‹ Traite theorique et pratique de la chloroseChapitre 26 sur 38 · II. — médication externe · texte numérisé non relu

II. — médication externe

Indépendamment des agents thérapeutiques qui viennent d’être exposés et qui, administrés à l’intérieur, agissent soit localement pour activer les fonctions digestives, soit sur la crase même du sang après avoir été absorbés, il est encore une série de moyens destinés à modifier l’économie par l’action énergique qu’ils exercent sur l’enveloppe cutanée, sur le système musculaire, sur la circulation et sur l’innervation. Telles sont la balnéothérapie et la gymnastiiiuc, dont je ne par-

IHAlTliMliNi DE 1-A CIILUUOSE SIMPLE. 151

lerai, bien eiilendii, (jii’au [)oint de vue particulier du traitement de la chlorose.

Bnliiéotliêrapie .

Envisagée sous ce rapport spécial, la balnéothérapie a pour but de relever les forces de l’économie et d’imprimer aux fonctions organiques une plus grande activité.

Elle comprend : les bains simples ou composés, les bains de piscine, les bains de rivière, les bains de mer, les bains thermaux, l’hydrothérapie et ses différents procédés.

Bains simples. — Pour être efticaces dans la chlorose, ces bains doivent être de courte durée et pris à une température peu élevée.

Les bains chauds produisent un effet débilitant et entièremeat opposé à celui qu’on cherche à obtenir; et, sauf quelques exceptions, ils ne conviennent pas aux chlorotiques.

Les bains frais, au contraire, déterminent sur la peau une action stimulante qui, transmise de la périphérie aux centres nerveux, retentit dans tous les organes, ef, par une réaction salutaire, leur donne l’activité fonctionnelle dont ils ont besoin.

La température des bains si?riplcs frais varie entre

26 et 30 degrés centigrades, suivant les saisons, suivant les âges et les dis[)Ositions individuelles.

Toutes choses égales d’ailleurs, les bains frais sont mieux tolérés dans les saisons chaudes que pendant les saisons froides. Aussi doit-on n’y avoir recours qu’avec une grande prudence en hiver.

Les enfants sont généralement très-sensibles à l’impression du froid, et chez eux la réaction est lente à s’établir. De là peuvent résulter des accidents sérieux, caractérisés surtout par des congestions viscérales ou même des phlegmasies aiguës. Aussi l’emploi des bains frais dans l’enfance commande-t-il une extrême réserve. On ne doit y avoir recours que très-rarement et seulement pour les chlorotiques de la seconde enfance, ceux qui ont atteint l’âge de dix ans au moins.

Il est nécessaire de procéder encore avec ménagement à l’égard de certains sujets qui, en dehors de toute intluence d'âge et par le seul fait de leur disposition organique, manifestent une répugnance trèsmarquée pour l’eau froide. Il serait imprudent de chercher à triompher brusquement de cette répugnance; il faut s’efforcer de la vaincre {)rogressivement, en accoutumant peu à peu l’économie au contact de l’eau fraîche.

Chez les enfants et chez les adultes doués d’une certaine susceptibilité, tels (pie ceux dont je viens de parler, on parvient à établir la tolérance en leur fai-

saut prendre des bains gradués, dont la température est abaissée d’une manière progressive, en commen- (,'ant par la température des bains ordinaires (35 degrés centigrades) et en descendant degré par degré jusqu’à celle des bains frais (26 degrés cenli-' grades).

Outre la température il importe, pour arriver à des résultats utiles, de tenir compte de la durée des bains frais. La réaction se produit d’autant plus vite et d’autant plus sûrement que la durée du bain est plus courte. Un bain frais prolongé déprime les forces, engourdit le système nerveux et retarde ou entrave la réaction.

La durée la plus ordinaire des bains frais varie entre cinq et quinze minutes.

Ici encore il est essentiel de prendre en considération l’âge et la susceptibilité individuelle, et de proportionner la durée du bain au degré de tolérance des malades.

La durée des bains frais doit encore varier suivant leur température. Plus le bain est froid, moins il doit être prolongé, et vice versâ.

Immédiatement après la sortie du bain, on s’efforce de rappeler la chaleur vers la surface cutanée et de bâter le moment de la réaction, en pratiquant sur la peau des frictions avec un linge sec et rude, en enveloppant le malade dans un dra() convenablement chauffé, ou mieux encore dans une couverture de

ibk TRAITEMENT DE LA CHLOROSE SIMPLE.

laine. Une promenade, un exercice modéré sont encore des moyens propres à favoriser la réaction.

Bains de piscine. — Ces bains, qui présentent les mêmes conditions de température que les bains ordinaires, ont sur eux l’avantage de permettre au malade des mouvements qui s’opposent à un abaissement trop brusque de la chaleur du corps, rendent moins pénible l’impression de l’eau froide et disposent l’économie à une réaction plus rapide.

Les bains de piscine doivent donc être préférés aux bains ordinaires, toutes les fois qu’il est possible d’y avoir recours.

Les règles que nous avons posées pour les bains ordinaires sont applicables aux bains de piscine.

Bains de rivière. — Ces bains sont également utiles aux chlorotiques toutes les fois qu’aucune lésion n’en contre-indique l’emploi. Il est superflu de dire qu’ils ne doivent être prescrits que dans les saisons chaudes et lorsque l’eau des fleuves et rivières a atteint une température de 18 à 20 degrés;

Il résulte du courant de l’eau et de son renouvellement incessant une plus grande déperdition de calorique à la surface du corps, une sensation de froid plus intense et plus répétée et, par suite, une stimulation générale plus énergique. Mais pour que cet effet salutaire se produise, il faut que le bain soit de courte

durée et qu’il ne se prolonge pas au delà de huit ou dix minutes. Le malade peut séjourner plus longtemps dans l’eau s’il exécute des mouvements actifs et surtout s’il peut se livrer à l’exercice de la natation. Encore doit-il éviter la fatigue et ne pas dépasser vingt ou trente minutes.

Les frictions, la marche, les mouvements, que j’ai recommandés plus haut, ajoutent également à l’efficacité des bains de rivière.

Les bains de piscine et les bains de rivière conviennent surtout aux jeunes gens et aux adultes ; mais on peut aussi les prescrire aux enfants dès l’âge de deux ou trois ans, lorsque l’état de leur constitution le permet, et à la condition de ne pas en prolonger la durée au delà de deux ou trois minutes.

Je n’ai pas besoin de répéter ce que j’ai dit à l’occasion des bains ordinaires sur la nécessité de tenir compte des susceptibilités individuelles et de recourir à des précautions spéciales pour triompher de la répugnance de certains malades, et amener chez eux une sorte de tolérance suffisante.

Chez quelques chlorotiques, la faculté de calorification est tellement abaissée, qu’ils ne sont pas en état de supporter une soustraction trop grande et trop subite de chaleur. Ces sujets, à peine plongés dans l’eau froide, sont saisis d’un froid violent, deviennent cyanosés comme si la circulation était sidérée, et l’on éprouve souvent les difficultés les plus grandes à réta-

blir chez eux le cours du sang, à ramener la chaleur et à combattre cet état d’asphyxie imminente. Dans ces cas, les bains froids doivent être formellement proscrits.

Bains composés. — Les bains composés agissent non-seulement par leur température, mais surtout par les substances médicamenteuses qu’ils renferment. Leur action varie suivant la nature de ces substances, qui, pour le traitement de la chlorose, doivent être choisies exclusivement parmi les agents de la médication tonique.

Ces bains, empruntant leur eflicacité plus encore à leur composition qu’à leur température, doivent être assez chauds pour que le malade puisse y séjourner au moins une demi -heure. — Leur température habituelle varie entre 32 et 34 degrés centigrades.

Les bains composés conviennent aux cldorotiques qui supportent difficilement l’impression de l’eau froide. Ils remplacent utilement les bains froids pendant l’hiver.

Les substances le plus habituellement employées sont : les plantes ou espèces aromatiques (sauge, lavande, romarin, menthe, etc.); les balsamiques (essence de térébenthine); le sel marin ; le carbonate de soude; le sulfate de fer; le polysulfure de potassium (bains sulfureux); le carbonate ou l’acétate d’ammoniaque; la gélatine (bains gélatineux); le sulfure

tle potassium et la gélatine associés (bains gélatinosulfureux); le vin ou le marc de raisin; le vinaigre; l’alcool ; la moutarde (bain sinapisé); le sel de Pennés.

Toutes ces variétés de bains n’ont pas une importance égale et ne sont pas employées avec la même fréquence dans la chlorose simple. Ceux auxquels on a recours le plus généralement dans ce dernier cas, sont, sans contredit, les bains salés, les bains alcalins, les bains ferrugineux, les bains sulfureux et les bains de Pennés, qui, grâce à une heureuse association, renferment à la fois des agents aromatiques, balsamiques et salins.

On varie les doses des substances dans les bains suivant l’âge des sujets et l’intensité des effets qu’on veut obtenir. Les doses maæima sont : pour le sel marin, 2kilogrammes; pour le carbonate de soude, 500 grammes; pour le sulfate de fer, 500 grammes; pour le polysulfure de potassium, 125 à 150 grammes; pour les bains de Pennés, 250 grammes.

Les bains aromatiques, balsamiques, sinapisés, vineux, alcoolisés, ammoniacaux, s’emploient beaucoup plus rarement dans la chlorose, et presque toujours pour satisfaire â quelque indication particulière, comme il arrive dans la chlorose compliquée.

Hydrothérapie. — Nous ne saurions mieux faire, pour poser nettement les indications de l’hydrothérapie et pour en déterminer le rôle véritable et le mode

d’action dans la chlorose, que de rappeler ici quelques-uns des principes énoncés dans le remarquable Traité de M. L. Fleury :

« C’est à titre d’agent excitant, dit ce médecin, que l’eau froide doit être mise en usage contre la chlorose, et son effet sédatif doit être évité avec soin, sous peine de faire beaucoup plus de mal que de bien aux malades. Pour obtenir Faction excitante, il faut que la température de l’eau soit suffisamment basse (8 à 12 degrés centigrades), et que les douches soient puissantes, afin que l’effet si utile, si nécessaire de la 'percussion vienne s’ajouter à celui du froid^ pour provoquer la réaction. Il faut que la durée des applications, générales ou partielles, d’eau froide soit constamment proportionnée à la puissance de réaction du sujet ; car cette réaction est l’instrument exclusif de la guérison : si elle ne se produit point, le traitement reste complètement inefficace, ou devient même la cause d’accidents plus ou moins graves. »

Comme on le voit, ces principes sont entièrement en harmonie avec ceux que nous avons nous-même établis plus haut.

M. Fleury accorde une préférence marquée à l’emploi des douches froides dans le traitement de la chlorose. On ne saurait nier, en effet, la supériorité thérapeutique de ce procédé, qui agit tout ensemble par la température de l’eau et par l’effet mécanique de la percussion sur le tégument externe, d’où résulte une

double intliience sur le réseau capillaire d’une pari et sur la périphérie nerveuse d’autre part. A ce titre, les douches conviennent principalement dans les cas rebelles, où des moyens plus simples n’auraient aucune efficacité.

Les douches doivent être administrées chez les chlorotiques sur toute la surface du corps. On obtient ce résultat soit par la douche en pluie, soit par la douche en jet promenée successivement et avec rapidité sur toutes les régions de la peau, en commençant par les extrémités inférieures.

Souvent on donne simultanément ces deux sortes de douches.

La durée de la douche varie, suivant le degré de susceptibilité des sujets, depuis quelques secondes jusqu’à une, deux et trois minutes au plus.

La température de l’eau, selon M. Fleury, doit être de 8 à 12 degrés centigrades. Nous croyons que cette règle souffre des exceptions, et que pour quelques chlorotiques trop impressionnables à l’action de l’eau froide, il est utile d’en graduer la température, conformément aux préceptes que nous avons formulés plus haut à l’occasion des bains froids.

Les douches doivent être répétées tous les jours, quelquefois même matin et soir, et continuées pendant un ou plusieurs mois, suivant le degré d’intensité de la maladie et les effets produits.

11 est parfois nécessaire de suspendre le traitement

hydrothérapique, afin de laisser reposer le malade pendant quelques jours et de pouvoir mieux observer ainsi les résultats obtenus. Puis on reprend, s’il y a lieu, l’emploi des douches, qu’on interrompt de nouveau, au bout d’un temps plus ou moins long; enfin on continue cette médication intermittente jusqu’à ce que l’équilibre des fonctions soit rétabli et que le malade ait recouvré toutes les apparences de la santé.

Les premières douches produisent habituellement une impression générale désagréable, une suffocation pénible, et chez quelques malades des palpitations de quelque durée Ces effets, à peu près inévitables, ne doivent pas faire renoncer à l’usage des douches; ils ne tardent pas à disparaître, et avec un peu de persévérance et de résolution les individus les plus pusillanimes s’accoutument bientôt à l’impression vive et subite de l’eau froide. Pour arriver plus facilement à ce résultat, on peut conseiller aux malades d’incliner la tête en avant au moment de la douche.

Mais il est un autre genre de répugnance qu’on pourrait appeler organique, bien différent des phénomènes précédents, et dont il a déjà été question à propos des bains à basse température. Je veux parler de l’intolérance du froid, intolérance caractérisée par le défaut absolu de réaction , et qui chez quelques sujets peut provoquer des symptômes inquiétants d’asphyxie commençante. 11 serait imprudent en pareil cas d’insister sur l’usage des douches froides: il vaut

TRAITEMliNT DE LA CHLOROSE SlMl'LE. 'IGl

mieux les siisixMidre momeiilanémeiii. et n’y recourir (l’une manière définitive qu’après avoir modifié la sensibilité cutanée, familiarisé l’organisme au contact du froid et éveillé la faculté de réaction par l’emploi de l’eau, à une température graduée et sous des formes diverses, telles que les frictions, les lotions, les ablutions, les affusions, les douches même; mais, je le répète, avec de l’eau abaissée progressivement de 25 à 15 ou 12 degrés centigrades.

Les douches doivent être prises à jeun ou à une distance assez éloignée du repas pour que la digestion soit complètement achevée. Prises dès le matin, elles semblent exercer une action plus énergique, une stimulation plus marquée; elles disposent favorablement l’esprit et le corps au travail et aux occupations de la journée. Administrées quelque temps avant le repas, soit une heure , soit une demi-heure , elles ouvrent l’appétit, aiguillonnent les divers appareils de la vie végétative et produisent une excitation très-avantageuse à l’ensemble des fonctions de nutrition.

Doit-on suspendre l’administration des douches, chez les femmes, pendant l’époque menstruelle? Cette question a été résolue négativement par quelques liydrothérapistes et notamment par M. Fleury. Ces médecins affirment qu’on peut impunément continuer les douches froides, malgré la menstruation. Je ne veux pas contester la réalité de celle assertion ; mais, quelque confiance que m’inspire l’autorité des méde-

Page 1