PRINCIPE DE L'INTÉRÊT
actions, tandis que le principe du plaisir est aveugle, qu'il code à l'attrait d'un penchant en ne considérant que le résultat immédiat. Il occupe donc un rang plus élevé dans l'échelle de la moralité. Cependant il ne peut être la règle suprême de notre conduite, parce qu'il n'a point les caractères essentiels de la loi moral- (cf. 2G0).
Lire Janct, Êlém. de morale, ch. IV, § 1.
Principe de l'intérêt.
259. Caractères qui distinguent le principe du devoir du principe de Y intérêt personnel. (9 novembre 18G9; 30 juillet 1870.)
260. Quels sont les caractères essentiels de la loi morale? Quels sont ceux de ces caractères qui manquent le •plus à la règle de Y intérêt personnel? (6 novembre 1867.)
Plan. Les deux systèmes les plus importants en morale sont le <\>tème égoïste ou système utilitaire, qui a pour principe l'intérêt personnel, et le système rationnel, qui a pour principe le devoir. Pour apprécier la valeur relative de ces deux principes, il faut en examiner et en comparer les caractères (cf. 255).
L'intérêt personnel est le principe qui consiste à rechercher la plus grande satisfaction possible des tendances égoïstes de notre nature, ou, ce qui en est la conséquence, la plus grande somme de plaisirs pendant la plus grande durée possible (cf. 258). Le devoir est l'obligation morale d'accomplir le bien en soi (cf. 254). — Si l'on compare les caractères de ces deux principes, on reconnaît facilement leurs différences. 1° L'intérêt est variable selon les circonstances et les personnes, tandis que le devoir est absolu et universel (cf. 255). 2° L'intérêt ne donne que des conseils, tandis que le devoir donue des ordres. 3° L'utilité d'une action est incertaine tant que le résultat n'est pas atteint ; {'obligation morale d-e faire un acte est évidente : elle est déterminée immédiatement par la conscience avant l'accomplissement de cet acte et antérieurement à toute expérience (cf. 270 . 4° Il n'est pas en notre pouvoir de réunir tous les éléments du bonheur. Il dépend toujours de nous de nous efforcer d'accomplir le bien en soi, de mériter par la pratique de la u 279 . 5° Enfin, l'intérêt elle devoir n'ont pas les
mêmes conséquences. On éprouve du chagrin quand on a
commis une imprudence ; on a du remords quand on a manqué à son devoir.
La conclusion de celle discussion, c'est que le devoir est le véritable fondement de la morale, et qu'il faut lui subordonner l'intérêt personnel.
Le même raisonnement s'applique à l'intérêt bien entendu (cf. 263).
Lire Janet, Élém. de morale, ch. IV, § 2 ; Bouiilet, D. des sciences, art. Intérêt.
261. Distinguer le principe du devoir des calculs de l'intérêt et des règles de la prudence. (13 août 1867.)
Plan. La morale a pour fondement le principe du devoir, c'est-à-dire l'obligation morale d'accomplir le bien en soi.
Il est absolu et universel (cf. 25oN. Ces deux caractères distinguent ses ordres des calculs de l'intérêt et des règles de la •pru* d n>->\ qui varient selon les circonstances et les personnes (cf. 259). Eu outre, le devoir commande l'accomplissement du bien en soi, parce que c'est notre but ; l'intérêt conseille certains actes, parce que ce sont des moyens d'atteindre l'objet que nous désirons, comme l'explique Kant : « Les règles de l'intérêt ou maximes de la prudence représentent la nécessité pratique d'une certaine action comme moyen pour quelque autre ebose que l'on désire. Les règles de la loi morale, au contraire, représentent une action comme étant absolument nécessaire par elle-même. Dans le 1er cas, l'action est bonne relativement, bonne eu égard à l'objet désiré. Dans le 2e cas, l'action est bonne absolument, bonne en soi. »
Lire Janet, Élém. de morale, cb. V, § 1.
262. A supposer que l'intérêt bien entendu produise les mêmes résultats pratiques que le motif du devoir, est-il important de maintenir la distinction théorique entre ces deux motifs? (23 août 1869.)
Plan. La règle la plus élevée du système que l'on nomme morale utili taire est \eprincipe de l'intérêt bien entendu, qui se résume en ces deux préceptes : 1° Dans le choix des plaisirs, considérer non-seulement la quantité, mais encore la qualité ; assigner le 1er rang aux plaisirs du cœur; le 2e, à ceux de l'esprit; le 3e à ceux du corps; 2° Concilier toujours notre