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IV. — DU MARIAGE ENVISAGÉ COMME MOYEN CURATIF DE LA CHLOROSE

Ceux qui considéraient et ceux qui considèrent encore la chlorose comme une maladie propre aux jeunes filles et résultant d’une puberté laborieuse, d’une

menstiTialion défecliieuse ou difficile, n’hésitent pas à conseiller le mariage, dans cette circonstance, en vue d’éveiller les fonctions de l’iitérus et de faciliter l’établissement régulier de la menstruation. J’ai exposé plus haut les raisons qui m’empêchent d’admettre le point de départ d’une semblable doctrine; je ne puis donc adopter, non plus, les conséquences qu’on en a déduites relativement au point de thérapeutique qui nous occupe. La chlorose étant, à mes yeux, la cause et non l’effet de l’aménorrhée ou de la dysménorrhée, je ne saurais regarder toujours le mariage comme un remède à cet état morbide.

Conformément aux idées que j’ai développées sur la nature de la chlorose, sur sa pathogénie, son origine, et sur ses rapports avec la menstruation, je crois, au contraire, que, dans la (rès-grande majorité des cas, un état de chlorose avancé, accompagné d’aménorrhée ou de dysménorrhée, doit être un motif d’ajournement plutôt qu’une raison déterminante pour le mariage.

En effet, une jeune fille franchement chlorotique, mal ou irrégulièrement réglée, est-elle dans des conditions normales pour se marier et pour devenir mère? Aura-t-elle les forces nécessaires et, si je puis dire, les qualités requises pour remplir les fins et le but de l’union matrimoniale? Et si elle devient enceinte, comment supportera- t-elle l’espèce d’aggravation que la grossesse détermine toujours dans la chlo-

rose? 11 est donc plus rationnel et plus conlorme assurément aux indications d’une saine médecine, de combattre d’abord l’état chlorotique, de reconstituer le sang appauvri, de relever les forces organiques, de donner surtout aux fonctions de l’utérus et des ovaires le stimulant physiologique et la régularité qui leur manquent. 11 importe enfin de placer la femme dans les conditions les plus favorables pour bien supporter les épreuves delà gestation, dont un des effets les plus constants encore une fois est d’augmenter l’appauvrissement du sang et d’aggraver les phénomènes chlorotiques.

Je crois, en conséquence, qu’il est prudent de ne pas conseiller prématurément le mariage aux chlorotiques, surtout si la chlorose est portée à un certain degré. 11 vaut mieux attendre que les progrès de l’âge et un traitement approprié aient apporté dans l’organisme des modifications avantageuses et remédié, autant que possible, aux troubles fonctionnels occasionnés par l’appauvrissement du sang et la débilité organique qui en est la suite.

Dans un seul cas, on peut avec avantage s’écarter de cette réserve, c’est lorsqu’on est consulté pour une jeune personne chez laquelle l’état chlorotique est entretenu ou aggravé par les tendances mélancoliques, les tristes préoccupations, la dépression morale, la langueur et le dépérissement où jette (luelqucfois un amour contrarié. En donnant satisfaction à des senti-

NONAT. — CHLOHOSE,

inenis péniblement contenus et douloiireu.sement concentrés, on fait cesser une cause très-active d’oppression fonctionnelle, et l’on tarit la source des troubles les plus profonds de l’innervation ; les forces organiques se relèvent, les fonctions reprennent leur équilibre normal ; les accidents nerveux se dissipent ; la santé du corps semble renaître avec la joie et l’épanouissement du cœur. Le mariage alors devient une prescription utile ; c’est un des moyens hygiéniques les plus efficaces contre ce genre de chlorose.

Toutefois n’exagérons pas sa valeur thérapeutique, même dans cette circonstance. Il faut le prendre comme un adjuvant de premier ordre, comme un auxiliaire par excellence ; mais il ne doit pas faire renoncer à l’emploi des préparations ferrugineuses, et des autres agents préconisés dans le traitement de la chlorose. Le mariage ne remplit qu’une seule indication ; les ferrugineux et les autres moyens antichlorotiques répondent à d’autres indications plus importantes et plus fondamentales encore.

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