‹ Traité théorique et pratique de la dissertation philosophiqueChapitre 166 sur 189 · Celui-ci retranche de l'âme · texte numérisé non relu

Celui-ci retranche de l'âme

Désirs et -passions, le lion et le mauvais, Jusqu'aux plus innocents souhaits.

Contre de telles pens, quant à moi, je réclame : lis Oient à nus coeurs le principal ressort: Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.

(I.AFOXTAINE, XII, XX.)

RAPPORTS DU LA MORALE ET DE LA LIRERTÉ. 2G9 Liberté morale.

278. Peut-on concevoir la Morale sans le principe delà liberté humaine? (29 juillet 1870.)

Dissertation. Par la couscicnce l'homme distingue le bien du mal ; par le sentiment moral, il a de l'inclination pour l'un et de l'aversion pour l'autre. La moralité implique en outre un troisième élément, la faculté de choisir, la liberté ouïe libre arbitre : car le devoir suppose le pouvoir : la raison ne saurait ordonner à l'homme, de vouloir le bien et lui défendre de faire le mal, s'il était déterminé à agir par une nécessité irrésistible. 11 est donc indispensable à la morale d'examiner en quoi consiste celte liberté qu'elle prétend régler par le devoir.

1° On ne saurait admettre la liberté d'indifférence, c'est-à-dire "la faculté d'agir sans motif (cf. 119).

2° Toute action humaine est déterminée par une raison, soit par un fait extérieur à l'agent (fait mécanique, comme la contrainte exercée sur un de ses membres; ou fait physiologique, comme le délire), soit par un penchant (comme l'instinct de la conservation), soit par une idée (comme la notion rationnelle du devoir). Le premier cas constitue la nécessité qui exclut toute liberté. Le second cas suppose une liberté incomplète, nommée spontanéité ; elle consiste en ce que l'agent suit volontairement son incliualion. Le troisième cas contient la liberté proprement dite : l'homme réfléchit et délibère ; il se représente l'action, le but et les moyens. S'il y a accord entre le devoir et l'inclination, l'exercice de la liberté est facile : il suffit de se rendre compte de son action, d'agir avec intention, de savoir par quel motif la volonté se détermine. S'il y a désaccord, l'homme est sollicité d'un côté par son inclination, et d'un autre côté par la raison qui lui donne l'idée du devoir (Aliudque libido, Mensquc aliud suadet). Ici l'exercice de la liberté consiste à distinguer les deux motifs et à choisir; or ce choix est pénible : ou l'homme cède à son inclination, cl il se reproche sa faute, sachant qu'il peut faire un effort pour résister à son inclination et accomplir soq devoir (Video meliora proboque, Détériora sequor) ; ou il résiste à son inclination, et il soudent une lutte douloureuse en faisant un effort pour obéir à la raison. La conscience de cet effort Constitue la conscience de la liberté, et sa grandeur est la mesure du mérite. Il a pour principe la force de la volonté (cf. 283).

3° La force de la volonté est inégale dans les individus, mais elle n'est nulle dans aucun; or, quelque petite qu'elle soit dans l'origine, elle peut toujours s'accroilre graduellement par la répétition des efforts, avec le secours du sentiment moral, comme se forme toute habitude vertueuse. C'est là un fait d'une, importance capitale pour la psychologie et la morale : la première établit que si les passions, le tempérament et les circonstances extérieures (éducation, climat, milieu) exercent une influence certaine sur la liberté humaine, cette influence ne détruit pas la liberté (cf. 121); la seconde, en s'appuyant sur cette théorie, enseigne quels sont les moyens pratiques par lesquels l'homme peut arriver à corriger son caractère et à gouverner ses passions, à acquérir la force morale nécessaire pour remplir ses devoirs, force morale qui est un des éléments essentiels de la vertu (cf. 284).

De cette analyse il résulte que la liberté est un principe indispensable à la morale pour déterminer et pour appliquer les notions rationnelles de devoir, de bien moral, de vertu, de mérite et de responsabilité (cf. 116, 255, 283, 288). On peut en dire autant pour la notion rationnelle de droit (cf. 268).

Théorie de la vertu.

279. De la vertu et des diverses espèces de vertus. (28 octobre 1874.)

Plan. La vertu est {'habitude morale d'accomplir le d (cf. 281). Elle implique donc les trois éléments de la moralité, la connaissance du devoir, la volonté de le pratiquer et le sentiment qui y détermine la volonté ; elle est science, force et amour (cf. 280).

D'après sa définition, la vertu est corrélative au devoir. On doit donc la diviser comme lui en autant d'espèces qu'elle a d'objets (cf. 264). l°On rapporte à la Morale individuelle les diverses perfections dont les facultés de l'âme humaine sont susceptibles : la prudence et la véracité, pour l'intelligence; la force d'âme, pour l'activité ; la tempérance et la modérai pour la sensibilité (cf. 291). 2° On distingue dans la .Murale sociale deux vertus principales, la justice et la charité cf. 29G . 3° On résume la .Morale religieuse clans la piété (cf. 251, 252 .

Remarque. Les anciens divisaient toute la morale eu quatre vertus cardinales, savoir la prudence, la justice, le courage, la

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