CRITÉRIUM DE CERTITUDE
pété, on ne doit pas, comme l'École écossaise, prendre le sens commun pour critérium au lieu de l'évidence intuitive à laquelle seule il doit sa valeur, ni réduire la philosophie à éclaircir les vérités du sens commun, ce qui anéantit la science. D'un autre côté, on ne doit pas, comme l'École positiviste, admettre que le sens commun ne puisse exercer de contrôle sur les théories philosophiques. Sans doute il y a des vérités parfaitement démontrées qui sont au-dessus du sens commun ; p. ex. : « De tous les corps de la nature, nous ne percevons directement que notre propre corps (cf. 39) ; Le son, la chaleur, la lumière et toutes les qualités secondes ne sont que des mouvements de la matière (cf. 42). » Mais on aie droit d'invoquer le sens commun contre les philosophes qui mettent en doute la réalité des choses extérieures (cf. 43-44), et en général contre les conséquences absurdes ou immorales de certains systèmes tels que le scepticisme, le matérialisme, le panthéisme et les utopies socialistes. Si tous les hommes ne peuvent comprendre et apprécier les théories métaphysiques et les raisonnements subtils, ils peuvent parfaitement juger un système par ses conséquences quand elles sont en contradiction avec des vérités évidentes, quand elles aboutissent à la négation de la liberté, du devoir et du droit, de la propriété, de la famille et de la société, des croyances religieuses, etc.
Lire Bouillet, D. des Sciences, art. Sens commun ; Charles, Lee t. de phil., I, p. 9-10.
150. Qu'entend-on par consentement universel? Ses principales applications aux diverses questions philosophiques. Appréciation de la valeur de cet argument. (21 août 1867.)
Plan. Le consentement universel est l'accord universel des hommes sur une vérité. Quand il est bien constaté par l'étude comparée des langues, des mœurs et des institutions, il peut être invoqué en philosophie comme une preuve indirecte : « Consensio omnium gentium lex naturœ putanda est (Cicéron, Tusculanes, I, 13). » Il a pour fondement le sens commun (cf. 149). Il doit donc, comme lui, n'être invoqué que pour établir des faits et des principes d'une appréciation facile, surtout ceux de l'ordre moral : la croyance à la liberté et à la spiritualité de l'âme, la confiance en la véracité de l'intelligence, la croyance à l'existence de Dieu, la distinction du bien et du
mal. Pour confirmer son autorité, il faut bien le distinguer des
préjugés universels, comme la croyance à la légitimité de
l'esclavage.
Lamennais a proposé le consentement universel comme critérium de la certitude. On lui a justement objecté que, si les raisons individuelles sont impuissantes, leur accord ne peut pas constituer une autorité infaillible. D'ailleurs, quand un individu consulte impartialement sa raison, il juge d'après l'évidence qui est la même pour tous les bommes (cf. 144).
Causes logiques et morales des erreurs.
151. En combien de classes peut-on diviser nos erreurs? Quels sont les principaux moyens d'y remédier? Donner des exemples. (21 mars 1872.)
152. Qu'appelle-t-on ei^reurs des sens ? Expliquer comment il est vrai de dire que l'erreur n'est jamais dans le sens lui-même, mais dans le jugement. (19 août 1869, 8 août 1872.)
Plan. La théorie de la Vérité, de Y Évidence et de la Certitude n'est pas complète sans celle de Y Erreur. — L'Erreur consiste à affirmer ce qui n'est pas ou à nier ce qui est. Elle suppose Une connaissance incomplète de la réalité, tandis que Y ignorance est le défaut de toute notion (cf. 141).
Bacon, dans le Novum Organum, divise les erreurs en quatre classes : Erreurs communes à tous les hommes, E. propres à chaque individu, E. provenant du langage, E. provenant des systèmes (Idola tribus, I. specus, I. fori, I. theairi). Les deux premières classes manquent de précision (cf. Charles, Lect. de phiL. II, p. 44-46).
L'école cartésienne classe les erreurs avec plus de précision et de clarté par l'analyse des facultés intellectuelles. C'est ainsi que procèdent Descartes (Méditation 4e), Bossuet (Oonn. de Dieu, I, xvi), la Logique de Port-Royal, Malebranche (Recherche de la Vérité), Leibniz (Nouv. Essais, IV, xx). — En résumant leurs analyses, on peut diviser les erreurs en 4 classes : (Erreurs logiques) E. d'induction, E. de déduction, E. du langage; (Erreurs morales) E. des passions et E. d'inattention.
1° Erreurs d'induction. Si l'on passe en revue les sens, la conscience, la raison, on reconnaît qu'une faculté intuitive ne nous trompe jamais, qu'elle ne peut être suppléée ni redressée