‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 165 sur 189 · SENTIMENT MOR\L. 2G · texte numérisé non relu

SENTIMENT MOR\L. 2G

Lire Janet, Élém. de morale, cli. VI.

Remarque. La l'orme la plus élevée du sentiment moral eut l'amour <l lii u considéré comme principe de (mile perfecliun. Lorsqu'on lui sacrifie la science cl la liberté, on tombe dans le Mysticisme (cf. Bouillei, 1). des sciences \ art. Mysticisme}.

275. Montrer que le vrai caractère auquel on reconnaît la présence de la loi morale, c'est le respect. C'est un phénomène tout à fuit distinct, comme Kant l'a remarqué, de Y inclination et del1 'admiration. (31 juillet 1873.)

Plan. La distinction du bien et du mal est toujours accompagnée du sentiment moral. Sa forme la plus simple est le respect. Il est la conséquence de la loi. Par ['obligation morale, la partie supérieure de notre être, composée de la raison et de Ja volonté, commande à la partie inférieure, composée des sens et des appétits. De là naît un sentiment qui n'est autre que le sentiment de la dignité humaine, c'est-à-dire le plaisir qui accompagne l'idée de notre grandeur morale et la peine qui accompagne l'idée de notre infériorité ou de uotre déchéance. Par suite, le respect s'adresse toujours aux personnes ; il ne s'adresse jamais aux choses, comme l'admiration que peuvent exciter les phénomènes de la nature et les qualités de certains animaux autant que les talents d'un homme. Il se distingue aussi de l'inclination que nous éprouvons pour les personnes avec lesquelles nous sympathisons. Il s'adresse uniquement à l'honnêteté du caractère ; il consiste donc dans la crainte ou l'humilité dont nous sommes affectés par l'idée de la loi, et dont les âmes pieuses sont affectées par l'idée de la grandeur de Dieu.

Celte théorie appelle un complément. Le respect n'est point la partie la meilleure et la plus élevée du sentiment moral, comme le prétend Kant, lorsqu'à l'exemple des Stoïciens il déprécie cet ensemble d'inclinations qui nous portent au bien spontanément et sans effort. Au-dessus de la crainte est l'amour. L'idéal de la moralité consiste à aimer le bien, non parce que la loi le commande, mais parce que le bien est souverainement désirable.

On peut donc conclure cette discussion par cette maxime d'Aristote : « L'homme vertueux est celui qui trouve du plaisir à faire des actes de vertu. »

Lire Janet, Élém. de morale, ch. VI, § 2.

276. Exposer et réfuter la doctrine qui fait reposer toute la morale sur le sentiment. (15 novembre 1866.)

277. En quoi consiste la doctrine morale du sentiment? Quels en sont les mérites et les défauts? En quoi diffère-telle de la doctrine utilitaire et de la doctrine du devoir? (24 août 18G9.)

Plan. Comme le sentiment joue, ua rôle important dans la moralité humaine et qu'il accompagne l'exercice de la conscience, certains philosophes l'ont confondu avec elle et eu ont fait le fondement d'un système de morale qu'on appelle le Système- sentimental. Dans cette doctrine, le bien est la satisfaction de toutes nos passions, d'après Fourier, ou la satisfaction d'un penchant désintéressé qui est la bienveillance d'après Shaftesbury, la sympathie d'après Adam Smith, la pitié d'après Schopenhaucr, le sentiment moral d'après J.-J. Rousseau, etc. La règle est : « Agis de manière à émouvoir agréablement le sentiment moral, à sympathiser avec les autres hommes. »

Ce système a trois défauts : 1° il confond le sentiment moral avec la conscience moral: (cf. 274) ; 2° il propose une règle qui n'est pas absolue, universelle et obligatoire, comme il convient à la loi de nos actes (cf. 23b); 3° il dénature les notions rationnelles de bien en soi, de devoir et de droit, etc., et peut ainsi nous égarer.

Ce système a aussi ses mérites : -1° il reconnaît un mobile qui est désintéressé, quand il nous fait sympathiser avec les autres hommes ; par suite, il combat le système de l'intérêt ; 2° il montre l'importance des inclinations qui nous portent au bien naturellement et sans effort; par suite, il établit contra les Stoïciens que l'homme ne doit pas supprimer en lui les sources mêmes de l'action, c'est-à-dire les désirs et les passions ', et contre Kant, que le respect du devoir n'exclut pas l'amour de l'humanité (cf. 2Gb).

Lire Janct, Klém. de moral', ch. VI, § 3.

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