CRITÉRIUM DE CERTITUDE
Fondement de la certitude.
146. Qu 'entend-on par critérium de certitude? Quels sont les divers principes auxquels on attribue ce rôle? (14 novembre 1867.)
Plan. On appelle critérium le caractère par lequel l'esprit distingue le vrai du faux et arrive ainsi à la certitude. Le seul et unique critérium de la vérité est sa propre évidence, comme l'a établi Descartes (D. de la méthode, II). Les autres principes qu'on a proposés comme critériums sont insuffisants, et, loin de pouvoir remplacer l'évidence intuitive, ils la présupposent.
1° (Aristote) Principe de contradiction : « Le même ne peut pas à la fois être et ne pas être sous le même rapport. » — Celle règle n'est applicable qu'à la déduction (cf. 192-193).
2° Au principe de contradiction Kant ajoute le Principe de raison suffisante de Leibniz : « Rien n'arrive sans raison suffisante, c'est-à-dire rien n'arrive sans qu'il soit possible à celui qui connaîtrait assez les choses de rendre une raison qui suffise pour déterminer pourquoi elles doivent exister ainsi et non autrement. » — Ce critérium n'est applicable qu'aux vérités dérivées ; les vérités premières sont elles-mêmes des principes, comme le dit Leibniz : « Le fondement de notre certitude à l'égard des vérités universelles et éternelles est dans les idées mêmes... Le fondement de la vérité des choses contingentes et singulières est dans le succès qui fait que les phénomènes des sens sont liés justement comme les vérités intelligibles le demandent. » (Nouv. Essais, IV, iv.)
3° [Pascal Véracité divine : « Personne n'a d'assurance, hors de la foi, s'il veille ou s'il dort. » (Pensées.) — L'esprit ne croit à la révélation que parce qu'il juge cetLe croyance raisonnable.
4° (Reid Sens commun (cf. 149).
5° (Lameunais) Consentement universel (cf. 150).
De cet examen il résulte que le seul critérium est l'évidence intuitive (cf. 144). Nous ne pouvons que suivre notre raison : « Le véritable usage de la raison qui est en moi est de ne rien croire sans savoir pourquoi je le crois et sans être déterminé à m'y rendre sur un signe certain de vérité. » (Fénelon, Lettre I sur l'existence de Dieu et sur la religion).
Lire Bouillet, D. des sciences, art. Critérium; Charles, Lect. dephil., II, p. 52-53.
147. Du principe d'identité ou de contradiction. Son rôle en logique. Est-il le critérium de la vérité? (8 août 1874.)
Plan. Le principe d'identité s'énonce ainsi : « Ce qui est, est. » Exprimé sous une forme négative, il constitue le principe de contradiction : « Le même ne peut pas à la fois être et ne pas être sous le même rapport; » ou : « Il est impossible que la même chose soit et ne soit pas dans le même temps et dans les mêmes conditions. » Sous une autre forme également négative, il constitue le principe de l'exclusion du milieu : « Une chose est ou n'est pas; il n'y a pas de milieu. »
Le principe d'identité est le fondement commun des axiomes mathématiques et, en général, des jugements analytiques a priori (cf. 47, 73). — Par suite, le principe d'identité est le critérium de la vérité dans la déduction (cf. ■192-193).
Lire Charles, Lect. de phil., I, p. 248-251.
148. Quel est le fondement de la certitude dans les raisonnements inductifs? (30 juillet 1874.)
Plan. Exemple et analyse d'un raisonnement induclif. — Cette analyse conduit à reconnaître que le fondement de la certitude de tout raisonnement inductif est le double principe des causes efficientes et des causes finales qu'on peut formuler ainsi : « Dans les mêmes circonstances, toujours et partout, les mêmes causes ont les mêmes effets, et les mêmes moyens ont les mêmes fins. » — Pour le développement, voir ci-dessus §78, p. 61.
149. Qu'entend-on par sens commun? Montrer que, s'il est des choses parfaitement démontrées qui sont audessus du sens commun, rien ne saurait cependant lui être contraire. (2 août 1869.)
Plan. On entend par sens commun la forme la plus simple et la plus générale de la raison (appelée bon sens dans son application aux faits particuliers) : c'est la faculté par laquelle tous les hommes, malgré l'inégalité naturelle des aptitudes intellectuelles et la différence des opinions, conçoivent et reconnaissent les vérités premières, les principes de la morale et les données élémentaires des sens et de la conscience. D'un