d’aliments qu’elles prennent, on doit leur prescrire le fer à des doses un peu moins élevées.
Mais la condition qui prime toutes les autres et dont il faut le plus tenir compte dans le mode d’administration du fer, c’est la tolérance de l’estomac et des autres viscères intestinaux pour les préparations de ce métal.
On peut dire que c’est là une condition essentielle, fondamentale, celle qui doit servir de mesure à la médication ferrugineuse et qui en domine les indications.
Je ne veux point parler ici de l’intolérance prove-
liant, soit irmie lésion organique de l’estomae ou des intestins, soit de l’alléralion de quelque organe éloigné. Je traiterai parliculièremenl ee sujet en m’oeeupant de la thérapeutique de la chlorose compliquée.
Je ne veux parler, dans ce moment, que de cette Ibrme d’intolérance qu’on pourrait appeler idiosyncrasique et que n’explique pas un état morbide spécial des viscères digestifs. Ces cas sont relativement assez rares; mais, enfin, on les rencontre encore assez souvent pour qu’il soit utile de les signaler.
Certains sujets, en effet, supportent difficilement le fer. Ce médicament produit chez les uns des douleurs d’estomac, des crampes, des tiraillements pénibles; chez d’autres, un sentiment de chaleur ou même de brûlure, de courte durée ; chez quelques-uns, des renvois acides, des aigreurs, des éructations nidorcuses, des pesanteurs d’estomac, un sentiment de distension et de gêne dans celte région, des digestions lentes et difficiles, enfin tous les phénomènes de la dyspepsie, et bientôt ceux de l’anorexie, bouche pâteuse, langue saburrale, diminution et perte de l’appétit.
Chez certains malades, le fer réagit surtout sur le tube intestinal, et exerce une action fâcheuse sur la seconde phase de la digestion ; de là des coliques, des borborygmes, des gargouillements, de la diarrhée.
.Mais le plus souvent, on le sait, le fer amène la constipation, par suite de l’action astringente (ju’il exerce sur la muqueuse digestive.
L’usüge du fer peut déterminer eneore cliez certaines personnes des pesanteurs de tête, des céphalées fronlales, et même une légère excitation fébrile.
Quand la tolérance s’établit facilement, l’administration des ferrugineux ne réclame aucune précaution particulière. On peut prescrire indifféremment une des formes énumérées plus haut, celles surtout dont l’expérience a le mieux démontré l’efficacité. Mais, dans aucun cas, on ne doit trop élever la dose des préparations ferrugineuses, quel que soit le degré de tolérance des chlorotiques. Je ne puis approuver la méthode de quelques praticiens qui portent la dose des ferrugineux jusqu’à 2 et 3 grammes par jour. Une dose aussi élevée est ou inutile ou nuisible. L’expérience, en effet, démontre qu’une très-faible quantité de fer est absorbée et passe dans le torrent circulatoire ; le superflu chemine dans le canal intestinal et est éliminé par les garderobes avec le résidu de la digestion. Les fortes doses sont donc inutiles. Mais elles peuvent aussi devenir nuisibles en agissant sur la muqueuse digestive comme un“eorps étranger, dont le contact peut déterminer à la longue, soit un simple sentiment de gêne ou de fatigue, soit un véritable état d’irritation ou même d’inflammation légère. Je crois qu’en général, chez l’adulte, on ne doit pas dépasser la dose de 80 centigrammes à J gramme dans les vingtquatre heures.
Chez les sujets doués de la susceptibilité gastro-
intestinale dont il a été question plus haut, chez ceux aussi dont l’intolérance pour le 1er so traduit par des troubles circulatoires ou une perturbation des centres nerveux, l’administration de ce médicament réclame les précautions les plus grandes et la réserve la plus prudente.
Dans ces cas difficiles, il faut toujours commencer par des doses très-faibles et ne les augmenter que d’une manière graduelle.
Mais là n’est pas encore le point le plus délicat et le plus embarrassant. C’est surtout dans le choix de la préparation que le médecin doit apporter le plus de soin et le plus de circonspection. Quelle que soit son habileté, il parvient rarement à tomber d’emblée sur la forme la plus convenable et la mieux adaptée, pour ainsi dire, à l’idiosyncrasie du malade. Ce n’est que par des essais souvent répétés, par des tâtonnements persévérants, qu’on arrive à déterminer s’il est opportun de prescrire une préparation soluble ou une préjiaration insoluble, le fer métallique ou une de ses combinaisons salines, etc.
Souvent il faut beaucoup de temps et de patience pour arriver à cette détermination ; mais', dans aucun cas, le médecin ne doit se décourager ni se hâter de renoncer à l’usage du fer. 11 doit recourir à tous les moyens que la thérapeutique met entre ses mains pour établir la tolérance de cet utile et précieux médicament.
En général, quand le fer est mal supporté, on l’associe à quelque autre agent thérapeutique qui en rend l’administration possible.
Le choix de cet agent varie suivant les indications fournies par la nature des accidents ou des phénomènes par lesquels se traduit l’intolérance.
Dans les cas où la susceptibilité gastro-intestinale se manifeste par des phénomènes douloureux ou névralgiques (crampes, tiraillements, etc.), les préparations ferrugineuses peuvent s’associer avec l’extrait de jusqiiiame ou l’extrait Ihébaïqiie (à très-petite dose, 1 centigramme au plus), l’extrait de valériane (à la dose de 5 à 10 centigrammes), l’extrait de menthe, la lhéria(]ue, le diascordium, l’éther (sous forme de perles, etc.).
L’extrait thébaïque, le diascordium, la thériaque, conviennent également, dans les cas rares d’ailleurs, où le fer produit de la diarrhée.
Dans les circonstances plus communes où le fer amène la constipation, on lui associe une petite dose de rhubarbe, de jalap ou d’aloès.
Quand le fer donne lieu aux phénomènes de dyspepsie ou d’anorexie notés plus haut, on administre concurremment diverses substances amères, telles que les préparations de gentiane, de quinquina, de quassia amaria, de Colombo, de petite centaurée ; on prescrit encore avec un grand avantage certaines eaux minérales, naturelles ou artificielles, alcalines ou aci-
TRAITEMKNT Dli l-\ CIILOUOSK SIMl'U;. I /| I
(iules et guzouses, telles (|ue les eaux de A ieliy, <Je Püugues, de Bussang, de Saiut-Ualmier, do Soidlzmall, de Coiiclillac, d’Alet, de Seltz, de Renaison, etc.
Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet, parce • lu’il sera plus longuement question de la médication auxiliaire, à propos du traitement de la elilorose compliquée.
D’après ce que j’ai dit de la nature de la chlorose, de sa marche et de l’impuissance de nos moyens thérapeutiques pour en amener la guérison complète , on comprend que la médication ferrugineuse doit être continuée longtemps et d’une manière persévérante, mais avec des alternatives d’interruption et de reprise.
Les interruptions doivent être fréquentes chez les malades qui offrent des signes d’intolérance; mais à mesure que la tolérance s’établit, l’administration du fer doit être de plus en plus prolongée et plus rarement suspendue.
Chez les chlorotiques qui tolèrent bien la médication martiale, j’ai l’habitude, en général, de prescrire le fer par périodes de deux ou trois mois, séparées par des intervalles de quinze ou vingt jours, durant lesquels l’usage du fer est suspendu. Je ne donne pas cette règle comme absolue ; car, avant tout, elle doit être subordonnée aux résultats obtenus. Si l’amélioration est rapide, on peut interrompre plus tôt l’administration du fer; si, au contraire, les effets de la médication sont lents et peu sensibles, il faut prolonger l’usage
l/l2 TRAITEMENT DE LA CHLOROSE SIMPLE.
du 1er au delà du terme habituel, et jusqu’à ce qu’on observe un amendement notable des phénomènes morbides.
Les interruptions doivent être réglées sur la durée des effets du traitement. 11 est néeessaire de surveiller attentivement les malades, et de ne pas attendre, pour revenir à l’emploi des ferrugineu.x, que le chlorotique ait perdu le bénéfice du traitement antérieur et que la maladie ait repris le dessus.
Quant à la durée totale du traitement, il est impossible d’en fixer les limites. L’opiniâtreté de la chlorose, son apparition dès les premières années de la vie, la promptitude avec laquelle les accidents se reproduisent dès qu’on suspend la médication ferrugineuse, obligent le plus souvent à continuer l’usage du fer jusqu’à l’entier développement de la puberté, c’est-àdire jusqu’à l’âge où, par suite de l’évolution organique, les fonctions de l’hématose acquièrent plus d’énergie et rendent au sang ses qualités normales.
Cependant il est des sujets, ainsi que je l’ai dit plus haut, chez lesquels les efforts de la nature ne parviennent pas à triompher complètement de la faiblesse originelle des organes de l’hématose ; il devient alors nécessaire de les soumettre de temps en temps à la médication ferrugineuse pendant une grande partie de leur existence.
TRAlTtMENT UK LA ClILOllOSIi SIMPLE. 1/|3
Alintoiitatiou azotée.
Parmi les substances reconstituantes du sang, il convient de placer les aliments, particulièrement les viandes et les matières azotées. Je ne ferai (|uc les signaler ici pour mémoire, me proposant d’en parler plus longuement à l’occasion du régime.
îflcdicatiou anxiliaire.
11 ne suffit pas, pour combattre la chlorose, de fournira l’économie les éléments propres à opérer la reconstitution du sang ; il importe encore de donner aux organes de l’hématose la force et la tonicité nécessaires pour l’accomplissement d’une fonction si complexe.
Dans ce but, on est souvent obligé de recourir simultanément à l’emploi des tonirpies et des ferrugineux. La médication tonique vient alors en aide à la médication ferrugineuse, et en est à la fois l’adjuvant le [)lus utile et le complément le plus efficace.
Toniques.
Les toniques les plus généralement employés sont^ comme on sait :
1° Parmi les amers, le quinquina et ses diverses préparations ( vin , teinture , infusion , macération,
\hh TRMTJiMENT DE LA CHLOROSE SIMELE.
sirop, ONlrait, poudre, etc.); — le quassia amara, le simarouba , le colonibo , la rhubarbe, la gentiane, la petite centaurée, l’écorce d’oranges amères, etc.
2“ Parmi les Ioniques diffusibles^ le ^dn et toutes les boissons alcooliques, le cale, le thé, l’absinthe, la menthe, la cannelle, la camomille, l’armoise, la mélisse, la sauge, l’angélique, etc.
J’ai déjà parlé de quelques-unes de ces substances dans le paragraphe précédent, et j’ai dit comment on peut les associer aux préparations ferrugineuses pour en rendre la tolérance plus facile.
Dans ces cas, les toniques amers ou diffusibles jouent, pour ainsi dire, un rôle accessoire. Mais là ne se borne pas l’indication de leur emploi dans la chlorose ; aussi ont-ils, comme le fer, une part très-grande et très- directe dans la thérapeutique de cette affection.
Toniques amers.
Les amers conviennent à tous les chlorotiques, à moins de contre-indications formelles tirées de l’état d’irritation des organes digestifs. Ces préparations exercent une action stimulante locale, et luttent efficacement contre l’atonie des viscères résultant de la pauvreté du sang. Elles éveillent l’appétit, activent les sécrétions de la muqueuse gastro-intestinale, provoquent des contractions plus énergiques dans la tunique musculeuse, rendent l’absorption plus prompte et plus
TRAITEMENT DE lA CHLOROSE SIMPLE. 1A5
facile, en définilive régularisenl les pliénomènes digestifs et leur impriment une éncrgiejet une activité salutaires.
Les amers, sous forme de poudre, s’administrent souvent au moment des repas; on donne, par exemple, la poudre de quinquina et celle de gentiane à la dose de 50 centigrammes à i gramme ; celle de Colombo, de 25 à 50 centigrammes; celle de quassia amara, de 15 à 20 centigrammes; celle de rhubarbe, de 5 à 10 centigrammes.
Les autres préparations doivent être prises à jeun, quinze ou trente minutes avant le repas, dans le but de préparer l’estomac au travail digestif.
Les vins de quinquina, de gentiane et de rhubarbe se prescrivent à la dose de 15 à 30 grammes (une ou deux cuillerées à bouche).
La provenance du vin n’a par elle-même aucune importance thérapeutique; mais tous les vins ne sont pas également bien supportés par l’estomac. Certains sujets tolèrent plus facilement le vin de quinquina au bordeaux; d’autres, les vins dépouillés de principes astringents, tels que les vins de Madère et de Malaga.
Quelques personnes ne peuvent point supporter le vin à jeun. Alors, au lieu de le prescrire avant le repas, on doit le faire prendre immédiatement après.
Les toniques amers sont rarement employés dans la chlorose sous la forme de teintures. Quand ori a
NONAT, . — rHI.OROSR.
1/iO TRAITEMENT DE LA CHLOROSE SIMPIÆ.
recours à ces préparations, on les donne, soit dans une potion appropriée, soit plus simplement dans une petite quantité d’eau sucrée, immédiatement avant ou après le repas, à la dose d’une ou de deux cuillerées à café.
Il est des malades qui ne peuvent tolérer ni les poudres, ni les teintures, ni les vins amers. On a recours alors aux préparations suivantes :
I Macérations. — On fait macérer pendant deux ou trois jours 30 grammes de quinquina concassé, ou de copeaux de quassia amara, ou de racine de gentiane dans un litre d’eau, et l’on prend un demi- verre de cette préparation un peu avant le repas. Depuis quelque temps on a imaginé des gobelets de quassia amara qui remplacent avantageusement la macération de cette substance. On les emplit d’eau ou de vin, que l’on boit au bout d’un quart d’heure ou d’une heure, suivant le degré d’amertume qu’on veut obtenir. Assez souvent on se sert de ces gobelets pendant les repas.
Extraits. — Us s’administrent en pilules, depuis 20 centigrammes jusqu’cà 1 gramme.
Sirops. — Les sirops de gentiane, de quinquina et d’écorce d’oranges amères se prennent à la dose d’une à deux cuillerées à bouche, soit purs, soit mélangés avec de l’eau ou avec quelque infusion aromatique.
C’est principalement sous cette forme qu’il convient d’admimstror les amers aux enfants.
TRAITEMENT DE LA CHLOROSE SIMPLE, Mil
En général, on ne prescrit les préparations amères aux enfants chlorotiques qu’après l’Age de quinze à dix-huit mois. On commence par une cuillerée à café matin et soir; on augmente graduellement la dose à mesure que l’enfant grandit.
Toniques diffusibles.
Je me borne à mentionner ici le vin et les boissons fermentées, dont il sera question bientôt, à l’occasion du régime. 11 me suffit de dire, dès à présent, que le vin, le bon vin est toujours utile aux malades atteints de chlorose simple. Le café et le thé sont quelquefois avantageusement employés aussi pour produire une stimulation générale de l’économie et secouer l’espèce de torpeur ou d’engourdissement qui caractérisent certains chlorotiques.
Quant à la teinture de cannelle et aux infusions aromatiques de menthe, de mélisse, de camomille, d’absinthe, d’armoise, de sauge, d’angélique, etc., on les donne lorsqu’il est nécessaire d’exercer une action stimulante à la fois locale et générale. Ces substances ont, en effet, le privilège d’agir sur les organes digestifs à la manière des toniques, sans produire toutefois une action aussi durable, c’cst-à-dirc d’activer passagèrement les fonctions de ces organes, et en même temps de déterminer une réaction générale souvent favorable.
fl est rare qn’on les prescrive d’une manière conlinne ou prolongée. Ordinairement ils sont administrés soit pour remplir une indication pressante et actuelle, soit pour satisfaire à une indication plus durable, mais toujours assez bornée.
Les toniques diffusibles se prennent tantôt à jeun, comme la camomille, la mélisse, la sauge, l’armoise, l’angélique, etc.; — tantôt pendant le repas, comme le vin ; — tantôt à la fin du repas, comme le café, les liqueurs, telles que l’anisette, le curaçao, la cbartreuse, etc.; — tantôt enfin, une ou plusieurs heures après le repas, le plus souvent trois heures, c’est-àdire vers la fin de la digestion stomacale, comme le thé et les autres infusions aromatiques déjà citées.
Ces substances sont données ordinairement en boisson ; mais dans quelques cas spéciaux, on peut les administrer en lavement. On a recours particulièrement aux lavements vineux, préconisés par Aran, lorsque l’estomac, en raison de son extrême irritabilité, tolère difficilement le vin. Ces lavements se composent soit de trois parties d’eau et d’une partie de vin, soit de parties égales d’eau et de vin. On doit choisir de préférence le vin de Bordeaux. Inutile de dire qu’il faut préalablement débarrasser le rectum à l'aide d’un lavement simple.
Le pouvoir absorbant de la muqueuse du gros intestin justifie ce mode d’administration du vin et en explique l’efticaeité.
Toniques névrosténiques.
Les préparations de noix vomique, de strychnine, de briicine, de fève de Saint-Ignace ou de fausse angusture conviennent rarement aux chlorotiques.
Elles sont formellement contre-indiquées lorsqu’il existe un éréthysme nerveux très-prononcé.
Mais elles peuvent être utiles au contraire pour combattre une atonie locale ou une prostration générale et pour réveiller les forces organiques qui concourent aux fonctions de l’hématose.
La noix vomique se prescrit sous forme de poudre, à la dose de 1 à 3 centigrammes; d’extrait, à la dose de 5 à 10 milligrammes; de teinture (rarement employée à l’intérieur) à la dose de 1 à 2 gouttes.
La strychnine et le sulfate de strychnine se donnent à la dose de 1 à 5 milligrammes, en solution aqueuse, en pilules, en sirop ou en poudre, mélangés avec du sucre.
La brucine s’emploie à une dose plus élevée que la strychnine (de 5 à 10 milligrammes).
On a rarement recours à la fausse angusture et à la fève de Saint-Ignace. Ces substances s’administrent à peu près aux mêmes doses et de la même manière que la noix vomique.
Les préparations strychiiccs doivent être prises soit
150 TRArfliMliNT 'DK LA, QIILQROSK SIMPLE.-
au moment même du repas, soit dix minutes ou un quart d’heure avant.
L’emploi de ces agents dangereux réclame une vigilance scrupuleuse. Il faut commencer par les plus petites doses et n’augmenter que progressivement et avec la plus grande circonspection, en ayant soin d’en surveiller attentivement les effets. Il est nécessaire de ne pas insister longtemps sur ces remèdes ; on doit en suspendre ou en interrompre l’usage dès qu’ils ne sont plus indiqués d’une manière formelle.
L’administration de ces médicaments à l’intérieur peut être remplacée quelquefois avec avantage par leur application externe, sous forme de pommades ou de teintures, employées en frictions soit sur le rachis, soit sur la région abdominale.