‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 138 sur 189 · MÉTHODE DES SCIENCES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

MÉTHODE DES SCIENCES HISTORIQUES

une personne plus instruite que nous. Dans la conduite de la vie, nous sommes obligés de nous en tenir à uni' simple probabilité; nous devons alors éviter avec soin de juger d'après des caractères extérieurs le mérite d'un homme que nous ne connaissons pas ; c'est là une cause fréquente de préjugés et d'erreurs. — Quant aux doctrines scientifiques, il faut n'en admettre aucune sans un examen approfondi, et reconnaître l'évidence pour unique critérium de la vérité (cf. 16G-1G8).

223. Donner les règles de la critique historique. (5 août 18GS.)

Plan. La critique historique est l'application scientifique des règles relatives au témoignage (cf. 222). Son but est de constater la réalité des faits dont l'exposé constitue l'histoire. Pour cela, il faut apprécier la valeur des sources où celle-ci peut puiser. — 1° La traditionorale a toujours besoin d'être contrôlée par l'étude des monuments : car les récits sont sujets à s'altérer en passant de bouche en bouche; l'imagination populaire modifie ou transforme les détails des événements, et crée ainsi des légendes telles qu'on en trouve dans les chansons de geste sur Charlemagne. — 2° Les monuments sont tous les objets propres à établir la réalité d'un fait, comme les édifices, les statues, les armes, les ustensiles, les médailles, les inscriptions, les documents écrits. V Archéologie, la Numismatique et la Paléographie enseignent à vérifier l'authenticité et l'intégrité des monuments, à en tirer des preuves ou des inductions, à lire et à interpréter les médailles, les instructions et les documents écrits. La Chronologie leur assigne leur place dans la suite des temps. — 3° Les relations écrites sont la source la plus féconde où puise l'histoire. La lr0 règle est de constater Y authenticité et l'intégrité de chaque ouvrage, c'est-à-dire d'examiner s'il a été réellement écrit par l'auteur auquel on l'attribue (s'il a été cité par des écrivains postérieurs, s'il offre le style et les idées de l'époque) ; puis, s'il n'a pas subi d'altérations ou d'interpolations dans les transcriptions successives qu'il a subies (ce qu'il appartient à la Philologie d'apprécier par les règles qui lui sont propres). La 2e règle est de déterminer le degré de confiance que mérite l'auteur, s'il remplit les trois conditions qu'on exige de tout témoin, capacité, moralité et clarté (cf. 222).

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Histoire-.

MÉTAPHYSIQUE

Objet. Division. Méthode.

224. Qu'est-ce que la Métaphysique ? Montrer que la Philosophie, comme la plupart des sciences, a un côté spéculatif et un côté pratique. Établir cette distinction par des exemples. (3 août 1869.)

Dissertation. La plupart des sciences ont une partie spéculative, qui a pour but d'accroître la somme de nos connaissances sans s'occuper de leur utilité, et une partie pratique, qui des théories tire des conséquences et des applications soit pour les actes de la vie, soit pour la satisfaction des besoins de l'homme. C'est ainsi qu'on distingue les Mathématiques pures et les Mathématiques appliquées, la Physique mathématique et la Physique expérimentale (p. ex., la télégraphie électrique), la Physiologie et la Médecine. De même la Philosophie a des parties purement spéculatives, la Psychologie et la Métaphysique, cl des parties spécialement pratiques, la Logique, l'Esthétique, la Morale, le Droit uaturel.

/ La Métaphysique est la science de l'essence des choses. Elle a /pour objet de déterminer ce qu'est l'âme humaine, ce qu'est la nature, ce qu'est Dieu, et quels sont leurs rapports. Tel est le domaine que lui ont toujours assigné les plus grands philosophes ; Platon (République et Timéc), Arislote (Métaphysique), Plotin (Ennéades), saint Thomas d'Aquin (Summa thcologix), Descartes (Méditations), Malebrauche (Entretiens sur la Métaphysique), Bossuct (Connaissance de Dieu et de soi-même, Élévations sur les mystères), Leibniz (Théodicéc, Monadoloyie), Maine de Biran (Fondements de la Psychologie, etc).

Passons à la méthode. La Scolastique débutait par des spéculations abstraites sur l'être considéré en général, la substance, Y essence et la qualité, la cause efficiente et la cause finale, les relations, le possible et l'impossible, le contingent et le nécessaire, etc. ; .puis, à l'aide du raisonnement déductif, elle appliquait ces notions à l'âme, à la matière et à Dieu, pour

OBJET. DIVISION. MÉTHODE. iOl

déterminer leur nature et leurs rapports. On en peut juger par les résumés qu'on trouve dans J.'S Gravesande (Introduction à la philosophie) et Buffier [Traité des premières vérités). Ave une pareille méthode, la Métaphysique n'est qu'une étude de mois, étude aussi stérile que rebutante. On ne peut en effet atteindre la réalité concrète par la combinaison de notions abstraites. C'est ce qu'a fort hien compris le véritable fondateur de la métaphysique moderne, Dcscarles. Laissant l'appareil compliqué des syllogismes dans lequel le moyen âge faisait consister toute la science, il s'est placé au centre même de la réalité, dans la conscience que l'esprit a de lui même. Il a reconnu que, si l'observation externe se borne à la connaissance des phénomènes, il n'en est pas de même de l'observation interne ; que l'esprit, en réfléchissant sur lui-même, saisit à la fois la pensée et l'être qui pense : « Je pense, donc je suis. » Par suite il a, dans ses Méditations, donné un modèle 'de la méthode applicable à la métaphysique, savoir V analyse psychologique complétée par l'induction et par la déduction. Mais s'il a bien indiqué le point de vue propre à la métaphysique, savoir, le point de vue de la réflexion subjective, il n'a pas poussé assez loin l'analyse : il s'est arrêté à l'étude de la pensée en général. Leibniz et Maine de Biran ont approfondi son principe en se plaçant au centre même de la vie spirituelle, qui consiste dans l'activité intelligente et libre (cf. 127).

11 résulte des considérations précédentes que la métaphysique spiritualiste a pour objet la connaissance de la réalité complète (l'âme, la matière, Dieu), et pour moyen l'expérience intime de l'activité intelligente et libre qui constitue essentiellement l'esprit. Elle débute par l'analyse du fait primitif de ! conscience où le moi, le sujet, appliquant sa puissance à mouvoir le corps auquel il est uni, se connaît comme cause de l'effort volontaire dans son opposition avec l'objet extérieur qui résiste à sa puissance et lui fait obstacle ; se trouvant ainsi limité, il affirme qu'il est une force finie, et il affirme par la même l'existence d'une force infinie qui est Dieu (cf. 127-128).

L'étude de ces trois termes constitue trois parties dans la métaphysique.

La Psychologie rationnelle a pour objet le moi, la force Intelligente et libre qui constitue notre être. Nous tirons de là les idées de cause efficiente et de cause finale, de force, de puissance (cl. 52.57), de substance et d'être (cf. 55), d'unité et d'identité (cf. 129), de durée et de temps (cf. 85), etc., idées

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à l'aide desquelles bous concevons les êtres inférieurs et la matiez en raisonnant par analogie, tandis qu avec ces mêmes idées nous analysons la notion de l'Être infini et nous lui attribuons par la raison comme absolues les pcrlections que nous trouvons en nous-mêmes limitées et relatives, puissance, intelligence et amour. .

La Philosophie de la nature ou Philosophie des sciences a pour objet l'essence des corps, telle qu'elle est considérée dans les théories les plus élevées des sciences positives (Astronomie Physique, Chimie, Physiologie). Après avoir détermine \ Sur des1 quantités 'abstraites sur lesquelles specu lent ^ es mathématiques (unité et nombre, étendue et espace) elle disque de l'infini réel, qui est Dieu, l'indéfini qui est le fondement du calcul des infiniment petits, et elle assigne ainsi a cite théorie son sens véritable. Ensuite, interprétant le données des sens à l'aide des notions de substance de .foi ce et de temps qu'elle emprunte à la psychologie (cf. 52 -5b, »o;, elle démontre quelle est l'essence de la matière et des atomes (42), et part de là pour expliquer en quoi consistent la masse le pâtis, le mouvement et la vitesse. Passant a 1 étude d la v , elle fait voir que c'est la force créatrice de \ organisme (57 13o ) Enfin résumant les lois les plus générales de 1 univers e»e en délermine le plan et l'évolution (cf. 239). A ces vues Connues sur l'ensemble des êlres inorganiques et organises, eue S l'examen des systèmes qui s'y rattachent et dont les fis Sb es sont: en physique et en chimie, le Mécanisme e e DulamiZ; en physiologie, l'Animisme, [Organmsme et e vïïSm. les hypUèses sur la formation ^ •*«» * sur ha aèmralion (cf. Bouillel, D. des sciences, art. Unik Etendue Espace Infini; Substance, Force, Temps; Mature, Atomicité, Vie Organisme; Mécanisme, Dynamisme; Animisme, OrgaM nicisme Vitalisme; Espèce, Génération.)

L^Théodlcée démontre l'existence et les attributs de Dieu fcf 224 Elle constitue la partie la plus élevée de la Métaphyj sique parce que Dieu est la raison d'être de tout ce qui existe et que la question de la Providence est étroitement liée a celle

^S^SS&m que nous venons d'exposer conduisent cette conclusion : L'objet de la Métaphysique est de connadu TLfmZTL nature 'pour s élever à la connaissance de Dieu. Lire Bouillet, D. des sciences, art. Métaphysique.

THÉODIGEE

Objet. Division. Méthode.

225. Qu'appelle-t-on, dans les sciences philosophiques, la Théodicée? Quelles questions contient-elle? Dans quel ordre ces questions doivent-elles être traitées ? (10 mai 1870.)

Dissertation. Lorsque nous nous étudions nous-mêmes ou •que nous éludions ce qui nous entoure, nous trouvons au bout de toutes nos théories la nécessité de reconnaître l'existence d'un premier principe, Dieu, cause première et raison première de l'existence et des qualités de tous les êtres, parce que nous ne pouvons comprendre et expliquer la nature des choses contingentes si nous ne les ratlaclions à une puissance nécessaire et absolue, infime et parfaite. La partie la plus élevée de la Philosophie première (pour employer l'expression d'Aristote et de Descartes) est donc la science qui traite de l'existence et des attributs de Dieu. Elle a reçu des noms divers chez les anciens, Physique, Théologie, Métaphysique : et chez les modernes, Théologie naturelle (dénomination employée surtout en Angleterre), Théodicée (dénominaliou empruntée au titre de l'ouvrage où Leibniz répond aux objections de Bayle contre la justice de Dieu). Descartes, qui le premier a démontre en français l'existence et les attributs de Dieu (en séparant la Théologie naturelle de la Théologie proprement dite basée sur la révélation), s'est borné à donner pour litre à son principal ouvrage sur ce sujet : Méditations sur la Philosophie première, c'est-à-dire sur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'dme. Les auteurs qui ont traité après lui le même sujet, comme Malebrancbe (Entretiens sur la Métaphysique), Bossuet (De la Connaissance de Dieu et de soi-même), Fénelon (De l'Existence et des attributs dj Dieu), n'ayant pas adopté une dénomination commune, on a fini par prendre celle de Théodicée autorisée par l'ouvrage de Leibniz.

194 THÊODICÉE.

Après avoir défini l'objet de la Théodicée et déterminé qucllo place elle occupe dans l'ensemble des sciences philosopbiques, examinons quelles questions elle contient, dans quel ordre ces questions doivent être abordées et par quelle méthode elles doivent être traitées.

L'idée de Dieu nous est donnée par la raison en même temps que celle de notre causalité personnelle nous est donnée par la conscience (cf. 224). Mais cette intuition, étant obscure, a besoin d'être éclaircie par l'analyse. De là est née la distinction des diverses preuves, qui sont les divers points de vue sous lesquels la raison conçoit l'Être suprême et qu'il faut réunir pour avoir de lui une connaissance aussi complète que possible. La division généralement adoptée comprend les preuves physiques, tirées de l'ordre et de l'existence de l'univers ; les preuves métaphysiques, tirées de l'idée rationnelle de l'Être infini et parfait; les preuves mm' aies, tirées de la loi morale et de sa sanction.

L'exposition de ces preuves se complète par leur histoire. — Pythagore signale l'ordre qui règne dans l'univers et Anaxagore reconnaît qu'il a pour cause Y Intelligence divine. Socrate en donne une démonstration populaire; Platon et Arislote, une démonstration scientifique, l'un par sa théorie des idées, l'autre par sa théorie du premier moteur (cf. 240). Le christianisme y ajoute la notion de créateur. Ces preuves sont expliquées ou complétées par Plotin, saint Augustin, saint Thomas, Descartes, Bossuet, Malebranche, Fénelon, Leibniz, Kant.

Cette analyse, où la théorie est contrôlée par l'histoire, conduit à l'étude des différents attributs de Dieu. Ensuite la synthèse réunit tous ces attributs de Dieu dans la définition de la Providence, détermine ses rapports avec l'ordre physique et avec l'ordre moral, puis explique l'origine du mal métaphysique, du mal physique et du mal moral.

La méthode employée pour traiter ces questions résulte de leur nature même. Elle part des données de la raison; puis, à l'aide de l'induction et de la déduction, elle détermine la nature de Dieu (cf. 237) : « Partout où quelque degré de réalité se présente à nous dans la nature, nous transportons par la pensée cette réalité dans l'absolu, et Dieu est ainsi le lien de toutes les idées et de toutes les essences ; il contient éminemment et sous la raison de l'infini tout ce que l'âme et la nature possèdent de perfections incomplètes (Janel). »

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Dieu, Théologie ; Charles, Lcct. dephil., I, 195, et II, p. 394-400.

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