‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 144 sur 189 · MAL PHYSIQUE ET MAL MORAL · texte numérisé non relu

MAL PHYSIQUE ET MAL MORAL

Mal physique. Mal moral.

244. Quelle différence fait-on, en Théodicée, entre le mal physique et le mal moral? Réfuter les objections que

l'on tire de l'un et de l'autre contre la Providence. (IG nov. 18GG; 20 nov. 1868; 17 no\ . 1871.)

245. De la douleur. Peut-on la concilier avec la Providence divine? (9 août 1870.)

Dissertation. Pour comprendre quels sont les rapports de Dieu avec les êtres qu'il a créés et quelle est sa propre destinée, l'homme a besoin de s'expliquer pourquoi il y a du mal dans l'univers. La raison lui montre que l'origine première du mal se trouve dans le mal métaphysique, c'est-à-dire dans Yimp rfection naturelle des créatures (cf. 242). De là dérivent la douleur et le péché qui constituent le mal physique et le mal moral.

Mal physique. — Il est reconnu qu'il n'y a pas de désordres réels dans la nature. Les sciences ne sont possibles que parce tous les phénomènes, les monstruosités même, s'expliquent par des lois universelles et constantes. Celles-ci sont salutaires, puisqu'elles assurent l'ordre et la vie des êtres. Or il est dans l'ordre que l'homme, étant sensible, éprouve du plaisir et de la douleur, selon que l'impression produite par un objet extérieur sur son organisme lui est utile ou nuisible : le plaisir l'engage à répéter l'acte qui est conforme à sa nature ; la dou-

trle détourne des choses nuisibles ou le détermine à faire les actes nécessaires à la conservation de son existence et au développement de ses facultés. De là résultent des tendances instinctives qui suppléent à l'insuffisance de l'intelligence et provoquent l'exercice de l'activité. Par suite l'effort et le travail élèvent l'homme au rang de personne morale. En même temps, l'élude des phénomènes de la nature lui en soumet les forces de toute espèce cl lui permet d'éviter certaines souffrances en écartant leurs causes par la science ou par l'art.

Mal moral. — 1° De même que la sensibilité est la capacité de jouir et de souffrir, de même la liberté est la capacité de faire le bien ou le mal et de mériter ainsi les récompenses ou les peines qui en sont les conséquences (cf. 289'. D'un côté, la liberté expose l'homme à l'erreur et au péché. D'un autre coté, la liberté jointe à la raison qui conçoit la notion du bien donne à l'homme le pouvoir d'accomplir sa destinée sous sa

propre responsabilité, lui permet ainsi de se perfectionner et d'atteindre à des jouissances fort supérieures à celles de l'animal. Il eu résulte que, si la sensibilité est une faculté qui élève l'animal au-dessus du végétal parce qu'elle lui ajoute un degré d'être, la liberté est également une faculté qui élève l'homme au-dessus de la brute en lui conférant la dignité de personne morale. — 2° L'abus de sa liberté expose l'homme aux douleurs qui constituent la sanction morale, la sanction naturelle, la sanction sociale et la sanction légale de la loi morale (cf. 289;. Ces peines sont conformes à la justice dislributive dont Dieu est le principe. En les acceptant comme expiation de sa faute, l'homme revient au bien qui seul peut lui donner le bonheur. — 3° L'inégalité des conditions, en tant qu'elle correspond à l'inégalité des aptitudes naturelles, est absolument nécessaire pour que toutes les fonctions soient remplies dans la société. Elle n'est pas contraire à l'égalité morale en vertu de laquelle tous les hommes ont les mêmes devoirs et les mêmes droits. — 4° La vie actuelle est une épreuve où l'homme doit lutter contre les obstacles pour devenir une personne morale et se rendre digne du bonheur par la grandeur de ses efforts. Sans doute l'harmonie entre la vertu et sa récompense n'est pas réalisée sur la terre. Il en faut conclure que Dieu doit, conformément à sa justice, continuer notre existence pour rétribuer chacun selon ses œuvres (cf. 309).

Tels sont les arguments clairs et précis par lesquels ou peut concilier l'existence du malphysique et du mal moral avec la perfection infinie de Dieu. Au point de vue des causes efficientes, la douleur et le péché dérivent de la sensibilité et de la liberté ; mais ces deux facultés constituent par elles-mêmes des degrés d'être qui font partie du plan général de l'univers et constituent pour l'homme des perfections propres à son essence. Au point de vue des causes finales, le plaisir et la douleur, la vertu et le vice sont des conditions impliquées dans la destinée de l'homme et se justifient par l'immortalité de l'âme. Ces considérations suffisent pour croire à la Providence divine. Prétendre trouver la raison suffisante de toutes choses, comme Leibniz, c'est méconnaître les limites resserrées de la science. Il faut laisser une place au sentiment. L'espérance et la foi ne manquent jamais à celui qui pratique la justice et la charité.

Lire Bouillet, D. des Sciences, art. Providence, Destinée; Charles, Lcct. dcphil., II, p. 513-549.

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