‹ Traité théorique et pratique de la construction des batteries [Textbd.] [...]Chapitre 32 sur 50 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Dispositions particulières a suivre dans la construction des batteries, suivant la période du siège à laquelle elles appartiennent.

Distinction des batteries en premières, se-, condes et troisièmes batteries.

Dans tout ce que nous avons dit jus- ' qu’ici sur la construction des batteries, nous avons supposé qu’elles étaient établies au-delà de la bonne portée de fusil de la place, de sorte que les travailleurs n’avaient rien à craindre du feu de mousqueterie de l’ennemi.

Nous nommerons les batteries situées de cette manière , premières batteries ; nous appellerons secondes batteries , celles qui devront être construites à portée de fusil du chemin, couvert, ou à portée de mitraille des remparts. <

- Enfin , nous désignerons sous le nom de troisième batterie, la batterie de brèche, et les contre-batteries établies sur le co\i-

ronnement du diemin couvert, et destinées à démonter l’artillerie < des flancs de la place.

On sent que ces dénominàtions sont purement de convention} aussi ne sont-elles pas généralement adoptées. La plupart des auteurs qui ont écrit sur l’attaque des places , nomment premières batteries, toutes celles qui sont établies en avant du glacis, et secondes batteries, toutes celles qui sont construites sur la crête même de ce glacis ou sur le chemin couvert : quelques autres nomment plus naturellement premières batteries celles de la première parallèle} sècondes batteries, celles de la seconde parallèle, et ainsi de suite} mais il nous a paru plus convenable et plus exact de classer les batteries d’après le plus ou moins de dangers auxquels on est exposé dans leur établissement, attendu que c’est d’après ce plus oujnoins de dangers qu’on doit se décider à adopter tels ou tels procédés pour leur construction.

' , Ceux de ces procédés que nous avons fait connaître jusqu’ici, se rapportant aux premières batteries, nous n’avons à nous occuper ici que de celles que nous avons dis-

tinguées sous le nom de secondes et troisièmes batteries.

Construction des secondes batteries , lorsqu’elles peuvent être encaissées.

- En exposant les procédés qn’o-n doit employer dans la construction des premières batteries, nous avons déjà conseillé de réserver pour la nuit les travaux <|ai ne 'peuvent se faire qu’à décO'Uvert ou sur le haut de la genouillère, afin de ne pas sacrifier inutilement un grand nombre d’borames, en les exposant aux coups des canons de la place.

Cette précaution est, à plus forte raison, nécessaire quand il a’agit des secondes batteries, et elle n’est même plus suffisante; car , si les assiégés se déf^dent comme ils . le doivent, ils entretiendront pendant toute ' la nuit un feu de mousqueterie et de mitraille tel que les travailleurs employés à revêtir les merlons en saucissons, et qui se trouveront entièrement exposés à ce feu, auront considérablement à en souffrir.

A moins donc qu’on n’aperçoive de la négligence et de la faiblesse dans la défense.

il faudra employer pour les secondes batteries le mode de construction que'nous avons désigné sous le nom de batteries mêlées, c’est-à-dire, que le revêtement de l’intérieur et d’une partie des côtés de la genouillère sera fait en saucissons, et que le revêtement des merlons sera formé de gabions.

Les artilleurs allemands emploient à cet usage les gabions de 3 pieds ( i mètre ) de ' diamètre, et def 4 pieds ( i mètre 3o cent.) de hauteur: pour les remplir de terre, ainsi que le vide intérieur des merlons, ils font travailler les hommes de corvée à genoux , de manière à ce qu'ils se trouvent toujours / à couvert.

.On fera bien aussi de ne commencer ces ' batteries, toutes les fois que les circonstances le perarettront , que lorsque le parapet de la tranchée aura déjà acquis une hauteur, et une épaisseur telles qu’il puisse mettre les travailleurs bien à l’abri du feu de la mousqneterie et même des coups à' mitraille de la place:

En suivant ce procédé^, les terres de la genouillère ne sont que fort pen damées,* et. celles des merlons ne le sont pas du tout.

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et 'cependant on est foudroyé d’assez près par l’artillerie de la place.

On devra donc donner en pareil cas 30 à 32 pieds (6 mètres 5o cent, à 7 mètres i5 cent.) d’épaisseur au parapet, de sorte qu’il faudra six gabions pour chaque joue d’embrasure. Cependant on pourrait à la rigueur se contenter de cinq, si on se trouvait obligé de les économiser.

Si donc on ne doit point construire de 1 traverses entre les bouebeS à feu, le nombre de gabions nécessaires sera de quinze po-ur chaque merlon, et de onzevà douze pour chaque demi -merlon, attendu que ces sortes de batteries n’ont point de revêtement au côté extérieur du parapet

11 faudra encore pour chaque merlon quatre saucissons de 12 pieds (4 mètres) ^ de long, coupés chacun en trois morceaux de 4 pieds (1 mètre 5o cent), pour être adaptés entre les gabions, et garnir le vide qu’ils laissent à leur jonction. >

Enfin, il faudra outre cela lier ces gabions deux à deux , au moyen de harts ou liens passés entre les piquets au-dessus de la partie qui est enfoncée dans la terre , et quau,d on en aura le temps et les moyens) oa

les consolidera encore en les assujettissant solidement deux à deux, au moyen des clefs en bois dont nous avons parlé au

Construction des secondes batteries, lorsqu’elles doivent être horizontales.

Si une seconde batterie doit être hori> zontale, il faudra d’abord occuper l’emplacement destiné à cette batterie, ainsi que la communication en arrière, soit au moyen de la sape volante soit à la sape pleine,' suivant le degré d’intensité et d’activité du feu auquel on se trouvera exposé.

On rejettera les terres provenant du fossé de la tranchée par-dessus la berme, dans le coffre de la batterie, comme nous l’avons expliqué au §. 84, et en les poussant en arrière autant que cela sera possible; on profitera ensuite de l’obscurité de la nuit, pour placer sur les terres ainsi amoncelées un rang de , gabions de 5 pieds (1 mètre) de diamètre, bien remplis ou farcis de fascines ou menus branchages , en se servant^de longues fourches pour les disposer convenablement.

/ Si le feu de la place n’était pas très-actif, on pourrait encore placer ces gabions vides , et les remplir ensuite de terre en travaillant à la sape. D’une manière ou de l’autre, on se procurera ainsi une espèce de masque de 6 à 7 pieds (2 mèt. à 2 mèt. 3o cent.) de hauteur, qui mettra les travailleurs à l’abri du feu de la mousqueterie , et, même de celui de la mitraille -de la place, de sorte qu’ils pourront construira en sûreté , pendant La première nuit, la plus grande partie de la genouillère, élever lea merlons pendant la seconde, en employant les procédés décrits au paragraphe précédent, }dacer les plate-formes dans le jour suivant, et, enfin, dans la troisième nuit terminer la coastructûm, amener les pièces et, les disposer prêtes à

Avant de commencer Le feu , il faudra toutefois démasquer les' embrasures, eh renversant dans la tranchée soit tout le rang de gabions placés sur le devant du parapet, soit ceux de ces gabiôns, seulement qui se trouvent vis-à-vis des embrasures, et, enfin, pratiquer des ouvertures sur le pai'apet de la tranchée, suivant la directrice de cha-

cuae de ces embrasures , comme nous l’avon» déjà expli^oé au §. 84'

Construction des troisièmes batteries , dites contre-batteries , lorsqu’elles peuvent être encaissées.

Lorsc[.u’uue place est fortifiée suivant les vrais principes de l’art, l’assiégeant ne peut découTrir parfaitement les flancs du front qu’il attaque, et particulièrement les parties de ces flancs qui défendent les fossés , qu’au moment où il est parvenu à se loger sur la crête du glacis, c’est-à-dire lorsqu’il a exécuté ce qu’on appelle le couronnement du chemin couvert. .

Cest donc sur ce couronnement que l’assiégeaut doit établir ses contre-batteries , destinées à démonter les pièces que l’assiégé à pu conserver intactes sur les flancs de la place jusqu’à cette période du âége.

Or, dans cette position, , on' est inévitablement battu directement des ouvrages de la place qui ont ordinairement un commandement sur la campagne; on peut être battu latéralement des ouvrages de la place

situés à droite et à gauche du front d’attaque, et il pourra même arriver qu’on soit pris à revers, du moins en partie, par les demi-lunes, si l’on a fait en même temps le couronnement du chemin pouvert devant le bastion et devant ces ouvrages. On devra donc chercher, dans la construction de ces batteries, à se mettre à couvert 'de ces différens côtés, et il sera indispensable pour cela d’avoir recours à des traverses multipliées, et même quelquefois d’élever un véritable parados.

Les traverses ne seront pas toujours également espacées entre elles, leur emplacement dépendant naturellement de la disposition la plus avantageuse à adopter pour les pièces; l’ofBcier qui dirigera la construction devra donc les rapprocher ou les éloigner, suivant que cela sera nécessaire , de manière à se ménager toujours l’espace nécessaire pour le service des pièces.

Il suit de là que les directrices des embrasures seront de même inégalement, espacées entre elles, et lorsqu’il aura deux embrasures dans l’intervalle d’une traverse à l’autre, au lieu de leur donner i8 pieds (6 mètres) d’axe en axe, on pourra réduire

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cette distance à i6 ou pieds (S mètres 3o cent, ou 5 mètres). '

II est important de faire remarquer que, si l’on a été obligé de s’établir sur la crête du glacis, on n’a pas été maître de choisir la direction du côté intérieur de ses batteries, le couronnement du chemin couvert étant toujours parallèle à cette même crête. Il résulte de là, que les pièces de la contre-batterie t tirant par la trouée du fossé de la demi-lune, et devant nécessairement embrasser dans leur tir toute la partie du bastion qu’elles peuvent découvrir, leurs directrices auront une obliquité égale, ou à peu près égale, à l’angle flanqué de la demi-lune; l’épaulement sera donc trèsaffaiblipar cette obliquité considérable des embrasures, principalement si ces dernières sont rapprochées jusqu’à i5 pieds(5mèt) l’une de l’autre, et c’est un inconvénient qu’on doit considérer comme très -grave, à moins qu’on n’ait à craindre du bastion que les feux courbes des pierriers.

Pour remédier à cet affaiblissement de l’épaulement des contre-batteries, des artilleurs français conseillent de redresser le côté intérieur de la batterie de manière à

le rendre exactement, ou au moins à peu près, perpendiculaire à la direction du tir. 11 résultera de cette disposition qne le parapet sera plus épais à une des extrémités qu’à l’antre. Mais cette irrégularité, bien loin d’ctre un inconvénient, peut être regardée comme un avantage, attendu que cette augmentation d’épaisseur se trouvant du côté opposé au saillant, la batterie en sera moins exposée au feu des ouvrages flanquons.

Quant aux artilleurs allemands, ils proposent deux moyens pour rendre à l’épaulement des contre-batteries la force et larésistance que peuvent lui faire perdre son. obliquité et le rapprochement des embrasures. Le premier de ces moyens consiste à construire la batterie à redans ou à crémaillères ; le second, à diminuer de i ou a pieds ( 5o à 6o cent. ) l’ouverture extérieure des embrasures; mais l’emploi du premier de ces moyens augmente beaucoup le travail de la construction , et l’emploi du seeond n’est pas sans inconvéniens, i." sous le rapport de la solidité des joues des embrasures, qui sont plus tôt endommagées

par le feu des pièces; a.° parce qu’il faut

que les pièces puissent bien voir toute la partie du rempart qu’elles doivent battre, de manière qu’en faisant tirer deux pièces consécutives un peu à côté de la directrice J leurs lignes de tir puissent se croiser.

En traçant les directrices des embrasures, il faudra faire aussi en sorte qu’aucune de ces lignes ne se trouve interceptée par les traverses du chemin couvert : si cependant on n’avait pas pu éviter cet inconvénient, il faudrait, avant de commencer le feu, démolir en tout ou en partie la traverse qui le masquerait.

L’épaisseur à donner au parapet des contre-batteries dépend non-seulement de la nature des terres, mais encore du calibre des pièces que l’ennemi a pu conserver intactes sur ses flancs, et si ces bouches à feu sont de forts calibres, il ne faudra pas donner à cet épaulement moins de i8 pieds (6 mèt.) ^d’épaisseur, en supposant les terres dont il est formé de bonne qualité.

Si donc le couronnement du chemin couvert se tronvaitd’un profil plus faible, comme cela arrive le plus ordinairement, il faudrait le renforcer en prenant en arrière des 'terres qu’on ferait apporterdansdes paniers.

La position des contre-batteries, et même assez souvent celle des secondes batteries, y rend très-danger%ux le service des pourvoyeurs, qui vont chercher les munitions dans les petits magasins de ces batteries, attendu que, dans ces voyages, les canonniers se trouvent exposés aux coups à mitraille, et plus encore aux coups de fusil tirés de très-près et d’une grande élévation,. 11 faudra donc-, en pareil cas, établir, tout le long de la communication qui conduit aux magasins, et sur le côté de ces magasins eux-mémes, des traverses qui mettront les pourvoyeurs à couvert.

On pourrait, à la vérité, établir ces magasins dans le parapet de la tranchée ou de la sape; mais il faudrait pour cela dégarnir de ses défenseurs une grande partie de cette tranchée , car il serait de la plus haute imprudence de laisser les soldats de la garde de la tranchée près des magasins, attendu les accidens qui pourraient eu résulter, soit à cause du feu de mousqueterie qu’ils doivent entretenir, soit par la chute d’une bombe ou d’un obus qui viendrait à pénétrer dans ces magasins.

Ainsi donc , malgré les avantages évidens

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