Analyse de la conscience morale. (20 nov. 18GG
271. La conscience morale est-elle une faculté à part, ou peut-elle être réduite à une faculté plus générale? (26 août 1868.)
Dissertation. La moralité es[\a pratique de la loi morale par l'agent chargé de l'exécuter. Elle suppose le concours des trois facultés de l'âme humaine, Intelligence, Volonté, Sensibilité : car la loi morale ne peut être observée que si elle est connue, voulue et aimer. Examinons comment la première de ces trois conditions est réalisée par la conscience morale. • Four reconnaître quels sont les éléments dont l'ensemble constitue la conscience morale, prenons un exemple. Je me demande si je suis tenu d'étudier les préceptes de la morale. 1° Je juge que le bien propre à la nature humaine consiste dans le développement de sa personnalité, et que la connaissance des préceptes de la morale en est une des conditions. 2° Je juge que, l'accomplissement du bien étant obligatoire, c'est un devoir de me livrer à cette étude. 3° Je prends la résolution d'accomplir mon devoir par ce motif que c'est un devoir. 4° Je juge que j'ai une intention moralement bonne-, par suite, que je mérite en exécutant ma résolution, c'est-à-dire que j'accrois ma dignité personnelle. 5° Enfin, j'éprouve un sentiment de satisfaction d'avoir accompli le bien propre à ma nature et de m'ètre acquitté de mon devoir.
Comme l'intention se rapporte à la volonté et le sentiment moral à la sensibilité, on peut conclure de l'analyse qui précède que la fonction propre de la conscience morale est de concevoir les notions de bien en soi, de devoir, de droit, de bien moral, de mérite, et de les appliquer à un acte déterminé pour le qualifier. Or ces notions sont absolues et universelles (cf. 272). Elles ont donc pour origine la raison, comme toutes les notions qui ont les mêmes caractères (cf. 47-51). En outre, l'application de ces notions à un cas particulier exige le raisonnement, comme ou peut le reconnaître par l'exemple que nous venons d'analyser. Sans doute, dans beaucoup de cas, la qualification d'un acte semble être un jugement intuitif : par exemple,
je n'hésite pas à prononcer qu'un vol est un crime ; c'est que je connais déjà la qualité de cet acte, soit par l'éducation et pai la coutume, soit par ma propre réflexion. Mais l'intervention di raisonnement est évidente quand il faut discuter la légitimité d'une coutume (par exemple, de l'esclavage), appliquer une règle générale à un cas particulier qui n'a pas de précédent, résoudre un conflit de devoirs, un cas de conscience, pour employer l'expression habituelle (cf. 206;. On est alors obligé de remonter aux principes et d'en déduire les conséquences en tenant compte des circonstances: « On ne demande pas, dit Aristote, le même courage à un enfant qu'à un homme, ni envers un lion qu'envers un loup. » La conscience morale n'est donc qu'une des formes de la raison, de laquelle dérive le raisonnement (cf. 76).
Ajoutons que l'application des notions rationnelles à la qualification des actions libres se fait d'une manière plus ou moins parfaite selon que l'àme est éclairée ou ignorante, désintéressée ou passionnée, qu'elle doit se décider dans un cas simple ou dans un cas complexe, par exemple, dans un conflit entre plusieurs devoirs. Pour prévenir les erreurs, autant que possible, les moralistes donnent les règles suivantes :
1° Agir suivant sa conscience; mais, dans les cas douteux, consulter les hommes les plus sensés, suivre les opinions les plus modérées et choisir le parti le plus problable. comme le prescrit Descartes [Disc, delà méthode, IIIe partie, lre règle);
2° S'affrancbir de la passion et de l'intérêt en appliquant la maxime de Kant : « Agis toujours d'après une règle telle que tu puisses vouloir qu'elle soit une loi universelle ; »
3° Appliquer les principes généralement admis pour le conflit des devoirs (cf. 266).
Lire Janet, Élèm. de morale, eh. V, § r , et eh. VI, § i.
Universalité des notions morales.
272. De l'universalité des notions morales. Réfuter les objections des sceptiques. — Discuter ce mot célèbre de Pascal : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. » (21 mars 1873; 31 juillet 1874.)
273. Peut-on expliquer par l'éducation et par la coutume l'origine des idées morales dans l'humanité ? (12 août 1866; 19 novembre 1869.)