THÉORIE DE LA VERTU
tempérance, comme on le voit dans Cicéroo I) v Devoirs, I), et dans Bossuet (Conn. de Dieu, I, xix ; éd. Charles, p. 66). Le Christianisme a complété celle théorie en y ajoutant les trois vertus théologales, la foi, ['espérance et la charité. Lire ces articles dans Bouillet, D. des sciences.
280. -Peut-on dire avec Platon que la vertu est la science du bien et que le vice en est Y ignorance? (10 novembre 1813.)
Plan. L'habitude morale d'accomplir le devoir constitue la vertu. Elle implique donc les trois éléments de la moralité, a connaissance du devoir, la volonté de le pratiquer et le sentiment qui y détermine la volonté. Cependant certains philosophes, dans les définitions qu'ils ont données de la vertu, se sont attachés à faire ressortir exclusivement l'importance d'un des trois éléments.
Parmi ces définitions, une de celles qu'on a le plus discutées est celle de Platon : « La vertu est la science du bien; le vice en est ['ignorance. »
On peut donner â l'appui de cette théorie les raisons suivantes. 1° Dans un grand'nombre de cas, le vice n'est autre chose qu'ignorance, comme on le voit par certaines pratiques des peuples barbares p. ex., les sa<Tiliees humains), parles mœurs de la plupart des criminels, enfin par certains défauts qu'on étale et qu'on cacherait si l'on en avait conscience1. 2° Pour qu'une l'ction soit réellement bonne, il faut que l'agent n'ait pas seulement l'intention d'accomplir le bien, mais encore qu'il l'accomplisse réellement, par suite qu'il en ait la connaissance. iS'il se trompe en prenant le mal pour le bien, il est excusable, il n'est pas louable : c'est le cas de Brulus et de Charlotte Corday. La vertu exige donc que la conscience soit éclairée, que l'agent s'instruise de ses devoirs (cf. 270). 3° La science du bien établit l'harmonie et l'équilibre dans le développement de nos facultés cf. 254 : chacune d'elles remplit sa fonction-, a raison commande, la volonté exécute, la sensibilité obéit
1. « Sans celle part faite à l'ignorance, comment comprendre cette nrofonde maxime de l'Evangile « que l'on voit bien la paille qui est dans e son voisin et qu'on ae voit pas la poutre qui est dans le si^n? » Enfin, c'est en grande partie sur le même principe qu'est fondé le Bépris des injures: «Mon Dieu, pardonnez-leur, dit le Christ en mourant; :ar ils ne savent ce qu'ils font. » (Janet, Morale, p. 510.)
à la raison et ù la volonté, et le corps est subordonné à l'àmc à laquelle il sert d'instrument, comme Platon l'explique en définissant la justice dans le livre IV do la République.
Cependant la iloclriue de Platon est incomplète sur plusieurs points. 1° A la connaissance du devoir, il faut joindre la volonté de l'accomplir. Or il est des cas où nous connainotre devoir, et où nous ne l'accomplissons pas : c'est quand notre intelligence juge que tel bien est le plus grand bien, et que ce plus grand bien n'a pour nous aucun attrait. Il faut alors un effort pour lutter contre la séduction des sens et choisir le plus grand bien : cet effort exige la force morale (cf. 278. 2° La volouté elle-même a besoin d'être excitée par l'amour du bien (cf. 274} : les gran !es actions supposent toujours de grands sentiments. Aristotc a eu raison de dire : « L'homme vertueux est celui qui trouve du plaisir à pratiquer la vertu. »
En résumé la vertu est science, force et amour. Platon en a indiqué un des éléments, cl il a eu raison de dire avec Socrate que la vertu peut s'enseigner.
Lire Janct, Élém. de morale, ch. VII, § 1,2; Bouillet, D. des sciences, art. Vertu.
281. Est-il vrai de dire avec Aristote que la vertu est un milieu entre deux extrêmes ? (14 novembre 1872.)
282. Expliquer et discuter ces deux maximes d'Aristote: 1° La vertu est une habitude ; 2° La vertu est un milieu entre deux extrêmes. (26 novembre 1869; 8 avril 1875.)
Plan. La vertu est, d'après Aristote, une habitude qui s'acquiert par la constante répétition des actes de justice, de terra pérance, etc. Elle consiste dans une certaine disposition morale : « La première condition de la vertu est que l'agent sache ce qu'il fait; la seconde, qu'il le veuille par un choix réfléchi, et qu'il veuille les actes qu'il produit à cause de ces actes mêmes; enfin la troisième, c'est qu'en agissant il agisse avec une résolution ferme et inébranlable de ne jamais faire autrement. » (Morale à Nicomaque, I, iv.)
Voici comment s'acquiert celte habitude ou disposition morale : l'homme a des dispositions naturelles à la justice, à la tempérance cl aux autres qualités de l'âme; elles deviennent des vertus morales ou des vertus sociales en se développant par l'exercice sous la direction de la raison. De là naît l'habitude de nous gouverner el de régler nos passions en déterminant