‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 100 sur 189 · PERSONNALITÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

PERSONNALITÉ HUMAINE

à-dire ce qui me résiste el qui excite ma sensation, et je perçois intérieurement le styet, c'est-à-dire moi qui produis un effort et qui éprouve une sensation. De plus, ces deux termes se limitant l'un l'autre, j'affirme que je suis une force finie, et j'aflirme par là même l'existence d'une force infinie qui est Dieu (cf. 56 .

Considérons maintenant le rôle de la notion du moi en Psychologie. Dans le fait de l'effort musculaire, je me connais comme force motrice. Je sais en outre qu'en produisant cet effort j'ai un but et je me détermine par moi-même; par conséquent, je me connais comme cause intelligente et libre. Mon existence consistant à passer sans cesse d'un phénomène à un autre, je sais à chaque instant que j'agis, que je tends à agir, que mon essence consiste ainsi dans l'activité intelligente et libre. De plus, je me distingue de tous les phénomènes qui se succèdent : ils sont multiples, et j'ai conscience d'être un et simple. Ils sont passagers, et, par l'union de la mémoire et de la conscience, je connais que je dure, que je suis identique. Je puis ainsi définir ce que j'appelle je ou moi: « le moi est une force une et identique qui a conscience d'e!4e-même, vis sui conscia. » Si je compare le moi avec ce qui est hors de lui, le sujet avec l'objet, je remarque que le moi se connaît comme un et simple dans chaque fait de conscience, tandis que l'objet m'apparaît comme une pluralité de choses coexistant dans l'espace (quelle que soit la nature de ces choses, monades, atomes ou phénomènes), pluralité qui constitue la matière : donc le moi est immatériel. De plus le moi n'est pas simplement une force motrice; il est une cause intelligente et libre; or l'activité intelligente et libre constitue la spiritualité: donc le moi est ['esprit. Enfin, si je cherche ce qu'est le moi par rapport à l'âme, je comprends que le moi est l'âme se connaissant ellemême, disant d'elle-même je ou moi. Donc la Psychologie est la science de l'âme en tant qu'elle se connaît elle-même, la science d'une force intelligente et libre qui a conscience d'ellemême dans chacun de ses actes et dans chacune de ses modifications, de telle sorte qu'on ne peut étudier les phénomènes psychologiques sans cette force, ni cette force sans les phénomènes psychologiques.

La connaissance du moi, c'est-à-dire de la force intelligente et libre, n'est pas seulement le fondement de la Psychologie; elle est aussi le fondement de la Métaphysique. Pour que celte science ne se borne pas à spéculer sur des abstractions, sur

l'être en général, etc., comme l'a fait la Scolaslique, elle doit partir de la réalité. Or la réalité que nous connaissons le mieux, c'est le moi, l'être actif et vivant que nous sommes. C'est de lui que nous tirons les idées de cause, de force, do puissance, de substance, d'être, d'unité, d'identité, de durée, etc., idées à l'aide desquelles nous concevons les êtres inférieurs et la matière en raisonnant par analogie, tandis qu'avec ces mêmes idées nous analysons la notion de l'Être infini, et nous lui attribuons par la raison comme absolues les perfections que nous trouvons en nous-mêmes limitées et relatives, puissance, intelligence et amour. Cette méthode conduit en outre à réfuter d'une manière solide le matérialisme, le panthéisme et le scepticisme.

Si nous passons des parties spéculatives de la philosophie aux parties pratiques, Morale et Droit naturel, nous trouvons que la notion de l'activité intelligente et libre leur sert également de fondement. En etîet, le moi constitue la personne humaine, comme l'activité intelligente et libre est le principe du Devoir et du Droit. Il en résulte que la loi de l'homme est de développer sa personnalité, d'agir en être intelligent et libre, de réaliser la perfection dont sa nature est susceptible, et de se rapprocher ainsi de Dieu qui est le type de la personnalité et le Bien suprême.

Lire Charles, Lect. dephil, I, p. 317-321, 343-347.

129. Prouver par l'analyse des conditions de la pensée et de la responsabilité que le principe des faits psychologiques doit être un, simple et identique. (26 mars 1874.)

Plan. Par la conscience, le principe des phénomènes psychologiques, le moi, se connaît directement comme une force une, simple et identique, qui est intelligente et libre (cf. 127). Par l'analyse des conditions de la pensée et de la responsabilité, on constate les lois de l'activité intellectuelle et on voit qu'elles sont inexplicables sans l'unité et l'identité de ce même principe. — 1° Chaque acte de connaissance implique la distinction de l'objet et du sujet (cf. 127). Je considère' la carte de l'Asie. L'objet a des parties qui représentent chacune une région. Le sujet est un et simple, parce qu'il embrasse la totalité par l'unité de conscience, et qu'il communique à la pensée son unité et sa simplicité. Supposons, malgré le témoignage de la conscience, que le moi soit composé ; ou chaque

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