MÉTHODE DES SCIENCES PHYSIQUES
exactes, puis le raisonnement sous la forme de Y induction et de l'analogie. Lorsque les lois trouvées empiriquement peuvent être traduites eu nombres, on y applique le calcul, et ['analyse mathématique donne toutes les conséquences qui peuvent dériver de chaque loi. La concordance des résultats déduits par l'analyse et de ceux fournis par l'observation ou par l'expérience est un indice en faveur de la réalité de cette loi; mais ce n'est qu'après avoir fait ainsi un grand nombre de vérifications qu'on peut la regarder comme exacte. L'énoncé de cette loi et le développement rationnel de toutes ses conséquences ((instituent alors l'explication des phénomènes qui en dépendent, et celte explication prend le nom de théorie. En général, on nomme théorie physique l'ensemble des lois au moyen desquelles on parvient à expliquer la dépendance qui existe entre les effets et les causes d'une certaine classe de phénomènes. Mais toutes les lois qui composent une théorie physique peuvent n'être que les corollaires d'une loi unique. Pour la découvrir, l'analyse mathématique part d'une hypothèse à laquelle la connaissance de tous les phénomènes semble conduire, la traduit en langage algébrique et en déduit les conséquences. Si l'hypothèse admise est la cause réelle de la classe des phénomènes que l'on considère, elle doit expliquer tous les faits connus, puis en indiquer d'autres que l'expérience n'avait pas encore fait connaître, et dont elle vérifie la réalité. Si ces faits sont nombreux et importants, ils prouvent la justesse de l'hypothèse qui a servi de point de départ. C'est de cette manière qu'on a reconnu dans l'optique que l'hypothèse cartésienne des ondulations devait être admise au lieu de l'hypothèse de l'émission imaginée par Newton (cf. 209-212.)
La Chimie étudie les phénomènes qui se passent au contact des corps, en tant que ces phénomènes amènent un changement complet dans la constitution de ces corps. Par l'analyse qualitative et quantitative, elle isole les éléments qui les constituent et en détermine les proportions ; puis, par la synthèse, elle reproduit ces composés ou elle forme de nouvelles combinaisons qui n'existent pas dans la nature. Comme la physique, elle emploie l'observation et l'expérimentation (cf. 200), l'induction et l'analogie (cf. 206), enfin l'hypothèse (cf. 209); elle emploie aussi la déduction, mais sous la forme ordinaire mie celle-ci a dans la démonstration (cf. 192) et non sous celle de l'analyse mathématique, comme le fait l'optique, etc.
Tandis que les Sciences physiques étudicut les propriétés
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générales de la matière, les sciences naturelles décrivent les caractères des corps inorganiques qui composent notre globe et dos êtres organisés qui vivent à sa surface ; elles déterminent leurs lois et leurs relations mutuelles. Elles emploient aussi la méthode expérimentale, mais elles se distinguent par le rôle prépondérant qu'elles accordent à l'observation qui leur fournit leurs matériaux, et cala classification qui les résume dans la Minéralogie et la Géologie, la Botanique et la Zoologie (cf. 201-205). Cependant de nos jours on est parvenu à employer aussi l'expérimentation. Dans la Minéralogie, on a reconstitué par le travail du laboratoire des cristaux et des roches conformément au mode de formation qui était jusque là resté à l'état d'hypothèse. Dans la Botanique et la Zoologie, on a déterminé la valeur et la fixité des caractères des espèces par les variations artificielles, etc. Enfin, laissant à l'Anatomie l'usage exclusif de l'observation, la Physiologie a trouvé le moyen d'introduire Y expérimentation dans ses recherches, et elle est arrivée par elle à d'importantes découvertes qui, comme l'a démontré M. CI. Bernard, doivent exercer la plus heureuse influence sur les progrès des sciences médicales.
Des considérations qui précèdent on peut tirer ces conclusions.
1° Les Mathématiques, les Sciences physiques et les Sciences naturelles sont étroitement liées. Les mathématiques sont indispensables à l'astronomie et à la physique. La chimie emprunte à la physique ses théories de la chaleur, de l'électricité, etc. Les sciences naturelles ne peuvent rien expliquer sans la physique et la chimie. Il en est de même pour les méthodes. La méthode expérimentale a pour complément nécessaire soit l'analyse mathématique, soit la déduction qui est la forme la plus générale de la méthode démonstrative. En passant des mathématiques aux sciences physiques, on va de l'abstrait au concret ; en passant des sciences physiques aux sciences naturelles, on va du simple au composé.
2° Toutes ces sciences concourent ensemble à constituer les éléments de la Philosophie des sciences ou Philosophie de la nature qui résume leurs théories et les ramène aux principes de la Métaphysique (cf. 224). En effet, la physique et la chimie ne se bornent pas à découvrir les lois des phénomènes, elles essaient d'en déterminer les causes réelles (cf. 208); d'où les deux systèmes appelés Mécanisme et Dynam'smc. De môme la physiologie admet qu'il y a, au-dessus des faits physiques et chimiques des fonctions vitales, une force créa-
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trico de l'organisme ; d'où les trois systèmes appelés Animisme, Vitalisme, Organicisme.
Lire Douillet, D. des sciences, art. Astronomie, Physique, Chimie, Histoire naturelle, Physiologie ; Mécanisme, Dynamis- [nimisme, Vitalisme, Organicisme.
Application de la méthode aux sciences morales et politiques.
217. De la certitude propre aux vérités de l'ordre moral (10 novembre 187-1.)
218. Montrer que les vérités de l'ordre moral ne sont pas susceptibles du même genre de démonstration que les vérités mathématiques et que les vérités de l'ordre physique. (7 août 1869.)
Plan. On nomme Sciences philosophiques, ou Sciences moraks et politiques : 1° la Psychologie (avec la Linguistique); 2° la Logique (avec la Grammaire générale): 3° la Métaphysique (Philosophie des sciences ou Ph. de la nature, Théodicée ou Théologie naturelle) ; 4° l'Esthétique ou Philosophie des Beauxarts (avec la Poétique et la Rhétorique); 5° la Morale; 6° le Droit naturel ou Philosophie du droit (dont dépendent le Droit positif, la Jurisprudence, l'Économie sociale, la Politique) ; 7° la Philosophie de l'histoire (à laquelle se rattachent les Sciences historiques) ; 8° Y Histoire de la Philosophie.
Les Sciences morales ont une méthode mixte, en ce sens qu'elles emploient concurremment la méthode expérimentale pour constater les laits et les principes, et la méthode démonstrative pour en tirer les conséquences et les applications; mais la méthode expérimentale dos Sciences morales diffère complètement de la méthode expérimentale employée dans les Sciences physiques et naturelles (cf. 219); et leur méthode démonstrative se fonde sur d'autres principes que la méthode démonstrative employée dans les mathématiques (cf. 220).
Les Sciences morales ont aussi une certitude qui leur est propre, la certitude morale, qui est immédiate ou intuitive quand elle est acquise par la conscience (Je pense, donc je suis) ; et médiate ou discursive, quand elle résulte soit de l'induction et de l'analogie, soit de la déduction (cf. 144), comme celle que produit le témoignage (cf. 221).
219. Qu'appelle-t-on sciences morales? En quoi les sciences morales diffèrent-elles des sciences physiques. (loraoûU8G6.)
Plan. Définition dos Sciences morales (cf. 217-218).
Les Sciences morales ont pour fondement la connaissance du moi ou de l'esprit, qui se perçoit lui-même intérieurement par la conscience comme cause ou comme sujet dans chacune de ses modifications, tandis que les Sciences physiques ont pour fondement la connaissance de la matière que nous percevons extérieurement par les phénomènes qui tombent sous les sens (cf. 11-14). De là résulte une différence essentielle dans la méthode.
1° Les Sciences physiques constatent les phénomènes sensibles par l'observation ou par l'expérimentation, les divisent en groupes par la classification, découvrent leurs lois par V induction ou les conjeclurent par l'hypothèse, en tirent les conséquences et et les applications par la déduction (cf. 210).
2° Les Sciences morales constatent aussi par l'observation les phénomènes psychologiques qui forment leur domaine (cf. 11), suppléent kl' expérimentation par des procédés équivalents (cf. 1 5-17), divisent des phénomènes en groupes par la classification, découvrent leurs lois par l'induction, en tirent les conséquences et les applications par la déduction. Mais elles ne sont pas limitées, comme les Sciences physiques, à la perception des phénomènes; la conscience perçoit une cause réelle, le moi ou l'esprit, par une intuition directe, sans aucune hypothèse, et la connaissance de cette cause est le principe sur lequel se fonde la métaphysique pour déterminer la nature des êtres inférieurs et de la Cause première (cf. 224, 230).
3° Enfin, la différence de la méthode a pour conséquence nécessaire une différence dans le mode de démonstration. Tandis que les Sciences physiques démontrent une loi par l'observation ou l'expérimentation de faits qu'elles décrivent ou qu'elles mettent sous les yeux, les Sciences morales démontrent les vérités expérimentales qui leur sont propres par l'analyse psychologique, dont chacun peut constater la fidélité en consultant ses souvenirs, en réfléchissant à ses sensations, à ses pensées et à ses actes, en contrôlant son observation personnelle par tous les moyens que la psychologie lui donne pour en confirmer et pour en compléter les résultats (Cf. 15-17).