‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 137 sur 189 · En quoi Y évidence géométrique diffère-t-elle de · texte numérisé non relu

En quoi Y évidence géométrique diffère-t-elle de

Y évidence morale? (G novembre 1873.)

Plan. Les Sciences morales emploient la méthode démonstrative comme les Mathématiques: mais il y a une grande différence dans l'application qu'elles en font.

Les Mathématiques pures, appelées aussi Sciences exactes, spéculent sur des abstractions, sur les conceptions que l'esprit se forme des grandeurs ou quantités indépendamment de l'expérience (cf. 215). Elles ont pour principes les axiomes et les définitions qui forment des jugements analytiques a priori, et qui se fondent ainsi, comme la déduction elle-même, sur le principe de contradiction (cf. 147). Par suite, l'évidence géométrique a pour caractère une nécessité hypothétique; p. ex., la conception d'un cercle parfait implique nécessairement que le diamètre est double du rayon-, mais celte conception même d'un cercle parfait est une pure hypothèse, parce qu'il n'y a pas de cercle parfait dans la nature.

Les Sciences morales, au contraire, étudient l'ensemble des êtres réels, l'âme, la matière, Dieu; elles en déterminent l'essence et tous les rapports ; puis elles en tirent les conséquences. Elles ont pour principes, soit des vérités contingentes données par l'expérience (p. ex. : Je pense, donc je suis), soit des vérités nécessaires données par la raison et formant des jugements synthétiques a priori (p. ex. : Tout ce qui commence a une cause cf. 47). Leurs définitions n'expriment pas les conceptions idéales de l'esprit, mais les données de l'analyse psychologique (p. ex. : L'âme est une force qui a conscience d'elle-même). Par suite, Y évidence morale est fondée sur l'expérience interne, sur la connaissance immédiate et directe que l'esprit a de lui-même. Elle communique son caractère à toutes les vérités qui se déduisent de cette connaissance.

De ces considérations il résulte qu'on ne doit pas appliquer à la philosophie la méthode démonstrative des mathématiques, comme Spinosa l'a essayé dans son Éthique, mais que la philosophie a sa mélhode propre aussi bien dans la démonstration que dans l'expérience (cf. 11-14; Remarque, p. 9-10 .

Remarque. L'évidence morale s'applique au témoignage (cf. 217) : « Lorsqu'on croit quelque chose sur le témoignage d'aulrui, ou c'est Dieu qu'on en croit, et alors c'est la foi divine; ou c'est l'homme, et alors c'est la foi humaine. » (Bossuet, Conn. de Dieu et de soi-même, I, xiv; éd. Charles, p. 53.)

Application de la méthode aux sciences historiques.

221. Des règles du témoignage humain selon qu'il s'applique à des doctrines ou à des faits. (4 nov. 18G9.)

222. Exposer les règles de la critique des témoignages. Appliquer ces règles spécialement à la critique historique. (30 novembre 18G9; 22 octobre 1873.)

Plan. Chaque homme ne peut ni observer Di juger tous les faits par lui-même ; il est obligé d'avoir recours soit au témoignage, soit à l'autorité de ses semblables.

Croire au témoignage d'un homme, c'est admettre par induction qu'il a observé un fait et qu'il le rapporte comme nous le ferions nous-mêmes. C'est là une source importante de connaissance à laquelle nous sommes obligés d'avoir recours dans les questions judiciaires, dans l'histoire et la géographie, dans les sciences physiques et naturelles, et, en général, dans les circonstances où notre expérience personnelle nous fait défaut.

Les règles relatives au témoignage humain concernent les faits et les témoins. 1° Les faits doivent être possibles, c'est-àdire ne pas impliquer contradiction, ou bien n'être pas inconciliables avec une loi de la nature parfaitement constatée (condition dont l'appréciation exige une grande réserve). 2° Les témoins doivent s'être trouvés placés dans les circonstances convenables pour bien voir et bien entendre ce qu'ils rapportent (capacité, ; raconter exactement les faits, parce qu'ils sont honnêtes ou qu'ils n'ont point d'intérêt à altérer la vérité (véracité) ; faire une déposition intelligible, c'est-à-dire qui ne se contredise pas et qui ait toutes ses parties bien liées entre elles (clarté).

Croire à l'autorité d'une personne, c'est admettre par induction qu'elle est capable de bien juger une chose et qu'elle nous fait connaître exactement son opinion. Cette croyance est le fondement de l'éducation. Elle nous guide dans tous les actes de la vie où nous ne possédons pas l'instruction nécessaire pour nous décider par nous-mêmes ; c'est ainsi que nous avons recours à un expert, à un médecin, pour ce qui concerne, leur science ou leur art. Enfin, dans l'étude des sciences, nous devons, avant de nous livrer à aucune recherche, prendre connaissance de ce qui a été trouvé avant nous.

Les règles applicables à l'autorité sont les mêmes que les règles applicables au témoignage : capacité, moralité, clarté! L'appréciation de la capacité est difficile quand nous jugeons

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