‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 141 sur 189 · ATTRIBUTS DE DIEU · texte numérisé non relu

ATTRIBUTS DE DIEU

Division. Méthode.

237. Par quelle méthode peut-on déterminer les attributs de Dieu? Est-ce par la méthode déductive ou par la méthode inductive, ou par les deux à la fois? Distinguer les attributs métaphysiques des attributs moraux. (11 août 1871.)

Plan. Dieu est l'Être suprême, infini et parfait, créateur et conservateur de l'univers. Il est par son essence même, si on le considère en lui-même tel qu'il est, incompréhensible et ineffable. Cependant nous pouvons, comme le dit Fénelon, distinguer en lui divers attributs, en nous représentant les différents rapports qu'il a avec ses ouvrages. Ces attributs se divisent en deux classes, attributs métaphysiques et attributs moraux.

Les attributs métaphysiques nous font connaître ce que Dieu est en lui-même ; par suite, ce que Dieu n'est pas, si on le compare aux êtres finis, contingents et relatifs : ce sont Yétcrnité, Y immensité, Y immutabilité, la simplicité et l'unité.

Les attributs métaphysiques se concluent de l'idée d'Être infini, nécessaire et absolu (cf. 238). Par conséquent, ils se déterminent par la méthode déductive.

Les attributs moraux nous représentent les qualités positives que Dieu possède comme Être parfait et Cause première : ce sont Y intelligence, la toute-puissance avec la liberté, la justice et la bonté; ils constituent la personnalité de Dieu.

Nous arrivons de deux manières à concevoir et à démontref la nature des attributs moraux. 1° Nous analysons l'idée de Y Être parfait et nous déterminons quelles pcrfectionslui conviennent. Cette analyse suppose la connaissance de dos propres perfections, intelligence, puissance, amour. En ce mus, comme ledit Bossuet, « la connaissance de nous-mêmes nous élève à la connaissance de Dieu (cf. 230). »— 2° Nous considérons Dieu comme Cause première ; nous cherchons comment il se manifeste, dans la nature et dans l'histoire (cf. 239), et nous en tirons des inductions pour déterminer son essence.— Nous employons ainsi la méthode inductive et la méthode déductive. Plus nous connaissons l'homme et la nature, plus nous avons une idée claire et compréhensive de Dieu. C'est une vérité que démontre l'histoire de la métaphysique (cf. 240). Lire Charles, Lect. de phil., II, p. 473-509.

Attributs métaphysiques.

238. Démontrer que les attributs métaphysiques de Dieu reposent tous sur l'idée d'infini. (4 novembre 187-4.)

Plan. Dieu est l'Être suprême dans sa plénitude une et indivisible, dans la perfection une et indivisible qui est propre à chacun de ses attributs. Il est ainsi infini et absolu, en ce sens qu'il n'a ni limite ni mesure ni condition, sous quelque rapport que ce soit. Par suite, il existe en dehors du temps (durée idéale, continue, illimitée, que nous concevons comme contenant toutes les durées particulières des êtres contingents, soit matériels, soit immatériels). Il existe également en dehors de Vespace (étendue idéale, continue, illimitée, que nous concevons comme contenant toutes les étendues réelles, tous les corps). Il est d'une manière absolue1, ce qui constitue l'existence indivisible et omniprésente, l'éternité et l'immensité; de là résulte l'immutabilité, qui consiste en ce qu'on ne peut rien ajouter ni retrancher à l'infini. Par suite encore, Dieu est simple, c'est-à-dire n'est point composé de parties. Or il ne peut y avoir qu'un seul être doué de ces attributs. Donc il n'y a qu'un Dieu et il ne peut y en avoir plusieurs (cf. 247).

Lire Fénelon, De l'Existence de Dieu, II, ch. v, § 1-4.

1. « Je suis celui qui suis. C'est ainsi que Dieu se définit lui-même, etc. » (Bossuet, Elévations, I, m.)

210 THÉ0D1CÉE.

Attributs moraux. Providence divine.

239. De la Providence divine. Comment se manifestel-elle dans la nature et dans Y histoire! (24 août 1867.)

Dissertation. On nomme Providence l'action perpétuelle que Dieu exerce sur l'univers et sur les âmes humaines pour les conserver et les diriger à leur fin selon l'ordre qu'il a établi par la création. Cette action est ce qui nous intéresse le plus, et son étude constitue la partie la plus populaire de la théodicée (cf. 241).

L'idée même de la Providence est étroitement liée à l'idée de l'Être infini et parfait: « Dieu, dit Leibniz, est la première raison des choses. La puissance va à l'être, la sagesse ou l'entendement au vrai, et la volonté au bien. Et cette cause intelligente doit être infinie de toutes les manières, et absolument parfaite en puissance, en sagesse, en bonté (Théodicée, I, 7). » On en conclut que Dieu doit accorder son concours à toutes les créatures pour les faire arriver au but qu'il leur a assigné par sa sagesse, et veiller sur les êtres raisonnables avec justice et avec bonté. Mais il ne suffit pas de déterminer ainsi d'une manière spéculative la notion que notre esprit se forme de la Providence ; il faut encore interroger l'expérience, et, passant en revue les théories les plus générales des sciences, examiner comment Dieu se manifeste dans la nature et dans l'histoire. Cette double étude est l'objet de deux sciences distinctes qu'on nomme la Philosophie de la nature (ou la Philosophie des sciences) et la Philosophie de l'histoire. Nous allons en parcourir rapidement les points principaux.

I. Considérons d'abord la nature ou le monde physique, c'est-à-dire l'ensemble des élres corporels avec leurs propriétés et leurs lois qu'étudient les sciences physiques et naturelles (cf. 216). Cet ensemble forme une unité pleine d'harmonie, xôïjioç (Vordre universel), selon le nom expressif trouvé par Pythagore et repris de nos jours par De Humboldt pour l'ouvrage dans lequel il a fait un tableau théorique et liistori(jue des connaissances positives que nous possédons sur la nature. Commençons par les mouvements des astres; toutes leurs lois se démontrent mathématiquement par le seul principe de la gravitation. A la mécanique céleste, expliquée par Kepler, Newton et Laplace, correspond la mécanique moléculaire

découverte de nos jours : dans un ensemble de théories aussi simples et aussi fécondes que celles de l'astronomie, elle réalise la conception de Descartes en ramenant à des vibrations ou ondulations les phénomènes généraux de la malien', son, chaleur, lumière, électricité . Par suite, la physique s'accorde avec la chimie pour définir la matière une masse composée de particules invisibles, insaisissables, qui possèdent néanmoins une étendue réelle et un poids déterminé (cf. 42) : ce sont les atomes qui, par leur capacité de combinaison, se juxlaposent dans des proportions invariables et forment ainsi les molécules de tous les composés d'après un petit nombre de types1. Les lois générales du mouvement jouent encore ici le rôle principal : on peut, suivant l'expression aussi ingénieuse que pittoresque de M. Dumas, comparer ces molécules à de petits systèmes planétaires, parce, que les atomes qui constituent chacun de ces groupes sont maintenus en équilibre par leurs vibrations perpétuelles qui résultent de leurs forces attractives et répulsives. Et comme l'analyse spectrale nous découvre les mêmes espèces d'atomes dans tous les astres qui nous envoient leurs rayons, que l'étude des météorites ou pierres tombées du ciel confirme cette expérience, on en déduit que la matière est la même dans toutes les parties de l'univers, que partout et toujours elle vibre, que tous ses pbénomènes s'expliquent par des mouvements réguliers et coordonnés, comparables à cetteharmonie céleste dont parlait Pythagore. On est ainsi conduit h cette conclusion : « A mesure que la science pénètre davantage dans l'ordre de la nature, elle découvre, en môme temps que la simplicité des moyens mis en œuvre, la diversité infinie des résultats. Ainsi à travers ce coin du voile qu'elle nous permet de soulever, elle nous laisse entrevoir tout ensemble l'harmonie et la profondeur du plan de l'univers 2. »

Non-seulement la contemplation de l'univers nous offre un ordre admirable dans cette infinité de mouvements dont il est le théâtre, mais encore elle nous découvre une liaison parfaitement réglée dans les ebangements que subissent toutes ses parties, une évolution qui réalise peu à peu dans une longue suite de siècles un plan unique et immuable. Nous en pouvons juger par le globe que nous habitons: il s'est constitué, comme les autres planètes, par la condensation successive d'une

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