UNITÉ ET IDENTITÉ DU PRINCIPE PENSANT
partie du principe pensant pensera une partie de l'objet, et l'unité de la pensée s'évanouira; ou bien, chaque partie se représentera l'objet total, et il y aura autant d'idées du même objet qu'il y aura de parties, ce qui est contraire à l'expérience intime. On peut l'aire le même raisonnement sur la sensation et sur la volonté. — 2° La mémoire a pour seul objet le moi. Far elle, le moi sait qu'il subsiste depuis un certain temps et qu'il est toujours la même personne : c'est par la connaissance qu'il a de suu existence qu'il acquiert la notion de la durée et qu'il l'applique aux autres choses (cf. 85). Supposons encore, contrairement à notre expérience personnelle, que le moi ne soit, comme l'imagine l'empirisme, qu'une série, qu'une collection de phénomènes. Dans quoi se succéderont ces phénomènes et qui en fera l'addition? Si le principe pensant ne demeure pas le même au milieu de la succession des phénomènes, la mémoire sera évidemment impossible, puisque rien ne reliera le présent au passé; avec elle disparaîtra la responsabilité qui implique que la personne punie ou récompensée est la même qui a exécuté l'action digne de la punition ou de la récompense (cf. 288).
11 résulte de cette analyse que ['unité, la simplicité et l'identité du moi, connues avec évidence par la conscience et par la mémoire, sont les conditions nécessaires de la pensée, de la perception, de la volonté, de la mémoire et de la responsabilité. Elles servent à démontrer la distinction de l'âme et du corps (cf. 130). Ainsi se justifie cette assertion de Descartes (cf. 153; : « Je vois clairement qu'il n'y a rien qui me soit plus facile à connaître que mon esprit. »
Je sens en moi certain agent; Tout obéit dans ma machine A ce principe intelligent.
Il est distinct du corps, se conçoit nettement,
Se conçoit mieux que le corps même. (Lafontaixe, X, i.)
Lire Charles, Lect. dephil., II, p. 323, 334-345, 361-362.
Remarque. Le premier ouvrage où la démonstration de l'unité et de l'identité de l'âme se trouve exposée ainsi d'une manière rigoureuse et complète est le célèbre traité de Plotiu : De l'immortalité de l'âme [Ennéade IV, livre VII; traduction Douillet, t. Il, p. 444-452). Saint Augustin lui a fait des emprunts (cf. Bouillet, D. des Sciences, art. Psychologie).
Immatérialité et spiritualité de l'âme.
Distinction de l'âme et du corps.
130. Distinguer par leurs caractères l'âme et le corps. (2 août 1870.)
Plan. 1° Ens'étudiant. l'homme distingue en lui deux classes de phénomènes très-différents. Les uns, comme la circulalinn du sang, sont perçus par les sens et étudiés par la Physiologie. Les autres, comme sentir, penser, vouloir, sont perçus par la conscience et étudiés par la Psychologie (cf. 8). 2° On sait que les phénomènes physiologiques sont des mouvements ou des modifications du corps, mais on ne peut découvrir que par induction quel est le principe qui en détermine la production : de là résulte qu'il y a sur ce point trois hypothèses, l'Animisme, le Vitalisme, l'Organicisme. Il n'en est pas de même du principe des phénomènes psychologiques : la connaissance de la sensation, de la pensée et de la volonté est inséparable de la connaissance du principe qui sent, qui pense et qui veut : celui-ci se perçoit directement comme cause dans chacun de ses actes et comme sujet dans chacune de ses modifications; il dit de lui-même je ou moi : « je sens, je pense, je veux. » 11 se perçoit en même temps comme un et identique. Or il n'est autre chose que l'âme ayant conscience d'ellemême. Celle-ci peut donc se définir une force une et identique qui a conscience d'elle-même, vis sui conscia (cf. 127-129).
Après avoir défini l'essence de l'âme, il reste à examiner si elle peut être une partie du corps ou une fonction du eerveau. 1° Chaque organe, est composé et ses molécules intégrantes se renouvellent sans cesse; l'âme au contraire estime, simple et identique ; donc elle ne peut être une partie du corps. 2° Tout phénomène cérébral est un mouvement, c'est-à-dire un changement déposition dans l'espace, un déplacement de molécules les unes par rapport aux autres, comme la vibration d'une corde en offre l'exemple. Si l'âme est une fonction du cerveau dans le sens où la vibration d'une corde est une fonction de cette corde, elle n'est qu'un rapport, elle n'a aucune réalité par elle-même, et l'on ne peut point comprendre comment l'âme, qui par hypothèse n'a aucune réalité par elle-même, a conscience de son existence une et continue et l'affirme en disant : je sens, je pense , je veux. Si l'expérience démontre que certaines opérations psychologiques ne peuvent s'effectuer