‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 103 sur 189 · UNION DE L'AME ET DU CORPS · texte numérisé non relu

UNION DE L'AME ET DU CORPS

Remarque. Il y a trois systèmes sur l'union de l'âme et du corps, l'Animisme, le Vitalismc ell'Organicisme. L'école cartésienne, faisant consister uniquement l'essence du corps dans l'él ndue et celle de l'âme dans la pensée, n'a pu expliquer l'action de l'esprit sur la matière; de là les hypothèses des eausesoecasionnelks et de l'harmonie préétablie. Pour résoudre toutes ces difficultés, il faut admettre que toute substance est une force (cf. 55).

Lire ces articles dans Douillet, D. des sciences.

134. Développer et, s'il y a lieu, critiquer cette définition de M. de Bonald : « L'âme est une intelligence servie par des organes. » (10 août 1869.)

Plan. On a souvent cité cette définition de M. de Bonald : « L'âme est une intelligence servie par des organes. » Examinons si, comme c'est la prétention de son auteur, elle exprime exactement la nature de l'âme et ses rapports avec le corps. — 1° Définir l'âme une intelligence revient à dire avec Descartes que l'essence de l'âme est la pensée (cf. 126). Or les mots intelligence et pensée ont un sens trop vague pour exprimer avec précision la nature de l'âme. Être, c'est agir. L'essence de l'âme est l'activité intelligente et volontaire. Elle est une force qui a conscience d'< lle-méme. — 2° Définir l'âme une intelligence, c'est lui refuser implicitement le pouvoir d'agir sur le corps; de là résulte l'assertion, que c'est une intelligence servie par des organes, assertion qui signifie qu'il y a une simple correspondance entre les pensées de l'âme et les mouvements du corps, comme entre les ordres d'un maître et les aclions d'un serviteur. Or cette théorie n'est point conforme à la réalité et n'explique point la vie, non plus que les hypothèses des causes occasionnelles ou de l'harmonie préétablie. L'union de l'âme et du corps consiste en ce que l'âme agit sans cesse sur le corps et que le corps réagit sans cesse sur l'âme (cf. 133). En définissanl l'âme une force qui a conscience d'elle-même, on rend possible l'action de l'âme, parce qu'on lui reconnaît le pouvoir de mouvoir les organes qui sont véritablement ses instruments, comme l'indique l'étymologie du mot. Saint Augustin a bien indiqué ce pouvoir de l'âme dans sa définition : Substantia quxdam ralionis particeps, regendo corpori accommodata. Bossuet a eu tort de la modifier (Conn. de Dieu cl de soi-même, IV; éd. Charles, p. 191, note).

Ht PSYCHOLOGIE.

Des différents systèmes qui nient la distinction de l'âme et du corps.

135. Exposer et discuter les principales objections du Matérialisme contre la distinction de l'âme et du corps. (22 novembre 1867.)

Dissertation. La question de la distinction de l'âme et du corps a donné naissance à deux systèmes, le Spiritualisme et le Matérialisme.

Le Spiritualisme établit que, si nous interrogeons l'expérience, nous distinguons en nous deux modes d'observation : les sens, par lesquels nous percevons notre corps ; la conscience, par laquelle le moi se perçoit comme cause ou comme sujet dans chacun des phénomènes qu'il s'attribue, se reconnaît comme un et identique dans la complexité et la variabilité de ses actes et de ses modes. Il a pour instrument le cerveau; mais il ne saurait se confondre avec lui parce qu'il est un et identique, tandis que la substance du cerveau est composée d'une multitude de molécules, et, comme le corps entier, chauge continuellement par le départ et le remplacement des molécules qui la composent. Or le moi n'est autre chose que l'âme ayant conscience d'elle-même; son essence estl'activitè intellectuelle et libre, qui constitue ce qu'on nomme la spiritualité {cl 127-133).

Cette distinction de l'âme et du corps est niée par le Mat rialisme. Ce système doit son nom à ce qu'il a pour fondement l'hypothèse suivante : « Les sens sont le seul moyen de connaître ; par suite, il n'y a de réel que ce qui tombe sous les sens, c'est-à-dire la matière. » Le matérialisme le plus célèbre dans l'antiquité est celui d'Épicure, qui composait l'âme d'atomes (cf. 228), et expliquait toutes nos connaissances par son hypothèse des idées images (cf. 40); son principal argument était l'influence que l'état des organes exerce sur nos facultés intellectuelles et morales. De nos jours, le matérialisme a pris une forme scientifique qui s'appelle le Positivisme: il fait consister l'âme dans l'ensemble des fonctions du cerveau et de la moelle épinière; il donne pour argument que le cerveau est l'organe de l'intelligence dans la sensation, l'imagination, etc., et il en conclut que la pensée n'est qu'un mouvement.

On réfute le matérialisme par les arguments suivants. 1° Le matérialisme se contredit : il proclame la nécessité de pratiquer

Page 1