‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 111 sur 189 · CAUSES DES ERREURS · texte numérisé non relu

CAUSES DES ERREURS

par une autre. L'erreur provient de ce que nous ajoutons aux faits primitifs en les interprétant. On en peut dire autant de la mémoire. Quant à l'imagination, c'est un simple pouvoir représentatif; nous nous trompons en ajoutant à ses iictions des affirmations fondées sur une induction.

Cette théorie se vérifie en examinant ce qu'on nomme les erreurs des sens. Leurs données se divisent en perceptions naturelles et perceptions acquises, inductions fondées sur des associations d'idées qui constituent l'éducation des sens par l'esprit (cf. 34). En les étudiant, on trouve que les sens ne nous trompent pas dans les perceptions naturelles, mais que c'est l'esprit qui se trompe en interprétant mal les données des sens dans les perceptions acquises. Nous associons, p. ex., les données de la vue à celles du tact, et nous concluons de la forme visible à la forme tangible. Nous apercevons un bâton plongé dans l'eau et nous le jugeons courbé : la vue ne nous trompe pas, puisqu'elle perçoit l'image telle qu'elle doit être d'après les lois de la réfraction; c'est l'esprit qui se trompe quand, par ignorance de ces lois, il conclut de la forme visible à la forme tangible qui ne peut être connue avec certitude que par le toucher. (Cf. Lafontaine, VII, xvni; Logique de Port- Royal, I, xi ; Charles, Lect. dephil., I, p. 1 58- i 62.)

2° Erreurs de déduction. Elles constituent ce qu'on nomme les sophismes (cf. 190).

3° Erreurs du langage (cf. 154).

4° Erreurs des passions (cf. 155-157).

Moyens de remédier aux erreurs. Les remèdes aux erreurs sont indiqués par leurs causes mêmes : 1° Appliquer les règles de la méthode, de l'induction et de la déduction ; 2° Définir les termes scientifiques dont on se sert ; 3° Éviter les émotions causées par les sensations trop vives, par les passions et par l'imagination ; 4° Ne pas juger avec précipitation et avec prévention ; n'affirmer comme vrai que ce qui est évidemment tel ; 5° Suspendre provisoirement son jugement, si l'on n'a qu'une simple probabilité. — Cette dernière règle, excellente en théorie, n'est pas toujours possible à observer dans la pratique, où le soin de notre vie et nos intérêts nous obligent à prendre une décision sur des choses au sujet desquelles nous ne pouvons arriver à la certitude.

Rem. L'ouvrage le plus complet et le plus profond sur les causes de nos erreurs et les moyens d'y remédier est le célèbre Traité de la Recherche de la Vérité, par Malebranche.

153. Que pensez-vous de cette proposition de la Logique de Port-Royal? « Les choses que l'on connaît par l'esprit sont plus certaines que celles que l'on connaît par les sens. » (1 1 août 1874.)

Plan. Descartes termine sa Méditation seconde par la conclusion suivante : « Puisque c'est une chose qui m'est à présent manifeste que les corps mêmes ne sont pas proprement connus par les sens ou par la faculté d'imaginer, mais par le seul entendement, et qu'ils ne sont pas connus de ce qu'ils sont vus ou touchés, mais seulement de ce qu'ils sont entendus ou bien compris par la pensée, je vois clairement qu'il n'y a rien qui me soit plus facile à connaître que mon esprit. » De cette théorie, la Logique de Port-Royal (IV, i) a tiré : « Les choses que l'on connaît par l'esprit sont plus certaines que celles que l'on connaît par les sens. » Cette maxime présentée sous une forme aussi générale n'a pas la clarté et la précisiou de la théorie de Descartes. On ne peut la comprendre et l'apprécier que par le développement des deux propositions suivantes : « 1° Quand l'on distingue les perceptions naturelles des perceptions acquises, on reconnaît que les sens ne nous trompent pas, mais que c'est l'esprit qui se trompe en interprétant mal les données des sens. Par suite, dans les perceptions naturelles, la certitude, des sens est immédiate comme celle de la conscience et de la raison (cf. 152). 2° La matière ne nous est connue que par le dehors, par ses phénomènes ; il en résulte que sa connaissance est plutôt une conception qu'une perception (cf. 41). L'esprit, au contraire, se connaît lui-même intérieurement, se perçoit lui-même comme cause ou comme sujet dans chaque phénomène de conscience (cf. 11). »

Lire Bossuet, Conn. de Dieu, I, vn, xvn ; éd. Charles, p. 36, 62.

154. Des erreurs qui ont leur origine dans le langage. Des moyens d'y remédier. (18 novembre 1867.)

Plan. Les causes réelles de nos erreurs doivent être cherchées dans le travail de la pensée (cf. 151-153), et non dans le langage qui n'en est que l'image. Boileau a dit justement:

Ce que l'on conçoit bien s'exprime clairement Et les mots pouf le dire arrivent aisément.

Cependant le langage peut réagir but l'intelligence dont il exprime les conceptions, s'il n'a point reçu d'elle les qualités

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