DIFFÉRENCE ENTRE L'HOMME ET LA BÊTE. UT
136. Y a-t-il, entre les facultés qui se manifestent dans l'homme et celles qui se manifestent chez l'animal, assez d'analogies pour que l'on puisse fonder sur elles une Psychologie comparée? Quelles sont les principales de ces analogies? Quelles sont les différences essentielles et irréductibles? (25 octobre 1873.)
Plan. La connaissance que l'âme a d'elle-même comme force ayant conscience d'elle-même [vis sui comcia) est le principe fondamental de la métaphysique. De là l'âme peut s'élever à l'Être infini et parfait en lui attribuant comme illimitées les perfections qui sout limitées en elle. De là aussi elle peut descendre aux êtres inférieurs en retranchant à l'activité intelligente et libre qui la constitue les perfections que n'exige pas l'accomplissement des actes qu'exécutent ces êtres. Cette étude se nomme la Psychologie comparée; son objet est de déterminer en quoi consiste l'âme de l'animal.
Examinons d'abord la méthode à suivre dans cette étude. Par la conscience, je me connais comme cause intelligente et libre. Par l'induction, j'attribue aux autres hommes une force intelligente et libre semblable à la mienne, parce que je les vois faire les mêmes mouvements, exprimer les mêmes émotions, désigner les mêmes objets par les mêmes signes et communiquer ainsi avec moi par la parole. En raisonnant par analogie, je dois admettre que les animaux dont l'organisation se rapproche le plus de la mienne peuvent posséder quelques-unes de mes facultés à un degré plus ou moins élevé, proportionnellement à la nature plus ou moins parfaite des mouvements qu'ils exécutent. — En appliquant cette méthode, nous constatons qu'il y a entre l'homme et l'animal de nombreuses analogies, mais aussi des différences essentielles. Passons en revue nos facultés et voyons ce que nous pouvons accorder à l'animal. 1° Il éprouve des sensations, et il a des appétits ; 2° il se représente les objets extérieurs, il en conserve et en lie les images par la mémoire et l'imagination sensitive, dont les consécutions machinales, comme le remarque fort justement Leibniz, ne doivent pas être prises pour des raisonnements; 3° il possède la spontanéité, entendue
comme le pouvoir de produire des mouvements instinctifs ou habituels, sans réflexion ni liberté (cf. 104).
Si l'on considère les différences essentielles entre l'homme et l'animal, on trouve qu'on doit refuser à celui-ci : 1° le sentiment moral; 2° la pensée, entendue comme la faculté d'avoir des idées abstraites et générales qui sont les conditions du jugement et du raisonnement et qui s'expriment par la parole, tandis que les images s'expriment par des signes particuliers qui ne forment pas un langage ; 3° la liberté et la responsabilité morale. Avant tout, l'animal manque de la faculté caractéristique de l'esprit humain, celle de réfléchir et de dire moi; par suite il n'est pas une personne, il est une. chose.
Ces considérations conduisent à accorder à l'animal une âme sensilive, pour employer le langage d'Aristote et de saint Thomas, dont le nom indique l'infériorité par rapport à Vdme raisonnable de l'homme (cf. 139).
Lire Douillet, D. des sciences, art. Ame des bêtes; Charles, Lect. dephil., II, p. 380-383.
137. Exposer la théorie cartésienne des animauxmachines et de Yautomatisme des bêtes. Discuter cette hypothèse. (12 août 1869; 13 août 1870.)
138. De l'orne des bêles. Quelles sont les diverses opinions sur cette question? (4 août 1871.)
139. Exposer le chapitre V de Bossuet sur la différence entre l'homme et la bête. (17 août 1867.)
Dissertation. La question de l'âme des bêtes a joué un rôle célèbre dans l'école cartésienne. Descartes, n'admettant pas dans sa métaphysique d'intermédiaire entre la pure étendue, essence des corps, et la pure pensée, essence de l'âme humaine, fut conduit à expliquer par les seules lois de la mécanique (c'est-à dire par des figures et des mouvements), nonseulement les phénomènes de la physique et de la chimie dont il eut raison de bannir les qualités occultes de la Scolastique, mais encore la vie elle-même ; opinion qui lui fit concevoir les animaux comme des machines et des automates : « Bien qu'il y ait plusieurs animaux qui témoignent plus d'industrie que nous en quelques-unes de leurs actions, on voit toutefois que les mêmes n'en témoignent point du tout en beaucoup d'autres; de façon que ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit, car à ce compte ils en auraient plus