‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 164 sur 189 · SENTIMENT MORAL. 2G · texte numérisé non relu

SENTIMENT MORAL. 2G

mais seulement qu'elle n'apparaît qu'après eux. Actuellement que je connais l'instinct et l'intérêt, j'en distingue parfaitement l'idée du devoir, je lui trouve, un caractère absolu et universel qu'ils n'ont pas, et la réflexion fortifie ma conviction au lieu de la détruire, comme cela arrive pour un préjugé.

Il résulte de cette discussion que, contrairement à l'opinion soutenue par l'école sceptique et par l'école empirique, la coutume et l'éducation doivent leur autorité morale au devoir. Leibniz nous donne la conclusion dans sa réponse à Locke : «Quoiqu'il n'y ait pas de mauvaise pratique peut-être qui ne soit autorisée quelque part et en quelques rencontres, il y en a peu pourtant qui ne soieut condamnées le plus souvent et par la plus grande partie des hommes... La coutume, la tradition, la discipline, s'en sont mêlées; mais le naturel est cause que la roulume s'est tournée plus généralement du bon côté sur ces lçvoirs.» (Nouv. Essais, I, ch. u.)

Lire Bouillet, D. des sciences, art. Idéal, Progrès.

Sentiment moral.

274. Déterminer les différences et les rapports de la conscience morale et du sentiment moral. (24 mars 1873.)

Dissertation. La conscience morale et le sentiment moral ]ui l'accompagne sont deux eboses fort différentes. Cependant in les a souvent confondues. 11 est doue nécessaire d'en dé- .ermincr exactement les différences et les rapports.

En analysant la conscience morale, on trouve que sa fonction consiste à concevoir les notions de bien en soi, de devoir, de Iro't, de bien moral, de mérite, et à les appliquer à un acte déterminé pour le qualifier. Ces notions, étant absolues et universelles, ont évidemment leur origine dans la raison comme toutes les notions qui ont les mêmes caractères. Elles sont mises an œuvre par le raisonnement, qui n'est lui-même qu'une application de la raison. La conscience morale peut donc être réduite à la raison et en être considérée comme une forme.

L'exercice de la conscience morale est toujours accompagné par celui de la sensibilité, qui nous provoque à agir par un ensemble de dispositions appelées penchants ou inclinations, et nous lait éprouver du \ laisir ou de la douleur à la suite de chaque acte, selon qu'il satisfait ou qu'il contrarie une de ces dispositions. 1° Les dispositions instinctives qui nous excitent PHIL. lév. 12

à satisfaire les divers besoins du corps constituent les appétits l celles qui provoquent l'intelligence et l'activité à procurer à l'âme les biens qui sont propres à la nature humaine constituent les inclinations (cf. 25), dont on distingue trois principales j Yamour de soi, principe des affections égoïstes-, la sympal principe des affections bienveillantes et sociales; le sentiment moral proprement dit qui comprend le respect du devoir, l'amour du bien propre à la nature humaine et l'amour de Diea considéré comme principe de toute perfection (cf. 253). 2° Dans les personnes peu éclairées ou très-sensibles, le sentiment moral se confond avec le jugement qui détermine la moralité d'une action, et le langage désigne souvent ces deux choses par le terme complexe de conscience. La réflexion en montre la différence : les notions auxquelles se rapportent les jugements de la conscience morale sont absolues et universelles, tandis que le sentiment moral varie selon les individus et les circonstances -, il en résulte que la conscience peut seule nous faire connaître la règle de nos actions et les qualifier. Cependant le sentiment moral a une grande importance; comme mobile, il provoque l'exercice de l'intelligence et de l'activité; comme ensemble d'inclinations qui nous portent au bien spontanément et sans effort, il nous dispose à écouter la voix de la conscience, à profiter des enseignements de l'éducation et de l'expérience, et à contracter les habitudes morales qui constituent la vertu (cf. 284).

Le sentiment moral, en nous excitant à l'accomplissement du devoir, nous y fait trouver du plaisir. Chaque fois que la conscience morale qualifie une action, son jugement est accompagné d'émotions agréables ou pénibles. Si nous sommes agents, nous éprouvons de la satisfaction morale, oudu remords, du repentir, de la honte. Si nous sommes spectateurs, nous ressentons de la sympalhie, de la bienveillance, de l'estime, du respect, de Y admiration, ou de Y antipathie, du mépris, dej Y indirjnation. Il est facile ici de distinguer la conscience m raie et le sentiment moral: car le jugement qui qualifie 1 a* est le principe, le plaisir ou la douleur qui l'accompague en i la conséquence.

De cette analyse il résulte que le sentiment moral est élément de la moralité, mais qu'il est subordonné à la coi morale. Ou doit donc en tenir compte dans la définition de vertu (cf. 279) ; mais on ne doit pas le donner pour fondent à la morale comme le l'ait le Système sentimental (cf. 276).

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