‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 146 sur 189 · DUALISME. POLYTHÉISME · texte numérisé non relu

DUALISME. POLYTHÉISME

de la philosophie avec celui de la théologie, à compliquer les

questions relatives à l'origine du mal par les subtilités les plus ardues de la Scolastique. 11 eu est résulté que, par une altéraration regrettable de son sens primitif, le mot ù! optimisme a lini par désigner dans la langue ordinaire cette disposition d'esprit qui approuve tout aveuglément et qui s'en remet pour tout à la Providence afin de se dispenser de tout travail et de toute énergie.

Consulter Th. H. Martin, Les Sciences et la Philosophie, V; Fouillée, Hist. de la philosophie (Leibniz).

247. Prouver qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'il ne peut y en avoir plusieurs. (21 août 1869.)

Plan. Dieu est l'Être suprême dans sa plénitude une et indivisible, dans la perfection une et indivisible qui est propre à chacun de ses attributs. 11 est ainsi infini et absolu, en ce sens qu'il n'a ni limite, ni mesure, ni condition en quoi que ce soit; par suite il est éternel et omniprésent, immuable et simple (cf. 238). Or il ne peut y avoir qu'un seul être doué de ces attributs. L'hypothèse de plusieurs êtres infinis et absolus implique contradiction : « 1° Il faut qu'il y ait un être par luimême qui ait tiré du néant tous les autres êtres qui ne sont point par eux-mêmes. Mais un seul être par soi-même suffit pour tirer du néant lout ce qui en a été tiré. A cet égard, deux ne feraient pas plus qu'un. 2° Un seul être qui est par lui seul, qui a en soi la totalité de l'être, avec une fécondité unique et universelle, est sans doute infiniment supérieur à un être qui a un égal indépendant et fécond comme lui. Ces deux prétendus infinis seraient la borne l'un de l'autre, et par conséquent ne seraient ni l'un ni l'autre rien moins qu'infinis1; de plus, ebacun d'eux serait moins qu'un seul infini qui n'aurait point d'égal. » (Fénelon, De l'Existence de Dieu, II, ch. v, §1.)

Ainsi l'unité de Dieu se déduit de l'idée d'infini. On peut y joindre la preuve que fournit l'unité du plan de l'univers.

La discussion précédente conduit à rejeter le Dualisme de, Platon ctd'Aristote, qui admettent une matière éternelle comme

1. « S'il y avait plus d'un seul Dieu, il y en aurait une infinité. S'il y en avait une infinité, il n'y en aurait point. Car chaque Dieu, n'étant que ce qu'il est, serait fini; et il n'y en aurait point à qui l'infini ne manquât, ou il en faudrait entendre un qui contint tout et qui dès !?■ serait seul. » (Bossuet, Elévations, I, iv.)

Dieu1, cl le Manichéisme, issu du Mazdéisme des Perses. Elle montre l'erreur fondamentale du Polythéisme personnifiant les différentes forces de la nature comme autant de manifestations de l'essence et de la puissance divines.

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Dieu, Infini, Dualisme, Polythéisme.

248. Qu'est-ce que le Panthéisme? En réfuter les principes ; en exposer les conséquences. (22 août 1870.)

Dissertation. Par Y expérience, nous connaissons des êtres finis, contingents, relatifs; par la raison, nous connaissons l'existence de Y Être infini, nécessaire, absolu . La pensée isole ces deux termes pour les analyser, puis les rapproche pour s'expliquer leur rapport. Or l'explication de ce rapport est un des problèmes les plus difficiles de la philosophie. Le Spiritualisme admet la création, c'est-à-dire un acte par lequel Dieu, en vertu de sa puissance infinie et sans le secours d'aucune matière préexistante, a produit librement tous les êtres ; Dieu étant éternel, son acte l'est également, mais ses effets sont successifs et tombent sous le temps. Comme cet acte consiste dans la production de substances, il est incompréhensible pour notre intelligence; mais celle-ci n'en doit pas moins reconnaître la réalité des êtres finis autant que celle de l'Être infini et du rapport de causalité qui les unit.

Cette sage réserve, si conforme au bon sens, n'est pas acceptée par certains systèmes qui, méconnaissant les bornes de notre esprit, ont la prétention de tout expliquer. Leur procédé ordinaire est de supprimer la réalité de l'Être infini, comme le Matérialisme, ou celle des êtres finis, comme le Panthéisme, dont nous allons examiner les principes.

D'après le Panthéisme matérialiste ou Naturalisme, Dieu est une force active unie à la nature et y constituant tous les degrés et toutes les formes de l'être : ainsi, d'après les Stoïciens, le monde est un seul être animé par un esprit éthéré (™zù[).x, spirilus), qui est actif et intelligent.

1. « 0 Dieu, quelle a été l'ignorance des sages du monde qu'on a appelés philosophes, d'avoir cru que vous, parfait architecte et absolu formateur de tout ce qui est, vous aviez trouvé sous vos mains une matière qui vous était coéternelle, informe néanmoins, et qui attendait de vous sa perfection! Aveugles! qui n'entendaient pas que d'être capable de formes, c'est déjà quelque forme; c'est quelque perfection délie capable de perfection ; et si la matière avait elle-même ce commencement de perfection et de forme, elle en pourrait aussitôt avoir d'elle-même l'entier accomplissement. » (Bossuet, Elévations, III, n.)

Page 1