PREUVES MORALES
de l'Être infini et parfait n'a pour nous qu'un intérêt spéculatif comme un théorème de géométrie, si elle n'a point d'application dans notre vie. D'un autre côté, la loi morale n'est qu'une conception abstraite, si elle n'est rattachée à un principe réel et vivant qui sanctionne son autorité. C'est là ce qui constitue l'importance pratique des preuves morales de l'existence de Dieu, preuves indiquées par Bossuet (cf. 234), développées surtout par liant dans sa Critique de la raison pratique.
Nous trouvons dans notre esprit la loi morale qui nous prescrit de réaliser le bien propre à l'essence humaine, le développement régulier et harmonieux de nos facultés (cf. 254). Elle doit son autorité au respect qu'elle nous inspire. Or, si nous examinons d'où vient, pour tout être raisonnable et libre, l'obligation morale de vouloir le bien, nous trouvons qu'elle résulte du rapport qui existe entre le bien et la nature de l'agent capable de le réaliser (cf. 255). Ce rapport n'est pas établi par nous. Donc il suppose un principe supérieur, un législateur souverain qui, en nous donnant nos facultés, nous a par cela même donné notre fin et notre règle. Non-seulement la loi morale n'aurait pas de raison d'être sans Dieu, mais encore elle serait inefficace dans l'individu et dans la société. Exposé à la dou- Diir et au péché, l'individu manquerait de la force d'àme nécessaire, si sa volonté n'était encouragée par l'amour du bien, c'est-à-dire par l'attrait de la perfection de Dieu, chose impossible s'il n'était qu'une conception abstraite. Quant, à la société, la réalisation de la justice et de la charité exige le concours des volontés ; par suite, implique que l'espèce humaine est faite pour le bien, que les choses ont été disposées à cet effet par la sagesse, la justice et la bonté de l'Être infini et parfait auquel notre raison rapporte l'ordre moral, qui exclut l'hypothèse d'une nécessité aveugle et indifférente, a Puisque c'est un devoir pour nous, dit Kant, de travailler à la réalisation du souverain bien, c'est une nécessité qui dérive de ce devoir de supposer la possibilité de ce souverain bien, lequel n'est possible que sous la condition de l'existence de Dieu. »
La loi morale suppose une sanction. Le principe du mérite et du démérite, absolu comme la loi morale, exige que la vertu soit récompensée et le vice puni ; or l'harmonie de la vertu et du bonheur n'existe pas sur la terre ; il faut donc que la justice distributive soit réalisée dans une autre vie, et elle ne peut l'être que par la cause souveraine qui a établi la loi.
Ainsi les idées fondamentales de l'ordre moral impliquent l'existence de Dieu comme législateur et comme juge.
A ces preuves morales se joint l'argument tiré du consentement universel. Chez tous les peuples, anciens ou modernes, civilisés ou barbares, on trouve la croyance à l'existence d'un premier être, auteur de l'ordre physique et de l'ordre moral, comme le témoignent les religions, les langues et les monuments. Le progrès des sciences et de la philosophie peut l'épurer, mais non la détruire (cf. 240).
Lire Janet, Élém. de morale, ch. XVIII, § I; Charles, Lect.de phil., II, p. 466-472.