PANTHÉISME
D'après le Panthéisme idéaliste, l'expérience ne perçoit que de-; phénomènes; la raison seule connaît la véritable réalité, l'Être infini et absolu; la métaphysique doit donc se construire uniquement par la raison et le raisonnement, à l'exclusion de l'expérience. Cette méthode conduit aux principes suivants : l'Être infini et absolu produit nécessairement par émanation (Brahmanisme), ou par développement (Spinosa), ou par évolution (Hegel), une variété infinie d'êtres relatifs et finis qui toujours sortent de son sein et reviennent s'y absorber; la réalité consiste dans l'identité substantielle de l'Être infini et de ses modes finis. D'après Spinosa, la substance infinie se développe nécessairement par une infinité d'attributs infiniment modifiés. D'après Hegel, Vidée, qui représente Vessence des choses, produit toutes les existences par les degrés successifs de son évolution.
Pour réfuter ces systèmes sans se perdre dans les détails, il suffit d'analyser exactement le fait primitif de conscience qui •est le vrai fondement de la métaphysique, et d'en tirer les conséquences. Par la conscience, je sais que j'existe, c'est-àdire que j'agis soit hors de moi, soit en moi. Si je produis un effort volontaire pour toucher une chose extérieure, je me saisis comme cause de cet effort volontaire en même temps que je perçois la résistance qui m'est opposée par la chose extérieure ; ainsi par mon acte je me connais intérieurement comme sujet, comme force libre et intelligente, et, par l'obstacle qui arrête mon acte, j'apprends qu'il y a hors de moi une chose que je me représente comme objet. Ces deux termes étant limités et corrélatifs, je remonte d'eux à leur raison d'être, à une force infinie et absolue, qui est Dieu. Cette analyse démontre contre le Panthéisme que, si l'expérience externe ne fait percevoir dans l'objet qu'un phénomène, l'expérience interne fait percevoir dans le sujet un être réel, puisque je me connais comme une cause, comme une force intelligente et libre, par suite, comme un esprit et comme une personne. Dieu étant la raison d'être de ma réalité, je ne puis l'entendre que comme une activité intelligente et libre infinie, un esprit par fait, une personne absolue dont je me distingue par la conscience. Il y a ainsi, comme l'enseigne Maine de Biran, deux termes complètement distincts ; la personne-moi, d'où tout part, et la personne-Dieu, où tout aboutit. L'erreur fondamentale du Panthéisme consiste dans la confusion de ces deux personnalités, dans l'absorption de l'une par l'autre. La gravité de cette erreur peut se juger par ses conséquences théoriques et pratiques.
228 THÉODICÊE.
I a personnalité humaine est le vrai fondement métaphysique de nos devoirs et de nos droits civils et politiques : elle est inviolable et sacrée parce qu'elle fait partie d'un ordre intelligible et moral dont le principe est la personnalité divine, type absolu de la justice et de la sainteté. Anéantissez la personnalité humaine et la personnalité divine, notre âme n'est plus qu'un phénomène passager al Dieu un idéal abstrait; il n'y a plus d'autre réalité qu'une substance infinie, qui passe successivement par tous les modes possibles de l'existence ; tout ce qui est, arrive nécessairement ; par suite, il n'y a plus de différence entre ce qui est et ce qui doit être ; la liberté, le devoir et le droit ne sont plus que des mots.
La vérité de ces conséquences est prouvée par l'histoire contemporaine. Interprété dans le sens idéaliste, le Panthéisme a conduit à la théorie de l' indifférence morale professée par V École critique. Interprété au contraire, dans le sens naturaliste, le Panthéisme est devenu, en s'intiltrant dans les masses, le principe métaphysique du Communisme et du Socialisme, dont le but commun est de détruire ou d'affaiblir au profit d'un despotisme centralisateur tout ce qui fait l'énergie et l'indépendance de l'individu, liberté civile et politique, propriété, famille, croyances religieuses. Pour combattre ces déplorables erreurs, qu'on nomme spécieusement idées humanitaires, il faut maintenir la distinction réelle de la personnalité humaine, et de la personnalité divine ; mais il faut aussi maintenir leur union : car séparer Dieu du moi et du monde, c'est tomber dans l'erreur opposée à celle du Panthéisme.
Consulter Bouillet, D. des sciences, art. Métaphysique, Panthéisme, Critique [école); Charles, Lcct. dephil., II, p. 522-530; Janct, Problèmes du xrxc siècle, I. ni, et IV, n; Fouillée, Ilist. de la philosophie (Brahmanisme, Spinosa, Hegel).
249. En quoi consistent le Panthéisme et l'Athéisme? Quels sont leurs rapports et leurs différences? (13 nov. 1874).
Plan. Les faux systèmes en Théodicéese rattachent à deux principaux, le Panthéisme et l'Athéisme. Partant de principes opposés, ils aboutissent à des conséquences analogues.
D'après le Panthéisme matérialiste ou Naturalisme, Dieu est une force active unie à la nature et y constituant tous les degrés et toutes les formes de l'être. — D'après le Panthéisme