NON AT. CHLOROSE
oins qui ont acijuis une grande expérience en hydrothérapie, je crois qu’il vaut mieux s’abstenir pendant la période des règles, afin de ne pas s’exposer aux accidents quelquefois très-graves d’une suppression. On peut toujours interrompre le traitement hydrothérapique sans inconvénients ; tandis qu’on pourrait, en le continuant pendant les règles, faire courir aux malades les risques d’une hématocèle, d’un phlegmon péri -utérin ou d’une répercussion congestive vers l’appareil respiratoire, les séreuses, les centres nerveux, etc.
J’ai déjà insisté sur la nécessité de favoriser ou de provoquer la réaction après les bains froids, soit par des frictions sèches et rudes à la surface du corps, soit par l’exercice, la marche, les mouvements actifs. Ces .précautions sont principalement utiles après les douches froides. Rien ne peut contribuer plus puissamment à leur efficacité qu’un exercice modéré, comme une promenade d’un quart-d’heure ou d’une demiheure, faite en plein air, toutes les fois que le temps le permet.
Les douches telles que nous venons de les décrire, ou douches excitantes, constituent le moyen le plus actif de l’hydrothérapie dans le traitement de la chlorose.
Mais il est des procédés plus simples, plus commodes, d’un usage pour ainsi dire plus familier, et auxquels on a recours lorsque la chlorose est peu
intense, on encore lorsque les malades ne peuvent pas aller prendre de douches dans un établissement spécial. Ces procédés consistent en lotions, ablutions, frictions humides, enveloppement, affusions, immersions.
Les lotioîis ou ablutions se font à l’aide d’une serviette ou mieux d’une éponge, imbibées d’eau tiède, fraîche ou froide, que l’on passe rapidement sur toute la surface du corps en commençant par la face et en continuant successivement par les membres supérieurs, les membres inférieurs, la partie postérieure et enfin la partie antérieure du tronc.
Ces lotions doivent se faire promptement et ne pas durer plus de deux ou trois minutes.
On gradue la température de l’eau suivant l’âge, les susceptibilités individuelles et les saisons. Les ablutions conviennent aux enfants, même aux enfants en bas âge, mais â la condition expresse de se servir d’abord d’eau tiède et de n’en abaisser la température que d’une manière lente et progressive.
Souvent, au lieu d’eau simple, on a recours â de l’eau rendue légèrement excitante par l’addition d’une certaine quantité de sel marin, de vinaigre, d’eau de Cologne, etc.
Les frictions humides excitantes ne diffèrent des lotions qu’en ce que, au lieu de promener doucement l’éponge ou la serviette mouillée à la surface du corps, on frotte la petiu avec un linge rude ou une éponge
16/j TRAITEMENT DE LA CHLOROSE SIMPLE.
grossière. Dans ce procédé, on ajoute à l’action de l’eau froide l’influence d’une excitation mécanique, d’où résulte une réaction plus énergique et plus prompte.
Les frictions doivent donc être préférées aux ablutions chez les chlorotiques très-affaiblis et chez lesquels la peau est douée d’une vitalité peu développée.
V enveloppement humide, tel qu’il doit être employé chez les chlorotiques, consiste à entourer le malade d’un drap mouillé et fortement exprimé. Cette application ne doit durer qu’une ou deux minutes.
On se sert d’eau à 15 ou 18 degrés, soit pure, soit additionnée d’une substance stimulante, particulièrement de sel marin.
L’enveloppement se distingue des moyens précédents en ce que l’application du froid a lieu simultanément et d’une manière instantanée sur toutes les parties de la peau; de là une impression plus vive et une stimulation plus grande du système nerveux.
L’enveloppement, comme les frictions, doit être préféré aux lotions, chez les sujets profondément débilités et toutes les fois qu’il est nécessaire de provoquer une réaction difficile à obtenir par les autres procédés.
[.es affusions se font en versant sur le corps du malade, d’un seul trait et d’un lieu plus ou moins élevé, soit en lame, soit en pluie, à l’aide d’un seau ou d’un arrosoir, un ou plusieurs litres d’eau froide, dont la température varie entre 8 et 18 degrés. Ce
moyen agit à la fois par le choc et par la température du liquide. On conçoit tout le parti qu’on peut tirer de ce procédé dans le traitement de la chlorose. C’est, après les douches froides, l’agent le plus efficace de l’hydrothérapie; on l’emploie dans les mêmes circonstances et pour satisfaire aux mêmes indications.
Dans Vimmersion froide, le malade se plonge luimême, ou, s’il est trop faible, est plongé par des aides dans une masse suffisante d’eau à une basse température. Cette immersion doit être opérée brusquement et répétée deux ou trois fois de suite.
L’immersion est à l’affusion ce que le drap mouillé est à la lotion. En effet, son action est instantanée et générale; mais elle est beaucoup plus énergique en raison de la soustraction plus grande de calorique et de l’impression plus vive qui en est le résultat.
Les bains russes et les bains écossais produisent généralement de bons effets dans la chlorose. Ils consistent, comme on sait, à administrer une douche générale, chaude, soit d’eau, soit de vapeur, et à la faire suivre immédiatement, soit d’une douche, soit d’une affusion, d’une immersion froide, etc.
Celte médication est très-efficace et doit être préférée, chez les chlorotiques qui ne possèdent pas une assez grande puissance de réaction pour tolérer l’impression immédiate de l’eau froide.
Bains de mer. — Les bains de mer sont employés
souvent et avec avantage dans le traitement de la chlorose. Comme les bains de rivière, ils exercent sur l’économie une action stimulante en vertu de leur basse tempéi’ature; mais ils possèdent, en outre, des propriétés toniques reconstituantes qu’ils doivent aux substances salines tenues en dissolution dans l’eau de mer et en particulier au chlorure de sodium.
L’atmosphère maritime contribue aussi d’une manière puissante à relever les forces des malades. Le séjour aux bords de la mer suffit, dans beaucoup de cas, pour éveiller l’appétit, faciliter les digestions et imprimer une activité insolite à toutes les fonctions organiques.
Les bains de lame ou les bains d’immersion, pris dans la mer même, sont les plus actifs et les plus efficaces. On doit les prescrire toutes les fois que l’âge et l’état des chlorotiques le permettent.
Mêmes précautions à prendre que pour les bains de rivière : courte durée, de deux à cinq minutes ; mouvements dans l’eau; frictions; exercice, promenade à la sortie du bain.
11 est avantageux de répéter ces bains tous les jours et même deux fois par jour, quand aucune contreindication ne s^y oppose. Dans le cas contraire, lorsque, par exemple, les malades sont trop affaiblis, lorsque la réaction s’opère incomplètement ou que la tolérance est trop lente à s’établir, on laisse entre chaque bain un intervalle de un, deux ou trois jours.
TRAITEMENT DE LA CHLOROSE SlMl’LE. 167
Quant aux chlorotiques qui ont pour l’eau froide une répugnance invincible, ceux surtout qui y sont, pour ainsi dire, entièrement réfractaires, ils doivent commencer par prendre les bains de mer dans une baignoire, à une température graduée, selon les préceptes posés ‘à l’occasion des bains de rivière. Cette précaution est à peu près indispensable pour les en fants et pour beaucoup de jeunes filles très-débilitées.
L’eau de mer peut être administrée par les divers procédés hydrothérapiques énumérés plus haut. On comprend combien l’application de ces procédés, de la douche surtout, peut ajouter d’efficacité à la médication hydro-maritime de la chlorose.
La saison des bains de mer se compose ordinairement de vingt à vingt et un bains. Pour quelques malades une saison suffit; pour d’autres il est utile de prescrire deux ou même trois saisons, séparées chacune par un intervalle ou repos de huit ou quinze jours.
Le choix de la station n’est pas sans importance, en raison des différences de température de l’air et de l’eau. On envoie de préférence sur les bords de la Méditerranée (Cette, Hyéres, Toulon, Nice, Marseille, etc.), ou bien sur le littoral du sud-ouest de la France (Royan, Biarritz, Bayonne, Arcachon, etc.), les chlorotiques délicats, très-impressionnables au froid, ou prédisposés aux affections des bronches. Mais toutes les fois que les sujets peuvent sup[)orter sans iricoii-
vénient l’impressioa d’une température moins élevée, il vaut mieux les envoyer dans les stations placées sur le littoral de l’ouest et du nord, depuis Roehefort jusqu’à Boulogne et Ostende (la Rochelle, les Sablesd’Olonne, Pornic, Brest, Saint-Malo, Cabourg, Trouville, le Havre, Fécamp, Étretat, Dieppe, Saint-Valéry, Tréport, etc.).
Les mois de juin, juillet et août sont les mieux appropriés aux bains de mer. Ces bains peuvent encore se prendre pendant le mois de septembre dans les stations du midi, et même dans les stations du nord et de l’ouest, quand les années sont chaudes et que l’automne n’est qu’une prolongation de l’été.
Les années les plus favorables aux bains de mer sont celles où les saisons sont régulières, où l’été est sec et chaud, celles où dominent les vents d’est, nordest et sud-est. Il est difficile, en général, de tirer un profit sérieux et réel de ces bains pendant les années humides et pluvieuses , lorsque l’atmosphère est épaisse, chargée de vapeurs d’eau et que régnent les vents d’ouest, sud-ouest et nord-ouest.
L’état météorologique doit donc être pris en considération avant d’envoyer sur les bords de la mer un malade atteint de chlorose.
Eaux minérales.
Les eaux minérales sont employées dans la chlorose.
soit en boisson, soit en bains, soit des deux manières simultanément.
Les eaux chlorurées sodiques et les eaux sulfurées ne s’administrent qu’à l’extérieur, tantôt en bains, tantôt en douches.
Telles sont, pour les premières, les eaux de Salins, de Bourbonne-les-Bains, de Niederbronn, de Luxeuil, en France; de Kreuznach, de Nauheim, de Wiesbaden,deHombourg, deKissingen, de Carlsbadt, etc., en Allemagne.
Ces eaux, par leur composition et par la prédominance du chlorure de sodium, se rapprochent de l’eau de mer, l’eau de Salins surtout, qui renferme une proportion très-élevée de sel marin.
Ces eaux conviennent principalement aux chloroti(}ues trop délicats, trop débilités ou trop impressionnables pour supporter soit les bains de rivière, soit les bains de mer.
Lorsque la chlorose coïncide avec un tempérament lymphatique, on choisit de préférence les eaux de Salins ou de Kreuznach, en raison des propriétés S[)éciales qu’elles doivent à la présence des bromures et des iodures.
Les eaux sulfureuses sont d’une incontestable utilité dans le traitement de la chlorose simple, à cause de l’influence excitante et tonique qu’elles exercent sur l’économie. Mais pourtant clics sont rarement employées quand il n’existe aucune complication qui en
indique formellement l’usage. Nous renvoyons, pour ce qui concerne ces eaux, au chapitre suivant, consacré à la thérapeutique de la chlorose compliquée.
Les eaux qui s’emploient également en bains et en
boisson dans le traitement de la chlorose sont les eaux ferrugineuses, ou les eaux alcalines ferrugineuses.
Nous citerons parmi les premières : Spa, Bussang, Passy, Auteuil, Orezza ; parmi les secondes : Vichy, Néris, Vittel, Condillac.
Les bains d’eaux ferrugineuses ou alcalines ferrugineuses doivent être à une douce température et de courte durée, une demi-heure généralement. On en prescrit un ou deux par jour.
La plupart de nos stations minérales possèdent aujourd’hui des appareils hydrothérapiques qui permettent d’ajouter à l’administration des bains l’action bienfaisante de la douche.
A l’intérieur, les eaux dont je parle se prennent soit pendant les repas, soit h jeun et entre les repas.
Dans les stations thermales il est d’usage de boire le matin à jeun et souvent après midi, une heure ou deux avant le dîner. L’eau est prise à la source même, ou à la buvette, soit pure, soit coupée avec un peu de lait, édulcorée [avec du sirop, ou mélangée à une autre eau minérale. 11 est quelquefois nécessaire, suivant la température, de la laisser refroidir, ou de la tempérer par l’addition d’une quantité suffisante d’eau ou de lait chaud. En général, les malades boi-
vent un, deux, trois verres au plus, dans chaque séance.
Quant aux eaux transportées et prises à domicile, on peut les prescrire suivant les mêmes règles; mais, le plus ordinairement, elles sont bues pendant les repas avec le vin. Beaucoup de malades tombent alors dans un excès qu’il importe de combattre. Si on veut obtenir des eaux minérales prises pendant les repas un effet utile, et éviter les inconvénients ou les dangers de l’abus, il faut en doser la quantité soigneusement, surtout si les malades ont l’habitude de boire d’une manière copieuse. Alors, on prescrit, suivant les conditions d’âge et de tempérament du sujet, suivant le degré de la maladie, suivant aussi la provenance de l’eau et la proportion de sel ferrique ou ferreux qu’elle renferme, on prescrit, dis-je, un quart de bouteille , une demi-bouteille , rarement une bouteille entière par repas. 11 ne faut pas oublier détenir compte de la susceptibilité particulière des organes abdominaux chez la plupart des chlorotiques et des troubles faciles que la cause la plus légère peut souvent amener chez eux dans l’accomplissement des fonctions digestives.
Ci^mnastiqiic et exercices mnsciilaircs.
La gymnastique, avec tous ses procédés divers, a
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été préconisée aussi et utilement employée clans le traitement de la chlorose.
On ne saurait nier , en effet , l’influence efficace, avantageuse, qui peut résulter d’une semblable pratique, régulièrement et méthodiquement suivie.
Les exercices corporels, les mouvements étudiés et savamment dirigés, auxquels on peut soumettre les chlorotiques, ont pour résultat presque assuré d’activer la circulation générale, de slimuler les fonctions nutritives, de régulariser et d’aecroître le rhythme respiratoire, de favoriser conséquemment l’accomplissement des actes de l’hématose et de donner à l’économie une vigueur, une énergie qui lui manquent.
On peut donc avancer que la gymnastique, convenablement appliquée, n’est pas seulement un procédé hygiénique, mais un moyen direct, un moyen réellement thérapeutique contre la chlorose.
Je dis convenablement appliquée, car il importe de ne pas surmener les chlorotiques ; il faut ne leur imposer que la somme de mouvements que leur force peut accomplir sans être excédée. Autrement, la gymnastique devient une source de fatigue, une cause de palpitations de cœur; elle amène dans le système nerveux une dépression funeste, et dans les autres fonetions une perturbation profonde. Elle est alors plus nuisible qu’utile. Pour lui eonserver toute son
efficacité, on doit la prescrire avec mesure 'et sous la direction d’une personne éclairée.
Tous les e.xercices propres, comme la gymnastique, à développer les forces et à activer les fonctions musculaires sont utiles également dans la chlorose, sous la réserve expresse d’être modérés et appliqués dans de justes limites.
Les promenades au grand air, les excursions paisibles, les voyages accomplis sans fatigue, particulièrement dans des contrées agréables, sous des climats tempérés, peuvent concourir puissamment à l’amélioration des chlorotiques.
Rien n’est plus nuisible à ces malades que la vie sédentaire, les veilles prolongées, les excès de travail, les professions pénibles, les métiers fatigants, l’habitation de lieux bas, humides, sombres, mal aérés, mal insolés. Ces mauvaises conditions suffisent seules, on le sait, pour développer un état anémique qui, s’ajoutant à la chlorose, la rend plus grave et plus rebelle.