‹ Traité théorique et pratique de la construction des batteries [Textbd.] [...]Chapitre 30 sur 50 · CHAPITRE XIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIÏ

Détails pratiques particuliers sur la construction des batteries de mortiers et pierriers.

Construction des batteries de mortiers oü de pierriers, suivant les auteurs militaires français.

Ce que nous avons dit de Fépaulement des batteries de mortiers au chapitre 111 de ce traité, ce que nous avons dit de leui^ plate-formes au chapitre V, enfin, ce que nous avons tu sur leur emplacement au chapitre 'YII , nous laisse peu de choses à ajouter sur les détails particuliers relatifs à leur consti*uc^on.

Les principes d’après lesquels on doit la conduire, sont les mêmes que pour les batteries de canon : l’épaulement étant sans embrasures, puisque les 'bombes se tirent toujours à quarante- cinq degrés, ou audessus, on peut et on doit même établir le terre-plein au-dessous du sol, afin d’épar-

gner IjS temps et le travail. La régularité du revêtement est beaucoup moins importante dans ces batteries que pour celles ‘qui sont percées d’embrasures, et il est rare qu’on y emploie des saucissons, du moins jiour la partie inférieure, qu’on revêt ordinairement eu gabions ; ou fera donc bien , en commençant le coffre, de laisser vers le côté intérieur un espace libre de terres pour le placement de ces gabions.

Si l’on était pressé, ou que l’on manquât de matériaux, on pourrait encore employer un procédé plus expéditif ; on s’enterrerait de 3 ou 4 pieds (i met. à i met. 5o cent.); on laisserait sans revêtement la partie du , sol qu’on aurait creusée; puis on soutiendrait le remblai par une seule rangée de gabions, en ayant soin de laisser une berme de 2 pieds (65 cent.) au moins pour les y établir solidement.

Lorsqu’on se servira de saucissons pour le revêtement du ©offre d’une batterie de mortiers, on pourra toujours y employer, pour les fixer, un nombre de piquets beaucoup moins considérable que pour les batteries de canon , attendu que la chemise du parapet a beaucoup moins à souffrir du

feu des pièces dans les premières batteries <jue dans les secondes.

L’objet auquel on doit le plus s’attacher dans les batteries de mortiers, c’est la censtruction des plate-formes; il faut qu’elles soient extrêmement solides pour résister à l’effort considérable qu’elles ont à supporter dans le tir ; il faut qu’elles soient parfaitement horizontales, pour ne point augmenter encore les causes déjà très-nombreuses d’inexactitude qu’on ne peut éviter dans le jet des bombes.

On a proposé un assez grand nombre de moyens, plus ou moins ingénieux ,pour relûédier à cet inconvénient des mortiers : l’un des procédés les plus simples et les plus faciles à mettre partout en pratique nous a paru être celui qui a été imaginé par M. le lieutenant-colonel Mallet de Trumilly, et auquel M. Arranger , sous-officier d’ouvriers, employé à l’atelier de précision , a apporté d’heureuses modiOcations. Ce motif nous engage à le faire connaître. •

,M. de Trumilly avait remarqué que ce qui rendait surtout incertain le tir dçs mortiers, c’était qu’on n’avait aucun moyen de se rectifier après chaque coup , puis-

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qu’ea remettant le 'mortier en batterie après le recul, rien n’indiquait qu’on le replaçât dans la même position qu’il occupait avant de tirer. Il imagina en conséquence de placer, sur l’entretoise de devant de l’affût, une aiguille fixe, et sur la plate-forme , en avant du mortier , deux piquets portant un arc de cercle, ou portion de cadran gradué, sur lequel se meut cette aiguille j à l’entretoise de derrière est fixée solidement une lunette, qui, lorsque le mortier est en batterie!*, correspond à un trou circulaire pratiqué dans une des lambourdes de la plate-forme J enfin, un boulon cbeville ouvrière traverse cette lunette , et, pénétrant dans le trou de la plateforme, sert en quelque sorte d’axe à tout le système, qui peut se mouvoir circulairemeut à l’entour.

Le mortier étant chargé et pointé comme à l’ordinaire, on remarque à quel degré du cadran correspond l’aiguille; on ôte la cheville Ouvrière , on met le feu , et l’on observe si le coup a porté dans la direction, ou s’il s’en est écarté à droite ou à gauche. Dans le premier cas, en ramenant le mortier en batterie, on le remet exactement

tians la même position, ce qui est facile au moyen de la cheville ouvrière, dii ca- '' dran et de l’aiguille; dans le second cas, on se corrige non moins facilement en se sei'vant du même appareil, et après deux ou trois coups, au plus, on parvient sûrement à trouver la vraie direction, > dont on ne peut plus s’écarter une fois qu’on l’a trouvée.

Les avantages de cette méthode sont inconlestahles, mais on lui a trouvé aussi quelques inconvénicns : la nécessité d’ôter ■ et de remettre à chaque coup la cheville ouvrière; le danger de voir la plate-forme entièrement détruite par l’effet du recul, si on oubliait une fois d’ôter cette cheville • avant de mettre lé feu; l’imjiossibilité où on se trouverait de remettre cette cheville > si la lambourde dans laquelle elle doit entrer sé trouvait dérangée; enfin, l’obligation où est le pointeur, de garder d’un coup à l’autre, dans sa mémoire, le chiffre marqué par l’aiguille sur le cadran. Les modifications proposées par M. Arranger ont pour objet de remédier à toutes ces dillicultés : au lieu d’une cheville ouvrière mobile, il emploie une cheville fixée dans une des lambourdes de la plate-forme, et haute seu-

lement de quelques pouces ; au lieu d’une lunette, l’entrétoise de derrière del’alFHt offre inférieurement un déiardement angulaire, dont le sommet de l’angle arrondi, situé du côté opposé à la bouche du mortier, est destiné à venir s’appuyer contre cette che- ' ville dans le tirj enfin, sur le limbe ou cadran gradué glisse, avec frottement, une espèce d’anneau, qui sert à marquer à chaque coup le point sur lequel s’est arretée l’aiguille de l’affût. On comprend , sans qu’il soit besoin d’entrer dans de plus longs détails, que cet appareil, qui conserve tous les avantages de celui de M. de Trumilly, ^n’eû a plus les inconvéniens , et nous sommes persuadés que son emploi augmenterait beaucoup la justesse et la promptitude du tir des mortiers.

Quelquefois, à défaut d’obusiers, on se sert de mortiers pour tirer à ricochet des bombes de huit pouces : le peu d’élévation du mortier sur son affût oblige alors à reculer beaucoup la bouche à feu et à percer des embrasures dans l’épaulement, de sorte que cette méthode est incommode, que le parapet est affaibli, et que les canonniers sont mal couverts^ il ne < faudra

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donc l’employer que quand on ne pourra pas faire autrement. Si on voulait tirer les mortiers sous de très-petits angles, sans cependant éloigner beaucoup les plate-formes de l’épaulement et sans percer d’embrasures, on pourrait le faire en établissant chacune de ces plate-formes sur un massif qui élèverait la bouche à feu au-dessus du terre-plein de la batterie. La longueur et la largeur de ce massif doivent excéder d’un pied (3o centim.) de chaquè côté la longueur et la largeur de la plate-forme, et son arête postérieure se raccorder avec l’intérieur de la batterie par un plan trèsincliné. Quant au devant et aux côtés du • massif, ils doivent être coupés verticalement, et si leur hauteur excède i8 pouces ( 5o cent.), on y pratiquera une marche de 2 pieds (65 cent.) de largeur pour la facilité de la manœuvre. Il est sans doute inutile d’observer que, si une batterie de mortiers devait être encaissée, et qu’on se proposât d’y élever les bçLuches à feu sur des massifs, il faudrait ménager ceux-ci dans le déblai , et établir la plate-forme sur le terrain naturel : elle n’en aurait que plus de soli dité et cela avancerait d’autant l’ouvrage.

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Les batteries de pierrlers se construisent absolument comme celles de mortiers, pour l’épaulement, les plate -formes, etc.

On les établit ordinairement à la troisième

parallèle, et dans le couronnement du chemin couvert, à 5o ou 6o toises (loo à lao mètres), au plus, de l’objet qu’elles doivent battre, -sur les capitales ou sur les prolongemens des ouvrages ennemis. . ;

Elles se construisent toujours dans une tranchée dont le fond du fossé leur sert de terre-plein.

Construction des batteries de mortiers suivant les artilleurs allemands.

Pour pouvoir observer le point où tombe rianchtsxiH la bombe de l’intérieur même de ces batteries, et souvent aussi pour pouvoir les défendre de front par un feu de mousqueterie, les artilleurs allemands donnent à leur parapet un talus de plus d’un pied (3o centimètres), et y ménagent une banq^uetle à 4’Z pieds (i mètre 5o centimètres),^ au-dessous de la crête de l’épaulement, puis, suivant la hauteur totale du parapet,

ils pratiquent deux ou trois autres banquettes au-dessous de celledà, et donnent à chaque gradin de i à i pied (3o à 5o cent. ) de hauteur et de largeur.

Ces banquettes doivent être tracées en même temps que le parapet, et toutes leurs dimensions convenablement marquées au moyen de piquets. On trace la direction de celle qui est immédiatement au-dessus du terre-plein de la batterie, en creusant une rigole de 5 pouces ( i5 cent. ) de profondeur, pour y placer un rang de saucissons, qui devront être enterrés de toute cette hauteur, afin que le plan supérieur de la banquette se trouve un peu incliné pour l’écoulement des eaux.

Nous avons vu, §. 3y, que la longueur d’une semblable batterie est déteiminée' non-seulement -d’après le nombre de mortiers dont elle doit être armée, mais encore d’après le nombre et la largeur des traverses qu’on veut y construire.

Les plate-formes y sont, pour l’ordinaire, également espacées entre elles, à' moins qu’on ne manque d’emplacement, auquel ' cas on serait obligé de les rapprocher par couples, en ne mettant* une traverse que

de deux en deux. On' trace ces plate-formes parallèlement à la direction de l’épaulement, tant que celle-ci ne fait pas avec la ligne de tir un angle de soixante degrés; mais, passé cette limite, il faudra tracer les plate-formes perpendiculairement à la direction de la ligne de tir. .

Si les traverses ne devaient servir qu’à' ' arrêter la flamme et les étincelles provevenant de l’explosion de chaque mortier, et à les empêcher de mettre le feu aux mortiers voisins, il suflirait de leur donner une élévation suffisante pour satisfaire à cette condition, et on pourrait les faire très-peu épaisses; mais, comme elles doivent aussi servir d’abri contre les éclats des bombes lancées par l’ennemi, il devient nécessaire de leur donner plu^ d’épaisseur, et particulièrement à celles qu’on aurait besoin de construire sur les flancs pour garantir la batterie des feux d’enfilade.

Les meilleures traverses sont celles qu’on runch# xin. construit au moyen d’un rang de gros gabions de 4 pieds ( i mètre 3o cent.) de diamètre; ils garantissent très-bien des éclats de bombes, pourvu qu’ils soient bien remplis, et garnis des deux côtés, à leur jonc-

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tion, de bouts de saucissons bien piquetés et renfoncés par destarts de retraite.

Ces sortes de traverses ont encore ces deux avantages, quelles sont construites très-promptement, et qu’ayant peu de largeur, elles obligent beaucoup moins que ■ - d’autres à alonger toute la batterie, ce qui en abrège la construction et doit être pris en grande considération , principalement s’il s’agit de batteries horizontales , pour lesquelles il faut aller chercher les terres au loin. >

Si la batterie devait être encaissée dans la tranchée, et que, la largeur de celle-ci n’étant pas encore suffisante pour le terreplein , on fût obligé de creuser à l’empla- ' cernent même des traverses, ce qu’on pourrait faire de mieux, serait de les tracer sur le sol, et de laisser subsister en ces endroits le terrain naturel. Après avoir creusé ainsi tout le l'este de la batterie jusqu’à la profondeur de 5 pieds (i mètre), pourdiminuer le ^ talus des traverses et pour ^donner plus de solidité , ou leur fait un punchexrv, revêtement de trois rangs de saucissons,

• ^ puis on place sur cette espèce de base un rang de gabions .de 5 pieds (i mètre)

de diamètre; ou bien on revêt la partie inférieure de quatre rangs de saucissons, et la partie supérieure de trois rangs seulement, piquetés à l’ordinaire; mais en laissant tout à l’entour de cette partie supérieure une berme d’un'pied, de largeur, «.nchexir,

Lorsqu’il ne parait pas nécessaire de laisser cette espèce de berme à l’entour des traverses , comme lorsqu’on les construit avec de gros gabions de 4 pieds ( i mètre 3o centimètres) de diamètre, les artilleurs allemands plantent dans leurs parois latérales quelques piquets de batterie, un peu inclinés vers le haut, et sur ces , piquets ils placent des planches , qui leur servent comme de tablettes , pour déposer différens menus objets employés. dans le service des mortiers , tels que quarts de cercle , éclisses, étoupes, etc.

.Dans ce cas , les traverses n’ont que 8 pieds (2 mètf*es 60 cent.) de largeur à leur base, au lieu de 10 pieds ( 3 mètres a5 c. ); leur épaisseur supérieure est toujours de 6 pieds (2 mètres), et la longueur ■ géné- ' raie de toute la batterie se trouve réduite d’autant de fois 2 pieds (65 cent.) qu’il y a de traverses, ce qui économise d’autant

Pltnche Xm fig. 3o.

les matériaux , et abrège le temps nécessaire pour la construction.

En déduisant du profil du parapet, tel , qu’il est représenté PI. XIII, fig. 3o ce qui existe déjà de la tranchée au moment où l’on commence la construction, le volume qui reste encore à remplir, o\xf c g h i k, est à peu près de 62 pieds cubes (environ 3 mètres 3o cent, cub.) pour 1 pied (Sa c.) de long, de sorte que,, pour une longueur d’épaulement de 4 pieds (i m,ètre 5o cent.),* il faut remuer environ 348 pieds cubes , (près de 9 mètres cubes) de terres.

De plus, pour une traverse formée d’un rang de trois gabions de 4 pieds ( 1 mètre 5o cent.) de diamètre, il faudra à peu près i5o pieds cubes (entre 6 et 6 mètres cubes) de terres. I

Pour une traverse formée d’un massif de terre revêtu en saucissons, U en faudra 5 10 pieds cubes (environ 11 mètres cubes).

Pour une traverse entièrement revêtue en saucissons, avec une berme tout à l’entour, il en faudra 35o pieds cubes (près de 1 3 mètres cubes). ^

Enfin, pour une traverse également re- ' vêtue en saucissons, mais sans berme, il en

faudra 280 pieds (ou un peu phis de 10 mè- 'Ires cubes).

Si l’on calcule, d’après ces données, le temps nécessaire pour la construction d’une batterie de mortiers, on verra qu’en supposant même que chaque atelier de travail- ■ leurs puisse donner 12 pieds cubes (ou un peu moins d’un demi-mètre cube) de terre-, ce ne serait qu’avec les plus grands efforts qu’on parviendrait à construire dans vingt- . quatre heures le parapet et les traverses.

■ Si cette batterie doit être encaissée, et qu’on veuille, en creusant le terre -plein, ménager les massifs des traverses, lorsque les travailleurs de la première ligne seront arrivés à la hauteur de ces traverses , ils devront se resserrer à 3 pieds ( i mètre) de ' distance l’an de l’autre, ou, ce qui varudrait encore mieux, on en formerait deux files, travaillant à 7 pieds (2 mètres 3o cent.) l’un de l’autre, et les bonnnes qui se tz'ouveraient de surplus' seraient employés à piqueter les saucissons ou à transporter les matériaux. "

Le nombre de travailleurs porté à la table du §. 60 serait loin toutefois de suffire, dans tous les cas, pour construire une bat-

terie de mortiers dans vingt-quatre heurès, si on voulait les charger en même temps d’apporter tous ces matériaux : il faudra donc alors prendre, à la chute du jour, un certain nombre de travailleurs supplémentaires, qu’on chargera de cette corvée. Il est impossible d’indiquer à l’avance la force de ce détachement, qui dépendra de la nature du terrain, de l’espèce des matériaux^ etc. Cependant on peut donner comme une règle générale, que pour une batterie de six mortiers il faudra demander trente à cinquante hommes de corvée, qui , en quatre voyages , transporteront , du dépôt à la batterie, tous les matériaux nécessaires à sa construction, ainsi que les bois à plate-formes : mais si les circonstances permettaient de consacrer quarante-huit heures à la construction d’une semblable batterie, on n’aurait pas besoin de travailleurs supplémentaires, le personnel indir qué dans la table citée ci - dessus suffisant alors, même dans le cas où on devrait élever une traverse entre chaque mortier, ainsi qu’un épaulement à chacune de ses extrémités,’et où le tout devrait être revêtu en . ^ saucissons. - j '

Les artilleurs allemands chargent et préparent ordinairement leurs bombes dans une salle d’artifice établie en arrière des travaux du siège; mais lorsque cela ne peut pas se faire, et si ces projectiles doivent être chargés dans la batterie même, ils font cette manipulation ^derrière un épaulement élevé entre les deux magasins, qu’ils construisent alors plus spacieux.

Lorsqu’on emploi^j pour faire les traverf ses, les gabions de 4 pieds (i mètre 3o c.) de diamètre, il ne faut pas se confier entièrement aux pointes de leurs piquets enfoncés dans la terre; mais on fera bien de lier ensemble ceux de deux gabions consécutifs, et il serait encore mieux de réunir bien solidement ces gabions deux à deux, au moyen de clefs en bois, semblables à celle qui est' représentée avec un de ses coins ou éclisses ( PI. IX, fig. 35). On place ces clefs dans les gabions avant de les remplir, de manière à ce qu’elles traversent horizontalement le clayonnage de deux gabions consécutifs;puis, en enfonçant de cha- ’ que côté une éclisse ou coin dans la fente de la clef, on serre, bien les deux gabions l’un contre l’autre.

Planche IXj fig. 35.

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