‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 16 sur 189 · MÉTHODE. XIX · texte numérisé non relu

MÉTHODE. XIX

nos connaissances. Ce n'est pas tout : les animaux ne sont point tellement pourvus qu'ils n'éprouvent aucun besoin, et qu'il ne leur reste qu'cà jouir des charmes de la vie spéculative. Ainsi que nous, ils sont exposés à souffrir de la faim, du froid, du chaud, des infirmités, des maladies, les faibles à èlre opprimés et quelquefois exterminés par les forts, tous enfin à être assaillis par les maux dont notre savoir nous garantit chaque jour davantage, et qui, par de nombreux biens, compense ce qu'il n'en peut écarter. Alors nécessairement, s'ils ont des lumières, ils ont dû, comme nous, s'en servir pour alléger leurs souffrances, se créer une condition meilleure et agréable; par conséquent se réunir en société, établir des gouvernements et des lois, se livrer à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, à la navigation, aux arts, enfin développer parmi eux des civilisations pareilles aux nôtres. Mais s'ils ne se montrent point autres aujourd'hui que clans les temps les plus reculés et aux premiers jours du monde, si nulle œuvre n'atteste qu'ils aient franchi la vie de l'instinct propre à chaque espèce et dépassé le travail uniforme et machinal que son organisation la détermine à exécuter dans certaines circonstances, comme de se bâtir un nid, de creuser une tanière ; si pas un fait n'accuse pour cause la connaissance ou la pensée, quelle éclatante et invincible preuve qu'effectivement ils en sont privés !

)> Partage exclusif de l'homme sur la terre, la pensée est véritablement ce qui l'élève au-dessus des animaux et de l'univers corporel. Qu'elle s'anéantisse en lui, et les sciences s'éteignent, les arts périssent, les champs demeurent incultes, les villes rentrent dans la poudre, les canaux se comblent, les chemins se ferment, la nature brute reprend partout sa sauvage domination, les peuples sont dissous et les individus épars errent dans les déserts avec les bêtes pour leur servir de pâture, ou plutôt, incapables de soutenir une existence tronquée, ils succombent dévorés par les éléments. Puisque l'homme n'est rien que par la pensée, qu'elle fait sa grandeur,

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