III THÉORIE DU DROIT
Fondement du droit.
267. De la différence du droit et du devoir. Est-ce le Iroit qui repose sur le devoir ou le devoir qui repose sur e droit? (7 novembre 1872.)
Dissertation. L'homme vivant en société, le devoir a pour orrélatif le droit. D'après certains philosophes, le droit se mile sur le devoir ; d'après d'autres, au contraire, le devoir e fonde sur le droit. II est donc nécessaire de déterminer les apports de ces deux notions en remontant aux principes aux- [uels elles se rattachent.
Le bien en soi, le bien propre à la nature humaine, consiste lans le développement régulier et harmonieux des facultés de âme et des forces de l'organisme qui lui sert d'instrument. ,e bien de l'âme est une fin en soi, le bien du corps n'est qu'un noijen (cf. 254). De ces principes sortent deux séries de conséquences, dont les unes constituent la théorie du devoir, et les utres, celle du droit.
Étant un être intelligent et libre, je suis capable de conceoir et de vouloir le bien propre à la nature humaine. Or,
si je commande à mes appétits et à mes passions, je ne pui concevoir le bien propre à la nature humaine saus le vouloir. C'est une nécessité morale qui prend la forme d'un ordre et qui constitue l'obligation morale, la loi, le devoir (et. 255). Considéré dans le sujet chargé de l'accomplir, le devoir a pour caractères d'être absolu et universel. Considéré dans son objet ou dans sa matière, c'est-à-dire dans les actes dont la raison juge l'accomplissement obligatoire pour réaliser le bien propre à la nature humaine, le devoir se formule en deux principes; savoir, le principe des devoirs négatifs : « Respecte en toi et en autrui la dignité de la personne humaine, » et le principe des devoirs positifs : « Développe en toi-même, et aide selon ton pouvoir les autres hommes à développer sous leur propre responsabilité ce qui constitue la personnalité humaine, la liberté unie à l'intelligence et à l'amour. »
Tous les hommes, étant des êtres intelligents et libres, sont : également obligés de concourir sous leur propre responsabilité à l'accomplissement du bien propre à leur nature. Or ce con- ; cours implique certaines conditions extérieures qui dépendent de la volonté ; comme chaque homme est obligé d'accomplir le bien dans la mesure où il le peut, il est nécessaire que dans ses rapports avec ses semblables il possède un pouvoir conforme 'î à sa responsabilité; ce pouvoir moral est le droit i. Il est tout !{ à fait distinct de la force physique. Il a le même fondement!, que le devoir, la nécessité morale d'accomplir le bien propre à ' la nature humaine. — Pour comprendre la valeur et les appli- ; cations de ce pouvoir, il faut le considérer dans le sujet qui le| possède et dans l'objet auquel il se rapporte. 1° Le sujet diïtf droit est la personne, l'homme qui est un être raisonnable»* qui peut le devenir, comme l'enfant, ou le redevenir, comme * l'aliéné. Considéré ainsi dans le sujet qui le possède, le droit? est la faculté qu'a une personne de faire un acte ou d'exigerf une chose ; à celle faculté correspond Vobligalion. pour une F. autre personne, de ne pas s'opposer à cet acte ou de fournir la ( chose exigée 2 : p. ex., un homme a la faculté d'user de saf propriété, et les autres hommes ont l'obligation de ne pas yr
1. Janet, Morale, II, iv, p. 206. Cette définition est empruntée |T Leibniz (éd. Dutens, IV, p. 291) : « Est autem jus qusedam potentia] j mordis; et obligatio, nécessitas moralis. »
2. Leibniz (éd. Dutens. IV, p. 295) : « Leges efficiunt ut qui aptitX^ dinem tantum habent acquirant facultatem, id est ut petere possint quodjjj aliis œquum est prœstare. »