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CHAPITRE XVI

Moyens à employer dans la construction des batteries pour surmonter le*s difficultés que peuvent ojfrir les localités.

Construction des batteries dans un terrain argileux ou pierreux.

Dans tout ce que nous avons dit jusqu’ici sur la construction des batteries , nous avons toujours suppose qu’elles devaient être 'établies dans un terrain homogène, médiocrement compacte et facile à travailler. Yoyon^maintenant en quoi il conviendra de modifier les procédés que nous avons indiqués, lorsque la nature du terrain ne sera pas aussi favorable, et d’abord lorsque les batteries devront être établies dans des terres fortes ou argileuses.

En pareil cas, les hommes qui travaillent à la pelle, ou qui transportent les terres, pourront bien, dans le même temps, en fournir le même poids que si elles étaient plus légères ) mais sous Je même poids il

n’j en aura plus le même volume. Cependant comme, lorsque les terres sont fortes, on peut donner sans danger une moindre épaisseur au parapet, on peut admettre que le même nombre de ces travailleurs pourra fournir les terres nécessaires à la construc- 'tion de l’épaulement dans le même intervalle de temps, ou que du moins il ne leur faudra que quelques heures de travail de plus.

Il n’en sera pas de même des hommes employés à creuser les terres avec la pioche ou le pic r hoyau , ceux-ci rencontreront d’autant plus de difficultés que les terres seront plus fortes ou plus argileuses, et s’ils ne sont pas plus nombreux, ils ne suffiront plus pour en fournir à ceux qui les transportent. Il faudra donc augmenter d’un tiers ou même de moitié en sus le flombre d^ travailleurs munis de pics-boyaux, ou di- ^ minuer proportionnellement le nombre de ceux qui sont munis de pelles, suivant qu’il paraîtra plus avantageux d’économiser le temps ou les travailleurs; et, quelque parti qu’on prenne, il faudra toujours avoir soin de faire alterner les premiers de ces travailleurs avec les seconds, pour qu’ils ne

soient pas plus fatigués les uns que les autres.

Si l’on construisait des batteries sur un sol pierreux, il faudrait mettre les terres les plus mêlées de pierres dans le bas du coffre, en employant, s’il était nécessaire, des gabions pour les coi\tenir, et l’on réserverait pour la partie voisine du plan inférieur des embrasures, et pour les merlons, tout ce qu’on pourrait se procurer de terre pure ou moins mêlée de pierres, attendu, que les boulets ennemis, frappant sur ces parties de l’épaulement, pourraient faire sauter les pierres dans l’intérieur de la batterie, ce qui incommoderait beaucoup les canonniers.

Ou emploira, à aller chercher des terres pures , ou à ôter les pierres de celles qu’on ‘a sous’la main, les travailleurs qui, dans un terrain ordinaire, auraient été employés à damer les terres du coffre, ce qui devient inutile dans le cas dont nous nous occupons.

‘ ' 11 faudra donc alors, dans l’état des outils à pionniers nécessaires pour la construction de la batterie, porter proportionnellement moins de dames et plus de picsboyaux et de pelles qu’à l’ordinaire.

On fera tien aussi de s'approvisionner d’un plus grand nombre de harts de retraite; car il est indispensable en pareille circonstance de les multiplier, si l’on veut donner au revêtement toute la solidité qu’il doit avoir,

Construction des batteries sur un terrain inégal ou en pente.'

Si l’on doit construire une batterie horizontale sur un terrain inégal, il faudra d’abord égaliser ce terrain en aplanissant les parties les plus élevées, et en- comblant les cavités, à partir de la trace du revêtement intérieur, et sur toute la laideur du terreplein de la batterie.

Il faudra avoir soin dans cette opératioti que les terres rapportées soient damées bien solidement, et même, lorsqu’on le pourra, on fera bien de combler les cavités, à l’endroit du revêtement, en v piquetant autant de rangs de saucissons que cela sera nécessaire.

I. Voyez ce sujet le chapitre XVIII et la planche XV du Mémorial de Cormontaingoe pour l’attaque des places.

Si l’on ne peut pas établir ainsi le preûiier rang de saucissons du revêtement sur le terrain naturel , tout au moins devra-t-on ne pas se contenter de les piqu'éter sur les terres rapportées avec de^ piquets ordinaires, mais se servir, au contraire, pour cela, de piquets assez longs pour pénétrer jusqu’au sol vierge, et s’y enfoncer profondément.

Dans tous les cas, la première chose de laquelle on devra s’occuper dans la oonstruclion de cette espèce de batterie, sera d’aplanir ou égaliser l’emplacement du re“ vêtement ; quant au terre-plein, on attendra, pour le niveler, que l’on ait déjà piqueté quelques rangs de saucissons du revêtement

S’il s’agissait de construire une batterie sur le sommet d’une hauteur ou d’une élévation; dont la crête sei'ait parallèle à la direction de la batterie, il ne faudrait pas négliger de former le massif du parapet de cette élévation même , en s’enterrant en arrière , à moins pourtant qu’on n’en fût empêché parla positionfrop basse de l’objet à battre, ou par quelques monticules intermédiaires , qui masqueraient les feux de

la batterie. Excepté dans ces deux circonstances, il faudra toujours reculer le terreplein de la batterie, et l’abaisser au-dessous de la crête de l’élévation de toute la hauteur de la genouillère, pour le moins; car, si l'on peut couper les embrasures dans cette crête même, elles n’en auront que plus de solidité, et on pourra s’épargner le travail de 1 es revêtir, si les terres sont de bonne qualité.

Quand on aura ainsi obtenu le coffre de la batterie, il ne s’agira plus que d’égaliser et aplanir l’emplacement du terre-plein, en rapportant, s’il est nécessaire, des terres, qu’on damera bien, de manière à donner à ce terre-plein 24 pieds (8 mètres) au moins de profondeur, avec la pente nécessaire pour l’écoulement des eaux. Ajoutons encorë qu’il sera nécessaire de construire, une rampe commode pour monter les pièces en batterie , et qu’on pourra creuser le magasin à poudre dans le massif même de la hauteur, en arrière ou sur l’un des côtés , suivant ce que les circonstances indiqueront être le plus avantageux.

Il peut arriver cependant qu’on soit obligé de placer la batterie sur la crête de

la hauteur, de telle sorte que cette crête ne donne plus l’épaisseur de terre nécessaire pour l’épaulement. Il faudra alors rapporter sur l’emplacement du coffre des • terres qu’on damera bien solidement, et qu’on soutiendra même par un bon revêtement , à moins qu’on ne préfère leur laisser prendre leur talus naturel, en donnant plus d’épaisseur au parapet.

Souvent aussi on pourra profiter d’un bas-fond, ou d’une excavation naturelle du terrain, pour y placer une batterie encaissée. Il suffira pour cela d’élargir et d’aplanir, convenablement cet emplacement, et d’employer les terres qui proviendront de cette opération, ou celles qu’on pourra se procurer d’ailleurs, à la construction des merions.

Si l’on doit construire une batterie sur un terrain incliné, dont la pente très-prononcée se prolonge parallèlement à la di- . rection de l’épaulement, il sera impossible d’établir tout le terre-plein de cette batterie sur un seul et même plan horizontal j '■ car, dans ce cas, il faudrait creuser beaucoup trop profondément l’une des extrémités de ce terre-plein, ou rapporter beau-

coup trop de terre à l’autre extrémité, ce qui obligerait à donner une très -grande élévation au parapet : il faudra donc alors, suivant que la pente de cet emplacement sera plus ou moins rapide, le diviser en un nombre plus ou moins grand de parties, qu’on nivellera séparément, pour y placer trois, deux, ou même une seule plate-forme, ce qui fonnera ce qu’on appelle une batterie à étages.

On commencera donc par faire le nivellement de toute l’étendue de l’emplacement sur lequel on doit établir la batterie, et ensuite, d’après les différences de hauteur consécutives , on déterminera le nombre des" étages, la longueur de chacun d’eux, et celle des talus ou rampes qui devront les raccorder, en observant de faire la longueur de ces rampes au moins égale à leur hauteur.

Il est bien entendu qu’il faudra , dans ce cas, pour avoir la longueur totale de la batterie, ajouter à ce que serait cette longueur en terrain horizontal, la somme des longueurs de toutes ces rampes; mais, si l’on avait à sa disposition une grar^e quantité de saucissons, on pourrait remplacer ces rampes par des plans verticaux , ou peu

( Syi )

inclinés , revêtus , ce qui pennettrait de donner beaucoup moins de longueur à la batterie, et en abrégerait considérablement la construction.

Après avoir ainsi déterminé la hauteur et rétendue de chaque terre-plein partiel de la batterie, on déterminera pour chacun d’eux la hauteur de son parapet particulier, et ces parapets successifs formeront aussi divers étages, qui s’élèveront les uns au-dessus des autres, en se raccordant par des talus ou par des plans verticaux avec Un revêtement.

On commencera ensuite le revêtement .de la genouillère par l’étage le plus bas, et on fera en sorte que deux étages consécutifs diffèrent toujours de hauteur d’un nombre juste de rangs de saucissons, pour que ces derniers se lient bien d’un étage à l’autre : ainsi il faudra que le deuxième, troisième ou quatrième rang du revêtement de la partie la plus basse, forme par son prolongement le premier rang de l’étage immédiatement supérieur « et ainsi de suite. •

Construction des batteries sur un emplacement qui manque d'étendue. .

Si le terrain sur lequel on veut établir une batterie offrait une largeur sufbsante pour le parapet et la pl^te-forme , mais qu’il ne fût pas assez long pour qu’on pût y placer toutes les bouches à feu dont la batterie doit être armée, à la suite les unes des autres, sur une seule ligne droite, il faudrait établir quelques-unes de ces pièces en arrière des autres , mais en réunissant les différentes parties de la batterie , ainsi divisée, par des épaulemens qui flanqueraient les pièces placées en avant des autres. On donne le nom de batteries brisées à celles qui sont construites de cette manière.

Si , au contraire, l’emplacement manquait de la largeur nécessaire pour y établir les plate-formes et qu’on ne pût y rapporter des terres, il faudrait y constjbire une de ces batteries que les artilleurs allemands nomment suspendues.

S’il ne manquait qu’une petite partie de

, Digilized by Coogic

la largeur nécessaire, 2 à 5 pieds (65 cent, à 1 mètre) par exemple, on emploîrait, au lieu de gîtes ordinaires , des' pouti’elles de 7 pouces ( 18 cent.) d’équarrissage et de 3o pieds ( 10 mètres) de longueur. On engagerait environ un tiers de la longueur de ces poutrelles dans le massif de l’épaulenient, et l’on ferait reposer leur autre extrémité sur un chevalet , de sorte que le derrière des plate-formes se trouverait soutenu comme le tablier d’un pont. S’il manquait une très-grande partie de la largeur du terre-plein, on pourrait encore se servir des mêmes poutrelles engagées de la même manière dans le massif du parapet; mais il faudrait en mettre sur-toute'la longueur de la batterie, à 2 pieds (65 cent.) de distance l’une de l’autre, et en les faisant porter sur plusieurs chevalets.

Dans l’un et l’autre cas il faudra pratiquer des rampes pour faire monter les pièces sur leurs plate-formes, et placer sur celles-ci un contre-heurtoir à la distance convenable pour qu’on puissetharger commodément les bouches à feu, aCn de prévenir les accidens que pourrait produire un trop grand recul : ^fin , si le sol n’est

pas assez ferme pour que les chevalets y reposent solidement, on commencera par le raffermir au moyen d’une espèce de fondation en fascines, claies, etc.

Construction des batteries sur des rochers recouverts d'une couche de terre de peu d'épaisseur.

I II est extrêmement rare qu’on soit obligé d’établir une batterie sur un *roc entièrement nu , et le plus ordinairement le tuf est recouvert d’iine coucbe de terre de lo à 13 pouces (20 à Sa cent.) d’épaisseur. *, •

Cette profondeur ne suffit plus, à la vérité, pour qu’on puisse y piqueter des saucissons, mais elle donne encore suffisamment de prise aux piquets des gabions; et par conséquent, lorsqu’on devra établir des batteries sur un emplacement de ce genre , ce sera le cas d’employer à leur construction des gabions de 4 pieds ( 1 mèt.

3o cent. ) de diamètre , en suivant les pro- ' , cédés que nous avons exposés §. 58. Quant à la terre nécessaire pour remplir ces ga-

bions , on se la procfurera derrière la bat- »

terie , sur ses côtés , partout 'enfin où on pourra en prendre dans son voisinage.

Les magasins à poudre se consti'uiront également avfc des gabions des mêmes dimensions ou seulement de 5 pieds ( i mètre de diamètre). On formera d’abord les côtés ou les murailles du magasin avec un double rang de ces gabions; ensuite on en formera le toit avec des madriers, sur lesquels on placera en sens opposé un lit de saucissons, qu’on recouvrira d’une couche de terre fortement damée.

Si le peu d’épaisseur de la couche de terre qui recouvre les rochers faisait craindre que les piquets des gabions ne les fixassent pas assez solidement , on pourrait les lier les uns aux autres, soit au moyen des clefs en bois dont nous avons parlé au §. 82, soit avec des harts de retraite', ou, enfin , de toute autre manière analogue.

Construction des batteries sur des rochers ■ entièrement nus.

Nous avons dit qu’il arriverait très-rarement qu’on fût obligé de construire une

batterie sur un roc entièrement nu; et «n effet, un officier expérimenté, qui connaît les difficultés que présenteraient ces sortes de constructions, saura presque toujours les éviter et choisir d’autres emplacemens pour ses batteries, dût-il sacrifier pour cela quelques avantages.

Cependant il peut se faire qu’il soit absolument indispensable d’établir une batterie sur un emplacement de ce genre, et il est même quelques places en pays de montagnes où les ingénieurs ont pris la précaution d’enlever toute la terre des emplacemens où l’assiégeant devra établir ses batteries, , de sorte que le roc reste absolument nu dans ces endroits là.

Voici les différens procédés qu’on pourrait employer alors pour la construction des batteries.

i.** Former la genouillère et les merlons de sacs à terre, qu’on ira remplir sur le derrière oi#sur les côtés de la batterie, et le plus près qu’il se pourra.

On recommandera aux travailleurs chargés de remplir ces sacs , de ne pas les remplir entièrement et de ne pas y trop presser les terres, pour qu’on puisse le lier aisé-

meut , et aussi poür qu’on puisse les employer facilement en guise de briques, en les disposant les uns en long et les autres en travers. Des sacs trop pleins et trop serrés , restant cylindriques , laisseraient nécessairement entre eux des vides, tandis que des sacs moins pleins et où la terre sera moins tassée, pourront ne laisser entre eux aucun intervalle et donneront plus de solidité au parapet. , .

Pour que la flamme' des pièces de la batterie, ou l’explosion des projectiles creux lancés par l’ennemi ne puisse mettre le feu. aux plans inférieurs des embrasures ou à la plongée, il suflira d’avoir la précaution de vider un certain nombre de sacs et d’en répandre les terres sur ces parties. Quant aux joues des embrasures, il faudra les revêtir en saucissons ou en gazons , ou au moins leur former une chemise en terres bien damées et ayant pour le moins un pied d’épaisseur.

L’inconvénient de ce procédé est d’exiger une quantité très-considérable de sacs à terre; car, à supposer même qu’on emploie ceux qui contiennent i pied cube (environ 35 décimètres cubes) de terre, il en fau-

PlaocKe IX ^ fig- 40*

drait à peu près douze mille pour une batterie de six pièces. 11 arrivera donc souvent qu’on ne pourra pas se procurer un aussi grand nombre de sacs à terre j- alors il faudra construire seulement le coffre en sacs à terre et se servir de gabions pour form.er les merlons, ou bien on aura recours à un des deux moyens suivans :

2.° Construire le revêtement de la genouillère en saucissons soutenus par des espèces de châssis A B C D , et former les merlons avec des gabions.

Ces châssis ressemblent à des| bancs qui n’auraient qu’un seul pied ou montant, et qu’on renverserait. Le montant CD est assemblé sur la poutrelle A B , avec laquelle il forme un angle égal à celui que doit former le revêtement avec le plan horizontal , et il est maintenu dans cette position par un arc-boutant en bois ou par un boulon en fer. ' ,

Ces châssis se placent perpendiculairement à la direction du côté intérieur du revêtement, à 5 ou 6 pieds ( 1 mèt 60 cent, à 2 mètres) l’un de l’autre, de manière à ce que les saucissons du revêtement puissent s’appuyer contre les supports CD qui

les soutiennent et remplissent l’emploi des piquets pour consolider le revêtement.

Comme les terres pourraient s’écouler par le bas, dans l’intervalle de deux châssis , il faudra remplir ce vide avec un morceau de saucisson, qu’on y adaptera avec force, et qui sera retenu soit au moyen d’une 'saillie des poutrelles au point C, soit au moyen d’un encastrement qu’on y aura pratiqué en cet endroit pour recevoir ses deux ' bouts, soit, enfin , en le liant, au moyen de barts de retraite, ou aux bancs même ou aux saucissons du rang immédiatement supérieur.

Pour les châssis placés devant les plateformes, on fera- bien de retenir le montant ' CD par un boulon en fer , au lieu d’y employer un arc-boutant en bois, et cela pour qu’on puisse ne donner que i % pouce (35 mill.) au plus à la partie saillante A C de la poutrelle, afin qu’elle n’oblige pas à reculer la plate-forme trop loin du revêtement , ce qui serait cause que la volée de la pièce n’entrerait plus assez dans l’embrasure.

Si l’emplacement sur lequel on doit construire la batterie était voisin d’une forêt,

on pourrait y faire couper des bois dans le genre de ceux qu’on emploie pour les courbes des bateaux ou la carcasse des bâtimens, et on s’en servirait comme des châssis dont nous venons de parler.

L’une des branches de ces courbes devrait avoir 36 à 40 pouces (1 met. à 1 met. 10 cent.) de long, et l’autre 9 à 10 pieds* (3 met. à 3 met 3o cent.) au moins. Si l’angle formé par les deux branches de quelquesunes de ces courbes se trouvait trop grand ou trop petit, il serait toujours facile d’y remédier, en plaçant quelques pierres ou .morceaux de bois sous l’une ou l’autre extrémité de la longue branche.

Si le bois manque, enfin, ou si les procédés indiqués ci-dessus paraissent trop longs et trop difficiles , il reste encore un moyen qu’on peut employer, poux-vu qu’on ait à sa disposition un ti-ès- grand nombre de travailleui'S, et une grande quantité de paniers , de dames et d’auti-es outils de pionniers.

5." On emploîra le plus de monde qu’on poui-ra, à creuser la tei-re de tous côtés, et à en apporter à l’endroit où l’on veut établir la batterie, de manière à y former un

massif (le lo à 12 pouces(37 à 3a cent.), qu’on damera bien pour se procùrer ime base solide, et sur cette base l’on construira le parapet en gabions, comme nous l’avons enseigné au paragraphe précédent.

Si les terres étaient trop éloignées ou d’un transport trop difficile, et qu’on pût se procurer une assez* grande quantité de sacs à laine ou de matelas, on pourrait aussi s’en servir dans. ce cas pour former > le massif du coffre jusqu’à la hauteur de la genouillère à peu près j on les recouvrirait ensuite d’un pied ou deux de terres et ou formerait les merlons avec des gabions de 3 pieds ( 1 mètre) de diamètre, bien consolidés et bien liés les uns aux autres, au moyen des procédés Indiqués au §. gg : on pourrait aussi former les merlons de petits sacs à laine ou de matelas ; mais alors il serait absolument indispensable de revêtir la plongée et les joues des embrasures d’une couche de terres bien damées et d’une épaisseur convenable.

Sur un roc bien'aplani, on peut se dispenser de construire des plate-formes, et il suffit de placer un madrier mobile sous la crosse de l’affût ; mais si le rocher était

trop inégal pour qu’on pût y employer ce procédé, il faudrait y rapporter des terres, dont on formerait une couche bien damée de 8 pouces ( 22 cent. ) au moins d’épaisseur, et on y construirait ensuite les plateforme# comme à l’ordinaire.

Pour toutes les opérations que nous venons de décrire, le*^ travailleurs se trouveraient nécessairement exposés au feu de l’ennemi, si on ne les en mettait à couvert, en commençant par construire un masque en avant de l’emplacement de la batterie.

Les meilleurs qu’on puisse employer, sont formés de chandeliers de 7 pieds (2 mètres 5o cent.) de hauteur, sur 2 pieds ( 65 cent. ) de large, entre les montans desquels on couche des facines de 9 pieds (3 mètres) de long, sur 6 pouces (i6 cent) de -diamètre. 11 faut deux de ces chandeliers et so,ixahte fascines pour couvrir une toise et demie (5 mètres) de longueur de l’épaulement

C’est derrière un masque ainsi construit qu’on exécutera d’abord le tracé de la batterie; et si l’endroit où l’on va prendre les terres ou les matériaux employés à sa construction', ainsi que le chemin de cet en-

droit à la batterie, sont trop exposés au feu de l’ennemi, on les couvrira également de masques semblables.

§. loi. .

Construction des batteries sur un terrain, solide, mais sujet à être inondé.

Lorsque l’on creuse dans une plaine sujette à être inondée , on trouve ordinairement l’eau à un pied et demi de profondeur à peu près. Si donc on doit établir une batterie sur un tel emplacement, il faudra donner aux fossés plus de largeur qu’à l’ordinaire, pour se procurer les terres nécessaires à la construction du coffre.

Dans les batteries horizontales il faudra creuser sur le derrière du terre -plein, à 20 ou 24 pieds (6 mèti 5o cent, ou 8 mèt) de l’épaulemenl, un fossé de 2){ pieds (80 cent.) de profondeur, qui fournira des terres pour le parapet et qui aura en outre l’avantage de donner de l’écoulement aux eaux du terre-plein. >

Les terres qui sont souvent imbibées d’eau, sont légères et sans consistance : il

. faudra donc donner plus de talus qu’à l’ordinaire aux revêtemens en saucissons, et les bien consolider au moyen de harts de retraite multipliées. Souvent aussi il faudra placer, dans l’intérieur même du coffre, ' des fascines ou des saucissons, qu’on y fixera bien solidement avec des piquets , et on se verra obligé de revêtir en saucissons le talus extérieur du parapet.

' On fera bien aussi, lorsqu’on en aura le temps et les moyens, de piloter le dessous des plate-formes , et de les lier l'une à l’autre, deux à deux, au moyen de longues poutrellesj enfin, quand on le pourra, on plancbéira tout l’intérieur du terreplein, pour que les canonuiers n’y aient pas les pieds dans l’humidité.

Dans ces sortes d’emplacement les magasins des batteries ne peuvent être établis qu’au niveau du sol, et les munitions y sont conservées dans des caisses ou des barils, reposant sur des fascines et recouverts de cuirs ou de prélats.

Construction des batteries sur un terrain

marécageux.

Les travaux nécessaires pour la construction d’une batterie sur un terrain marécageiix sont si difficiles et si considérables, qu’on fera bien d’éviter autant que possible un semblable emplacement, dûton, pour cela, sacrifier quelques avantages de position, comme nous l’avons déjà dit en parlant des batteries à construire sur des rochers nus.

Mais, enfin, si l’on se trouvait dans des circonstances telles qu’il fût absolument indispensable d’établir une batterie dans «h terrain marécageux, voici comment il faudrait s’y prendre pour vaincre les difficultés que présenterait cette localité.

On commencera par pratiquer un chemin solide jusqu’à l’emplacement de la batterie, tant pour la commodité des communications, que pour le transport des matériaux, des bouches à feu et des munitions.

Cette espèce de chaussée doit s’élever à 3 pieds (65 centimètres) au-dessus du sol ■ - 2$

inondé, ou de la hauteur que les eaux peuvept atteindre , et avoir au moins lo ' pieds ( 3 mètres a5 cent. ) de large dans le haut. Pour la construire, si le marais n’a que quelques pieds ( environ i mètre) de profondeur, on placera d’abord, suivant la direction du chemin, et à 12 pieds (4 mètres) de distance l’une de l’autre, deux files de saucissons fixés par de forts piquets; entre ces deux files de saucissons on fera un lit de fascines, placées aussi dans le sens de la direction du chemin, et auquel on donnera, en épaisseur, les deux tiers de la hauteur que le chemin devra avoir : sur ce lit de fascines on étendra des claies, et sur ces claies on fera un second lit de fascines, de 10 ( 3 mètres 2 5 cent.) de longueur, mais pljî^ ^ cés dans le sens de la largeur de la route, > et qu’on arrêtera, aux deux bouts, par deux' forts piquets, qui traverseront les claies et le lit du fond; enfin, sur ce second lit on étendra une couche de terre et de paille d’une épaisseur suffisante pour garantir les fascines du frottement des roues et pour unir la chaussée, qui devra avoir un peu de pente du fond vers les côtés. Si le

marais avait beaucoup de profondeur, il faudrait faire alternativement plusieurs lits semblables les uns sur les autres; mais en les disposant toujours de manière à ce que , dans celui du dessus , les fascines soient placées dans le sens de la largeur de la route.

Ou pourrait aussi former le massif de cette espèce de digue de branches ou même de troncs d’arbres, entre les interstices desquels on jetterait des platras, du gravier, des pierres, ou simplement de la terre: quand on emploira simultanément tous ces matériaux, on fera bien de jeter la' terre dans l’intérieur de la digue , et de réserver les pierres pour ses bords; et si l’on manquait totalement de pierres , il ’ faudrait former les talus latéraux de la chaussée des plus gros troncs d’arbre', qu’on aurait soin d’entrelacer pour s’opposer au choc des vagues.

S’il pouvait devenir nécessaire de faire écouler les eaux d’un côté à l’autre de ‘ cette chaussée, il faudrait y pratiquer, de distance en distance, des coupures, qu’on récouvrirait de ponts formés avec des poutrelles ou lambourdes.

II faudra souvent consolider, de la même manière, tout l’emplacement sur lequel devront reposer le coffre, les plate-formes et les magasins de la batterie, en y ajoutant tout autour une berme de 3 pieds (i mètre) de largeur; après quoi on êta- , blira sur cet emplacement, ainsi préparé, une batterie horizontale, en suivant les procédés que nous avons indiqués précédemment.

Si le sol était tellement marécageux qu’on ne pût y prendre les terres nécessaires pour la construction de l’épaulement, on les apporterait d’ailleurs, et on se couvrirait de masques pendant ce travail , comme dous l’avobs expliqué en parlant de la construction des batteries sur les rochers nus.

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