MATÉRIALISME
la 'méthode expérimentale, et il rejette le témoignage de la conscience dont l'autorité est antérieure à celle des sens; cette contradiction est d'autant plus choquante que c'est par l'observalion intérieure, et non par la loupe et le scalpel, que l'on constate l'existence du sentiment, de la pensée et de la volonté (cl*. 11-14 . 2° La pensée et la responsabilité sont impossibles si le principe des faits psychologiques n'est un, simple et identique (cf. 129-130). 3° L'influence du physique sur le moral est incontestable (cf. 131-133). Mais, si certains phénomènes physiologiques sont les conditions de certains phénomènes psychologiques (sensation, perception externe , imagination , langage, etc.), on n'en saurait conclure qu'il y ait identité. Le concours des orgaues est nécessaire à l'àme pour entrer en rapport avec les objets extérieurs et pour s'en représenter les images; mais il est impossible qu'elle s'en serve pour se connaître elle-même par la conscience et pour connaître Dieu par la raison, parce que ni le moi ni Dieu ne peuvent être représentés par aucune image. 4° Dire que la pensée est une espèce de mouvement, par exemple, une vibration de molécules analogue à la vibration de l'air dans la production du son, c'est avancer une chose inconcevable : le mouvement est un phénomène extérieur, perçu par les sens, tandis que la pensée est un fait intérieur, perçu par la conscience ; un mouvement est rectiligne ou circulaire, tandis qu'une pensée est claire ou obscure, vraie ou fausse ; il y a donc une contradiction complète entre les conditions et les qualifications du mouvement et de la pensée. 5° Le matérialisme, qui prétend ramener la pensée à un phénomène vital, ne peut expliquer la vie ellemême. Si l'on admet que les phénomènes vitaux soient susceptibles de s'expliquer par les lois de la physique et de la chimie, il ne s'ensuit pas que ces lois expliquent la production même de l'organisme; car la vie suppose une force qui coordonne tous les phénomènes mécaniques, physiques et chimiques de l'organisme, de manière à former un système dont toutes les parties soient solidaires et concourent à une seule et même fin. « S'il fallait définir la vie d'un seul mot qui mît en relief le caractère qui dislingue nettement la science biologique, je dirais : la vie, c'est la création. Quand un poulet se développe dans un œuf, ce n'est point la formation du corps animal, en tant que groupement d'éléments chimiques, qui caractérise naturellement la force vitale. Ce groupement ne se fait que par suite des lois qui régissent les propriétés physico-chimiques
de la matière ; mais ce qui est essentiellement du domaine de la vie, et ce qui n'appartient ni à la physique, ni à la chimie, ni à rien autre chose, c'est l'idée directrice de cette évolution vitale. Dans tout germe vivant, il y a une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation. Pendant toute sa durée, l'être vivant reste sous l'influence de cette même force vitale créatrice, et la mort arrive lorsqu'elle ne peut plus se réaliser (Cl. Bernard). » 6° Le matérialisme ne peut même pas expliquer ce que c'est que la matière à laquelle il ramène toutes choses. S'il définit la matière ce qui tombe sous nos sens. cette définition est inadmissible, parce que la connaissance de la matière n'est pas une perception, mais une conception (cf. 41), qu'il faut distinguer en elle l'apparence et la réalité (cf. 42). S'il la réduit à Yétendue, il ne lui laisse aucun caractère qui la distingue de l'espace; il la rend ainsi divisible à l'infini, de telle sorte qu'elle s'évanouit en une espèce de poussière aussi inconcevable qu'impalpable. S'il ajoute la force à l'étendue pour rendre possible l'hypothèse des atomes, il attribue à la matière une chose dont il emprunte l'idée, non aux sens, mais à la conscience, ce qui est en contradiction formelle avec son principe. 7° En général, le matérialisme prétend expliquer le connu, qui est l'esprit, par l'inconnu, qui est la matière ; par suite, il ramène le supérieur à l'inférieur, la pensée à la sensation, la sensation à l'impression organique, et l'impression organique au mouvement dont il ne peut rendre raison, s'il s'en tient aux données des sens.
Lire Bouillet, D. des sciences, art. Matérialisme, Positivisme, Matière, Ame: Charles, Lcct. de ykil.. IL p. 348-3G6, 384.
Remarque. Les fausses hypothèses professées dans l'antiquité sur la nature de l'àme ont été exposées avec précision et réfutées dans une argumentation aussi rigoureuse que complète par Plotin. Nous avons cité ci-dessus (p. 109) son célèbre traité De l'immortalité de l'àme. On en trouvera un résumé succinct dans le D. des sciences de Bouillet, art. Psychologie.